Hello, voilà le chapitre qui débute l'acte des examens. Encore des petits bouts de révélations et une Solan comme je ne l'aime pas trop, mais bon c'est pour la bonne cause... Assez court, il ne s'y passe pas grand-chose côté action; ce chapitre a pour vocation de poser de nouvelles bases pour la suite de l'intrigue.


CHAPITRE 11: FOLIE AMÈRE

« Chacun de mes actes est une destruction »
Marcel Arland

Lorsque Solan s'approcha du bord du lac en ralentissant l'allure, Sasuke se laissa tomber avec indolence de sa branche d'arbre. Il glissa les mains dans ses poches et s'avança lentement sur l'herbe. Elle sembla contempler un instant son reflet à la surface de l'eau, puis y plongea complètement la tête. Durant plusieurs secondes elle demeura ainsi, immobile et le visage complètement immergé. Sasuke fronça les sourcils et accéléra imperceptiblement le pas; il n'était pas inquiet mais n'aurait pas apprécier d'être suspecté si elle se noyait par mégarde. Une dizaine de secondes passèrent tandis qu'elle ne sortait toujours pas la tête de l'eau. Cette fois-çi il claqua la langue d'un air agacé et se dépêcha de combler les derniers mètres qui la séparaient d'elle. Il l'employa fermement par l'épaule et la tira en arrière d'un coup sec.

- A quoi tu joues ? lâcha-t-il en la repoussant dans l'herbe, non sans qu'elle n'ai auparavant tenté de lui balancer son poing dans la figure.

- Fous-moi la paix ! s'exclama-t-elle avec colère tandis que ses cheveux dégoulinant lui tombaient devant les yeux. Ça va faire plus d'une heure que je cours ! J'ai bien le droit de me rafraîchir un peu le visage, non ? Pourquoi tu ne jouerais pas le type solitaire et indifférent comme d'habitude, ça m'arrangerait bien, tiens…

Solan n'avait jamais eu excellent caractère. Petite, sa manie instinctive de la désobéissance et de la bagarre lui avaient forgé une réputation de garçon manqué dont elle s'était longtemps enorgueillie. En grandissant, elle n'avait mûrie que d'apparence; à son goût prononcé pour la rébellion et la contestation s'était progressivement mêlé un indéniable penchant pour le cynisme. Sa personnalité indisciplinée et réfractaire s'était affinée, la rendant d'autant plus incisive et redoutable.

Toutefois elle avait toujours eu et su conserver cette douceur, bien que savamment dissimulée, innée chez elle. Ainsi, Sasuke gardait toujours en mémoire ce jour où il l'avait surpris à dispenser des soins méticuleux à un chat errant dont la patte était brisée: elle lui avait tout simplement confectionné une paire d'attelles avec des brindilles pour qu'il se remette de la fracture.

Sasuke l'avait compris depuis un bout de temps: Solan destinait sa verve cassante à ceux pour qui elle éprouvait ce qui pouvait ressembler à de l'affection; Naruto, Kakashi et lui en étaient donc les premières victimes. Quant à son poing au départ facile, elle n'en avait jamais usée que face à ceux qui la cherchaient ou se comportaient mal avec les autres.

L'attitude de Solan avait changé depuis leur retour du Pays des Vagues, un mois auparavant. Moins encline aux pitreries, elle arborait un air sombre et une humeur changeante. Inexplicablement irascible, son comportement se faisait parfois hargneux sans la moindre raison. Elle alternait des phases de profonde mélancolie avec de brusques accès de colère froide où elle égratignait toutes les personnes présentes de remarques venimeuses et gratuites.

Sasuke ne reconnaissait plus sa coéquipière, et il soupçonnait les étranges marques qu'il avait aperçues autour de son nombril de ne pas être tout à fait étrangères à ce brusque changement de personnalité. Il n'avait pu encore entretenir Kakashi de ses doutes, et il rechignait d'ailleurs à aborder le sujet avec lui; le junnin pourrait se méprendre en pensant qu'il s'inquiétait pour sa coéquipière, alors qu'il souhaitait tout simplement satisfaire une curiosité légitime.

