Avant-propos : Je m'acharne pour que le rythme de parution ne soit pas trop lent. Tout d'abord parce que j'ai des lecteurs ("For your consideration"), et aussi parce que je veux mener ce projet à bout et vite. Pas que je veuille m'en débarrasser, mais j'en ai pas mal d'autres sur le feu et surtout j'ai hâte de pouvoir me dire que je suis allé au bout de quelque chose ! Je peux vous dire qu'avec ce chapitre la moitié de la fic est assurément dépassée. Je ne sais pas encore si je ferai ce que je nommerai des "Parallel Ways" sur les autres personnages mais il est certain que je ferai des fins alternatives. Dont la fin UFO, bien entendu.
Comme je le disais la semaine dernière, après la violence, le sexe. Enfin rien de méchant, cette fic n'a pas cet objectif, ça la dénaturerait de trop en dire.
Toutes récriminations sur l'orthographe ou la syntaxe sont à adresser à Leia, ma beta-readeuse.
THERAPIE 2
Lorsqu'il émergea, David eut la satisfaction de constater que Liza n'avait pas bougé de la pièce où ils s'étaient échoués. Elle était en train de donner des coups dans le vide avec un balais comme s'il s'était agi d'une épée. Il se mit en position assise et regarda autour de lui pour constater qu'ils s'étaient retrouvés dans le local d'entretien. Il constata également qu'il avait très mal au bas du dos.
Cherchant l'origine de ce mal, il se souvint de la blessure que lui avait infligé Drill Head et se crispa à l'idée d'avoir une immense plaie dans le dos, plaie qui avait dûtrès mal cicatriser étant donné les conditions. Liza s'approcha de lui tandis qu'il enlevait sa veste.
« Je n'ai pas bougé, comme tu me l'as demandé. Mais en même temps, les couloirs sont tranquilles lorsque le ciel est gris.
– C'est vrai. Mais je préfère que tu sois restée là.
Il retira son pull d'une traite et ce faisant poussa un petit gémissement de douleur. Des fibres du pull s'étaient visiblement incrustées dans la plaie qui avait séché et il les en avait arraché sommairement. Liza se mit accroupie dans son dos et déclara :
– Tu t'es fais vraiment mal face à ce gros monstre. C'est pas joli.
– Ca ressemble à quoi ?
– Tu as une grosse ligne de sang séché en bas du dos. Et ça saigne par endroit, là. Y a aussi pas mal de fils qui sont coincés dans le sang.
– Enlève-les.
– Mais tu…
– Enlève-les quand même. C'est pas grave, ça ira.
A contre-cœur, Liza se livra à l'arrachage méthodique des fibres incrustées dans la plaie, faisant serrer les dents à David. Une fois sa besogne terminée, elle dit d'un air inquiet :
– Ca saigne encore plus, tu veux que l'on bande ?
– Mets d'abord de l'alcool dessus.
– Tu… Tu es sûr ?
– Je préfère ça que d'attraper une saloperie. Dans un endroit pareil… Vas-y.
Liza fouilla dans le sac pour sortir coton et alcool puis versa le deuxième sur le premier d'une façon assez maladroite, en en renversant un peu à côté. Elle se mit ensuite à tamponner le coton par endroit, faisant gémir David dont le dos se cabrait sous la douleur. Elle dut changer une fois de coton et continua à appliquer l'alcool sur les blessures ouvertes. Finalement il lui sembla que plus rien ne coulait et elle le fit savoir à son protecteur.
– Parfait, passons au bandage.
– D'accord.
Liza sortit le rouleau de gaze et fit plusieurs fois le tour du ventre de David pour finalement serrer le bandage avec une épingle à nourrice incluse dans le kit. Le père de famille se releva et vérifia que le bandage tenait. Ce qui était le cas.
– Eh bien, félicitations mademoiselle l'infirmière, du travail de pro.
Liza eut un petit rire et rosit des joues. Puis elle regarda plus attentivement la silhouette de David.
– Tu es mince. Tu es même maigre, je dirais.
– Oui, je… je n'ai pas eu beaucoup d'appétit ces dernières années… Je ne mangeais que lorsque mon ventre protestait vraiment et ce n'était jamais grand chose.
– Et pourtant on voit des muscles…
David soupira en tâtant ses abdominaux qui n'étaient pas pour autant très développés.
