Note : Salut à tous ^^ ! Pardon pour le retard, mais quelques jours de vacances – et qui plus est, imprévus – ça ne se refuse pas :p. Donc voilà la suite. Bonne lecture et bonne continuation à tous :) ! ewanna.
Hermione conservait son regard braqué sur le parchemin, stupéfaite. Emy, elle, ne dit rien. Engloutie dans ses pensées, elle mit quelques instants à réaliser. Voilà que depuis les évènements de la veille, elle n'aspirait qu'à une chose : lui parler. Mais comme si les choses partaient encore pour être compliquées, depuis que cette décision avait été prise, elle n'était même pas parvenue à le trouver du regard. Et voilà que tout d'un coup, par l'entremise d'un petit être qui venait de se matérialiser devant elle, arrivant de nulle part, elle apprenait de la manière la plus inattendue qui soit qu'il souhaitait également s'entretenir avec elle. Cela avait-il un rapport avec la veille ? Comptait-il lui expliquer ce qu'il s'était passé, ce qu'il était arrivé par la suite aux autres pour qu'ils affichent de telles mines ce matin-là, à quoi tout cela rimait ?
Autant de questions auxquelles elle n'avait encore de réponse. Une chose toutefois de sûre : au moment où elle avait fini de lire le parchemin, Emy avait déjà pris sa décision. Mais...
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée d'y aller, soupira Hermione en observant toujours le document avec perplexité. Avec tous les troubles qu'il y a en ce moment dans le château, te rendre seule là-bas...
Hermione fit la moue et hocha lentement la tête. Emy la regarda, pensive.
- Oui..., je vois ce que tu veux dire, mais, comprends-moi Hermione, jusqu'à présent, comme je te l'ai déjà dit, Ewan n'a jamais eu le moindre geste malveillant à mon égard – et si l'on tient compte de ce qu'il s'est passé hier au soir...
- Mais on ne sait pas vraiment ce qu'il s'est passé hier au soir, objecta doucement Hermione. Toi même tu as dit que tu ignorais si son comportement était un acte de protection ou au contraire, une contrariété face au fait que ses comparses n'auraient pas fait ce qu'il fallait. En fonction de quoi il s'agit, admets que tu ne te retrouverais pas du tout dans la même position. Tu passerais du statut d' « allié » à « ennemi ». Ce n'est pas rien !
- Mais je veux savoir ce qu'il se passe ! Je veux savoir ce qu'il a à me dire. Même s'il n'a pas grand chose à m'apprendre, même si finalement j'y vais pour rien...
- Quand même !, insista Hermione. Aller seule, comme ça, dans une salle se trouvant dans un des endroits les moins fréquentés du château...
Emy soupira et prit un petit moment pour réfléchir, peser le pour et le contre. De plus, l'inquiétude d'Hermione la touchait. Soudain, comme si cela avait toujours été ce qu'il y avait de plus évident :
- Dans ce cas, viens avec moi.
Hermione se pinça les lèvres, mais esquissa rapidement un petit sourire satisfait.
- Oui, viens, répéta Emy. Tu es au courant de tout et en plus, tu es nettement plus intelligente et douée que moi, ajouta-t-elle à voix basse, un peu honteuse. Du coup, s'il y a le moindre danger, tu réagiras certainement plus vite que moi pour...
Flattée mais exaspérée...
- Emy, ne parle pas de toi comme ça !, rétorqua Hermione, la coupant avec une expression sévère. Tu es sans arrêt en train de te rabaisser ! Et tout ça pourquoi ? Je vais te le dire, moi : parce que tu fais une fixation sur une seule matière, alors que tu te débrouilles très bien dans les autres !
Emy rougit.
- Je te signale qu'il n'y a pas que la Métamorphose dans la vie, poursuivit Hermione doctement. Alors, prends un peu confiance en toi – un peu comme quand tu incendies Ron, si tu vois ce que je veux dire – et relève la tête !
- ...
Tout à coup, un brusque mouvement de chaises tout autour d'elles les fit sursauter. Apparemment, il était l'heure de partir pour leur premier cours de la journée.
- Quoi qu'il en soit, commenta Emy en se frayant difficilement un passage parmi les élèves qui sortaient également de la Grande Salle, on peut dire qu'en matière de rendez-vous secrets, elle a sacrément du succès cette Salle des Trophées.
