Chapitre 13 : X.Y.Z. Le dernier espoir

Elle parvint à l'endroit attendu assez difficilement et atterrit brutalement dans un tas de détritus juste derrière le van blanc.

Tandis que la pluie s'intensifia, Aï et Rui se précipitèrent hors du van.

— Hitomi ! s'écrièrent-elles d'une même voix en courant vers elle.

Cette dernière était à plat ventre et haletait. Elle ne parvenait pas à rentrer ses ailes.

— Hitomi… Hitomi, la secoua gentiment Rui en appuyant sur un bouton pour refermer les ailes.

C'est alors qu'elle découvrit sa blessure.

— Hitomi ! S'exclama-t-elle encore plus inquiète.

Au loin, les sirènes des voitures de polices se rapprochaient. D'une manière ou d'une autre les équipes au sol avaient été prévenues.

— Aï, aide-moi à la transporter dans le van. Je n'y parviendrai pas seule.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

— Que fait-on grande sœur ? Gémit Aï prenant place aux côtés d'Hitomi tandis que Rui reprit place au volant malgré une douleur grandissante à la cheville.

— Pour le moment je m'occupe de semer les voitures de police. Essaie d'enrayer l'hémorragie. La trousse de premier secours se trouve sous le siège.

— Ok, affirma Aï la gorge noueuse.

Le véhicule démarra juste après le passage d'un autre van tandis que dans le rétroviseur Rui aperçut le reflet de deux véhicules de police.

'Curieux… Est-ce une coïncidence ou y-a-t-il un mouchard ?' Se questionna-t-elle.

Elle se mit à suivre le second van tournant à gauche, à droite et remarqua bien vite que les policiers les suivaient toujours.

— Aï, inspecte le tableau ! Il doit y avoir un mouchard, dit Rui plus durement qu'elle ne l'aurait souhaité tandis que les voitures de police se rapprochaient inexorablement.

Avec d'infimes précautions, Aï sortit le tableau de sa coquille et l'inspecta rapidement sous toutes les coutures.

— Je l'ai, s'écria-t-elle le montrant d'un air triomphant.

— Jette-le par la fenêtre lorsque je te le dirais.

— Ok ! Affirma Aï ouvrant la fenêtre arrière droite du van.

— Maintenant, fit soudain Rui tandis qu'elle bifurqua à gauche.

Aï jeta l'objet de toutes ses forces tandis que Rui pensa à se brancher sur la fréquence radio de la police.

Le mouchard tomba à l'arrière d'un camion benne qui passait alors tandis qu'Aï referma la fenêtre.

— Cat's vient de tourner à droite, je répète, Cat's vient de tourner à droite et se dirige maintenant vers l'aéroport de Narita.

— C'est dans la poche, fait Aï en claquant des doigts.

Mais sa gaieté fut de courte durée. Les gémissements d'Hitomi lui firent l'effet d'une douche froide. Elle retourna vivement auprès d'elle et lui tâta le front… Elle était brûlante.

— Que peut-on faire pour Hitomi ? Questionna-t-elle.

— Nous ne pouvons malheureusement pas la conduire à l'hôpital, c'est bien trop risqué. Nous sommes censés être à la montagne pour deux semaines.

— Oui mais… Aï s'interrompit soudainement tandis que la voix d'Asatani résonna fortement comme si elle se trouvait parmi elles.

— Inspecteur Utsumi, si jamais Cat's survit à sa chute, ce dont je ne doute pas, nous devrions aller trouver Hitomi et ses sœurs.

— Pourquoi diable voulez-vous aller les embêter ? Comme je vous l'ai déjà dit, les sœurs Kisugi sont parties en vacances pour deux semaines à la montagne.

'Les sœurs Kisugi ?' reprit Hashimoto silencieusement.

— Grande sœur ? S'alarma Aï.

— Ne t'inquiète pas, nous allons trouver une solution, affirma Rui regardant ses sœurs dans le rétroviseur intérieur.

Le visage d'Hitomi était inondé de sueurs.

— Toshi… Attention… Murmura-t-elle agitée.

— Essaie de la rafraîchir ! Je crois qu'il y a de l'eau dans le coffre, grimaça Rui.

— En vacances… La belle affaire ! Fort bien, nous irons les retrouver là-bas.

— C'est à une bonne journée de route du Cat's, tenta-t-il.

— Vous avez sans doute un numéro de téléphone où les joindre.

— Pas directement, dit Toshio baissant les épaules. Le seul numéro que j'ai est celui du café-restaurant du village. Elles n'ont pas de ligne dans leur chalet.

— Raison supplémentaire pour aller les trouver.

— Raaa ! Vous m'agacez ! Faites donc ce que vous voulez, ragea l'inspecteur Utsumi.

