L'EVEIL – Chapitre 12
Chapitre 12 : « L'éveil. »
|Et ce fut un combat de moins à mener : celui pour la vie d'une Aigle blonde.|
La nuit infinie se parsemait d'éclats blancs. Vifs et éphémères, ils représentaient les dernières traces de vie au milieu d'un monde mort.
« Reviens-nous. »
« Meurtrier. »
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Tu serais déçue. »
« Il faudra s'éveiller. »
« Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ! »
Ces voix se faisaient de plus en plus fortes. C'était un univers immense qui se précisait peu à peu. Parmi les étoiles, petits éclats de vie, les paroles tantôt suppliantes tantôt sèches se superposaient dans une sorte de concert lointain mais de plus en plus assourdissant.
Et puis, il y avait ce petit bruit. De temps en temps, il émettait un son, et il semblait à Luna que c'était à intervalles réguliers. Ça la perturbait beaucoup, elle n'arrivait pas à savoir ce qu'il indiquait.
Au début, ses pensées avaient été très confuses. Inexistantes ça avait été l'obscurité éternelle ajoutée à quelques bribes vivantes, parfois quelques atomes étincelants.
Mais ensuite, et depuis lors, tout s'était précisé et tout se ressoudait.
Le monde reprenait vie.
Luna reprenait vie.
Et finalement, ses yeux furent éblouis par une lumière trop vive et on put constater que l'endormie s'était éveillée.
-Alors, Granger, t'es de retour avec les petits Gryffys ?
Hermione n'arrivait pas à se concentrer. Son camarde et plus grand ennemi, Drago Malefoy, s'employait à l'en empêcher.
-Un problème avec ça ? répondit-elle sans lâcher des yeux sa copie.
Drago ricana et répliqua sèchement :
-Ce sera plus facile de vous avoir si vous restez groupés.
Hermione serra les lèvres et se retourna soudainement vers Drago à sa gauche. Ses cheveux tournoyèrent avec elle et elle pointa un doigt sur la poitrine du blond :
-Tu devrais avoir honte de ne pas avoir évolué durant toutes ces années.
-Mais bien-sûr...
-C'est le cas, Malefoy. Tu continues à vouloir du mal à tout l'univers pour une raison qui lui échappe. Quelqu'un a-t-il déjà eu confiance en toi ?
Faute de pouvoir répondre affirmativement, il se détourna et fit mine de ne pas l'entendre, comme si elle n'était pas assez importante pour qu'il lui réponde.
-C'est bien ce que je pensais, dit Hermione en reprenant sa plume.
Drago grimaça et, de colère, fit l'exact même geste qu'avait fait Hermione envers lui : il se redressa et la contempla d'un arrogant regard tout en se tournant vers elle.
-Et alors ? La confiance, ça n'a jamais été mon fort. Ça n'apporte rien. Ça ne me ferait pas me sentir mieux.
-Tu te trompes.
-Non. Personne n'a jamais eu confiance en moi, c'est comme ça. Remet-t'en, Granger.
-Je...
-C'est pas bientôt fini, tous les deux ? Vous êtes les deux seuls élèves de ce cours, je vous rappelle. Je vous entends, et ça m'énerve.
Les deux sorciers se turent devant l'autorité du professeur et subirent trois heures communes dans un silence plat.
A la fin, lorsqu'Hermione se leva pour quitter la salle, elle ajouta dans un murmure :
-Quelqu'un a eu confiance en toi, une fois. T'étais trop occupé à tenter de la ridiculiser pour le voir, c'est tout.
Drago resta immobile jusqu'à ce que la porte claque derrière Hermione. Il se relâcha d'un coup et soupira. Prenant son visage entre ses mains, il en oublia la présence du professeur. Il avait détesté la maltraiter toutes ces années, à partir du moment où il avait compris que ce n'était qu'une façon de se défendre de ses sentiments mais alors qu'il devait préserver sa réputation.
-Quand est-ce que vous comptez lui dire que vous n'aimez pas lui faire du mal ?
Drago releva soudainement la tête et, jetant un regard noir au professeur qui venait de parler, il récupéra ses affaires et quitta la salle.
-Hermione !
Veine rattrapa Hermione en courant et lui proposa de travailler ensemble, puisque les cours venaient de se terminer pour la journée. La sorcière hocha la tête mais se ravisa au dernier moment :
-Tu as beaucoup de parchemins à rendre ?