- En parlant de rendez-vous secrets, réagit tout à coup Hermione, qu'est-ce qu'on va dire concernant le tien à Harry et Ron ?
Bonne question. Ils étaient tous les quatre toujours ensemble et ils n'avaient pas pour habitude de se faire des cachotteries. Mais cette fois-ci, c'était différent...
- Écoute Hermione, décida Emy en soufflant un bon coup, on leur en parlera ce soir, sauf si pour une raison ou une autre, ils venaient à nous en parler eux, avant que je rencontre Ewan. Là alors, nous leur dirions ce qu'il en est.
Hermione agréa d'un incertain mouvement de tête.
- Mais entre nous, soupira Emy, connaissant leur caractère, je préfèrerais franchement ne pas avoir à le faire avant ce soir. Ils seraient fichus de...
- ...nous suivre et compliquer un peu plus les choses, je sais, termina machinalement Hermione.
Mais il se trouva que pour une fois, tout se passa comme elles l'avaient espéré.
Ainsi passa la matinée, sans questions gênantes, sans interrogations sur la sylphide. À croire que par miracle, ni Ron, ni Harry - eux qui d'ordinaire se débrouillaient toujours pour être au courant de tout – n'avaient pas eu vent de l'apparition de la créature magique.
...ce qui fut finalement une bonne chose, dans la mesure où Hermione et Emy préféraient, pour le moment, ne pas les mêler à ça.
La fin de matinée approchant, Emy ne put que constater que sa nervosité se faisait de plus en plus oppressante. C'était tout à la fois un mélange d'anxiété et d'impatience. Elle avait cette intuition que enfin, enfin, elle allait avoir quelques explications – ou plutôt, qu'enfin, elles allaient avoir quelques explications...
Lorsque midi sonna, Hermione et elle s'arrangèrent pour fausser compagnie à Ron et Harry, qui, compte tenu du comportement inhabituel qu'elles avaient montré depuis le début de la journée, ne virent pas dans leur retard au déjeuner une chose dramatique, mais plutôt une continuation logique – même si peu encourageante.
Les deux purent ainsi se rendre discrètement jusqu'à la Salle des Trophées.
Arrivée devant la porte, Emy hésita un instant avant d'entrer.
- Hermione, je peux te demander quelque chose, s'il te plaît ?
- Bien sûr.
- Même si cela te semble un peu ingrat de ma part, à moins que les choses ne prennent une mauvaise tournure, n'interviens pas. Tu veux bien ?
Hermione lui sourit et fit un geste de la main simulant une fermeture éclair qui lui aurait aussitôt scellé la bouche. Emy lui rendit son sourire, souffla un coup et poussa la porte.
À peine un pied posé dans la pièce, elle sentit sa gorge se serrer, son cœur battre plus fort. De son côté, plus suspicieuse, Hermione vérifia d'un rapide balayage visuel qu'aucune autre personne que Lynch ne les attendait en ces lieux.
Au fond de la pièce, leur tournant le dos, donnant l'impression de s'intéresser aux coupes et médailles qui habillaient les étagères, elles reconnurent immédiatement le septième année de Serpentard.
- Tu n'as à ce point pas confiance en moi que tu t'es sentie obligée de venir avec un...garde du corps ?, plaisanta-t-il à demi-mot avant même de se retourner – plongeant ainsi sans attendre Emy et Hermione dans la perplexité et le sarcasme.
Le garçon se tourna ensuite enfin et regarda d'abord Emy, à qui il adressa un furtif sourire, puis Hermione, qui dut se contenter d'un haussement de sourcils suivi d'un pouffement étouffé. Comportement qui agaça au plus haut point Hermione, mais qui y vit au moins là la confirmation qu'il ne la considérait pas le moins du monde comme une personne pouvant le gêner. Se rappelant cependant in extremis de sa promesse, elle se retint de rétorquer tout ce qui lui passa à ce moment-là dans la tête.
Toutes deux restèrent dans un premier temps près de la porte, muettes, attendant, attentives. Devant leur attitude qu'il interpréta justement, Ewan fit un pas en avant, les considérant toujours de toute sa hauteur.
