13

QUEUDVER

Cette nuit-là, personne ne dormit, dans la tour de Gryffondor. Les élèves savaient que le château était à nouveau fouillé et tout le monde resta éveillé dans la salle commune, en attendant de savoir si Black avait été capturé. Megan remonta expliquer à Hermione ce qui s'était passé puis retrouva Ron pour l'écouter raconter encore comment Black l'avait réveillé en déchirant les rideaux de son lit à baldaquin, le regard fou, un couteau à la main, avant de s'enfuir du dortoir en courant. Le professeur McGonagall revint à l'aube pour leur dire qu'il avait réussi, une fois encore, à s'échapper.

Le lendemain, les mesures de sécurité avaient été renforcées dans toute l'école. Le professeur Flitwick était en train d'ensorceler la porte d'entrée à l'aide d'une grande photo de Sirius Black pour qu'elle puisse le reconnaître et rester solidement fermée à son approche. Filch arpentait les couloirs en bouchant systématiquement les fissures, lézardes et autres trous de souris. Le chevalier du Catogan avait été renvoyé. Son portrait avait été accroché dans un couloir isolé du sixième étage et la grosse dame était de retour. Elle avait été restaurée d'une main experte mais elle restait très inquiète et n'avait accepté de reprendre son poste qu'à la condition de bénéficier d'une protection spéciale. Une escouade de trolls à la mine revêche avait été engagée pour la protéger. Ils faisaient les cent pas dans le couloir, l'air menaçant, en échangeant quelques grognements tandis qu'ils comparaient la taille de leurs massues. Potter avait fait remarquer que la statue de la sorcière borgne n'était pas gardée, considérant que les jumeaux, Ron, Megan Hermione et lui-même devaient être les seuls à connaître l'existence du passage secret qu'elle dissimulait. Il semblait cependant inquiet à l'idée que Black soit entré dans le château par ce biais.

— Vous croyez qu'on devrait en parler à quelqu'un ? s'enquit-il auprès de Megan et Ron dès le lendemain matin de l'intrusion.

— Il ne peut pas être venu en passant par Honeydukes, répondit Megan. On en aurait entendu parler si la porte du magasin avait été forcée.

Bien sûr, elle savait que ce qu'elle avançait était faux : elle-même était passée par la confiserie cette nuit-là, en toute illégalité, mais avec les Détraqueurs qui patrouillaient dans Pré-au-lard, elle doutait qu'il ait pu passer par là. Elle considérait cependant que Black n'ignorait pas l'existence de ce passage.

Pour sa part, Ron, en une nuit, était devenu une célébrité. Pour la première fois de sa vie, on lui accordait plus d'attention qu'à Potter et, de toute évidence, il en était enchanté. Bien qu'il fût encore secoué par ce qui venait de se passer, il prenait grand plaisir à raconter l'histoire à quiconque le lui demandait, avec un grand luxe de détails.

— … J'étais endormi, expliqua-t-il encore une fois à un groupe de filles de deuxième année qui buvaient ses paroles, et j'ai entendu un bruit de tissu qu'on déchirait. Au début, j'ai cru que j'avais rêvé. Et puis il y a eu un courant d'air... Alors, j'ai tourné la tête et j'ai vu qu'un des rideaux de mon baldaquin avait été arraché... Et là-dessus, je l'ai vu debout à côté de mon lit... Il avait l'air d'un squelette avec des longs cheveux dégoûtants... Il tenait un immense couteau qui devait faire dans les trente centimètres... Il m'a regardé, je l'ai regardé et puis j'ai crié et là, il s'est enfui. Je me demande bien pourquoi, ajouta Ron à l'adresse de Potter lorsque son auditoire se fut dispersé. Pourquoi donc s'est-il enfui ?

Beaucoup s'étaient posé la même question : pourquoi Black, en voyant qu'il ne s'agissait pas du lit de Potter, n'avait-il pas tué Ron avant de s'occuper du second ? Black avait en effet prouvé des années auparavant qu'il n'hésitait pas à assassiner des innocents. Or, cette fois, il s'était retrouvé dans un dortoir occupé par cinq élèves sans armes, dont quatre étaient profondément endormis.

— Il a dû se dire qu'il aurait du mal à s'enfuir du château une fois que tu avais réveillé tout le monde en criant, répondit Potter d'un air songeur. Il aurait fallu qu'il nous tue tous avant de pouvoir s'échapper de la tour... Et là, il se serait retrouvé devant les professeurs...

