Hello Guys ! Voici donc un nouveau chapitre de cette traduction BoB !
A ce sujet (presque), je viens de finir de regarder la nouvelle série de Spielberg & Hanks sur la guerre du Pacifique : The Pacific ! Une merveille ! Vivement recommandée pour tous les fans de BoB!
Bref pour en revenir à notre sujet, nouveau chapitre où le psychodrame du précédent s'apaise peu à peu…
Enjoy it !
CHAPITRE 13
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POV Adelina
24 août 1944
« George, tu es ridicule. Tu m'as laissé m'asseoir sur tes genoux toutes les autres fois. Pourquoi pas maintenant ? », demandai-je au-dit George.
Il venait d'entamer un jeu de craps avec Guarnere, Toye, Randleman, Buck et Grant. Il haussa les épaules, me souriant innocemment.
« Ca pourrait avoir un lien avec le fait que le lieutenant Speirs ne te quitte pas des yeux depuis le début de la soirée. », répondit-il.
Je blêmis immédiatement à ces mots. Je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule et vis que Ron me regardait attentivement.
« Il est là depuis longtemps ? », leur demandai-je.
Ils hochèrent la tête et rirent devant mon expression.
« Qu'est-ce qu'il y a, Adelina ? On croyait que tu l'aimais bien ? », lança Martin en s'asseyant près de moi.
Il jeta un bras sur mon épaule, et je rougis.
« Je suis, …je veux dire, j'étais... »
Ma voix se tarit doucement. Je les vis échanger des regards gênés. Le bras de Martin se resserra autour de mes épaules.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? », demanda-t-il, son visage empreint d'inquiétude.
« Est-ce qu'il t'a fait quelque chose ? », demanda Guarnere.
Il paraissait furieux. L'expression « S'il pouvait le fusiller du regard… » me traversa l'esprit. Je leur souris, rassurante.
« Non, je suis juste un peu fatiguée… », dis-je, ma bouche articulant mécaniquement ces mots.
Je répétais exactement la même chose à Nix et Dick depuis un mois. Un mois. C'est le temps qui s'était écoulé depuis que j'avais appris que Ron était un homme marié. Je soupirai intérieurement avant de secouer la tête, perdue dans mes pensées.
« Tu devrais rentrer et aller dormir un peu. Tu sembles épuisée. », chuchota Martin près mon oreille. Le reste du groupe approuva.
« Oui, peut-être… », marmonnai-je.
Luz se leva et me tendit le bras.
« Je t'accompagne ? », demanda-t-il avec un sourire effronté.
Je secouai la tête.
« Non merci, George. Je crois que je peux encore rentrer à la maison toute seule », affirmai-je.
Je plaçai deux doigts sur son épaule, le forçant à se rasseoir.
« Mets leur une bonne raclée au craps pour moi ! »
Il me sourit rapidement avant de se tourner vers les autres.
« Vous l'avez entendu, les mecs. Jouons. »
Je lui adressai un clin d'œil avant d'agiter ma main devant chacun d'eux.
« Bonne nuit, les gars ! », lançai-je. Un chœur de "Bonne nuit" s'éleva dans mon dos, m'arrachant un sourire.
Je ne mis que peu de temps pour regagner la maison dans laquelle j'étais logée. La maison Harris se trouvait au bout d'une ruelle déserte. Je flânai dans les rues pavées, mes yeux vagabondant sur les champs brumeux et les silhouettes sombres des chevaux galopant dans leurs enclos. Apaisée, je me sentis mieux que dans le bar enfumé que je venais de quitter. Je m'adossai contre un mur de briques et me laissai lentement glisser au sol. La terre macula la peau nue de mes mollets, mais je ne m'en souciai guère. Le visage de Ron flottait devant mes yeux et je soupirai. J'aurais tellement aimé qu'il soit plus facile de l'éviter et de l'ignorer au cours du mois dernier. Mais j'avais du lutter, minute après minute, pour ne pas me précipiter dans ses bras. Ce que j'avais pensé n'être qu'une simple attirance s'avérait être quelque chose de beaucoup plus compliqué.
Je pris mon visage dans mes mains une seconde avant de relever les yeux. Les nuages dérivaient paresseusement dans le ciel sombre tâché d'encre. La pleine lune brillait, illuminant le paysage devant moi. J'étais malade rien que de penser que j'étais si proche de la maison où reposaient mes pires souvenirs.
Je me souvins de ces nuits où je m'asseyais sur le bord de la fenêtre de ma chambre, observant le ciel nocturne comme je le faisais à présent. Je pouvais me souvenir du désir brûlant de sauter par cette fenêtre ouverte et m'enfuir. Pour aller où, je l'ignorais. N'importe où. Loin de ce père ivrogne et de cette mère indifférente. Mais une personne, une seule, m'en avait toujours empêché.