Mais le silence perdurant un peu trop pour elle...
- Emy ne m'a pas le moins du monde forcée à l'accompagner, et je suis même ravie de l'avoir fait parce que je suis loin d'avoir confiance en toi, Lynch, répondit froidement Hermione – qui sentit aussitôt la main de son amie se poser délicatement sur son bras.
- S'il te plaît Hermione, lui dit doucement Emy.
Sur quoi celle-ci souffla bruyamment et fit un pas en arrière, histoire de ne pas se sentir trop incluse dans la conversation qui allait avoir lieu – et ainsi, être moins tentée d'y participer.
Emy tourna ensuite la tête vers Ewan, qu'elle regarda avec une expression où se mêlaient tout à la fois cette même inquiétude et excitation qu'elle avait ressenti tout au long de la matinée. Elle prit alors son courage à deux mains et se lança afin de ne pas tourner trop longtemps autour du pot.
- Hé bien Ewan, comme tu peux le constater, je suis venue. Alors, qu'avais-tu à me dire ?
Mais Ewan plissa légèrement les yeux et observa un instant Hermione – qui paraissait pourtant s'être calmée. Emy réalisa tout à coup que la présence imprévue de son amie pouvait former un obstacle quant à ce que Ewan avait l'intention de lui dire. Cependant...
- Rien que ton amie ne puisse entendre, dit-il de cette voix calme et distante, devinant la pensée d'Emy. Simplement, compte tenu des derniers évènements...
Un frisson parcourut brusquement le corps tout entier de la jeune fille.
-...je souhaitais que tu saches que pareil acte ne se reproduira plus. C'est tout.
Emy fut envahie à la fois par la déception et le soulagement.
- Tu...tu as eu une conversation avec eux, n'est-ce pas ?, se hasarda-t-elle à demander.
...seule chose qui lui vint en vérité à l'esprit à cet instant. Ewan esquissa un sourire, ou plutôt, un rictus particulier.
- Oui, on peut dire les choses comme ça. J'ai eu une...« conversation » avec eux et maintenant les choses sont claires.
Oui, déçue parce qu'elle pensait qu'il allait spontanément se lancer dans un récit qui expliquerait la disparition de Belby et tous les autres mystères qui entouraient Poudlard. Soulagée, parce qu'à l'entendre parler, il avait pris sérieusement soin d'elle – contre toute attente, il lui donna une nouvelle fois l'impression qu'il s'en préoccupait. Toutefois...
- Pourquoi ?, ne put-elle s'empêcher de demander avant même de pouvoir retenir ce mot dans sa bouche.
« Pourquoi ? ».
Quels desseins avait-il la concernant ? Derrière cette armure froide et distante, y avait-il autre chose à découvrir ? Pourquoi ?
Ewan émit alors un petit rire et conserva un instant une expression rêveuse. Cependant, au moment où le présent reprit ses droits, il s'avança vers Emy, la regarda d'un air différent, passa ensuite devant Hermione qui avait tenu sa promesse se se taire, et avant de sortir de la salle, lança en se tournant une dernière fois vers Emy,
- À cause de certaines choses qu'il n'est pas encore temps que tu saches.
Il disparut ensuite, tandis que les deux filles en restèrent cois. Si ça n'était pas aussi déstabilisant que frustrant !
« Pour certaines raisons... » : il y avait donc bien quelque chose derrière tout ça.
« ...qu'il n'est pas encore temps que tu saches. » : mais qu'est- ce que ça voulait dire ? Qu'un jour viendrait où Emy aurait droit à des explications ? Alors, pourquoi ne pas les lui fournir de suite ? Était-elle concernée par quelque chose ? Elle n'y comprenait rien...Elles n'y comprenaient rien ! Et si Emy avait plutôt tendance à garder pour elle ses réflexions, il n'en fut pas de même pour Hermione qui s'en arrachait les cheveux.
