Sortez les bougies, « En quête de liberté » fête ses … quatre ans ! Je n'ai pas vu le temps passer et j'ai encore du mal à imaginer le temps qu'il faudra pour terminer cette histoire.
Encore merci à eux qui me suivent depuis le début mais aussi à ceux qui nous ont rejoints il y a peu.
En attendant je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre.
Chapitre 12 : Cicatrices du passé
Je regardais la famille assise autour de la table en train de manger leur repas du soir. Le couple souriait à leur petite fille. Elle devait avoir une dizaine d'année peut-être moins, elle rayonnait de bonheur. Sa mère se tourna vers moi et m'invita à les rejoindre à table.
Elle n'avait pas peur ? Elle me connaissait ?
Je n'eus pas le temps de réfléchir plus qu'elle se leva et m'attrapa le bras.
-Allez viens on t'attendait.
Je la regardai surpris. Ils m'attendaient ? Je voulus lui demander mais aucun son ne sortit de ma bouche. Je m'assis face à mon assiette de soupe pendant que la mère reprenait sa place.
-Bon appétit ! s'écria la plus petite en commençant à manger sans plus attendre.
Je les regardais manger un instant avant de les imiter. J'attrapai la cuillère avant de mon concentrer sur mon plat.
Je m'immobilisai aussitôt contrairement à eux, j'avais la tête de ma première victime qui me fixait. Je tentais de me reculer mais c'était comme si son regard me paralysait. Soudain une main sur mon bras me fit sursauter.
-Un problème Rei ? me demanda le père.
Sachant que je ne pouvais pas parler je me retournais vers lui pour lui expliquer gestuellement quand la peur m'envahit.
Sa chair fondait avant de tomber en lambeaux au sol, son visage passait du rouge au noir à l'exception de ses yeux qui me fixaient comme s'il ne ressentait aucune douleur. Je le voyais lentement se consumer devant moi alors que l'odeur de la chair brûlée emplissait la pièce.
Je cherchai à me défaire de sa poigne et me levai.
-Rei tu n'as pas fini, s'indigna la mère.
Je détournaiss ma vision de l'horreur qui me tenait pour réaliser qu'il n'était pas le seul à ce consumer. Les autres personnes présentent étaient dans le même cas, si ce n'est pire. Je tentai de me dégager mais il était bien plus fort que moi.
Il se jeta sur moi et me plaqua au sol. Je tentai de le repousser en vain.
-Tu sais ce qui ce passe quand on n'obéit pas, annonça d'une voix aiguë l'humain difforme.
Je me débattis pour échapper à ses mains qui se dirigeaient vers mon visage. Il me força à ouvrir la bouche avec des doigts saignants avant de marquer une pause et de se mettre à rire.
-Ah ah ah. C'est vrai tu n'as plus de langue.
Je réalisais alors pourquoi je ne pouvais plus parler. Je sentais ce qu'il me manquait.
-Non, ce n'était pas possible. réalisai-je avec effroi.
-Maintenant il est temps de manger sa soupe, ajouta l'autre monstre en attrapant le contenu de mon assiette par les cheveux pour l'amener à ma bouche.
Je fermai un instant les yeux, ne voulant pas voir cela.
-Fais aaahhhh.
Je serrai les dents brisant mes quelques doigts qui s'y trouvaient pour ne pas avoir à manger ce qui m'étais présenté.
-Tu préfères mes doigts ? Très bien avale, continua celui qui m'immobilisait en recouvrant de ses mains ma bouche et mon nez.
Je résistais, je ne pouvais pas respirer mais il était hors de question que j'avale. Sentir ses bouts de chair sur ma langue était déjà immonde.
Minute … j'avais une langue ?
Je me réveillai de ce cauchemar en sursaut. Je restais tremblant quelques instants pour reprendre mon souffle quand un haut le cœur me prit. Je me levai aussitôt, plaquant une main sur ma bouche avant de courir. J'oubliai toute discrétion et allumai la lumière dans la pièce principale. Sans prêter attention aux Pokémons réveillés par mon passage, je fonçai à la salle de bain et arrivai juste à temps sur les toilettes pour vider mon estomac.
Les images de ce mauvais rêve me rappelèrent la scène d'origine, augmentant mon malaise. Je me rappelais enfin d'eux, de ce qu'ils avaient fait et comment cela c'était fini.
Je tentais de reprendre mon souffle quand je le pouvais. Rapidement mon estomac se retrouva vide et je pus me remettre.
-ça va ? me demanda quelqu'un dans mon dos d'une voix endormie.
Je ne répondis pas, préférant fixer le dossier de la cuvette devant moi pour chasser mes pensées. Cela ne dura que quelque secondes avant que je vomisse de la bile, me brûlant la gorge. Je sentis soudain une main caresser doucement mon dos.
-Karen, pensais-je en profitant de l'occasion pour l'imaginer.
Il fallait à tout prix que je pense à autre chose, que je chasse ce cauchemar. J'en faisais toujours depuis que j'avais été capturé par la Team Rocket. Mais c'était un des rares violents qui me rendaient malade de la sorte.