Potter aurait donc une fois de plus évité la mort de justesse. Mais Megan n'était pas de cet avis, elle était désormais persuadée que Black était après quelqu'un d'autre, et que ce quelqu'un était Peter Pettigrow, clandestinement transformé en rat. Il devait savoir que celui-ci était l'animal de compagnie de Ron, et c'était la raison pour laquelle il avait choisi le lit de ce dernier plutôt que celui de Potter. Seulement le rat n'était plus là. Avait-il vraiment été dévoré par Pattenrond ou avait-il compris que Black l'avait retrouvé et s'était-il enfui ? Megan penchait pour la seconde option, un sorcier Animagus qui avait su faire croire au monde entier à sa mort pendant déjà douze ans ne se serait pas laissé dévorer par un chat. De toute évidence, le ministère de la magie était passé à côté de nombreux éléments au cours de son enquête. Si Pettigrow n'était pas mort, alors sur quoi d'autre le ministère s'était-il trompé ? Si Pettigrow n'était pas mort, alors Black n'avait-il pas été incarcéré à tort ? Et s'il s'était échappé pour retrouver Pettigrow et prouver au monde son innocence ? Et si Pettigrow avait tué les Moldus pour faire passer Black pour un monstre ? Il aurait pu vouloir venger la mort de son ami James, mais Megan n'était même plus certaine que Black les ait trahi, elle ne savait plus ce qui était vrai ou faux dans ce qu'on racontait au sujet du fugitif. Après tout, elle n'avait jamais entendu parler de lui dans le cercle de Mangemorts qu'elle connaissait.

Longbottom, lui, était en pleine disgrâce. Le professeur McGonagall était tellement en colère contre lui qu'elle l'avait privé de toute future sortie à Pré-au-lard. Elle lui avait également infligé une retenue et interdisait à quiconque de lui donner le mot de passe qui permettait d'accéder à la tour. Chaque soir, le pitoyable garçon devait attendre dans le couloir que quelqu'un le fasse entrer, au milieu des trolls qui passaient et repassaient devant lui en le regardant d'un air méprisant. Pourtant, toutes ces sanctions n'étaient rien à ses yeux, comparées à celle que sa grand-mère lui avait réservée. Deux jours après l'intrusion de Black, elle lui envoya ce que beaucoup considéraient comme la pire chose qu'un élève de Poudlard puisse recevoir au petit déjeuner: une Beuglante.

Ce jour-là, lorsque les hiboux de l'école entrèrent dans la Grande Salle pour apporter le courrier, Longbottom faillit s'étrangler en voyant tomber devant lui une enveloppe rouge vif. Megan identifia aussitôt l'objet et leva les yeux au ciel, résignée à écouter la grand-mère du garçon lui percer les tympans d'une voix amplifiée par magie. Ron conseilla cependant à son ami de quitter au plus vite la Grande Salle, ce qu'il fit aussitôt en tenant l'enveloppe à bout de bras comme s'il s'était agi d'une bombe, courant à toutes jambes hors de la salle, sous les rires des élèves de Serpentard et le sourire méprisant de Megan. La Beuglante explosa dans le hall d'entrée: la voix de la grand-mère de Longbottom se mit à hurler qu'il avait jeté la honte sur toute la famille.

Megan attendit que les cris se dissipent pour se lever et remonter réviser dans la salle commune lorsque Kevan s'interposa entre elle et le grand escalier.

- Tu vas bien ? demanda-t-il aussitôt, l'air sincèrement soucieux.

- Très bien, répondit Megan en observant son petit ami d'un œil méfiant. Pourquoi ?

- Tout le château sait que Sirius Black est entré dans le dortoir des Gryffondor avec un couteau.

- Si tu écoutais un peu plus attentivement les rumeurs, tu saurais que c'était le dortoir des garçons, répliqua Megan en contournant Kevan pour monter les escaliers. Arrête de te faire du souci pour moi.

- Arrête de faire comme si rien ne pouvait t'atteindre, répondit sèchement le garçon en la suivant.

- Rien ne peut m'atteindre, asséna la jeune fille avec confiance. Et je n'ai pas peur de Sirius Black.

- Parce que tu crois que tu pourrais te défendre contre lui ? Alors que tu sais ce qu'il a fait ?