- Donc, si on suit ce qu'il vient de te dire, essaya-t-elle de synthétiser malgré l'envie de passer ses nerfs sur le premier Ron venu, il a fait la morale ou Dieu sait quoi à ses petits camarades pour qu'ils te foutent la paix et il semble avoir de bonnes raisons de l'avoir fait. Donc d'un côté c'est très bien, les serpentards te laisseront désormais tranquille, mais du coup...Bon, bref, passons ! Tu sauras également très probablement d'ici peu le pourquoi du comment, mais en attendant, tu ne peux pas encore le savoir. Il y a donc tout à parier que d'autres choses vont arriver entre temps. Mais lesquelles ? Et pourquoi toi ?, dit-elle en se tournant vivement vers Emy tandis qu'elles se rendaient directement à leur premier cours de l'après-midi – faute d'avoir eu le temps d'aller prendre leur déjeuner.
- Ben...j'en sais rien, ne put que répondre cette dernière, dépassée par tout ce qu'il se passait.
Mais l'air dubitatif qu'afficha Hermione l'interpella.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Raaah ! Je ne sais pas !, finit par exploser la jeune fille – s'ébouriffant un peu plus les cheveux. Il est insondable, totalement impénétrable ce garçon ! J'ai beau essayer de comprendre ou même de trouver un petit bout de quoi que ce soit qui permettrait de commencer à entrevoir un semblant de solution, mais il embrouille sans cesse les choses. C'est le paradoxe incarné ! Rien en lui n'est logique !
- Et pourtant...Je suis persuadée qu'il n'y a rien de laissé au hasard dans ce qu'il fait. Même si on ne le comprend pas..., murmura Emy avec une tendresse qui n'enchanta pas Hermione...
...qui la regarda de travers avant de soupirer – et ce, pas assez discrètement.
- Quoi ?, comprit tout à coup Emy. Ne me dis pas que tu doutes encore de ses intentions ?
Hermione se contenta de faire la moue.
- Je te le répète une nouvelle fois : je sais pertinemment que Ewan n'est pas un saint. Mais tu l'as entendu comme moi, non ? Alors quoi ? Qu'est-ce qu'il te faut de plus pour te convaincre qu...
- Oui, il t'a dit que tu n'avais plus rien à craindre des autres, s'obstina Hermione. Mais « des autres », Emy !
Celle-ci remua doucement la tête.
- Non Hermione. Je ne te parle pas seulement des paroles qu'il a tenues, dit-elle d'une voix soudain plus basse. Je te parle du ton sur lequel il les a dites...
Avait-elle réussi à faire passer le message ? De toute façon, le caractère très (trop) cartésien d'Hermione lui interdit de se laisser pleinement convaincre.
- Hum...C'est vrai qu'il se serait davantage exprimé tel un protecteur que comme un sournois, admit-elle. Néanmoins...
- Rassure-toi, la coupa Emy – tandis qu'elles arrivaient devant la salle de classe du professeur Binns, où Harry et Ron les attendaient impatiemment -, je n'en perds pas le nord pour autant et ne suis pas encore prête à lui confier ma vie, dit-elle en souriant. Mais...tant pis si j'ai tort. Quand il me dit que je n'ai plus rien à craindre, pour moi, il s'agit de tout le monde, pas seulement des autres.
- Comme tu voudras, céda Hermione. Enfin ! Au moins, je serai là pour veiller au grain.
- Exactement !, se réjouit Emy.
- Ouais : exactement !, reprit sur un ton chargé de reproches Ron. On peut savoir où vous avez disparu ce midi ? On ne vous a pas vu à la Grande Salle...
- ...ni à la salle commune, ajouta Harry.
- ...et encore moins à la bibliothèque !
Sans se sentir pour autant fautives, les deux filles éprouvèrent un petit sentiment de culpabilité. Cependant...
- On avait quelque chose d'important à faire, répondit la première Emy d'un ton assuré.
- Encore vos « histoires de filles » ?, insinua Ron.
- Oui, dit Emy. Mais cette fois-ci, on vous racontera tout ça ce soir, promis !
Les deux garçons échangèrent un regard suspect mais se satisfirent pour le moment de cette maigre réponse.
- Bon, d'accord, dit Harry. Tenez, vu que ne devez pas avoir grand chose dans l'estomac, on a pensé à vous préparer des sandwiches, nous.
Sur quoi, il tendit à chacune d'elles deux gros sandwiches enveloppés dans des serviettes. Emy et Hermione furent enchantées par cette attention.
- Merci beaucoup !, s'exclamèrent-elles sans se faire prier, tout en déballant rapidement leur pitance qu'elles engloutirent avant que n'arrive leur professeur.