– Je n'ai que la peau sur les os. Mais je dois avouer que oui, j'ai un peu entretenu. Je…
Il regarda Liza un bon moment puis autour de lui. Il pouvait se confier à elle. Elle était restée suffisamment longtemps avec lui et qu'avait-il à perdre ?
– Je réarrangeais souvent des pièces de la maison pour m'occuper. De véritables déménagement. Et parfois je le faisais avec la chambre de Lizzie, comme ça, d'un coup, pour essayer de… de ne pas l'imaginer à tel ou tel endroit de la pièce… Des souvenirs trop douloureux. Mais au final… Je finissais toujours par tout remettre en place, par respect pour sa mémoire.
Un silence pesant suivit. Liza fixa son protecteur d'un air étrange mêlant tristesse et quelque chose d'autre d'intense. David ferma les yeux en se forçant à ne pas penser maintenant à cette chambre vide. Cette chambre qui le conduisait à visualiser la tombe de Lizzie, ce qui finalement l'amenait à revoir l'accident… Il secoua la tête et dit soudainement d'une voix forte :
– Enfin, voilà pourquoi j'ai encore de quoi me battre… Et je faisais pas mal de vélo d'appartement aussi, pour me… pour me fatiguer les soirs ou je n'arrivais pas à dormir. Ce qui te permet d'avoir un homme fort et endurant pour te protéger.
Et ce faisant il gonfla ses petits biceps en prenant un air exagérément fier de lui, ce qui fit rire de bon cœur la petite fille. David, heureux de s'en sortir sur une note légère, se rhabilla, se ré-équipa puis se dirigea vers la sortie en compagnie de Liza.
Comme l'avait affirmé Liza, l'école était redevenue calme. Pas une Caricature sur le chemin. La cour était de nouveau éclairée par le ciel uni et gris. Il eut un début de sourire et respira à fond l'air tiède du monde éthéré qui était décidément plus hospitalier. Il s'y faisait, comme on s'acclimate à une ville lorsque l'on fait du tourisme. Restait le problème de la population locale. Il regarda sa batte en se disant que ce n'était pas un armement très lourd face à l'armada de créatures qui traînait dans les rues. Mais il s'y ferait.
Il ouvrit doucement la double porte de l'entrée et plissa les yeux pour voir du mieux qu'il pouvait au travers du brouillard. Personne. Il entreprit donc de remonter la rue en face de lui afin d'arriver directement devant l'hôpital d'Alchemilla. Melissa l'y attendait sûrement.
Il fut pris brièvement d'une forte envie de revoir cette femme douce aux cheveux longs et ondulés qui lui avait fait confiance, qui l'avait éclairé et qui s'était montrée préoccupée par ce qui pouvait lui arriver. Encore cette sensation depuis longtemps oubliée. Il se força à se concentrer sur autre chose, en attendant de l'avoir en face de lui.
Un Camisole apparut devant eux. David se pencha vers Liza et lui intima le silence en posant son index sur sa bouche. Puis le duo se mit à marcher très doucement vers le trottoir pour contourner la créature errant en plein milieu de la route. Leur démarche aurait eu de quoi faire sourire n'importe quelle personne les ayant croisé dans une rue normale. Mais pour l'heure la ville n'était plus peuplée par des personnes. Ils parvinrent à s'éloigner de la créature et se permirent un clin d'œil réciproque avant de reprendre leur progression.
Le chemin fut ensuite plus tranquille. David profita du silence et de la tranquillité. Il commençait de plus en plus à les apprécier. Cependant ce bonheur fut de courte durée puisqu'en face se fit entendre le bruit de centaines de petits pas. Se mettant sur ses gardes, David fronça les sourcils : il n'avait jamais encore entendu un tel son ici. Il se décala sur le côté tout en observant le brouillard face à lui. Etait-ce là une armée de Caricatures ? Il espérait fortement que non car il craignait pour sa santé mentale s'ils se mettaient tous à crier.