- Je crois que Sirius Black ne me ferait pas le moindre mal et que personne ici ne sait vraiment ce qu'il a fait.

- Arrête de croire que tu en sais plus long que tout le monde, Megan ! lança Kevan avec une once de colère dans la voix. Il a tué un sorcier et une dizaine de Moldus en –

- Arrête de me sous-estimer, le coupa-t-elle. Et si tu ne peux pas le faire, alors je ne te retiens pas.

Elle pressa le pas et Kevan resta en retrait, debout sur les marches, la regardant s'éloigner. Pour couronner le tout, elle trouva Hermione qui hoquetait devant ses manuels, les joues rouges et humides.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? lança Megan d'un ton las.

Ron aurait pu se faire tuer cette nuit, gémit-elle. Et il ne m'aurait plus jamais parlé…

- Arrête de penser comme ça, s'agaça son amie. Ron va bien, il est juste stupide, mais ça lui passera. Personne ne va se faire tuer, ok ?

Elle aurait aimé lui dire ce qu'elle pensait de toute cette histoire, mais Hermione n'était pas disposée à écouter les élucubrations de sa meilleure amie, même si elles impliquaient une justification des agissements de son chat. En effet, entre la quantité astronomique de devoirs qu'elles avaient et le procès de Buck qui était désormais dans moins d'une semaine, Hermione avait déjà suffisamment à penser.

Elles passèrent la matinée à passer en revue leurs arguments avec Hagrid puis retournèrent à leurs devoirs, auxquels elles consacrèrent toute leur après-midi. Une nouvelle note placardée sur le tableau d'affichage en début de soirée leur annonça qu'un week-end à Pré-au-lard était organisé le week-end prochain. Megan n'était cependant pas pressée de se retrouver là où un Détraqueur avait failli avoir raison d'elle.

Vers neuf heures du soir, Ron et Potter arrivèrent dans la salle commune et apprirent eux aussi la nouvelle. Megan et Hermione levèrent les yeux vers eux et virent Ron chuchoter quelque chose à Potter qui répondit sur le même ton. Il était facile de deviner de quoi ils parlaient. Hermione, en tout cas, le comprit tout de suite.

— Harry ! s'écria-t-elle.

Megan sentit aussitôt qu'elle aurait mieux fait de se taire, mais il était trop tard.

- Harry, si jamais tu retournes à Pré-au-lard... Je raconte l'histoire de la carte au professeur McGonagall ! Dit Hermione.

Megan regretta encore un peu plus l'intervention de sa meilleure amie.

- Tu entends quelque chose, Harry ? grogna Ron sans accorder un regard à Hermione.

— Ron, comment peux-tu l'encourager à venir avec toi ? Après ce que Sirius Black a failli te faire ? Je parle sérieusement, je vais vraiment le dire...

— Alors, maintenant, tu essayes de faire renvoyer Harry ! s'exclama Ron avec fureur. Tu trouves que tu n'as pas encore fait assez de dégâts, cette année ?

Hermione ouvrit la bouche pour répondre, mais Megan considérait que cette fois c'était trop. Elle brandit baguette et deux livres s'envolèrent d'une des étagères pour venir heurter le ventre de Ron, lui coupant le souffle.

- Laisses-la tranquille! Ordonna-t-elle, furieuse contre son meilleur ami.

Pattenrond bondit alors sur les genoux d'Hermione. Cette dernière sembla terrorisée par l'expression du visage de Ron et emmena aussitôt son chat dans le dortoir des filles, Meganna sur les talons.

- Merci, dit seulement Hermione avant de se glisser dans son lit, toute habillée.

Le samedi matin, au petit déjeuner, Hermione ne cessait de jeter des coups d'œil soupçonneux à Potter, mais celui-ci évitait son regard. Après le repas, elle le regarda remonter l'escalier de marbre tandis que les autres sortaient du château.

— Au revoir ! cria Harry à Ron. Amuse-toi bien. On se verra à ton retour !

Megan trouvait cette attitude louche, mais elle s'en fichait.

- Arrête de t'occuper de lui, dit-elle à Hermione, fatiguée de cette situation. Viens plutôt me faire réviser le futhark.

Grâce à son excellente mémoire, Megan connaissait déjà l'alphabet runique, mais elle était certaine de détourner Hermione de Ron et Potter en lui parlant de runes. Aussi la jeune fille se retrouva à réciter l'alphabet tout en gravissant le grand escalier en direction de la tour de Gryffondor.