- Quoi ? Tu as fait quoi ? Vous avez quoi ?, s'étrangla Ron après que Emy leur ait raconté leur rendez-vous du midi. Non mais ça ne va pas la tête ? Et si la bande à Malefoy avait été là ? Et si ça avait été un piège ? Vous y avez pensé ? Hermione, je n'arrive pas à croire que toi, tu...!
- Ron..., soupira fataliste Emy. C'est justement pour ne pas avoir, entre autre, eu droit trop tôt à un tel déballage d'indignations et de mauvaise humeur que j'ai préféré que Hermione ne vous en parle pas.
Il était près de neuf heure du soir, aucune séance de travail à la bibliothèque n'était prévue, et après avoir avalé leur dîner, les quatre gryffondors avaient regagné directement leur salle commune où, avides de savoir, Harry et Ron s'étaient empressés de s'installer dans leur fauteuil préféré pour écouter ce que leurs amies avaient à leur dire.
- C'est ça, oui !, siffla Ron avec un air boudeur. Je comprends mieux pourquoi tu avais sans arrêt le regard ailleurs au dîner, lança-t-il à Emy, tu visais l'autre, c'est ça ?
- « L'autre » ? Ah !, tu veux parler d'Ewan, dit-elle en feignant de ne pas avoir compris de suite. Oh...Je t'avoue avoir croisé son regard une ou deux fois durant le repas, mais si ça peut te soulager, sache qu'il était aussi attentif à ma personne que d'habitude.
- Sauf que son comportement de ce midi est très loin d'être comme à « son habitude », parvint enfin à intervenir calmement Harry qui, avec la diatribe de Ron, n'avait encore quasiment pas réussi à en placer une.
Lui et Hermione étaient d'une certaine manière moins impulsifs que Ron et Emy (Hermione remportant même haut la main la palme de la réflexion avant l'action). Ainsi, plutôt que de se focaliser, comme l'avait fait Ron, sur les agissements purs des deux filles qui les avaient laissés quelques heures dans l'ignorance - ou le simple fait qu'elles aient donné l'impression de s'être jetées dans la gueule du loup sans réfléchir - Harry avait tout repris depuis le début (les injonctions de Ron lui ayant permis d'avoir le temps pour ça) : la manière dont Emy avait été conviée à cette rencontre, comment celle-ci s'était passée, les mots et le ton employés.
Il en était ainsi arrivé à ses propres conclusions : d'abord, que Lynch s'était conduit d'une manière bien différente à son habitude, et ensuite – tant pis si ça contrariait Hermione et Ron dans leur point de vue – qu'il y avait une raison secrète qui faisait que le serpentard veillait bel et bien sur Emy.
Ainsi passa la première partie de soirée, à discuter tout en confrontant leurs avis, jusqu'à ce que, comprenant qu'il s'agissait là d'une discussion sans fin, mieux valait se plonger pour les quelques heures qu'il leur restait à garder les yeux ouverts sur une chose tout aussi importante et plus urgente : leurs devoirs pour le lendemain.
Mais quand Hermione et Emy prirent l'initiative de se déplacer vers une table au calme (c'est à dire, loin des pitreries des jumeaux Weasley), elles furent moyennement surprises de voir les deux autres afficher une tête peu enthousiaste.
- Vous croyez quoi ? Que vos devoirs vont se faire tous seuls, peut-être ?, leur lança Hermione.
Emy, elle, s'assit et ne dit rien – elle avait depuis longtemps renoncé à essayer de convaincre les deux compères à venir travailler quand aucun des deux n'en avait envie...contrairement à Hermione.
- Alors ?, insista-t-elle, debout, les poings faits posés sur la taille. Vous venez, oui ?
- Franchement, maugréa Ron, je me sens vraiment trop fatigué pour attaquer une dissertation sur les plantes brouteuses maintenant.
Là dessus il regarda Harry en quête de soutien.
- Ouais, marmonna celui-ci en évitant soigneusement Hermione. Je n'ai vraiment pas la tête à ça.
- Ah bravo !, s'indigna celle-ci en s'asseyant énergiquement, leur tournant délibérément le dos. Pfff...Ils sont vraiment irrécupérables ces deux-là !