- Tu deviens menteuse en plus… constata-t-il d'un air hautain. Ça fait à peine un quart d'heure que tu cours, ne me prends pas pour un imbécile.

- Quoi, est-ce que tu m'espionnes ?

- Quoi, est-ce que tu avoues ?

- Tss… Vraiment, je te préfères sourd et muet, Sasuke, répliqua-t-elle d'un ton mauvais. Tu me tapent vraiment sur les nerfs…

Elle se passa la main dans les cheveux pour les coiffer en arrière et s'allongea mollement dans l'herbe.

- La course à pied… quel sport ridicule… ronchonna-t-elle. Depuis que je suis tombée nez à nez avec Choji en pleine tentative je n'ai pas changé d'avis: il faut vraiment avoir un sérieux manque d'amour propre pour pratiquer ce sport… Sans parler des deux guignols en combinaison verte que j'ai déjà vu deux ou trois fois…

- Pourquoi est-ce que tu cours si ça t'ennuies tant que ça ?

- Qu'est-ce que tu voulais ? s'enquit-elle en ignorant sa question. Pas faire la parlotte, j'espère… Je ne suis vraiment pas d'humeur.

- Ce n'est pas par plaisir que je suis venu te voir. Kakashi a quelque chose à nous annoncer: il veut qu'on le retrouve dans une demi-heure devant l'académie.

- Mouais… en prenant large, je pense qu'on peut raisonnablement espérer ne pas avoir à l'attendre en s'y pointant avec une bonne heure de retard. Peut-être deux étant donné que c'est bientôt l'heure de manger.

- Je t'ai passé le message. Fais bien comme tu veux je n'en ai pas grand-chose à faire.

- Tu y vas tout de suite ?

- Hmm.

- Alors je vais attendre que tu partes devant pour ne pas y aller avec toi.

D'un mouvement nonchalant, elle roula sur l'herbe pour lui tourner le dos. Sasuke fronça les sourcils. Finalement il haussa les épaules et se détourna d'elle.


Les suppositions de Solan s'avérèrent inexactes, et ce fut avec deux heures et demi de retard que Kakashi les rejoignit devant l'école: les vieilles dames avaient la fâcheuse habitude de trébucher devant lui à chaque fois qu'il avait un rendez-vous. Appuyant son dos contre le tronc de l'arbre qui trônait au milieu de la cour, il sortit de sa poche trois feuilles de papiers imprimées en les agitant sous le nez de ses élèves.

- Qu'est-ce que c'est, Kakashi-sensei ? demanda Naruto. Pas une nouvelle mission de rang D où on doit ranger de la paperasse, s'il vous plaît…

- Non, ça ce sera demain matin avec les ordonnances de l'hospice. Pour l'heure, voiçi trois formulaires d'inscription au prochain examen chunnin.

- QUOI ? s'égosilla Naruto. VOUS ÊTES VRAIMENT SÉRIEUX ? NOUS TROIS ?

- Et oui. Vous avez intérêt à être à la hauteur: ceux qui échouent ne se voient attribuer par la suite que des missions de rang inférieur.

- Hmm… Vous êtes sûr que vous ne dîtes pas ça pour nous motiver parce que les autres gennin de la promotion sont aussi inscrits, s'enquit Solan d'un air méfiant, et que par fierté par rapport à leurs instructeurs vous refusez de perdre ?

- Il peut y avoir de ça, effectivement, concéda Kakashi avec un petit rire gêné en distribuant à chacun une feuille de papier. Vous avez jusqu'à demain, midi tapante pour les déposer à l'endroit indiqué.

- La première épreuve a lieu dans une semaine ? s'exclama Naruto en écarquillant les yeux. Kakashi-sensei, vous n'auriez pas oublier de nous prévenir, par hasard ?

- Je viens moi-même de l'apprendre, affirma-t-il en croisant les bras. Mais si toi ou l'un de vous trois ne se sent pas de participer, ça ne fait aucun soucis: je désinscris l'équipe sans attendre.