Mais ce qu'il vit émerger lui fit hausser un sourcil. Il s'agissait d'un scolopendre. Ou plutôt un mille-patte, mais sa tête se résumait à une trompe suintante, s'ouvrant et se refermant sans cesse, et les diverses parties de son corps filiforme avaient toutes des tailles différentes. La tête et le reste de la créature étaient séparés par une sorte de collet en métal ressemblant fortement à une jointure de tuyau d'arrosage mais en énorme, rouillé et grinçant. La chose passa devant eux sans les voir et David se rassura un temps, reprenant sa marche.
Mais à peine eut-il fait deux pas que le scolopendre fit soudainement demi-tour en décrivant un arc de cercle et fonça vers eux avec célérité. David prit Liza dans ses bras et évita la tête qui émit un bruit de succion en passant. David se crut alors sauvé mais ce fut avant que toutes les « boules » difformes attachées les unes aux autres et qui constituaient l'anatomie du mille-pattes se mettent à gargouiller. Il se recula vivement mais pas assez vite pour ne pas respirer un peu du gaz ocre que fit s'échapper la créature des pores de sa peau dans un bruit de cocotte-minute sous pression. Alors qu'une toux violente s'emparait de lui, il cacha aussitôt le nez et la bouche de Liza de sa main libre et courut vers un muret de maison assez haut. Il y déposa Liza puis s'y hissa et invita la jeune fille à courir le long de celui-ci. Le scolopendre, qui les avait suivi jusqu'au muret, sembla dès lors désemparé et resta sur place à bouger la tête de droite à gauche. David commençait à pleurer et sa toux ne se calmait pas.
Le muret n'était pas très long et il fut bien obligé de redescendre. Liza insista pour courir à ses côtés plutôt qu'à être un poids mort dans ses bras. Ils sautèrent donc de concert sur le sol et se mirent à courir loin de la bestiole que David ne se sentait pas en état de combattre après le gazage dont il venait d'être la victime. Il voyait flou, mais distinguait assez les formes des bâtisses et des arbres pour ne pas heurter l'un ou l'autre. Le mille-pattes se mit à leur poursuite après quelques secondes, mais le duo avait déjà pris trop d'avance et les deux bipèdes finirent par le semer. David se permit alors de s'arrêter pour reprendre son souffle alors que sa toux commençait seulement à se calmer. Ses yeux pleuraient encore mais sa vision revenait lentement. Il se tourna vers Liza et la fixa de ses yeux rougis :
« Tu n'as rien, ça ne t'a pas atteint ?
La petite fille secoua la tête avec un air inquiet.
– Non mais toi ?
– Ca… Ca va passer, on dirait. T'en fais pas. Bon dieu, quelle saloperie… Du gaz maintenant… J'espère qu'il n'y en a qu'un. Allez on continue. »
La voie était désormais libre et ils ne rencontrèrent plus d'obstacles jusqu'à l'hôpital d'Alchemilla. Une des grilles de l'établissement était grande ouverte. L'autre était couverte par endroit de petits feuillets scotchés au mur. Tous avaient été rayés dans leur ensemble sauf un. David s'en approcha et lut.
Je suis finalement revenue. J'ai trouvé quelques documents à lire, je t'attends à l'intérieur, David. Mel.
De lire le petit mot, David se sentit soudain plus léger. En dehors de Liza, personne jusqu'ici n'avait autant montré d'intérêt pour lui.
La sensation qu'il avait déjà eu plusieurs fois en pensant à Melissa lui revint. Il n'y avait plus de doutes possible. Il savait ce qui lui arrivait. Quelque chose de très humain, même s'il ne l'attendait pas ici et après si peu de temps. Il connaissait à peine Melissa. Et si elle avait été amenée à Silent Hill, elle pouvait cacher un lourd secret, voire un crime, comme Robert. Cette constatation l'incita à se méfier mais demeurait l'envie de revoir le visage serein et souriant de la jeune femme.
