du 29 avril au 5 mai 514


C'est presque avec joie que Cerise entame la rédaction de ses articles. Son nom va commencer à être connu, il va être associé à celui du professeur Chen. D'ici quelques années, elle finira peut-être par donner elle-même des conférences. Ensuite... oui, ensuite, pourquoi ne pas prendre la place du professeur ? Elle sourit en elle-même. Finalement, la vie de criminel a ça de bon qu'on ne se sent pas coupable de ce qu'on a fait... Enfin si, un peu quand même. Ce n'est pas vraiment loyal d'utiliser sa réputation passée pour manipuler le professeur ; il est peut-être ronchon, misogyne, et tout ce qu'on voudra, mérite-t-il de trembler comme cela à chacun des mouvements qu'elle fait ? Qu'importe. Il n'avait qu'à ne pas chercher à savoir. C'est de sa faute, après tout.

Distraitement elle frotte son tatouage. Elle est contente de constater qu'il ne lui fait plus mal du tout et qu'au contraire, une douce chaleur semble en émaner. Peut-être a-t-elle cessé de somatiser le refus de son identité de criminelle, tout simplement.
Ses doigts courent sur le clavier de l'ordinateur. Son pokédex à ses côtés, elle rédige, met de l'ordre. Sur ses genoux, Pixel, heureux de retrouver son distributeur de cookies, éparpille des miettes partout tout en mangeant. Joey et Saturnin jouent ensemble à la balle. Sakura étale ses pétales dans un rayon de soleil. Dans le jardin, Totoro a refait une apparition. Ses petits ont bien grandi. La famille salue Cerise qui sourit et leur fait signe en retour. Le pikachu de Naruki saute partout, précédant son dresseur qui remue des archives.

Cerise apprécie ces journées où il ne se passe rien d'autre que de la paperasse. Aucun événement notable, aucune péripétie majeure. Juste le courrier du jour – jamais rien d'important. Elle soupire d'aise en souriant doucement. Il y a dans l'air comme une odeur de vacances. La Golden Week, qui s'approche à grands pas, est vraiment une semaine bénie. C'est les vacances et en plus, c'est la fête !
Quelques jours se passent dans la félicité la plus totale, jusqu'à ce que le téléphone finisse par sonner. En courant, enfin plutôt en boitant le plus vite qu'il peut, le professeur va décrocher. Au bout de quelques répliques, il met le haut-parleur.

- Vas-y, répète-moi toute l'affaire.
- Je disais, professeur, que depuis l'o-hanami, les tadmorvs pullulent de nouveau à Yokohama. On pense qu'il s'agit peut-être d'un dysfonctionnement de l'usine de traitement des eaux usées, mais il y a de nombreuses autres possibilités. Ici c'est vraiment la galère, on a quinze équipes de dresseurs qui se relayent pour tenter de contenir l'invasion mais impossible de l'éradiquer. Nous avons vraiment besoin d'un spécialiste et comme des rumeurs courent au sujet d'un de vos assistants...
- Ah, oui, Sacha et Grotadmorv ! Mais c'était il y a longtemps !
- Enfin, nous serions ravis d'avoir ce dénommé Sacha parmi nous pour régler ce problème.
- Il est Maître à la Ligue à présent...
- Ah, c'est lui ? Effectivement, il sera difficile d'aller le déranger. Mais peut-être un autre de vos assistants... ?
- Et bien, répond le professeur en se grattant la tête, il y a...

Sous le regard meurtrier de Cerise, le professeur couvre le micro du téléphone, débranche le haut-parleur et fait signe à la jeune femme.
- Et toi, Cerise, tu en penses quoi ?
Elle penche la tête de côté. Cette histoire lui dit quelque chose, et il lui revient en mémoire des bribes de souvenirs au sujet d'une enquête similaire. Elle met un peu d'ordre dans ses impressions, puis répond au professeur.
- Relevés chimiques des eaux de la ville, pour trouver la source de la pollution. Je veux bien faire les premiers mais j'ai pas envie de passer ma vie dans cette ville...
- C'est entendu.

Chen reprend sa conversation.
- Je vous envoie une de mes assistantes pour des échantillonnages d'eau dans toute la ville. Elle effectuera les premiers prélèvements et vous l'accompagnerez ; je ne peux pas me permettre de me défaire d'elle pendant toute la durée de la campagne, aussi vous me ferez le plaisir de bien continuer le travail pendant toute la durée qu'elle vous indiquera.
- Bien professeur. Merci encore de votre aide. Mais vous pensiez à un autre assistant... ?
- Oh, ne vous en faites pas, Cerise est très compétente.
- Je compte sur elle !
- Bien entendu. Et quand désirez-vous... ?
- Disons, cet après-midi ? Elle n'aura qu'à partir à midi, ça ne fait que deux heures par train express.
- C'est entendu. Je l'envoie par le train de midi.
- Encore merci à vous !
- Tout le plaisir est pour moi ! Au-revoir !
- Au-revoir !

Le professeur raccroche. Il a un air bizarre lorsqu'il se tourne vers Cerise. Il compte quelque chose à voix haute, compte et recompte, frustré apparemment par le résultat.
- J'espère que tu sais ce que tu fais ?
Cerise a un temps de latence avant de répondre « oui ». Elle retourne à ses articles mais ce n'est pas l'écran qu'elle voit.