Un peu penauds, mais tellement soulagés de ne pas avoir cédé ou d'être rentrés dans un nouveau conflit, Harry et Ron se donnèrent bonne conscience en se disant que leur cours de botanique n'ayant lieu que le lendemain après-midi, ils auraient toujours le temps de griffonner un petit quelque chose à la va-vite le midi.
Au bout d'une dizaine de minutes, la tension étant retombée et le calme s'étant également posé sur la pièce ronde (Fred et Georges étant montés se coucher), Harry et Ron se mirent à discuter matches de Quiddich devant la cheminée, tandis que Hermione et Emy avançaient dans leur dissertation. La première avait choisi de traiter des plantes exotiques tandis que l'autre, des plantes hivernales.
Tout à coup, Hermione vit Emy se pencher pour ramasser son sac et commencer une recherche acharnée à l'intérieur – recherche qui semblait l'énerver et qui ne pouvait signifier qu'une chose :
- Minceuuh ! Je n'ai pas penser à prendre ce livre-là !, dit-elle en se plaquant une main sur le front. Mais quelle andouille je fais !
- Tu veux en prendre un des miens ?, lui proposa Hermione en poussant sur la table la petite quinzaine d'ouvrages qu'elle y avait entassés.
- Non merci, soupira Emy. Tu es gentille, mais je ne pense pas qu'on parle de Polygala givrantes ou de Croton des glaces là dedans.
- Non, en effet, grimaça Hermione.
Elle vit alors Emy poser sa plume et se lever.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- À ton avis ? Je vais voir ma graaande amie madame Pince – en espérant que la bibliothèque soit encore ouverte à cette heure-ci.
Hermione afficha des yeux ronds.
- Mais enfin...Euh, Emy, tu es sûre que c'est une bonne idée ? Enfin, tu vois ce que je veux dire ? Ou tu ne veux pas que je t'accompagne ?, lui demanda-t-elle, masquant très mal son affolement afin de ne pas froisser son amie.
Mais celle-ci lui sourit, presque amusée de la voir réagir comme ça.
...elle s'y était tellement attendue.
- Non Hermione. Tu es très gentille de te soucier de moi comme ça, mais je tiens à y aller seule. Non-seulement parce que je n'ai jamais eu peur de me promener dans les couloirs du château, mais surtout parce que comme ça, je vais pouvoir vous prouver que je n'ai réellement plus rien à craindre désormais.
- Mais Emy...
- S'il te plaît, fais-moi confiance.
- Mais ce n'est pas en toi que je n'ai pas confiance, tu le sais très bien...
- Trop bien, plaisanta Emy en prenant sa cape.
- Bon d'accord, abdiqua Hermione. Mais j'attendrai ici que tu reviennes. Et ne tarde pas !
- Promis !
Ainsi, Emy prit la direction de la sortie de sa salle commune, passant devant un groupe de seconde année qui jouait à la bataille de cartes explosives, puis, immanquablement, devant Ron et Harry qui la regardèrent silencieusement se diriger vers le portrait de la Grosse Dame avant de réagir enfin.
- Ben Emy, où tu vas à cette heure-là ?, questionna Harry.
- À la bibliothèque. Je me suis encore débrouillée pour oublier d'y prendre un livre, répondit-elle tout naturellement en sachant déjà ce qu'elle allait entendre de ce côté-là aussi.
- Pardon ?, se dressa Ron. Tu pars comme ça, toute seule en pleine nuit dans le château après ce qu'il t'est arrivé ? Mais c'est de l'inconscience !
Bingo !
- Ron, expliqua calmement Emy en se tournant vers lui, c'est justement grâce – ou à cause, comme tu veux – de ce qu'il s'est passé que je n'hésite pas à sortir maintenant. De toute façon, j'ai besoin de ce livre pour terminer mon devoir, donc je n'ai pas le choix.
- Très bien, accepta rapidement Harry. Dans ce cas, on t'accompagne.
Proposition qui ravit Ron.
- Hors de question !, intervint contre toute attente Hermione, stoppant par là-même Harry qui s'était déjà levé et allait attraper sa cape. Vous la laissez tranquille. Elle a besoin d'un livre, elle va à la bibliothèque et elle revient. C'est tout. Vous deux, avec la bonne volonté que vous avez mis ce soir à nous contrarier, vous restez ici...