- Pourquoi devrions-nous participer à ce petit challenge entre instructeurs ? interrogea soudainement Solan d'une voix glaciale. Nous ne sommes pas vos faire-valoir ou quoi que ce soit d'autre qui vous permettrait de mettre en valeur vos talents de junnin…

Naruto la fixa d'un air stupide et interloqué tandis que Sasuke lui jeta un coup d'œil en coin. Alors que Solan le défiait ostensiblement du regard, Kakashi demeura impassible et garda le silence pendant quelques secondes.

- Fais bien comme tu veux, finit-il par répliquer avec calme. Dis-toi simplement que les ANBU n'acceptent pas de gennin dans leurs rangs.

Solan pinça les lèvres et rougit légèrement. Elle lui jeta un dernier regard noir avant de détourner les yeux. Un silence tendu s'installa entre eux; seul Sasuke eut le courage de le rompre.

- Kakashi-sensei, où auront lieu ces examens ?… Il n'y a aucun préparatif du côté du stade et on ne peut pas dire que ce soit la grande foule dans le village.

- Bien observé, Sasuke, répondit Kakashi d'une voix pas aussi enjouée qu'il ne l'aurait souhaité. Le lieu de déroulement des examens ne sera non pas Konoha mais le village caché de Kiri, au Pays de l'Eau.

Le cœur de Solan rata un battement.

- Nous allons… à Kiri ? répéta-t-elle, interdite.

- Le déserteur Zabuza… dit Naruto, c'était bien son village natal, non ? Bon sang, j'espère qu'ils n'ont pas tous la même conception du combat autrement on est pas prêts de rentrer en un seul morceau…

- Rendez-vous après-demain matin à huit heures, devant les portes du village. Nous prendrons le bateau à Bootoo direction le village caché de la Brume.

- YOSH !


Ils étaient douze gennin au départ de Konoha: à l'équipe 7 de Kakashi vinrent se mêler l'équipe 8 de Kurenaï, l'équipe 10 d'Asuma ainsi qu'une équipe de la promotion précédente, celle d'un certain Gaï. Non sans effroi, Solan reconnut les deux énergumènes en combinaison verte et moulant qu'elle avait déjà croisés dans la forêt.

- Ce n'est pas possible de s'habiller aussi mal, lui murmura Naruto en pointant Gaï et son élève du doigt, je te parie que c'est ça leur technique: neutraliser leurs adversaires en les faisant mourir de rire… Et dire qu'on ose me traiter de débile, quel monde injuste !

Alors que Kakashi se faisait attendre, les retrouvailles entre les différentes équipes de la nouvelle promotion se firent dans une bonne humeur relativement nuancée. Kiba et Naruto se provoquèrent mutuellement tandis que Sasuke ne parvenait que difficilement à s'extirper des griffes d'Ino. Shikamaru, quant à lui, avait l'air de mettre un point d'honneur à communiquer son humeur maussade aux autres.

- Bon, ça suffit… râla Solan alors qu'il poussait un énième soupir. Tu veux bien arrêter de jouer les suppliciés, ça devient vraiment pénible.

- Hé ! Ne parles pas comme ça à Shikamaru, toi ! s'insurgea Ino en se détournant momentanément de Sasuke. Tu es mal placée pour donner des leçons, je trouve… Regardes-toi, tu n'es décidemment pas crédible ma pauvre Solan.

- C'est bien l'hôpital qui se fout de la charité… De toute façon tu as toujours eu la bouche plus grande que le cerveau, ce n'est pas nouveau.

- Qu'est-ce que tu as dit ?

- Dramatiquement longue à la détente, s'en est presque triste… Tss.

Ino la fusilla du regard tandis que Solan tourna la tête sur le côté pour l'ignorer d'un air hautain.

- Quelle plaie de devoir voyager avec ce ramassis d'incompétents, fit une voix dédaigneuse derrière elle. Ils pourraient au moins être silencieux pour ne pas gêner.

Elle et Naruto -qui jusque là avait suivi non sans appréhension l'échange amical entre les deux kunoichi- se retournèrent d'un même mouvement.

- Qu'est-ce que tu viens de dire, monsieur le rabat-joie ? lança Naruto. Et t'es qui d'abord ?