- Eihwaz, pas ehwaz, la corrigea Hermione lorsqu'ils arrivèrent au niveau des trolls. Tu confonds la treizième et la dix-neuvième.

- Si on apprenait les noms saxons au lieu des noms en vieil allemand, aussi, marmonna Megan.

Si elle connaissait parfaitement l'alphabet à l'écrit, l'oral était quelque peu plus difficile. De manière générale, l'Etude des runes était difficile, aussi elles consacrèrent la majeure partie de leur journée à y travailler. Elles furent cependant interrompues au bout de quelques heures par un hibou qui vint frapper du bec à la vitre de la salle commune. Megan se leva, surprise, et détacha la lettre nouée autour de sa patte.

- Ça vient de Hagrid, annonça-t-elle en reconnaissant l'écriture brouillonne.

L'audience de Buck avait eu lieu la veille. Elle parcourut des yeux le mot court.

Chère Megan, chère Hermione,

Nous avons perdu. J'ai eu l'autorisation de le ramener à Poudlard. La date de l'exécution sera bientôt fixée.

Buck a beaucoup aimé Londres.

Je n'oublierai pas toute l'aide que vous m'avez apportée.

Hagrid

Megan, le regard sombre, secoua la tête, puis tendit la lettre à Hermione. Bien entendu, celle-ci se mit à pleurer.

- Oh non, gémit-elle, c'est horrible !

- On va encore pouvoir faire appel, lui fit remarquer Megan, qui ne se laissait pas abattre.

- Il faut prévenir Harry et Ron…

Au même moment, Dean Thomas entrait dans la salle commune.

- Je viens de voir Harry se faire coincer par Snape, lança-t-il à Seamus Finnigan, assis près du feu. Je ne sais pas pourquoi, mais il avait l'air furieux.

Megan et Hermione se regardèrent. De toute évidence, Potter avait voulu se rendre à Pré-au-lard et avait été pris la main dans le sac. Megan espéra qu'il ne s'était pas fait prendre avec la carte du Maraudeur et qu'il avait au moins eu suffisamment de jugeote pour inventer une explication quant à la façon dont il s'y prenait pour se rendre au village.

Hermione se leva d'un air décidé et quitta la salle commune, Megan sur ses talons. Ron et Potter étaient juste là, au bout du couloir. Le premier disait quelque chose au second mais s'interrompit en voyant les filles approcher.

— Tu vas nous expliquer que c'est bien fait pour nous ? aboya Ron d'un ton féroce à l'intention d'Hermione. Ou alors tu viens nous dire que tu nous as dénoncés ?

— Non, répondit sèchement Megan.

Les lèvres d'Hermione se remirent à trembler.

- Je pensais simplement que vous voudriez être au courant..., a perdu son procès. Buck va être mis à mort. Il... il nous a envoyé ça.

Potter prit la lettre. Il s'efforça de déchiffrer l'écriture rendue moins lisible encore par les larmes d'Hermione qui avaient dilué l'encre par endroits.

— Ils ne peuvent quand même pas faire ça, s'exclama-t-il. C'est impossible. Buck n'est pas dangereux.

- Lucius a intimidé les membres de la Commission, dit Megan tandis qu'Hermione s'essuyait les yeux. Vous savez comment il est. Il y a toute une bande de vieux gâteux là-dedans et ils ont eu la trouille.

- Il va y avoir un appel, bien sûr, il y en a toujours un, ajouta Hermione. Mais je ne vois aucun espoir. Rien n'aura changé d'ici là.

— Si, ça va changer, affirma Ron d'un air féroce. Cette fois, vous n'aurez pas à faire le travail toutes seules. Je vais vous aider.

— Oh, Ron !

Hermione lui sauta au cou et fondit en larmes – encore. Ron, l'air terrifié, lui tapota maladroitement la tête et Hermione finit par desserrer son étreinte.

- Ron, je suis vraiment, vraiment désolée pour Scabers, sanglota-t-elle.

- Oh, de toute façon, il était vieux, répondit Ron visiblement soulagé qu'elle l'ait enfin lâché. Il ne servait pas à grand-chose. Maintenant, on ne sait jamais, peut-être que mes parents vont m'acheter un hibou.

Il releva la tête et échangea un sourire avec Megan. La paix était revenue.