Elle est adolescente. Ses cheveux longs lui retombent jusque dans les reins. Fière, la tête droite, musclée, elle déambule dans le commissariat. Son pantalon est bleu, sa chemise est blanche, elle porte un insigne. Elle salue les autres membres des forces de l'ordre et se dirige vers les laboratoires. Sur la porte, « police scientifique ». Elle sourit en poussant le battant. À ses côtés, le caninos règlementaire.
Dans la salle de conférence des laboratoires, un professeur en blouse attend sur l'estrade. La majorité des sièges est déjà occupée. Elle s'installe, le caninos sur les genoux, et discute quelques temps avec son voisin. Il la fait rire, elle se sent bien. Elle caresse l'anneau d'or qu'elle porte à la main gauche. Tout va bien dans sa vie.

Quelques minutes encore. D'autres personnes en uniforme arrivent, qui accompagné d'un caninos, qui une tasse de café à la main. Enfin la conférence commence.
- Bonjour à tous. Merci d'avoir accepté de suivre ce cycle de formation complémentaire. Il s'articulera de la manière suivante. Cette première journée sera consacrée aux prélèvements ADN et à toutes les particularités de l'ADN auxquelles vous risquez d'être confrontés, à savoir : les clones, les jumeaux, les chimères, les personnes greffées. La seconde journée sera consacrée à tous les indices permettant de découvrir l'emplacement d'un cadavre dissimulé à l'aide de la pourriture résultante. Vous apprendrez à réaliser des prélèvements d'air, d'eau et de sol et à les conditionner de manière à pouvoir repérer les différentes molécules organiques émanant d'un corps en décomposition. La troisième et la quatrième journées seront des formations informatiques. Des porygons, à différents stades d'évolution, vous seront prêtés pour l'occasion.

Il salue et lance le premier diaporama. En gros s'affiche le titre « L'ADN et ses mystères ». Très accrocheur, surtout de la part d'un scientifique.
Elle fait de son mieux pour ignorer la présence de son voisin et se concentre sur la conférence.


Elle se frotte les yeux. La vision était différente de d'habitude. Elle secoue la tête. Pas la peine d'être sorcier, elle a bien compris : encore un costume pour cacher ses scarifications et son tatouage de criminelle. Encore une autre identité pour obtenir des informations. Encore un autre pokémon volé. Machinalement, elle caresse le dos de Pixel. Pourquoi s'en faire, après tout ? Elle n'a plus rien à perdre après la vie qu'elle a menée. Et tout à gagner à faire preuve d'audace devant le vieux professeur trop conservateur.

Les sourcils froncés, celui-ci lui apporte sa fiche d'horaires de trains. Il y a un direct Shimoda-Tami qui part à midi et demie, puis de Tami à un village proche de Yokohama, elle prendra le Shinkansen (une demi-heure). Enfin, un bon quart d'heure l'amènera par train régional jusqu'à Yokohama, où la task force dédiée à la résolution du problème l'attendra pour 14h50.
Elle acquiesce doucement puis se glisse prestement dans le sous-sol, où elle prépare ses valises pour quelques jours. Une forte odeur de pokémon psy flotte dans la pièce. Elle frissonne. Même si elle s'est peu à peu habituée à cette présence invisible, elle ne peut s'empêcher de ressentir de la crainte à l'idée de ce qui peut se cacher dans l'ombre.


Dans l'ombre de la chambre, dissimulé aux yeux des mortels, Kami plisse ses yeux violets. Il n'aime pas la tournure des évènements. Prélèvements. Analyses. Laboratoire chimique. Qu'est-ce qui diable l'a entraînée à avoir des idées pareilles ? Certes, c'est la solution la plus simple et la plus logique d'un point de vue humain. Mais cette fois-ci, c'était différent des autres fois... L'impulsion venait-elle donc de son inconscient ? Serait-il donc en train de la prendre en pitié ? Non, c'est impossible ! Les humains ne méritent pas la pitié. Ils ne méritent que la souffrance. Surtout les femmes comme elle. Surtout elle. Il la déteste. Elle est mauvaise. C'est une criminelle. Un démon. Elle va souffrir. Il va la faire souffrir.


Dans le Sanctuaire, Sérénité soupire et détache son regard des yeux du xatu. Elle se tourne vers Père qui a lui aussi l'air démoralisé.
« Ça ne va pas, ça ne va pas du tout... » commence Sérénité en guise d'introduction.
« Oui, je peux le sentir d'ici. Les voies du futur sont en train de changer, n'est-ce pas ? »
« Elles tournent, et dans le mauvais sens. Tout cela risque fort de très mal se finir. »
« Qu'arrivera-t-il à la femme ? »
« Je crains le pire pour elle. Leurs deux esprits sont en train de se mélanger et la folie de ton fils va finir par la gagner. Au contact l'un de l'autre, ils vont s'entre-détruire. »
« Peut-être est-ce finalement la meilleure chose qui puisse arriver. J'ai eu tort de croire que Kami pouvait guérir de sa haine contre les humains. Sa rage ne s'est apaisée que quelques temps, malheureusement. »
« Que de souffrances... pour un être tel que lui, c'est du gâchis. »