— Mais j'y compte bien. Seulement, vous venez avec moi, rétorqua Asatani calmement.

— Il en est hors de question, lança Toshio.

— Il est remonté notre petit Toshio, s'amusa brièvement Aï ayant trouvé de quoi rafraîchir sa sœur.

— Asatani est bien trop tenace. Il n'aura pas le dernier mot, je le crains, dit Rui observant les rues alentours.

'Sera-t-il chez lui ce soir ?' Se questionna-t-elle ensuite continuant sa route un espoir fou en tête.

— Inspecteur. Si je puis me permettre, Mitsuko ne lâchera rien tant qu'elle n'aura pas vérifié par elle-même. Si vous êtes persuadé de l'innocence de vos amies, allez-y sans crainte, intervint Hideyuki.

— L'inspecteur… Monsieur Makimura a raison, soutint le chef. Si vous voulez que votre fiancée soit définitivement mise hors de cause, nous irons les rejoindre.

— Nous ? interrogea Aï.

— Chut… Écoutes, dit Rui se dirigeant vers une zone un peu plus à l'écart et cachant une énième grimace.

— Cependant, j'y mets une condition, affirma le chef intriguant son auditoire.

— Laquelle ? S'enquit Toshio.

— Vous allez devoir m'accompagner à l'hôpital de police sitôt que nous aurons atterri. Nous avons tous trois besoin d'être examinés et soignés.

— Mais, Chef, nous allons perdre du temps supplémentaire, tenta Mitsuko.

— Asatani, c'est un ordre ! On ne discute pas, gronda-t-il.

— À vos ordres, soupira-t-elle à contrecœur.

— Cela nous laisse quelque peu d'avance, souligna Aï. Mais… Pourquoi t'arrêtes-tu là ?

— J'ai bien une solution, mais acceptera-t-il lorsque je le lui demanderai, fit Rui.

— Il ? De qui parles-tu ?

— Ryô.

— Quoi ? Ce pervers peut nous aider ? Interrogea Aï dubitative.

Il est vrai que la plus jeune ne connaissait pas « l'autre » Ryô.

— Ne t'inquiète pas pour ça, fit Rui en prenant le téléphone.

'Allez décroche… J'espère que tu ne fais pas le tour des bars' songea-t-elle ensuite à l'écoute des sonneries.

— Je t'ai dit que j'avais le temps de me mettre en route, Makimura. Que veux-tu encore ?

'Makimura ? … Serait-ce le détective à bord du 'Casus Belli' ?' Se questionna-t-elle surprise avant de se ressaisir.

— Bonsoir, Ryô. Je crains que tu ne fasses erreur. Je ne suis pas l'interlocuteur auquel tu penses.

— Salut ma belle, comment vas-tu ? Questionna-t-il avec amour ayant reconnut la voix de Rui.

— Je vais bien, merci, rétorqua-t-elle tentant de cacher son malaise.

— Mais ? Demanda-t-il soudain plus sérieusement.

Après tout, Rui n'appellerait pas à une heure si tardive si tout allait bien.

— C'est… Hitomi… Nous avons un souci.

— Pourrais-tu me donner plus de détails ?

— Vois-tu le van blanc garé devant l'immeuble ? Nous t'y attendons.

— J'arrive, rétorqua-t-il fermement sans même prendre le temps d'aller voir à la fenêtre.

Il n'en avait pas le temps, il le sentait.

Rui raccrocha, et inspira longuement avant de se tourner vers ses sœurs.

— Comment va-t-elle ? Demanda-t-elle.

— Elle a besoin de soins de toute urgence. Je ne m'y connais pas assez, mais la blessure semble assez sérieuse.

La porte latérale s'ouvrit subitement la faisant sursauter.

— Nerveuse ? Lança Ryô ironique.

'Rapide.' Songea Aï en le dévisageant.

Le sourire de Ryô disparu en apercevant Hitomi qui luttait contre la douleur.

— Depuis combien de temps est-elle ainsi ?

— Une vingtaine de minutes et nous ne pouvons pas… expliqua Rui

— Je n'en doute pas… Surtout avec la tenue qu'elle porte, dit-il avec un air libidineux.

Reprenant son sérieux, il referma la portière et fit le tour du véhicule.

— Rui, raconte-moi ce que tu sais pendant que je conduis, dit-il ensuite lui faisant signe de se déplacer.

Ce faisant, elle ne pu réprimer un gémissement, inquiétant Aï restée à l'arrière.

— Grande sœur ?

— Ce n'est rien… J'ai sans doute un peu trop forcé sur ma cheville. Je t'expliquerai après, dit-elle en s'adressant à Ryô. Hitomi est notre priorité.

— Je t'écoute, dit-il démarrant le véhicule.