Il s'empara du billet et le mit dans sa poche puis passa la grille, une Liza à l'air grognon sur les talons. Dans la cour de l'hôpital se trouvait une ambulance aux pneus crevés et au capot complètement défoncé, comme si le véhicule avait heurté un animal massif. Après avoir regardé un moment la carcasse, David s'intéressa au bâtiment en lui-même. Il avait une forme de U, était gris et ressemblait davantage à un bunker géant. Mais au-delà de cet aspect peu avenant, il semblait en bon état. Après avoir tendu l'oreille pour essayer de percevoir un son suspect en vain, il passa la double-porte de l'entrée qui grinça sur son passage. Derrière celle-ci se trouvait la salle de réception, aux murs peints d'un vert foncé assez sinistre, au carrelage craquelé et à la poussière omniprésente. Au fond de la salle, contrastant avec ce tableau dépeignant un lieu d'un autre temps, se trouvait Melissa, allongée sur un banc, les jambes croisées. Elle lisait un dossier d'un air tranquille, un crayon entre les dents. Lorsqu'elle tourna la tête pour apercevoir David, son regard s'illumina et elle se leva d'un bond pour courir vers le père de famille. Celui-ci put alors sentir pour la première fois depuis longtemps les bras d'une femme l'enlacer puis l'attirer à elle. Melissa se contenta de le serrer contre lui avec force et déclara :
« Je commençais à m'inquiéter. Tu as vu le nombre de feuillets que j'ai laissé dehors ? J'ai tourné en rond pendant un bon moment à t'attendre…
Elle relâcha doucement son étreinte pour se tourner vers Liza.
– Je vois que tu t'en es bien occupé, dit-elle en montrant David du doigt, bien joué…
Liza se contenta d'un petit grognement et préféra regarder ailleurs. David comprit tout de suite ce qui rongeait la jeune fille mais il décida de ne rien y faire. Les caprices d'une jeune fille passaient avec le temps, et la jalousie faisait partie de ces caprices. Il regarda le dossier que tenait Melissa entre ses mains, ce que remarqua cette dernière.
– C'est… C'est un rapport d'autopsie. De la police. J'en ai lu plusieurs autres. Après recoupement, je pense pouvoir affirmer que le Culte de Silent Hill était composé d'une belle brochette de cinglés.
– Que veux-tu dire ? De qui est-ce l'autopsie ?
– Leur identité n'a pas vraiment d'importances. Ils exerçaient tous des métiers banals, leur casier était vierge… Mais je peux t'assurer qu'ils sont morts parce qu'ils en savaient trop sur le Culte, qu'ils s'y intéressaient de trop près sans en faire partie.
David jeta un coup d'œil à Liza pour voir si elle réagissait, mais la petite fille continuait de regarder ailleurs, les bras croisés.
– Je sais pas encore trop ce qui se passe ici, poursuivit Melissa en regardant autour d'elle, mais ça a un rapport avec les magouilles de ces fanatiques, j'en mettrais mon calepin au feu. Tu as appris quelque chose, de ton côté ?
David pensa aussitôt lui raconter ce qui s'était passé avec Nick. Puis il regarda Liza qui maintenant le fixait avec un air intense, comme attendant quelque chose de sa part. Le père de famille commença alors à paniquer. Il ne pouvait pas parler du comportement étrange de Liza, il ne le devait pas. Mais en même temps, Melissa était de son côté et il avait envie d'être franc avec elle, d'établir une réelle complicité. Devant l'hésitation flagrante de son protecteur, Liza s'empourpra tout en gardant son calme puis dit d'un ton vexé :
– Si vous voulez vous dire des trucs en privé, ça ne me dérange pas. Faites vos… vos trucs d'adultes.
Melissa haussa un sourcil et attendit une réponse de David qui mit du temps à venir. Il finit par considérer que Liza lui donnait son autorisation et dit :
– Bien, on va aller dans une autre salle. Tu attends ici, ça ne te dérange pas ?
– Non. »
David eut un frisson en percevant la froideur de la réponse mais sa gêne disparut lorsque Melissa le prit par l'épaule pour l'inviter à passer dans une autre pièce un peu plus loin dans le couloir de la réception. Ils entrèrent dans une salle d'examen aux lits vides et défaits, aux éviers insalubres et aux documents éparpillés. Melissa referma la porte derrière elle et s'y colla. David s'était avancé au centre de la pièce et se retourna d'un coup. Ils étaient seuls et au calme. Des images, des concepts lui vinrent à l'esprit. Une pulsion se réveillait en lui. Mais la situation, le lieu et son abstinence pendant des années le retinrent de faire quoique ce soit. Melissa le regarda intensément.
« Tu as vraiment quelque chose à m'apprendre ou c'était un prétexte ? Je penche pour la 2e solution, sinon pourquoi laisser ta petite protégée dehors ?