- Mais Hermione..., commença Ron en la regardant comme si elle était tombée sur la tête.
- Un point c'est tout !, conclut dangereusement Hermione en lançant des éclairs aux deux garçons qui soufflèrent de mécontentement mais qui devaient, s'ils ne voulaient pas se retrouver ensaucissonnés, faire ce que leur amie leur intimait.
- Comprends pas, grommela Ron en se laissant tomber contre le dossier de son fauteuil en jetant un regard obtus vers Hermione. Non, comprends pas...
- C'est parce que tu n'as rien à comprendre, rétorqua Hermione qui avait déjà replongé la tête sur son parchemin. Emy, tu peux y aller, je les surveille.
Retenant un petit rire qui aurait à coup sûr été mal pris, la jeune fille franchit le portrait et se dirigea à pas rapides (sans être précipités) vers la bibliothèque.
Mais chemin faisant, malgré ce qu'elle avait pu dire, elle ne put nier ressentir une émotion particulière à se retrouver seule, comme ça, dans les couloirs sombres et silencieux du château. Elle finit même par se demander au bout de quelques escaliers descendus, si elle ne tentait pas un peu le diable à agir de la sorte. Pourtant, sa sortie était légitime et elle n'avait pas fait exprès d'oublier de prendre ce livre. C'est vrai aussi qu'elle aurait pu attendre le lendemain matin pour aller le chercher – ne risquant pas, en plus, de se déplacer pour rien, vu l'heure – et terminer de rédiger les quelques lignes qu'il lui manquait pour achever son devoir durant la pause déjeuner.
Mais elle n'avait pas voulu. Une fois encore, elle voulait savoir. Mais savoir quoi ? S'il y avait une espèce d'ange qui veillait sur elle ? Si on s'était moqué d'elle et que sa naïveté la tirait à ce moment-même droit dans un piège sordide ?
En y réfléchissant, tout cela était tombé à pic, parce qu'elle avait besoin de savoir.
Ceci-dit, ce qu'elle commença par rapidement apprendre en tout premier, c'est qu'il était effectivement trop tard et qu'à cette heure-ci, la bibliothèque était fermée.
Mettant brutalement sa réflexion sur ses souhaits de côté face aux lourdes portes de bois fermées à clef, Emy ne tergiversa pas trois heures et ne vit plus qu'une chose à faire : retourner sans plus attendre jusqu'à son dortoir en songeant qu'elle ne pourrait réchapper à une petite remarque de Ron, dans le genre : « Ah ! Tu vois ? Non seulement tu sors toute seule en nous faisant nous inquiéter, mais en plus, tu es sortie pour rien ! ». Ça, elle le voyait gros comme une maison ! Mais...peut-être pas aussi nettement que cette ombre qui se dessinait de plus en plus clairement contre le mur, au bout du couloir qu'elle remontait silencieusement - ombre accompagnée de ce caquètement insupportable et si caractéristique qui appartenait au plus insupportable fantôme qui hantait le château : Peeves !
Emy ne chercha même pas à savoir s'il s'en prendrait à elle, elle le savait déjà. C'est pourquoi, connaissant un autre chemin pour accéder à la tour de Gryffondor sans être obligée de croiser Peeves, elle fit demi-tour et emprunta un autre couloir qui, fort heureusement, ne fut pas celui que le fantôme suivit pour sa petite balade nocturne.
Elle ne venait pas souvent dans ces recoins du château. Même si évidemment, depuis le temps, elle les connaissait, comme bon nombre de ses camarades, elle se contentait généralement de prendre les passages les plus classiques – et plus rapides. Mais en l'occurrence, connaître ces chemins détournés pouvait rendre de grands services.
Longeant à présent un couloir où les portes de classes se succédaient les unes aux autres et où la lumière était utilisée à l'économie, Emy eut la (plus ou moins désagréable) surprise d'entendre tout à coup des bruits en provenance d'une classe se trouvant à seulement quelques pas d'elle. Elle stoppa net sa marche, se demandant sur quoi elle allait encore tomber. Puis, elle ne sut pourquoi, en observant l'endroit où elle se trouvait, elle repensa à cette histoire abracadabrantesque que lui avaient racontée Ron et Harry au sujet du chuchotement de points non identifiés (et apparemment non identifiables).