Il s'agissait du second élève de Gaï, un garçon aux cheveux longs et dont les yeux possédaient une étrange pupille de couleur claire, comme ceux d'Hinata. Solan en déduisit qu'il devait lui aussi appartenir à la famille Hyuuga et, remuant dans ses souvenirs, songea qu'il s'agissait certainement du fameux jeune prodige, Neji. Elle se demanda brièvement si le gamigan de sa famille ressemblait au byakugan ou au sharingan, ou s'il avait une forme et une couleur bien à lui.

- C'est donc vous, la fameuse équipe Kakashi ? poursuivit-il tandis que Sasuke, sentant les ennuis arriver, se rapprocha. Vous avez hérité de son don pour l'impolitesse apparemment.

- Tu oses insulter Kakashi-sensei ? rugit Naruto en le pointant du doigt. Pour qui est-ce que tu te prends, le semi-mal voyant ?

Neji fit la moue et parut un instant sur le point de perdre patience, mais ferma finalement les yeux avec un petit sourire.

- C'est tout à fait ce que je disais: à part brailler et vous chamailler vous n'avez pas l'air d'être doués à grand-chose. Sans intérêt…

- Pourquoi nous provoquer dans ce cas-là ? rétorqua froidement Sasuke.

Solan poussa un soupir et s'éloigna de la dispute.

- Qu'est-ce que tu fais, toi ? aboya Naruto en se retournant. Il nous insulte et tu comptes le laisser faire ? Réagis, bon sang !

- Je ne vois pas ce qu'il y a de si révoltant dans ses mots, répliqua-t-elle d'une voix neutre, ce n'est que la vérité de toute manière.

- Quoi ? Comment tu peux dire de telles choses ? s'insurgea-t-il en fixant son dos.

- Mais parce que je le pense, c'est aussi simple que ça… Franchement, Naruto, tu te vois devenir chunnin toi qui sait à peine compter jusqu'à dix ?

Aucune des personnes présentes ne manquait un mot de l'échange. Interloqué, Naruto ne sut quoi répondre.

- Toi ou tous les autres, d'ailleurs… renchérit-elle toujours sans se retourner. Tu vois cette simplette d'Ino, ce gros de Shoji ou ce bouffon en vert devenir un jour…

Shoji, aveuglé par la rage, s'était élancé à toute vitesse vers elle. Sasuke réagit immédiatement: d'un bond en avant, il parvint à le dévier à temps en le saisissant fermement par le bras. Il le fit basculer sur le côté et entreprit de le maîtriser en pesant de tout son poids sur lui: Naruto et Shikamaru vinrent immédiatement lui prêter main forte.

Durant tout ce temps Solan n'avait pas daigné se retourner: elle n'avait pas esquissé un geste pour éviter Shoji et faisait mine d'ignorer royalement le remue-ménage dans son dos. Elle s'éloigna encore de quelques pas et, une fois qu'elle jugea s'être suffisamment retirée du reste de la troupe, s'assit nonchalamment en tailleur, menton au creux de la main.

Il fallut trois bonnes minutes, le concours d'Asuma et de Gaï, une tentative désespérée de manipulation des ombres par Shikamaru et la promesse d'un énorme plat de fruits de mer à Bootoo pour que Shoji regagne peu à peu son calme. Il gratifia Solan d'un dernier regard noir et de détourna définitivement d'elle en croisant les bras.

- Je ne me souvenais pas qu'elle avait si mauvais caractère celle-là, déclara Shikamaru en calant ses mains derrière sa nuque. Ça doit pas être tous les jours marrant avec une coéquipière pareille… ajouta-t-il à l'intention de Sasuke et Naruto.

Ce dernier jeta un coup d'œil à Solan: le visage fermé, elle traçait des sillons du bout de ses doigts dans la terre. Naruto fronça les sourcils et baissa légèrement la tête. Il se tourna à nouveau vers Shikamaru et planta un regard ferme dans le sien.

- Je te déconseille de dire du mal d'elle devant moi… trancha-t-il. Elle est fatiguée en ce moment, ce n'est pas de sa faute. Laisse-là tranquille.