– C'est compliqué, et non ce n'est pas un prétexte, j'ai des informations sur ce qui s'est passé à Silent Hill avant que tout ça… ne soit là.
David se rendit aussitôt compte qu'au fond de lui, il ne voulait pas le moins du monde dévoiler quoique ce soit à la journaliste. C'était son secret. Melissa s'avança lentement sans le lâcher du regard.
– Mmh… On en parle avant, ou après ?
David, malgré ses instincts premiers, trouvait la situation objectivement étrange. Il connaissait à peine cette femme, le cadre n'avait rien de très chaleureux et de surcroît il était légèrement angoissé à l'idée de délaisser Liza pour se consacrer à une femme qui elle semblait pouvoir se débrouiller seule. Aussi commença-t-il par exposer ses doutes.
– Melissa, je… Ca fait très longtemps que je n'ai pas… Et pourquoi soudainement, tu… enfin tu vois…
La journaliste haussa un sourcil tout en enlevant son par-dessus.
– Je le sens. Tu en as envie autant que moi j'en ai envie. J'avoue être un peu surprise moi-même. Je ne suis pas du genre à avoir des envies soudaines. Peut-être est-ce la solitude de ce lieu qui renforce le moindre lien qui pourrait nous unir ? Ou peut-être la ville fait-elle remonter vraiment tous les instincts, autant celui de la survie que d'autres…
Elle sourit en coin tout en se postant devant David pour lui ôter lentement la sangle de son sac. David se laissa faire. Il ne savait toujours pas quelle attitude adopter. La proximité de Melissa lui permit de sentir son odeur particulière et d'observer le visage fin et malicieux de la journaliste. Liza restait cependant dans son esprit. Melissa pencha la tête sur le côté.
– Allez, dis-moi que toi aussi tu en as envie. Dans un endroit pareil, vu les épreuves que l'on affronte, on a bien droit à un peu de plaisir. Laisse-toi aller au « repos du guerrier »…
Elle saisit le col de son pull et attira David de sorte que leurs deux visages n'étaient séparés que de quelques centimètres. Melissa susurra avec ardeur :
– Allez ! Lâche-toi ! Un moment d'oubli pour nous deux, maintenant ! Embrasse-moi, David ! Fais-moi l'amour ! Baise-moi ! »
Ces mots finirent de décider David. Le corps de Melissa à portée, sa douce voix, son odeur, son regard perçant et félin, il ne pouvait plus tenir. Il ne savait pas d'où cela venait exactement. Si cette attirance venait d'un quelconque critère ou si c'était seulement la rencontre de deux pulsions soudaines. S'il aimait d'une quelconque façon cette femme. Mais elle lui avait presque ordonné de le faire. Maintenant. Il oublia Liza, Lizzie, tous ses doutes et problèmes pour se concentrer uniquement sur le plaisir de la chair.
Il saisit la nuque de Melissa et l'attira vers lui, l'embrassant fougueusement, avec une intensité presque sauvage. La jeune femme répondit spontanément. Le premier baiser terminé, le désir leur fit perdre la notion du lieu et ils ne virent plus chacun que le corps de l'autre, désirable, charnel, chaud.
A mesure qu'ils se déshabillaient tout en se fixant l'un l'autre, le désir augmentait. Ils avaient vu tant de choses hideuses, de créatures laides et décomposées, que la vue d'un corps humain du sexe opposé supplantait absolument tout.
Une fois nus, ils se jetèrent sur un des lits défaits et crasseux et entamèrent l'acte. Les préliminaires étaient superflues. Autant aller à l'essentiel. David se laissa aller à un plaisir bestial tandis que Melissa n'hésitait pas à le griffer pour souligner sa propre extase.