-Non, pourquoi ?
-Suis-moi. Je voudrais te présenter quelqu'un.
-Qui ça ?
-A une personne qui sait pardonner.
Veine sourit et ses cheveux se teintèrent d'une couleur rouge vif. Hermione le vit et éclata de rire.
-Je vois que tu sais comment faire une belle entrée en matière !
Elles parcoururent les couloirs du château et furent légèrement retardées par les escaliers qui n'en faisaient qu'à leur tête.
-Pourquoi ? C'est mes cheveux ? Je dois les changer ?
Elle paniqua un peu, n'ayant pas entièrement compris la phrase d'Hermione.
-Tes cheveux sont parfaits.
Veine lui fit un grand sourire qui faisait craquer Hermione. Cette petite fille semblait à la fois si forte, si curieuse et si mignonne. La sorcière semblait vraiment s'attacher à elle malgré le peu de jours qu'elles avaient partagés.
-Et puis, Veine, ne change jamais pour personne.
Hermione arriva finalement devant la Salle commune des Gryffondors, où l'attendait un jeune homme dont la famille était rousse depuis des générations.
-Oh, Her...
Il s'interrompit devant Veine. Celle-ci s'arrêta soudain. Elle écarquilla deux grands yeux verts et murmura :
-Ronald Weasley.
Hermione sourit en voyant à quel point Veine se sentait soudain timide. Ron fronça les sourcils puis fit un geste de la main vers Veine pour lui dire bonjour.
Il ne s'attarda pas longtemps, ce qu'il avait à dire à Hermione était beaucoup plus important. Il semblait pressé.
-Hermione, McGonagall nous a convoqué tout à l'heure. J'allais venir te chercher, on a rendez-vous avec elle dans exactement… (Il regarda sa montre) deux minutes.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Aucune idée. Elle a simplement dit que c'était urgent. Harry, Neville et Ginny seront sûrement là aussi.
Hermione hocha la tête et se tourna vers Veine.
-On se voit plus tard ?
Elle fit signe qu'elle était d'accord et partit sans un mot, légèrement rouge.
-Ron, je crois qu'elle est amoureuse de toi.
Il éclata de rire et Hermione réalisa à quel point cela lui avait manqué.
-Très bien, vous êtes tous là.
Hermione fixait délibérément la directrice de Poudlard, le regard figé droit devant sans se préoccuper des regards de ses amis. Ou anciens amis, elle n'était pas encore sûre de ce qu'ils ressentaient, même si pour elle, ils étaient encore dans son cœur.
A ses côtés, Ron faisait de même et lui souriait même pour la rassurer, comme pour lui dire « Fais semblant qu'ils ne sont pas là, moi je suis là. »
D'accord, c'était très niais de la part d'Hermione de penser ça, mais c'était l'honnête vérité.
-Nous avons des nouvelles de l'hôpital. Ce que je vais vous dire là ne concerne pas le reste des élèves, et par soucis médicaux, nous préférons que les Serdaigle ne se ruent pas à Sinhoa. Je vous demanderais d'être discrets.
-C'est Luna ? C'est grave ?
-Elle va bien ?
Hermione et Harry parlèrent en même temps, et McGonagall leur fit signe de se taire, qu'elle allait y venir.
-Ce n'était pas encore sûr, aussi avons-nous attendu de l'être. Il y a deux jours, c'est-à-dire mardi, Luna s'est réveillée.
Il y eut une vague de soulagement parmi les élèves, mélangé à une joie sans limite.
-Quand est-ce qu'on peut la voir ?
-Elle est consciente, sans séquelles ?
-Calmez-vous. Vous irez la voir un par un, ordre du médecin. Il ne faut pas la malmener. Cependant, j'ai un autre conseil à vous donner : soyez ouverts d'esprit. Une telle expérience peut vous changer à jamais, ne soyez pas trop durs avec Luna si c'est le cas.
Mais la directrice savait très bien que c'était le cas. Elle ne voulait simplement pas les alarmer.
« Oh, au fait, ce n'est plus la même et ce n'est probablement plus le genre de personne que vous voulez côtoyer. »
Non, ce n'était pas quelque chose que l'on balançait comme ça.
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