-Tient … bois, me proposa la rousse en me présentant un verre.
Je ne me le fis pas dire deux fois et utilisai aussitôt le liquide pour me rincer la bouche. Puis je me redressai en prenant appui sur la cuvette pour tirer la chasse avant de me rassoir à même le sol.
-Un truc qui est mal passé ? m'interrogea l'humaine ayant du mal à se réveiller.
-S'il te plaît ne me parle pas de nourriture.
Le silence dura quelques minutes avant que je ne reprenne la parole.
-Tu travailles demain, retourne te coucher.
-Tu n'es pas malade ? s'inquiéta-t-elle.
-Non, ce n'est rien. Retourne dormir, soupirai-je fatigué.
-Encore … un cauchemar ?
Je hochai la tête après un temps d'hésitation. Encore ? Je l'avais réveillé à d'autres reprises ? Mince, moi qui pensais avoir été assez discret jusque-là.
-Ce n'est pas grave je te dis.
-Tu es sur ? ajouta-t-elle avant de bailler.
Je ne répondis pas tout de suite. Ne sachant pas comment répondre correctement. Être à moitié à poil devant la cuvette des toilettes ne me rendait pas très crédible. Elle se posa contre mon dos avant de passer ses bras autour de ma taille.
-Ne pose pas de question et retourne dormir, répondis-je en poussant son bras avec mon coude doutant de la propreté de mes mains.
-Tout va bien.
-Je sais pas besoin de …
Je réalisais alors que le truc doux que je ressentais dans le dos n'était pas du tissu. Je ne bougeais plus, comprenant qu'elle dormait probablement à poil et qu'elle n'avait rien eu le temps de mettre avant de venir.
Mon cerveau cherchait aussitôt une solution qui ne mettrait pas Herbi en colère. Je gardais mes yeux rivé devant moi et les mains sur l'abattant. Devais-je appeler la plante verte à l'aide ? Ou attendre que quelqu'un arrive pour la sortir de là ? Je pouvais aussi le lui dire indirectement.
-Tu n'as plus besoin de t'inquiéter maintenant, je suis là, avec toi, et j'y resterais... dit-elle d'une voix ensommeillée
-Je m'inquiète pas, va dormir ! ordonnai-je un peu sèchement.
-Je resterais là pour toi, tu n'as pas à avoir peur... Viens dormir avec moi pour cette nuit... On en discutera pl...
J'attendis la fin de sa phrase avant de réaliser qu'elle s'était endormie.
-Karen ? Karen ! tentai-je en secouant mon dos ce qui eut pour effet de la faire resserrer sa prise.
-Bouillo…te, murmura-t-elle, avant de soupirer.
-Herbi ? murmurai-je sans obtenir de réponse.
Je pouvais toujours me lever mais dans tous les cas il y aurait un moment où je serai obligé de regarder. Non, il ne fallait pas. Comment pourrais-je lui faire face ensuite sans y repenser ?
Celui-ci arriva quelques minutes plus tard sûrement inquiet de ne pas voir revenir sa copine.
-Karen qu'est-ce que tu …
-Enfin ! dis-je tout bas. Vire là de …
Je ne pus finir ma phrase qu'une liane me frappa la tête.
-ça ne va pas la tête ?! Je n'ai rien fait ! grommelais-je attendant que la douleur passe.
Je fermai les yeux attendant un autre coup mais rien ne vient. J'entrouvris un œil et une liane attira mon attention. Le Pokémon plante s'était mis à côté du meuble en porcelaine et me fixait l'air passablement énervé. Je déglutis sachant que j'étais totalement bloqué.
-Explique-toi, dit-il d'une voix menaçante.
-J'ai … je suis venu vomir et elle est venue me faire un câlin, répondis-je rapidement en montrant une de mes mains portant la trace et l'horrible odeur pour justifier mes paroles.
Sans attendre il fit un pas en arrière en retroussant le museau. Ce que je comprenais, moi aussi je voulais me laver.
-Je ne pense pas qu'elle te ferait un câlin juste pour ça, elle irait plutôt te chercher des médicaments ou un verre d'eau.
-J'en sais rien. Mais tu pourrais l'enlever de là, s'il te plaît ?
-Pas sûr …
-Quoi ? Tu rigoles ?!
-Ramène là à notre lit, on trouvera bien un moyen de lui faire lâcher prise.
-Euh … tu ne peux pas le faire avec tes lianes ?
-Ce serait trop tentant. dit-il sombrement.
Je le regardais sans comprendre. Pourquoi se retenait-il de le faire ?
Il garda le silence un instant avant de soupirer :
-Ok, pour faire simple, mes lianes sont des armes, je te déteste et j'ai vraiment très envie de t'attaquer actuellement. Je me retiens parce que Karen n'apprécierait pas mais tu n'aimerais vraiment pas que j'approche ça plus près de toi, dit-il en secouant une de ses lianes devant lui. Donc ramène-la dans la chambre.
Son ton indiquait clairement qu'il avait été assez patient et que si je continuais à lui répondre il risquait de passer à l'acte.