Tandis que les deux adultes se livraient à leurs ébats, Liza était assise contre la porte de l'autre côté et écoutait avec un air triste, les yeux rivés sur le sol. A mesure que les gémissements de Melissa devenaient plus distincts, elle resserra ses jambes contre elle. Elle murmura en boucle :
« Ca ne veut rien dire… non… Ca ne veut rien dire… non… »
Finalement les ébats prirent fin dans un cri d'extase de Melissa qui se crispa en arrière alors qu'elle avait pris le dessus. Puis la jeune femme vint se coller à David et glissa lentement sur son côté. Pendant une minute, les deux reprirent leur souffle. David regardait le plafond, hagard. Il ne savait pas trop quel sens il devait donner à ce qui venait de se passer. Avant de rencontrer « maman », il lui était arrivé de coucher avec des filles, juste un soir. Mais quelque part, il avait toujours jaugé dans ces situations s'il était possible de construire quelque chose. Là, rien. Il l'avait fait pour le faire. Pas pour construire une relation, ce n'était ni le lieu ni l'endroit. Non, ce n'était pas pareil que d'habitude. Il tourna la tête vers sa partenaire et déclara :
« Ca ne signifie rien, n'est-ce pas ?
Melissa eut un sourire que David jugea un peu triste. Elle dit doucement :
– Dans un monde pareil, empli de folie et de violence, vide de conscience et de sentiments ? Je ne crois pas, non. C'était plus… une libération mutuelle.
David acquiesça légèrement.
– Le mot convient parfaitement. Une libération.
– Ceci étant dit, c'était un très bon moment, merci David. Un véritable échappatoire de quelques dizaines de minutes hors de cette prison brumeuse.
– Je devrais tout autant te remercier…
Il se redressa et observa son corps.
– Bon sang, nos deux corps sont tellement sales, je n'ai même pas fais attention.
Melissa se redressa à son tour et regarda le ventre de son partenaire dans une grimace.
– Et moi je n'ai pas remarqué que tu avais cette blessure. Bon sang, on a vraiment été… emportés par nos ardeurs. Ce n'était pas très malin de faire ça alors que tu as ce bandage…
David haussa les épaules puis sourit en coin.
– Il ne nous a pas gêné… Et il tient toujours. Je peux remercier Liza. Elle a vraiment fait du bon boulot. Et elle fait tout pour ne pas être un poids mort. Je commence vraiment à m'attacher à cette fillette. Je ne vais pas pouvoir me résoudre à la laisser à qui que ce soit… »
De l'autre côté de la porte, Liza écarquilla les yeux alors que son cœur s'accélérait soudainement. Elle se releva lentement et ferma les yeux, visiblement soulagée par les propos de son protecteur. C'est alors qu'elle s'étrangla et baissa la tête, ses cheveux cachant son visage puis siffla tout bas de sa voix déformée :
« Des mots… De jolis mots… C'est facile à faire des mots… On les expulse dans l'air et ils s'évanouissent dans le néant… Du vent, voilà ce que c'est… Comme toutes tes tentatives… »
Elle reprit soudain conscience en relevant violemment la tête puis courut à toutes jambes vers une poubelle pour y vomir une flopée de goudron chaud et fumant, les yeux rougis et larmoyant. Après avoir reprit son souffle, elle se releva et frappa violemment le mur à côté d'elle en couinant, furieuse contre elle.
Quelques secondes plus tard, David déboulait dans la réception en pantalon, pieds et torse nus, son couteau dans la main, prêt à combattre. Lorsqu'il remarqua que Liza était seule et à genoux, il s'en approcha et sentit l'odeur du goudron lui prendre les narines. Il mit un genou à terre et saisit Liza par les épaules.
« Tu ne veux toujours pas me dire ce qui t'arrive ?
Liza secoua la tête et se força à se relever.
– Ce n'est rien, je te le répète… Tu as pu voir que ça ne m'empêche pas de te suivre et de t'aider… Alors ne t'en fais pas. Je survivrai.
David, légèrement vexé par l'obstination de Liza à ne rien dire, n'en montra cependant rien et se contenta de lui ébouriffer les cheveux avant de se relever. Melissa se montra à son tour, en jean et soutien-gorge, l'air préoccupé.
– Liza n'a rien ?
– Non, fit David. Elle a juste de temps à autre… une petite crise de toux, assez violente.
– Oh… Ce n'est pas une « petite » crise, alors.
– Oui… Oui, c'est vrai.
David retourna dans la salle d'opération pour finir de se rhabiller, invitant Liza à le suivre. Il demanda à Melissa tout en remettant sa chemise :
– Tu en as fini avec cet endroit ?
– Je pense, oui. J'ai un peu tout visité. J'ai eu de la chance, le cauchemar ne s'est pas déclenché quand j'étais ici. Je n'ose imaginer ce que cela peut devenir…
– Tant mieux. Mieux vaut ne rien imaginer, pour notre santé mentale.