Sarah.
Ses yeux bleus brillants, emplis de rire, étaient tout ce dont je voulais me rappeler. La façon dont ses tout petits doigts s'accrochaient à ma chemise de nuit alors que les cris provenant de la cuisine emplissaient l'air. Je me souvenais de mes larmes à l'idée de ne pas pouvoir l'éloigner de l'horreur de notre maison. Je pouvais encore sentir l'odeur du sang lorsque mon père me frappait.
« S'il vous plaît, s'il vous plaît, ça suffit ! », gémis-je doucement dans mes mains.
Je fermai les yeux et espérai un instant mourir appuyée à ce mur de briques froides. Mais des douzaines de visages apparurent devant mes yeux. Les hommes de la Easy Compagnie étaient devenus la famille que je n'avais jamais eue. Je les aimais comme je n'avais jamais appris à aimer ma mère ou mon père. Lentement, ils comblaient le vide que la mort de ma sœur avait laissé en moi. Lentement, ils m'apprenaient que le fait d'être entourée par les gens que vous aimez et qui vous aiment peut vous guérir de tout
« Adelina! »
J'entendis Luz crier depuis le bas de la route. Je bondis devant l'urgence de sa voix. Je me précipitai et saisis son bras
« George, qu'est-ce qui se passe ? », demandai-je, une bouffée de peur m'envahissant.
Le soulagement passa sur son visage, vite remplacé par l'inquiétude.
« C'est le Lieutenant Speirs, Adelina. Il s'est battu. », expliqua-t-il, en m'entraînant dans les rues en direction du centre médical.
« Oh, stupides yankees, avec votre besoin incessant de montrer votre supériorité dès que vous en avez l'occasion. », marmonnai-je. « Comment ça se présente ? »
L'expression de Luz m'apprit tout ce que je voulais savoir. Je forçai mes jambes à avancer plus vite.
« Qui est avec lui ? », demandai-je, ma voix n'étant plus qu'un chuchotement.
Luz serra ma main, se voulant réconfortant.
« Nixon et Winters. Il ne tolère personne d'autre. », dit Luz avec un léger sourire.
« Toujours aussi entêté ! », dis-je avec un sourire tordu.
« Ouais. Winters m'a envoyé vous chercher. Il a déclaré que vous étiez la seule qu'il accepterait de voir en plus d'eux. », expliqua Luz.
J'hochai la tête, et tournai les yeux vers le petit bâtiment blanc surgissant devant nous. Je laissai la main de Luz et il m'embrassa sur la joue.
« Merci, George. Tu es vraiment quelqu'un de bien. », lui dis-je.
Je le vis rougir légèrement sous le compliment.
« Remets-nous Sparky sur pieds ! », lança Luz avant de s'éloigner pour regagner le bar.
Je levai les yeux au ciel. Les hommes étaient si prévisibles. Je fis à nouveau face à la porte de la station de secours et me précipitai à l'intérieur. Nixon était assis sur une chaise face à moi. Il se redressa en me voyant et sourit avant de grimacer légèrement.
« Enfin, vous voilà ! Je ne suis pas sûr que Dick ait tenu une minute de plus à ses côtés ! », dit-il avec un sourire.
« Ce n'est pas drôle, Lew ! », dis-je en tentant de cacher mon propre sourire.
Nixon me fit signe vers l'arrière avec un regard entendu.
« Ouais, pas drôle du tout. », nota-t-il sarcastiquement.
Nous étions presque au milieu du hall et je pouvais déjà entendre les cris étouffés de Ron. Je marquai une pause, ne sachant pas si je devais vraiment y aller. Nixon stoppa et je tirai sur sa main.
« Nixon, vous m'attendrez ici avec Dick ? Je ne sais pas si j'y arriverai seule. », lui demandai-je d'une petite voix.
Nixon serra rapidement ma main.
« Bien sur. », assura-t-il.
J'hochai la tête et je me laissai entraîner jusqu'au bout du couloir. Il frappa deux fois à la porte.
« Qui est-ce ? », aboya Ron.
« C'est Nixon, et je vous amène un cadeau ! », lança Nix avant d'ouvrir la porte, m'exhibant devant lui comme un bouclier.
J'évitai son regard en avançant lentement dans la pièce.
« Allez, Dick. Nous sommes les sentinelles assignées ! », jeta Nixon avec un sourire satisfait.
Je les regardai sortir, rassurée de les savoir juste dans le hall. La porte se referma et un silence pesant s'installa dans la pièce. J'eus l'impression qu'il m'observait, me sondant de son regard. Je soupirai et levai les yeux vers lui. J' haletai légèrement quand je vis le sang sur son visage et son nez. Sans réfléchir, je me précipitai sur lui et saisis son menton.