- Toi aussi tu en as pris pour ton grade, je te rappelle, répliqua-t-il d'une voix perplexe.

- Je sais, mais… Il doit y avoir une raison pour qu'elle soit aussi à cran, et tu sais pourquoi j'en suis si sûr ? Parce que je la connais mieux que quiconque içi présent, sauf peut-être Sasuke.

Shikamaru le dévisagea d'un air interdit pendant quelques secondes. Finalement, il poussa un soupir et décroisa les mains de derrière sa nuque.

- Mouais… Les femmes sont pas faciles à comprendre de toute façon... On ne peut jamais rien prévoir avec elle, c'est d'un pénible…

Naruto acquiesça distraitement et le laissa s'éloigner d'un pas indolent. Il se tourna vers Sasuke qui fixait leur coéquipière d'un air impénétrable.

- Elle est carrément bizarre en ce moment, dit Naruto à voix basse. Bon, c'est vrai qu'elle a toujours eu un grain, mais là… elle me fout vraiment la trouille parfois…

Sasuke reporta son attention sur lui et recouvra son habituelle impassibilité.

- Hmm… Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?


Accoudé à la rambarde du bateau qui les menait à Kiri, Kakashi scrutait pensivement la surface lisse et noire de l'océan plongé dans la nuit. Le clapotis des vagues qui se brisaient contre la coque du navire le berçait docilement, et plusieurs fois il se surprit à somnoler. La paix d'un horizon sans fin avait cette propension à effacer de l'esprit de ceux qui le contemplaient tous les tourments dont ils étaient assaillis: l'océan à perte de vue procurait cette agréable sentiment qu'aucun malheur n'était assez grave pour venir troubler la quiétude d'un voyage comme hors du monde. Cependant, aussi prompt qu'il était à oublier un instant ses problèmes, les ennuis, pour leur part, n'oubliaient pas Kakashi. Il tourna la tête en entendant quelqu'un marcher dans sa direction à pas feutrés.

- Solan ? s'étonna-t-il en reconnaissant le chakra de son élève. Tu n'es pas avec les autres ?

- Non, répondit-elle sombrement. Ils m'ennuient.

- Je vois… alors tu viens te venger sur moi, c'est ça ?

Elle haussa les épaules et s'appuya comme lui contre la rambarde. Son regard se perdit un instant parmi les étoiles qui étincelaient tout autour d'eux, puis elle prit enfin la parole.

- J'ai besoin de savoir ce qui s'est passé sur le pont de Tazuna, lâcha-t-elle de but-en-blanc. Il faut que vous me le disiez parce que je crois… Kakashi-sensei, je crois que c'est en train de me ronger de l'intérieur…

Kakashi tourna lentement la tête vers elle; il ne put soutenir le regard accablé et mortifié qu'il croisa. Fermant son œil découvert, il se mordit la lèvre sous son masque.


Un mois plus tôt…

On frappa trois coups à la porte. Kakashi se redressa sur son lit de convalescence et invita le visiteur à entrer. Le troisième Hokage pénétra dans la chambre d'hôpital en faisant coulisser la porte derrière lui.

- Alors, Kakashi, comment te sens-tu ? Mieux, j'espère.

- Oui, merçi, maître Hokage, répondit le junnin tandis que le vieil homme s'approchait de son lit. Veuillez me pardonner de vous avoir fait venir jusqu'içi…

- Jamais je ne me serais douter de la dangerosité de cette mission au Pays des Vagues… C'est moi qui devrais m'excuser de t'avoir mis toi et ton équipe dans une situation aussi périlleuse.

- Nous n'aurions jamais pu prévoir.

- Fort heureusement vous êtes tous rentrés en un seul morceau, c'est un grand soulagement.

- Effectivement… concéda Kakashi. C'aurait pu être bien pire.

- Tu disais vouloir m'entretenir de quelque chose d'urgent. De quoi s'agit-il ?

Kakashi baissa la tête et passa une main préoccupée sur son menton masqué.