– Et toi, quelque chose à trouver ici ?
David resta silencieux quelques secondes puis dit d'un ton tranquille :
– Je vais visiter, comme toi. Après tout, c'est ce que nous sommes, non ? Des visiteurs…
Melissa eut un rire nerveux puis massa tendrement l'épaule de David.
– Assurément. Je trouve le terme merveilleusement approprié. Tu veux que je t'accompagne ?
– Je ne veux pas risquer que tu te retrouves ici lorsque la sirène va se mettre à hurler.
– La dernière fois qu'elle a sonné, j'étais dans une supérette et à mon réveil je me suis retrouvée coincée dans le hall du magasin avec dans les rayons des produits avariés ou pourris. Sans issue et agressée en permanence par une odeur insupportable, sans compter que je n'y voyais pas grand chose. Ca ne peut pas être pire ici… Et puis je connais un peu l'endroit.
David finit par hausser les épaules. Il voulait éviter qu'elle soit là lorsqu'il trouverait ce qu'il était venu prendre. Il ne savait pas trop pourquoi mais l'énigme d'Alessa Gillespie lui semblait être son problème personnel. Il voulait d'abord connaître toute la vérité avant de parler à quiconque, même Melissa.
– Bien, tu peux me conduire au bureau du directeur ?
– C'est parti, suivez le guide. »
Elle se dirigea vers le banc sur lequel elle était allongée lorsque David était entré et prit sur le rebord de celui-ci un pied de biche. Puis elle passa la double-porte, les deux autres sur ses talons. Le couloir devant eux était décoré de la même façon que la réception et n'avait pas trop souffert du temps. Une question vint à l'esprit de David.
– Des monstres ici ?
– Aux étages… Des infirmières sans…
– Sans visage, la coupa David. Il y a les mêmes dans l'autre hôpital…
– Oh…
Elle compta les portes et en poussa une dont la serrure avait été fracturée. Melissa précisa d'un ton léger :
– J'avais la flemme de chercher la clé.
Ils pénétrèrent dans le bureau du Dr Kauffman, une salle à l'aspect austère, sans vie, aux meubles nus et à la paperasse parfaitement rangée. Pas même une plante verte – ou du moins un cadavre de plante verte. Melissa montra un meuble de rangement de dossier.
– Là-dedans se trouvent les dossiers médicaux que gardait pour lui le Directeur – sans doute des dossiers compromettants.
Sans répondre, David s'avança vers le meuble et se mit à chercher rapidement la lettre G. Il finit par extirper le dossier beige marqué « Alessa Gillespie ». Avant de l'ouvrir, il se tourna vers Liza. Elle portait un regard intense sur le dossier et ses poings étaient serrés, mais elle ne bougeait pas. Melissa lut par-dessus l'épaule de son amant :
– Qui est-ce ?
David eut quelques réticences à répondre, souhaitant garder pour lui le secret de son rôle dans l'existence de ce monde infâme. Mais il finit par soupirer et dit :
– Cette fille a un rapport avec tout ça. On a trouvé des indices.
Il se contenta de ces informations. Il voulait garder l'histoire de Nick, le journal de l'infirmier, le pupitre d'Alessa et la photo géante pour lui. Avec délicatesse, il ouvrit la chemise qu'il pensait être la solution. Il s'appuya contre un mur et commença à regarder les pièces du dossier. Quant il eut fini, son cœur battait plus vite que la normale. Il n'avait pas encore toutes les réponses, mais les choses s'éclaircissaient. Il ferma le dossier et regarda Liza. Elle avait un lien avec Alessa, c'était indubitable. Restait à savoir lequel. Ce n'était pas Alessa, elle ne lui ressemblait pas. A moins que Liza ne fut possédée par Alessa d'une manière ou d'une autre. Il y avait des histoires de rituels dans tout ça, des rituels liés à un culte plus proche du Diable que de Dieu. David n'avait jamais cru à tout ça mais à présent tout lui semblait probable. Il se demanda ensuite si Liza n'était tout simplement pas une illusion qui allait avec tous cet univers bizarre. Ses doutes le reprenait.