Ils soupirent de concert.
« J'aurais bien aimé pouvoir lui venir en aide... » confie Père. « Mais je n'ai jamais réussi à percer ses défenses. Désormais ma simple vue déclenche en lui des rages folles. Il déteste jusqu'à sa propre personne. » Il secoue la tête et soupire à nouveau. « C'est sans espoir. »
« Non, ce n'est pas sans espoir. Mais c'est notablement désespéré. Il reste une solution, juste avant la fin. Mais je ne parviens pas à la voir. »
« Arsenic ? » suggère Père.
« Tu parles de ton propre fils... »

Père secoue la tête.
« Ce n'est pas mon fils. C'est mon clone. Et il est beaucoup plus puissant que moi. Seul Arceus pourrait le maîtriser. Je n'ai jamais eu aucune véritable autorité sur lui, et le peu d'influence que j'ai pu avoir s'effrite de jour en jour. Dans deux mois, je serai à nouveau incapable de lui faire face. Je n'ose pas imaginer ce que ça sera... le moment venu... »
« La date fatidique... » murmure Sérénité.
« Oui. La date fatidique. »


Le train entre en gare de Yokohama. Cerise referme son nouvel ordinateur portable, emprunté au conciliant professeur. Pendant toute la durée du trajet, elle a consulté toute la bibliographie possible concernant la pollution locale. Apparemment, les lobbies de l'usine de traitement des déchets font tout pour taire les études épidémiologiques et toxicologiques qui sont menées depuis une vingtaine d'années dans la région.

Tout avait commencé bien innocemment. Une station d'épuration, une usine de traitement des déchets et de recyclage des batteries usagées, l'utilisation des capacités spéciales de pokémons pour limiter les éventuels impacts sur l'environnement, la promesse faite aux habitants que la région ne s'en porterait que mieux. Mais dès les premières années, des cas de maladies de plus en plus fréquentes se sont fait remarquer. Les maladies cardio-vasculaires et pulmonaires se sont répandues dans la population humaine, animale et pokémon. Puis, des cas de cancers et d'asthme. Larynx, pharynx, plèvre, colon sont les organes les plus touchés. Des associations locales tentent de faire tout leur possible mais les autorités font la sourde oreille sous prétexte que les émissions de métaux lourds, dioxines-furanes et autres saletés en tous genres ne dépassent pas les seuils imposés par la loi. Et effectivement, sur le papier, tout est en règle.

En feuilletant les divers décrets et autorisations des exploitations de la région, Cerise a l'impression que quelque chose cloche. Elle tourne et retourne toutes les phrases dans sa tête, et sur le quai, accueillie par la task force avec laquelle elle va travailler, elle ne cesse de gamberger. Il y a quelque chose qui cloche. Il est certainement possible de coincer les industriels. Mais comment faire ?
Elle chasse ces idées le temps d'être briefée par ceux qui l'accueillent. Il sera toujours temps d'y revenir.


Un hôtel confortable. Cinq jours de tranquillité. Une équipe de huit personnes qui lui sont entièrement dévouées. Tout le matériel dont elle aura besoin. Elle sourit et se laisse retomber sur le lit. Oui, vraiment, la vie est belle quand on est une criminelle. Alors autant en profiter !
Souplement elle se relève et farfouille dans sa valise. Enfin elle trouve ce qu'elle cherchait : une jupe courte, des chaussures vernies à talons, un chemisier décolleté. Elle s'arrange devant la glace, pirouettant sur elle-même. Elle complète la tenue en plaçant Sakura dans ses cheveux, Joey à ses pieds et Saturnin dans ses bras. La voilà absolument irrésistible, une vraie mangeuse d'hommes. Qui reconnaîtrait en elle la scientifique froide et mal fagotée arrivée le jour même par le train ?

Elle plisse les yeux et décide finalement de ne sortir que Saturnin. Joey attirerait trop l'attention et Sakura la trahirait.
Une quinte de toux la secoue pendant une dizaine de secondes, mais cela n'apaise pas son désir de fumer. Et pour fumer, il faut du tabac. Et pour le tabac, il faut de l'argent. Et pour l'argent, il faut trouver un homme.
Un peu de rouge à lèvres, double couche de mascara, et la voilà partie. Elle prend garde à ne pas attirer l'attention de la réception. Elle n'a pas besoin que des petits fouineurs viennent mettre le nez dans ses affaires.
Tranquillement, elle se promène le long des rues les plus fréquentées, cherchant de ses yeux vifs un pigeon pour la soirée. Elle a besoin d'argent. Elle a besoin de fumer.

Une main se pose sur son épaule. Elle se retourne, légèrement aguicheuse, et se retrouve nez-à-nez avec...
- Léo ! Quelle bonne surprise !
- Cerise ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- En mission pour le vieux grincheux, comme toujours.
- En mission ? Tu as encore besoin d'obtenir des articles scientifiques par des voies détournées ?
Elle se force à rire, en portant gracieusement sa main à sa bouche. Les yeux de Léo pétillent.
- Ah non, pas ce soir. Ce soir, j'ai besoin de me détendre.
Il sourit d'un air entendu et lui prend le bras.
- Je connais un excellent restaurant, pas très loin d'ici...