- Hmm…C'est à propos de Solan. Il y a eu… un incident.

Le Sandaime l'observa un instant avec intensité puis plongea une main à l'intérieur de sa robe de fonction. Il se dirigea lentement vers la fenêtre de la pièce tout en bourrant consciencieusement sa pipe d'herbe à fumer. D'une flammèche au bout de son index il enflamma les brins secs et fins qui s'embrasèrent dans un petit grésillement. Il tira une bouffée et expira avec calme la fumée grise.

- Que s'est-il passé ? demanda calmement le Hokage.

- Elle a réagi au chakra de Kyuubi.

Le Hokage suivit du regard le vol lugubre et gracieux d'un corbeau.

- Seigneur Hokage, poursuivit Kakashi, j'ai fait des recherches dans les archives des forces spéciales, et aucune mission ne requérait la présence des ANBU aux abords du village de Kiri cet fameuse nuit d'hiver d'il y a neuf ans.

Le corbeau se posa sur le toit d'une maison et se mit à lancer des croassements plaintifs.

- Ai-je des raisons de penser que le sauvetage de Solan fut plus qu'un heureux hasard ? insista Kakashi.

- Ah… l'inconvénient avec les hommes doués dans ton genre c'est qu'il n'y a rien que l'on puisse vous cacher. C'est à la fois rassurant et passablement problématique…

- Dois-je en conclure que la réponse est « oui » ?

- Quand elle a compris que le coup d'État se solderait par un échec, Kora Hanayuki a envoyé un appel à l'aide à Konoha afin qu'ils viennent récupérer la petite de toute urgence.

- De toute urgence ? Qu'est-ce qu'elle redoutait ? s'enquit Kakashi bien qu'il connaissait d'ors et déjà la réponse.

- De toute évidence que sa fille tombe aux mains du régime Yagura.

- Hmm… alors nous y voilà.

- Évidemment… Après le fiasco du scellage de Kyuubi qui s'est soldé par la mort du Quatrième, Konoha ne pouvait pas prendre le risque de perdre la dernière des Hanayuki, l'héritière d'Akio lui-même.

Kakashi reposa sa tête sur l'oreiller et ferma les yeux en poussant un soupir. Le Hokage tira une nouvelle bouffée sur sa pipe.

- Maintenant que son chakra a reconnu celui du démon il n'y a plus moyen de faire marche arrière… déclara le junnin. Mais c'est la raison précise qui vous a poussé à la mettre dans la même équipe que Naruto et Sasuke, n'est-ce pas ?

- Effectivement… Mais je ne pensais pas que l'éveil aurait lieu si tôt… que s'est-il passé ?

- Le chakra de Kyuubi a profité d'une émotion intense pour s'échapper de Naruto, répondit Kakashi en secouant légèrement la tête. Je suis désolé, tout est de ma faute…

- Je vois. Tu ne peux empêcher ce genre de choses d'arriver, Kakashi, seul Naruto est en mesure d'y parvenir.

- Que dois-je faire ? Procéder à la rupture complète du sceau d'Akio ?

Le Sandaime s'écarta de la fenêtre et s'adossa contre le battant. Il fixa un instant le junnin dans les yeux tout en caressant sa barbe blanche.

- Non, déclara-t-il finalement. Ne précipitons pas les choses, elle est encore très jeune, chaque chose en son temps.

- Je ne voudrais pas vous contredire, seigneur Hokage, mais n'est-il pas justement plus dangereux de laisser la gamine dans cet état-là ?

- Bien sûr que ça l'est, mais comme Naruto pour le chakra de Kyuubi et comme Sasuke pour le sharingan, il s'agit-là d'un pouvoir hors-du-commun qui ne doit pas être pris à la légère. Je ne crois pas que Solan ai encore les épaules assez larges ni la force d'esprit suffisante pour pouvoir supporter un tel fardeau, du moins pas pour l'instant.