Il ferma les yeux pour se forcer à oublier ses interrogations à propos de Liza et se concentra sur Alessa. Il devait en savoir plus. Il regarda Melissa.
– Tu sais où est-ce qu'on a le plus de chance d'en apprendre sur une personne ?
Melissa fronça les sourcils et sembla vexée, mais répondit :
– Je dirais les Registres Publics… Mais tu pourrais m'en dire un peu plus sur cette Alessa et sur ce qu'elle représente ici ?
– Si je t'en parle maintenant, ça ne fera que t'embrouiller. Et je n'ai pas le temps de te parler de tout ce que je sais. Une fois que je saurai la vérité sur cette fille, je te promets que je te révèle tout. Mais en attendant…
Melissa sembla d'abord prête à exploser, ce à quoi David s'attendait. Il s'agissait d'une journaliste, avide d'informations et de vérités. Mais finalement la jeune femme ferma les yeux et sourit doucement.
– Je vois. Je ne peux pas t'en vouloir. Pas le moins du monde. C'est ton scoop à toi, si je puis dire. Ceci dit, je voudrais marchander.
– Hein ?
– Je te laisse dégoter seul la vérité si tu réponds à une seule de mes interrogations.
Le père de famille se sentit tout de suite mal à l'aise, sentant venir à coup sûr une question à propos de Liza. Il regarda sa protégée qui semblait tout aussi anxieuse en regardant de biais la journaliste. Après quelques secondes d'un silence pesant, Melissa déclara :
– On court tous après quelqu'un ici. Je veux que tu me dises après qui toi tu cours.
David écarquilla les yeux. Il était totalement pris au dépourvu. Il n'avait même pas pensé que Melissa pouvait l'interroger sur Lizzie. Comme si elle avait été secondaire, en arrière-plan. Il s'en voulut terriblement, son cœur le faisant de nouveau souffrir en se serrant. C'était une preuve de plus qu'il l'oubliait. Il ne devait pas. Il regarda Liza et pensa un instant lui mettre la responsabilité de cet oubli sur le dos, encore une fois. Ca non plus il ne devait pas. Il n'y avait que lui pour avoir tel ou tel comportement.
Finalement il évalua le marché de Melissa. Pesant le pour et le contre, il se rendit compte que garder le secret à ce sujet ne servait à rien. Ils avaient tous une raison d'être ici plus ou moins inavouable.
– Bien. Je cherche ma fille Lizzie, qui a 10 ans.
Melissa ne put s'empêcher de regarder Liza et la montra de l'index.
– Euh…
– Ce n'est pas Lizzie.
– C'est quand même étrange que…
– Je sais, soupira David en se pinçant l'arête du nez, mais s'il te plaît n'en rajoute pas. Ma fille est morte dans un accident. Et il y a quelques jours elle m'a envoyé une lettre me disant qu'elle était à Silent Hill. Alors je la cherche, voilà.
Melissa médita les propos de David un instant puis se dirigea vers le couloir.
– Je vois que nous sommes dans le même genre de galère. Nous courons après des fantômes. Mais dans un endroit pareil… Les fantômes ont de grandes chances de prendre corps… tu aimes ta fille n'est-ce pas ?
– Bien sur que oui !
– Mmh… On n'est donc pas tout à fait dans la même situation… Je vais t'amener jusqu'aux Registres Publics puis je m'en irai fouiller le théâtre Artaud. Ca te va comme plan ?
– Oui. Je… Tu ne le prends pas mal, pour le…
Il agita le dossier d'Alessa. Melissa agita quant à elle la main et sourit en coin.
– Bah, t'en fais pas. J'ai confiance en toi, tu vas trouver. Dis-moi juste… Quel âge a cette Alessa Gillespie d'après tout ces documents ?
David considéra que ce n'était qu'un détail et répondit vaguement :
– Les documents sont anciens mais tout indique qu'elle avait dans les 10 ans…
Melissa prit un regard malicieux et sourit de plus belle. Elle jeta un coup d'œil à Liza puis sortit de la pièce en déclarant :
– Lizzie, Liza, Alessa… Ca fait beaucoup de fillettes de 10 ans, je trouve. Et quand on est journaliste, les coïncidences sont des exceptions à la règle. La règle étant qu'il n'y a pas de coïncidences. »
Entre Liza et Melissa, j'adore vous perdre.