Dans une maison au nord d'Utsunomiya, une ombre se glisse dans la salle de séjour, refermant sans bruit la fenêtre. Deux yeux violets luisent tandis que tous les placards s'ouvrent d'un seul coup. Leur contenu semble danser quelques instants puis une série de boîtes et de livres se répand sur le sol.
Kami tourne fébrilement les pages des albums photographiques. Il vide les boîtes et les photos non-triées dansent autour de lui. La rage suinte par tous les pores de sa peau.


Léo sourit à Cerise qui déguste ses makis végétariens avec raffinement.
- J'ai beaucoup réfléchi à ce que tu m'as dit la dernière fois. Je pense que tu as raison. Je ne devrais pas me focaliser autant sur la perte de ma sœur.
Il lui sourit et lui caresse le bras. Elle sourit en retour.


Kami se saisit d'une photo et la contemple, les yeux plissés. Des gens rassemblés, souriants, heureux. Des pokémons qui gambadent parmi eux. Scène de bonheur familial.
Il rejette le morceau de carton et en prend un autre. Mêmes visages souriants, même bonheur, mais le lieu et le moment son différents.
D'un geste rageur, il balaye la série qui va s'écraser contre un mur.


- J'ai moi aussi beaucoup réfléchi, Léo. En vérité, je pense que tu es moins gamin et irresponsable que je l'ai pensé le premier jour. J'ai eu tort de te reprocher de tenir à ta famille.
Sous la table, elle laisse glisser l'un de ses escarpins et de la pointe du pied, elle caresse la jambe de Léo.
- Je suis tellement bien avec toi, soupire-t-elle, que j'ai l'impression de te connaître depuis toujours...
Léo est agréablement surpris par la tournure des évènements. Il pense en lui-même : « Pourquoi pas ? ». Lui aussi se sent bien avec Cerise, et a l'impression de la connaître depuis toujours.


Une autre série de photos s'écrase contre un mur, suivit d'un album. D'autres dansent et se feuillettent tout seuls autour de Kami. L'un d'eux attire plus particulièrement son attention. C'est une fête d'anniversaire. Sur la gâteau, dix bougies. Sortant d'une pokéball-cadeau, un rapion. Parfait. Le hasard joue en sa faveur.


Dans la boutique du rez-de-chaussée de l'hôtel où Léo loue sa chambre, Cerise s'appuie sur l'épaule de son compagnon. Mutine, elle lui mordille l'oreille. Il sourit et achève de payer le montant effroyablement élevé que coûtent trois paquets de tabac.
- Tu vas en faire quoi ?
- C'est pour une étude, voir si le tabac peut absorber la pollution.
Il fronce les sourcils. Elle sourit aguicheusement en se pendant à son cou.
- On a bien fait des panneaux solaires avec des feuilles de tabac, pourquoi pas des filtres ?
Il se rend et l'embrasse à pleine bouche.


Des bruits se font entendre dans les escaliers. Kami rejette la photographie au milieu des autres et file par la fenêtre qu'il laisse ouverte derrière lui. La femme mûre qui vient de descendre les escaliers pousse un cri en voyant son salon dévasté.


Cerise entoure Léo de ses bras. Elle pose la tête sur son épaule pour qu'il ne voie pas son visage. Ils viennent à peine de commencer à faire l'amour, et elle s'ennuie déjà. Elle ne ressent rien. Mais ça la rassure de sentir cette présence humaine tout contre elle, alors elle ne le repousse pas.


Il retourne vers Utsunomiya. Il a en main des cartes supplémentaires, de quoi la briser plus encore.


Ils roulent chacun de leur côté, lui haletant, elle légèrement ahurie. Il l'embrasse en souriant. Elle se blottit contre lui. Elle se sent un peu moins malheureuse. Elle s'endort.


Appuyant son front contre la vitre, il retient un glapissement de joie. Oui, finalement, tout va pour le mieux. Il n'a même pas besoin de forcer le destin.
Oui, vraiment, tout va pour le mieux.


Elle est enfant. Toute sa famille est rassemblée autour d'elle. Dans le jardin, aux branches des arbres, pendent des lanternes de papier et des guirlandes multicolores. Au-dessus de la table, une banderole annonce « JOYEUX ANNIVERSAIRE ».
Elle regarde avec ravissement le gâteau posé devant elle. Dix bougies d'un côté, vingt-et-une bougies de l'autre. En face d'elle, un jeune homme aux cheveux roux lui sourit en gloussant. Ensemble, ils soufflent leurs bougies, chacun d'un côté.
Elle ne touche pas vraiment à sa part de gâteau à la crème. Elle a trop envie d'ouvrir son cadeau.

Elle gigote dans sa jupe vert pomme, son T-shirt blanc et son gilet rouge. Ses chaussettes godillent et ses souliers vernis sont rayés à force d'être frottés l'un contre l'autre. Une roselia la prend dans ses bras. Elle lui rend son étreinte. Elle est heureuse.
Le jeune homme reçoit son cadeau le premier. Il ouvre la pokéball. Il en sort un magnifique évoli au poil gonflé et luisant, respirant la santé. Elle gigote sur place en gazouillant de plus belle. La peau de ses cuisses ondule sur une épaisse couche de gras. Elle aime les gâteaux, et ça se voit.
On lui tend une pokéball. La pokéball de ses dix ans. Son compagnon pour la vie. Celui qui va grandir avec elle. Non, celui qui fait d'elle une grande fille.