- C'est certainement la gamine la plus intelligente et la plus douée que j'ai eu à instruire jusque là, remarqua Kakashi, et je ne parle pas que de ses prédispositions naturelles. Au même titre que Naruto et Sasuke, elle est en passe de devenir une exceptionnelle combattante. Ce n'est pas lui rendre service que de lui cacher l'ampleur de la situation, du moins pas pour le long terme…

- Très bien, très bien, j'ai compris, Kakashi… grogna le Hokage avec un geste impatient de la main. Ce ne sont pas ses capacités qui m'inquiètent -elles sont au-delà de toutes mes espérances-, mais plutôt le sang qui coule dans ses veines… Tu connais comme moi les qualités et les défauts des Hanayuki: il faudra la garder à l'œil le temps qu'elle s'adapte à ses nouvelles responsabilités… Enfin… J'imagine que tu dois avoir raison, comme d'habitude. Voilà ce que nous allons faire alors, puisque de toute manière il s'agit de ton élève et que je ne pourrais pas interférer en permanence si tu t'obstines…

- Seigneur Hokage, je ne vous désobéirai pas si …

- A d'autres, Kakashi… l'interrompit le Sandaime en le gratifiant d'un regard éloquent. Les examens chunnin auront lieu à Kiri dans un mois; jusque là, garde Solan à l'œil et si selon toi la situation dégénère, je t'autorises à prendre les choses en main. Seulement, promets-moi une chose…

- Quoi donc ?

Le Hokage s'éloigna de la fenêtre pour se diriger lentement vers la porte. Il posa une main sur la poignée et tourna légèrement la tête vers le junnin.

- Je suis conscient, plus que tout autre dans ce village, du caractère inéluctable de ce qui va se passer pour ces trois-là; le danger rôde, en-dehors comme au sein même de Konoha, et nous ne pouvons nous permettre de faire n'importe quoi en ce qui concerne une question aussi cruciale que celle-là…Toutefois, Kakashi, nous ne pouvons oublier qu'ils ne sont encore que des enfants, et qu'à trop leur en demander ils craqueront un jour, tôt ou tard… J'ai une confiance aveugle en toi, alors promets-moi de garder à l'esprit les conséquences qui s'en suivront lorsque tu prendras ta décision.


- S'il vous plaît, insista-t-elle d'une voix presque suppliante, si vous savez quelque chose vous devez me le dire !

Solan le fixait d'un regard intense, comme si elle cherchait à lire le moindre début de réponse dans ses yeux. Kakashi le savait; elle était à deux doigts de le prendre par les épaules pour le secouer afin d'obtenir de lui ce qu'elle attendait.

- Ne t'inquiètes pas, l'angoisse à la veille d'un examen est une chose bien naturelle, ce n'est pas…

- Je ne suis pas angoissée ! s'insurgea-t-elle en repoussant d'un geste brusque la main qu'il s'apprêtait à poser sur son épaule. Cet examen est bien le cadet de mes soucis ! Quand j'ai…

- Allons, tu t'en fais trop, Solan… lui dit Kakashi en souriant. Et tu as tort de prendre l'examen chunnin à la légère… Dans l'immédiat, c'est-ce qui compte le plus, tu sais. Pour ce qui est du reste…

Il se tourna complètement vers elle et déposa une main paternelle sur sa tête.

- Kakashi-sensei…

- Fais-moi un peu confiance, d'accord ?

Elle le dévisagea un instant, décontenancée et incapable d'articuler quoi que ce soit. L'instant d'après il la dépassait et s'éloigna sur le pont du bateau sans jeter un regard derrière lui. Une fois qu'il ai disparu de son champs de vision, Solan baissa lentement la tête en fermant les yeux. Les jointures de ses doigts se mirent à saigner lorsqu'elle écrasa de toutes ses forces son poing contre le mur derrière elle.

Soit Kakashi lui cachait la vérité, ce qui signifiait qu'il n'était plus une personne sur laquelle elle pouvait compter; soit c'était elle qui se faisait des idées en cherchant à excuser son odieux comportement. Se mordant la lèvre, elle songea que dans un cas comme dans l'autre, elle se retrouvait grande perdante.


Pas bien fière de ce chapitre introductif... Tant pis, je me rattraperai sur le très gros morceau à venir (je pense qu'il sera plus facile à rédiger).