« Mon Dieu, Ron, qu'est-ce qui vous est arrivé ? »
Je constatai rapidement que son nez était cassé. Il faudrait le remettre en place dans quelques jours, lorsque l'œdème aurait diminué.
« Votre nez est cassé, Ron. Je vais vous chercher de la glace. »
Je revins quelques minutes plus tard, de la glace enveloppée dans une serviette, que je lui tendis.
« Tenez-la sur votre nez. »
J'arrangeai les oreillers pour qu'il puisse s'y appuyer tout en gardant sa tête relevée
« Allongez-vous et essayez de vous détendre ! », ordonnai-je.
Il se pencha en arrière avec hésitation, grimaçant de douleur. Je ramassai le bandage qu'il avait laissé tomber et me dirigeai vers l'évier. Je le rinçai avant de revenir vers le lit. Je m'assis à ses côtés et tamponnai soigneusement le mélange de sang sec et humide sur son visage
« Puis-je demander qu'est-ce qui vous est arrivé ? »
« Un gars d'infanterie ivre a renversé ma bière. », répondit-il.
Je le regardai en riant sottement
« Effectivement, c'est une excellente raison pour se battre ! »
Il me repoussa et balança ses jambes sur le côté du lit, se levant. J'hésitai un instant, blessée par sa colère soudaine.
« Pourquoi vous ne pouvez pas me laisser en paix ? »
« Pardon? Dick a voulu que je vienne vous aider. Vous refusiez de voir n'importe qui d'autre ! »
« Vous êtes la dernière personne que je veux voir ! », cracha-t-il, sa voix plus glaciale que jamais.
« Quoi ? »
Il se tourna vers moi. Il s'appuya contre le mur et me regarda dans les yeux.
« J'ai essayé de ne pas penser à vous, et ce, depuis que je vous ai rencontré, il y a plus de deux mois. Je suis marié. Je ne devrais pas vouloir être avec quelqu'un d'autre que ma femme ! », soupira-t-il.
Son regard m'incita à ne rien dire jusqu'à ce qu'il ait terminé.
« Mais je déteste cette femme. J'ai fait la plus grande erreur de ma vie en l'épousant. Et à présent, je suis en train de tomber amoureux de vous. »
Il laissa tomber la vessie de glace et pris son visage au creux de ses mains. J'entraperçus dans ses yeux le désespoir et la peur de mon rejet. Je l'aimais aussi, mais comment pouvais-je être sûre qu'il ne m'utilisait pas pour les même raisons que cet officier allemand ? J'aurais voulu m'enfuir mais je restai clouée au sol. Ses yeux attendaient. Je devais lui donner une réponse.
« Ron, je... »
Je jetai un coup d'œil au sol puis vers lui.
« Je vous aime aussi. », chuchotai-je alors que les larmes s'échappaient de mes yeux et roulaient sur mes joues. Il effleura le liquide salé sur mon visage.
« Ne pleure pas. », murmura-t-il doucement.
Il m'entoura de ses bras et embrassa mon front. Je me mis à trembler, secouée de sanglots incontrôlables.
« Ron, nous ne pouvons pas être ensemble. »
Il écarta les cheveux de mon visage.
« Si. Peut-être pas maintenant, mais après la guerre. Je ne peux pas divorcer maintenant, mais je le ferais. Je te promets que je le ferais. », dit-il, réconfortant.
Je sanglotai de plus belle, sachant que cela n'était pas possible.
« Ron, tu ne comprends pas ! », dis-je.
Il se détacha de moi.
« Aide-moi à comprendre, alors. », dit-il, d'une voix presque suppliante.
J'acquiesçai et me dégageai de son étreinte.
« Je t'aime, Ron, mais je ne peux pas. Je suis désolée. », lâchai-je avant de sortir de la pièce.
Je courus vers le vestibule et la porte d'entrée, dépassant Dick. Nixon l'exhorta à me poursuivre afin de me calmer. Dick me rattrapa rapidement et m'entoura de ses bras. Je m'accrochai à lui comme une enfant.
« Dick, ne me laissez pas. J'ai besoin de vous. », soufflai-je d'une voix basse et enrouée de pleurs.
« Je ne vous quitte pas. », répondit-il dans un chuchotement.
Il me souleva dans ses bras et m'emporta jusqu'à la maison où il était logé. Le rythme régulier de ses pas et les chants des grillons me bercèrent et je m'endormis au bout de quelques minutes. Mon front tomba contre son épaule et je me penchai légèrement en arrière pour voir son visage. Il me souriait, me couvant d'un regard compréhensif.
« Merci, Dick. »
« De rien, Adelina. », dit-il en déposant un baiser sur mon front.
Je souris doucement et reposai ma tête sur son épaule. Quelques secondes plus tard, je dormais profondément.