Elle l'ouvre. Un rapion en sort. Elle fait tout d'abord la grimace mais ses parents lui expliquent que les rapions deviennent de très gros pokémons, alors elle est contente. Son frère n'aura jamais un gros pokémon, les évolis restent petits toute leur vie.
Avec le pokémon, elle reçoit cinq pokéballs vides. Elle est heureuse. Elle va capturer plein de petits pokémons qui vont devenir très grands et très forts. Elle aussi elle va devenir grande et forte.
Elle dévore sa part de gâteau, après en avoir donné un peu à Rapion et Roselia.


Elle n'est peut-être pas heureuse, mais elle se sent moins mal. Ces quelques jours de la Golden Week passent comme un rêve. La task force avance bien. L'équipe est intelligente, et comprend vite comment répartir les points de prélèvements, ce qu'il faut prélever, en quelle quantité, quelles analyses réaliser. Un des techniciens de l'équipe suggère même d'étudier les tadmorvs au lieu de les massacrer, afin de voir quels polluants les attirent, lesquels sont retrouvés dans leurs corps, tenter de déterminer depuis combien de temps ils sont là et pour quelles raisons. Cerise est aux anges. Elle tentera de faire avaler au professeur Chen que l'idée était d'elle.

Elle a partagé avec Léo ses doutes concernant les autorisations d'exploitation de l'usine de traitement des déchets. Léo les a tous passés en revue, il en a parlé autour de lui. De fil en aiguille, un avocat célèbre s'est vu confier le dossier. Des fraudes sont sur le point d'être dévoilées.
Le soir, elle retrouve Léo. Passer du temps en sa compagnie est agréable. Pas aussi agréable qu'elle l'aurait souhaité, mais agréable tout de même. Elle ne fume pas en sa présence, pour ne pas le rebuter.
Les cauchemars pourtant ne la lâchent pas.


Elle évolue dans la salle en silence, portant des plateaux. C'est la réunion des grands pontes au QG principal de la Team Rocket, et tout doit être parfait pour l'arrivée des sous-chefs. La guerre contre les Yakuzas fait rage et toutes les forces des Rockets doivent être lancées dans l'opération.
Le chef de la Team Rocket est nerveux.
Elle a été intronisée il y a peu et n'est pas encore familiarisée avec les façons de faire de la maison. Heureusement, Jane est là pour l'assister.
- Tiens-toi droite. Fais le tour de la pièce en portant ton plateau. Prends garde à bien t'arrêter dès que quelqu'un veut prendre ou reposer un verre. Surtout, ramène toujours près de toi les verres sales, et n'oublie pas de les vider dans le réservoir au centre du plateau. Tu ne dois laisser à aucun invité l'occasion de se demander si tu transportes des verres propres ou des verres sales.

Encore une fois, Calamity répète les mouvements, et son circuit de déplacement.
- Bien, parfait !
Elle sourit, fière d'elle.
- La partie la moins agréable de cette soirée viendra après la réunion. Mais d'abord, rappelle-moi ce que tu es censée faire ce soir...
- D'abord, accueillir les visiteurs. Ensuite, servir le champagne, en vidant les verres sales aussitôt qu'ils me sont apportés. Puis, durant le repas, faire le service, en apportant les assiettes dans le bon sens, par la droite des convives. Soulever la cloche sur les assiettes au signal pour qu'on soit tous synchronisés autour d'une même table. Débarrasser de même, en demandant à chaque fois « Puis-je vous débarrasser ? ». Surtout, ne jamais regarder par terre.
- Bien, très bien. Après le repas aura lieu la réunion à huis-clos. Pendant ce temps, avec les autres filles, tu iras te changer. Tu changeras ton tailleur pour un kimono et une perruque. Pas le temps de refaire le chignon. Pendant la soirée d'après-réunion, tu feras à peu près la même chose que lorsque tu étais oiran dans la maison close.

Calamity frissonne mais elle ne bronche pas.
- Par contre, interdiction de les voler.
- J'aurai des compensations ?
Jane acquiesce.
- Bien sûr. Tu monteras plus rapidement en grade. Lorsque nous ne serons plus de simples sbires tout justes bonnes à offrir nos corps à nos supérieurs, nous pourrons partir en mission. Nous terroriserons le Japon tout entier. Tous trembleront sous nos talons... !
Elle sourit. Oui, conquérir le monde, cela sonne si bien à ses oreilles ! Elle regarde avec admiration cette jeune fille plus âgée qu'elle de quatre années. Conquérir le monde...


Elles ont dix-neuf et vingt-trois ans, et, lorsque les féroces Calamity et Jane ne sont pas en train de vendre des pokémons à l'autre bout de l'archipel, elles sont les maîtresses de la préfecture d'Iwate. Dans la ville de Morioka, la moitié des commerces sont tombés sous la coupe de la Team Rocket. L'autre moitié, ce sont les Yakuzas qui la leur disputent.
Elles terrorisent les habitants, ne les laissant en paix qu'à la condition de recevoir des versements réguliers en espèces ou en nature. Par exemple, sur chaque billet pour le Shinkansen qui est vendu en ville, 5 % sont reversés à la Team Rocket.