Comprenant alors qu'elle aurait dû immédiatement passer son chemin et rien faire d'autre, elle s'arrêta toutefois devant la porte et écouta, son cœur battant plus fort. Les bruits continuaient. Elle n'aurait su dire s'il s'agissait d'une discussion amicale ou d'une dispute, mais de l'autre côté de la porte, les mots s'échangeaient indistinctement sur un rythme assez relevé.
À cet instant, plutôt que d'écouter sa raison qui insistait pour qu'elle ne s'approche pas plus, elle préféra suivre son cœur (ou sa témérité) qui l'incitait à ouvrir cette porte, d'y aller franco et de voir si elle aussi, vivrait les mêmes étrangetés que ses amis.
En fin de compte, elle ignorait s'il s'agissait vraiment du même endroit. Mais les circonstances étaient très similaires et trop de choses se passaient dans l'ombre de Poudlard pour refuser de saisir une chance d'en savoir peut-être un peu plus.
Ne prêtant donc pas attention au fait que question combat, elle était loin de casser la baraque, elle prit une profonde inspiration et d'un même mouvement, ouvrit la porte et s'engouffra dans la salle.
Elle resta un instant abasourdie. Devant elle, debout et appuyé contre le bureau professoral, se tenait Ewan qui faisait alors face à Adel et Roger. Emy eut immédiatement confirmation de ce qu'elle avait redouté : l'ambiance était loin d'être au beau fixe. D'un côté, le serpentard, les bras croisés, affichait une attitude déterminée et immuable, de l'autre, les sourcils froncés, les deux serdaigles semblaient s'opposer à lui.
Mais dans cette situation inimaginable, les quatre s'immobilisèrent et restèrent quelques secondes à se dévisager, de subreptices coup d'œil filant de l'un à l'autre. Le silence sembla perdurer longtemps...longtemps...Jusqu'à ce que,
- Qu'est-ce que...Ne me dites pas que vous alliez vous battre ?, s'écria Emy qui sortit soudain de sa léthargie.
Sur le coup, elle eut l'impression que cette question déconcerta les trois autres...mais « l'impression » seulement. Car l'ombre masqua brusquement leur visage. Et dans la seconde qui suivie, la faisant sursauter, Ewan descendit de l'estrade, se dirigea vers la sortie, mais prit néanmoins soin de lancer d'un air impérieux aux deux autres :
- On se reverra.
Là dessus, il n'accorda qu'un fugace, mais vif regard à Emy lorsqu'il passa à côté d'elle, puis s'en retourna vers sa salle commune, enfouie avec les cachots de Poudlard.
Heureusement pour Emy, Adel et Roger se montrèrent plus chaleureux.
- Hé bien Emy, lui demanda amicalement Roger comme si rien ne s'était passé, qu'est-ce que tu fais ici à une heure pareille ?
La jeune fille fut littéralement décontenancée, et par le ton, et par la question posée qu'elle aurait volontiers retournée aux deux serdaigles. Mais n'ayant plus vraiment envie d'en savoir davantage après le regard que venait de lui lancer son « partenaire » - qui ne semblait pas avoir apprécié d'être ainsi dérangé - elle préféra répondre docilement en racontant sa sortie « bibliothéquesque » qui faillit se terminer par une mauvaise rencontre fantomatique.
- Je vois, rigola Adel. Ce brave Peeves à donc toujours autant la côté.
- Oui...toujours autant, reprit Emy, gênée - et désormais pressée de retourner dans sa tour. Bien ! Hé ben...je crois que je vais vous laisser...Je suis désolée d'être arriver comme ça, ajouta-t-elle en se rendant compte qu'elle abordait un sujet qu'elle n'était pas prête à manier pour le moment. Bon, je m'en vais. Bonne soirée !
Et elle fila au pas de course.
Restés seuls dans la salle vide, Adel et Roger abandonnèrent leur air avenant.
- Comment est-ce qu'elle a pu...? Pourquoi n'avons-nous pas...?, commença l'un.
- Oh...Il n'y a pas trente-six possibilités, souffla l'autre. Ceci-dit, c'est très instructif tout ça.