Les touristes sont emmenés faire un tour sur le mont Iwate dans des bus de la Team Rocket, conduits par des sous-fifres qu'elles ont sous leurs ordres. L'université, par contre, reste sous le contrôle des Yakuzas, mais elles espèrent bien y remédier dans les délais les plus brefs.
En se délectant de nouilles jajamen, spécialité locale, elles devisent tranquillement au sujet des hautes instances de l'université. Il sera difficile de soumettre les femmes, mais pour les hommes, quelques photographies compromettantes devraient suffire... Encore que certaines femmes pourraient, à l'occasion de beuveries quelconques, être amenées à passer du temps avec Mackogneur... Là, ça serait le jackpot, surtout si la directrice peut être ainsi forcée à revoir son alliance avec les Yakuzas.

- Le problème des Yakuzas, c'est qu'ils ont une influence aussi sur les élèves... Et nous manquons de moyens humains pour contrecarrer ce problème ! La directrice risquerait fort d'accepter de se compromettre afin de protéger ses chères têtes blondes.
- C'est une possibilité. Nous manquons d'informations au sujet de cette directrice. Il nous faut des taupes sur place.
- On pourrait aussi soutirer des informations aux autres membres de l'administration...
- Oui, bonne idée. Mais je ne m'y fierais pas entièrement si j'étais toi. Les gens ont souvent un jugement erroné.
- Malheureusement.
Elles s'approchent l'une de l'autre. Elles sont à moitié nues, leurs kimonos sont ouverts. Calamity saisit son bol et le renverse sur Jane pour manger à même la peau de sa complice.

Couvertes de nouilles, glissant l'une sur l'autre, elles se mordillent et se lèchent. Leurs sourires et leurs corps allongés par la maigreur les font ressembler à des serpents. Finalement, elles enfilent toutes deux un gode-ceinture et font sortir certains de leurs pokémons, dont Mackogneur.
- Pour la Parade des 10 000 tambours, nous devrons dès demain proposer à la ville d'établir une partie du cordon de sécurité de la ville. J'irai parler au maire et toi, tu iras en personne demander au chef des renforts.
Jane couche sa partenaire à quatre pattes et lui enfonce son membre artificiel dans le corps. D'une main, elle caresse sa partenaire de façon à l'exciter ; de l'autre elle la griffe.
- Oué, on va faire ça... soupire-t-elle en s'activant.

Elle donne quelques ordres à ses pokémons. Ivre de ses plaisirs malsains, elle glapit tout en forçant sa partenaire à s'allonger dans les nouilles écrasées. Les soupirs de Calamity se joignent aux siens.
Elles ne se contrôlent plus. Elles ne sont plus que luxure et violence, se jetant l'une sur l'autre ou sur les pokémons alentours, roulant dans de la purée de nouilles et sur les kimonos salis et froissés. Elles s'attachent à l'aide des obis, se détachent, se fouettent, se griffent, se mordent. Elles jettent l'une sur l'autre toute la haine qu'elles ne peuvent exprimer à ces hommes qui les salissent et ne leur donnent aucun plaisir.
Enfin, épuisées, satisfaites de corps mais le cœur vide, elles se laissent retomber contre un mur de la pièce et allument une shisha.


Elle déteste ce genre de rêves. Ça la réveille au beau milieu de la nuit couverte de transpiration avec d'horribles contractions dans le bas-ventre, des crampes terribles à l'utérus. En se tordant silencieusement de douleur, attendant que ça passe, essayant de ne pas réveiller Léo encore une fois, elle prie secrètement pour ne pas souffrir autant pendant ses prochaines menstruations.
Léo... Il lui apporte tellement de confort affectif ! Grâce à lui elle a l'impression d'avoir retrouvé un semblant de famille. Et il est tellement généreux ! Comme elle regrette de ne pas pouvoir ressentir de plaisir lors de leurs étreintes !
Et si ça ne tenait qu'à... ?


Ah, Kôshi, ville du sud de Shikoku ! Ville paisible et tranquille où rien ne se passe, ville oubliée des yakuzas et que la Team Rocket feint d'ignorer pour mieux s'y réfugier. Le château, au centre d'un parc magnifique, loue certaines salles de son donjon pour des réceptions et des fêtes privées. Une excellente insonorisation permet de célébrer en même temps un mariage solennel, un enterrement de vie de jeune fille et des funérailles bouddhistes. C'est l'endroit rêvé pour y tenir des conventions secrètes, que ce soit pour la Team Rocket ou pour les Sept Sœurs. Mais aussi pour y fumer la shisha en toute tranquillité.
- Tu crois franchement que ça va marcher ? Tu crois franchement qu'ils vont pas nous jeter ?

Murietta sourit à Calamity pour la rassurer.
- T'inquiètes. Avec un bon maquillage et un nouveau kimono, ils nous reconnaîtront pas. De toutes façons, tu crois qu'ils font attention à nos gueules ?
- Euh...ils couchent quand même avec nous.
- Et alors ?
- Et alors, je suis couverte de cicatrices...
Murietta hausse les épaules.
- Rien à foutre.
- On voit que c'est pas toi qui risques ta peau !
- Ben tiens. Tu fais plus confiance à tes pokémons ?
- Depuis quand on fait confiance à une arme ? Il faut avoir confiance dans la main qui la manie.
- T'as pas confiance dans ta main ?

Calamity ne répond pas. Silencieusement les deux complices enfilent les kimonos luxueux qu'elles ont loués au château.
- Reste le problème d'allumer la shisha... murmure Calamity.
- Oh, t'inquiète, y'aura suffisamment de braseros pour y prendre les charbons nécessaires. Des pincettes, un bol en-dessous au cas où le charbon glisse...
- Mais si on abîme les kimonos ?
Murietta lance un regard blasé à Calamity.
- Mais t'as quel âge, franchement ?
- Quinze.
- Oué, c'est bien c'que j'me disais. Tu penses encore comme une gamine. On rendra pas les kimonos, tu comprends ?
- Et les chèques de caution ?
- Volés à l'un de mes précédents clients. On risque absolument rien.
Calamity reste dubitative mais elle n'objecte plus.


Elles préparent la salle sous les yeux attentifs des PDG des Sept Sœurs et de leurs associés. Ils vérifient chaque accessoire qu'elles apportent. Comment pourraient-ils suspecter que les micros et caméras sont en place depuis déjà une semaine ? L'indiscrétion d'un jeune secrétaire du château en est la cause. Ils n'auraient pas dû réserver la salle avec un mois d'avance.
Elles s'éloignent pendant la réunion préliminaire à la soirée. Dans la pièce voisine, elles suivent avec attention les débats tout en les enregistrant sur trois serveurs anonymes différents. On n'est jamais trop prudent.

- Ils sont vraiment très puissants, murmure Murietta. Ils pourraient aisément balayer les Yakuzas pour nous...
- ...ou nous balayer pour les Yakuzas, complète Calamity. Ils sont une troisième force en jeu, avec laquelle il faut absolument compter. Je déteste les danses à trois...
- Pourtant tu ne t'es jamais plainte de la présence de Mackogneur !
- Ce n'est pas la même chose ; Mackogneur n'est qu'un accessoire. Eux ont une volonté propre et la possibilité de faire pencher la balance dans un sens comme dans l'autre. Ça va être douloureux le jour où ils se mettront en branle.
- En attendant, allons les branler nous-mêmes. On aura au moins le butin matériel. Je suis preum's sur le PDG de la Suitomo !
- Tu as une idée derrière la tête, toi...

Murietta a un sourire carnassier.
- Je peux pas te dire, sinon tu vas me la piquer. Et ça marchera pas si on est deux à le faire. De toutes façons, tu as déjà le directeur du parc Safari, non ?
Calamity soupire. Elle aimerait bien être le cerveau de l'équipe, pour une fois.


Elles apportent le dessert, droites et fières, élégantes et gracieuses. Elles ressemblent à des poupées vivantes plus qu'à des femmes. Leurs voix, travaillées, sont méconnaissables et absolument identiques.
Elles passent d'un homme à l'autre en versant le saké et en distribuant des fruits artistiquement découpés. Elles échangent quelques mots avec leurs clients, mais restent discrètes et sans opinions. Soudain, Calamity remarque un geste discret de la part de sa coéquipière. Vivement, Murietta a subtilisé l'épingle de cravate du PDG de la Suitomo. Calamity ne laisse pas paraître son émotion, mais elle désapprouve le geste. Elles ne sont que deux ! Ils vont forcément s'en rendre compte ! Ils vont chercher à se venger !
Elle continue de servir les convives.


- Mais tu es complètement cinglée ma parole ?
- Rassure-toi, Calamity, c'est entièrement calculé.
- Il va poser des questions lorsqu'il remarquera la disparition du bijou !
- Oui, le voici d'ailleurs, tais-toi !
L'homme en costume-cravate s'avance à grands pas vers les deux jeunes femmes. Calamity est à moitié morte de peur mais elle n'ose pas le montrer. Murietta penche simplement la tête de côté, comme si elle était simplement agréablement surprise de voir l'un de ses clients revenir.
- Que puis-je pour vous ? demande-t-elle de sa voir neutre.
- Mon épingle à cravate ! rugit le PDG.
- Oh, elle est à vous ? répond-elle innocemment. Je m'apprêtais à l'apporter à l'accueil du château. Je l'ai trouvée en débarrassant la salle.
Elle tend l'épingle en le regardant avec de grands yeux innocents.
- J'espère que vous avez passé une bonne soirée ?
Elle s'est rapprochée et lui prend le bras. Alors Calamity comprend. Ce n'était qu'une technique pour l'isoler et lui parler seule à seul. Bien. Le loup est entré dans la bergerie.


Cerise se réveille de bonne heure. Les premiers rayons du soleil commencent à peine à réveiller Sakura.
Elle contemple Léo, endormi à ses côtés. Ces quelques jours ont été... non pas vraiment agréables ni heureux en eux-mêmes, mais par le contraste qu'ils offraient avec les jours précédents, ils avaient l'air agréables et heureux. Elle sourit amèrement. Il lui faut désormais repartir pour le laboratoire de Chen.
La chambre ressemble à un champ de bataille ; des mouchoirs usagés et des préservatifs noués jonchent le sol.

Elle secoue la tête. Pourquoi ne parvient-elle pas à se détendre pour profiter du moment ? Elle devrait pourtant ! Qui sait si une pareille occasion se représentera jamais ? Mais rien, rien ne lui vient, aucune passion, aucune inspiration. Elle soupire et regarde, attendrie, le front de son amant. Pourquoi ne pas réessayer, une dernière fois ? Elle a bien le temps ! La réunion finale avec la task force n'est que dans plusieurs heures.
Saisissant un emballage non-encore ouvert, elle secoue Léo.
- Ça te dirait de recommencer ?
Elle a l'œil malicieux et le sourire mutin. Sans même répondre, sans même un bonjour, il lui saute dessus et l'embrasse dans le cou.


Ils s'embrassent une dernière fois avant de se séparer.
- Ah, je regrette de ne pas pouvoir emporter une photo de toi ! soupire Cerise, en ne jouant qu'à moitié la comédie.
- C'est pas grave, je peux t'en donner une !
Il sort de son portefeuille un vieux cliché décoloré.
- C'est une photo de moi à vingt-et-un ans. J'étais sexy à l'époque !
Elle sourit et la met en poche sans la regarder.
- C'est gentil mais j'ai une meilleure idée !
Elle le traîne dans le hall de l'hôtel jusqu'à une sorte de photomaton.
- On va faire un purikura de nous deux ensemble !

Il sourit et glisse quelques pièces dans la machine, suffisamment pour avoir deux planches de ces photos autocollantes à l'arrière-plan fantaisiste.
- Comme ça tu pourras nous coller partout où tu voudras !
Ils sourient. Ils se regardent. Peut-être sont-ils heureux ?
- Où vas-tu coller la tienne ? demande Léo.
- Sur mon pokédex ! Je l'utilise tout le temps. Et si jamais on me demande, je dirai que je suis ta plus grande fan et que je t'ai fait boire jusqu'à ce que tu acceptes de prendre la photo !

Il éclate de rire.
- Tu es sûre que tu ne veux pas avouer que nous sommes ensemble ?
- N'importe quoi !
Léo tire une tête de trois kilomètres de long.
- On n'avoue que les crimes ! complète-t-elle.
Il sourit à nouveau et l'embrasse une dernière fois.
- On se verra à la prochaine conférence... murmure-t-il à son oreille.


Dans le train de retour, Cerise a l'impression d'être sur un petit nuage.

Sur le toit du train de retour, Kami jubile.

Machinalement elle sort la photo que Léo lui a donnée.

Kami tremble d'excitation.

La photographie représente une fête d'anniversaire. Au-dessus de la table, une banderole annonce « Joyeux anniversaire ! » et une autre autre complète « Léo et Yumi ! ».

L'air autour de lui se charge d'électricité et de puissance psychique condensée.

À côté du jeune homme aux cheveux roux portant un évoli dans ses bras, une petite fille grassouillette exhibe fièrement son rapion.

Sa queue fouette l'air avec une telle vigueur qu'il en tranche presque les câbles d'alimentation du train.

La fillette porte une jupe vert pomme, un T-shirt blanc et un gilet rouge. À ses côtés, une roselia a le visage barbouillé de gâteau à la crème.

Il ne respire plus. Tout son corps est tendu dans l'attente du dénouement.

Cerise écarquille des yeux horrifiés et froisse la photographie dans sa main, comme sous l'impulsion d'un choc électrique violent. Elle a un hoquet, puis elle ne bouge plus.

Il laisse échapper un cri aigu et s'envole dans un rire sadique qui le secoue pendant de longues minutes.


Lorsque Cerise reprend ses esprits, elle est prise d'affreuses crampes à l'estomac. Pliée en deux, hoquetante, elle rend douloureusement son repas. Elle se prend la tête à deux mains, s'arrachant les cheveux à pleines poignées. Elle tente de se rappeler le rêve de l'anniversaire, essaye de trouver des détails qui ne colleraient pas. En vain. Puis lui reviennent d'autres scènes, avec Jane, avec des pokémons, avec des hommes et des femmes. Elle hurle presque. Elle voudrait que tous ces cauchemars s'arrêtent. Elle voudrait savoir la vérité. En larmes, elle refuse d'accepter ce qui s'est passé. Elle veut bien être une criminelle, mais pas ÇA ! Pas CE genre de criminelle !
Elle se laisse aller en arrière dans son siège, hébétée, sous le choc. Elle est vraiment la pire traînée de tout le Japon. Et en plus, tout le monde (sauf le professeur Chen, mais c'est pas grave) la prend pour une jeune fille innocente.

Et puis, Léo ne sait pas... ! À cette idée elle éclate d'un rire dément. Ses pokémons, déjà bien effrayés par sa crise, se cachent en piaulant sous le siège le plus proche.
Oui, laissons Léo croire ce qu'il veut bien croire ! Elle aura bien le temps de lui révéler la vérité lorsqu'elle sera à la tête de la Team Rocket !
Avachie sur l'accoudoir de son siège, elle sanglote. À ce rythme là, elle ne tiendra plus très longtemps. Nerveusement elle tire sa pipe et la bourre. Focaliser son esprit sur l'acte de fumer la calme.


Dans le hall de l'hôtel, au téléphone, Léo fait part de son enthousiasme à sa mère.
- ...et puis, c'est comme si j'avais retrouvé ma sœur... !


Fin du chapitre


Chapitre basé sur la chanson Family portrait de Pink. Vous trouverez les paroles de cette chanson à l'adresse suivante : www(point)paroles-musique(point)com/paroles-Pink-Family_Portrait-lyrics,p3038