Je déglutis sachant ce qu'il s'était passé la dernière fois que j'avais tenté de me lever. Je pris une grande respiration et me levai lentement. Comme prévu elle grogna et resserra sa prise. Je me figeais mais un regard de la part d'Herbi m'incita à continuer. Je regardais le plafond en avançant tant bien que mal les mains de chaque côté avant de faire un pas de côté pour faire un demi-tour.
Il ne me restait plus qu'à avancer vers la chambre, malheureusement le premier pas la fit glisser plus bas et je dus retenir mon short avec ma seule main propre pour ne pas qu'il descende avec elle.
Je jurai doucement ne voyant pas comment avancer sans devoir la réveiller. Puis je réalisai que c'était là une solution.
-Euh … je n'ai pas de meilleure idée, informai-je Herbi avant d'avancer en faisant descendre mon seul habit avec lequel Karen glissa jusqu'au sol.
Une fois libre je partis me laver les mains dans le lavabo sans oser me retourner. Au bruit je compris qu'Herbi devait la ramasser.
Elle grommela quelque chose que je ne compris pas. C'était de loin ma dernière préoccupation, mon but actuel était concentré sur le fait de ne pas énerver plus son copain. Un coup m'avait suffi, je n'avais pas envie de m'en prendre d'autre.
Le claquement de la porte m'informa qu'ils avaient quittés la pièce et je pus me relâcher. Je fini de me laver avant de ressortir et de retourner dans ma chambre. Je fermai la porte avant d'enfiler le premier slip que j'avais sous la main. Avant de contempler mon lit.
Le comportement de Karen m'avait fait momentanément oublié mes pensées morbides. J'hésitais à aller dormir avec les autres dans le salon. Avant de me résonner, au lieu d'être le seul à ne pas dormir, j'allais sûrement en empêcher d'autres de dormir.
J'attrapai un des livres que j'avais commencé à lire et retournai sous les draps. Et passai le reste de la nuit perdu dans un monde imaginaire.
Je levai les yeux de mon livre en entendant ma porte s'ouvrir.
-Ah ! Tu es déjà réveillé ? murmura Karen en rentrant.
-Hum … oui.
Je la regardai content qu'elle soit habillée. Je fis comme si de rien n'étais vu et replongeai dans ma lecture.
-Euh … Rei.
-Oui ?
-Je … je peux te parler un instant seul à seul ?
-Un problème ? demandai-je.
-Non … enfin si. Comment dire ?
-… avec des mots.
Je la vis hésiter avant qu'elle vienne s'asseoir sur le bord du lit. Elle fixa un petit moment le sol avant de se tourner vers moi en posant mon short à côté de moi.
-… à propos de la nuit dernière…
-Je ne vois pas de quoi tu parles, dis-je en faisant mine de retourner lire, voyant qu'elle ne bougeait pas j'ajoutai : Merci de me l'avoir ramené.
Elle sursauta sans que je comprenne pourquoi.
-C'est … normal … c'est à toi … enfin …
-Tu ne devrais pas retourner voir Herbi ? Il va encore prendre tout de travers.
-Herbi … J'irai le voir après … Je voulais vraiment parler avec toi avant ça …
Qu'est-ce qu'elle voulait me dire ? Pas qu'elle voulait rompre avec lui j'espère. Il allait m'exploser la tête.
-Parler de ça …
A moins qu'elle voulait parler de mes cauchemars … ça serai la chose la plus logique … oui je ne voyais rien d'autre.
-… je t'ai dit que ce n'était pas grave, finis-je.
-…
-Tu t'en rappelles ? Tu n'étais pas bien réveillée.
-C'était difficilement oubliable... Pas que ce soit une mauvaise chose hein ? Mais... tu... on... voilà... Haha, c'est plus dur d'en parler que je ne le pensais.
-Je suis du même avis. Je ne pensais pas que ça allait finir comme ça.
Elle prit une grande inspiration avant d'ajouter.
-Donc je voulais t'en parler avant de m'excuser auprès d'Herbi.
-Pourquoi ? J'ai tout expliqué à Herbi, il n'y a pas de problème.
-Tout... Tout expliqué ?! dit-elle surprise.
-Ben oui, il était là. Il ... a tout vu.
Elle me regarda avec de grands yeux.
- ... Du coup... ça ne le dérange pas ?
-On ne peut pas dire qu'il ait totalement approuvé, continuai-je sans lui préciser que je m'étais pris une liane dans la tête.
-Oui, ça lui ressemble... répondit-elle tristement. Tu... Tu crois que ça arrivera encore ? Pas que je le veuille hein, mais... enfin...
-Ce n'est pas quelque chose qu'on peut contrôler, ajoutai-je sombrement.
-C'est vrai que quand ça arrive... c'est comme si notre corps ne nous obéissait plus...
-Je ferais attention à être plus discret la prochaine fois.
-La prochaine fois ?! Enfin, oui, il vaut mieux être discret... mais non, on peut pas ! Enfin... je sais pas...
-Si j'avais pu garder mon short ça aurait pu aller. Mais tu ne m'as pas laissé le récupérer et j'ai dû traverser le salon à poil.
-Tu aurais pu rester dormir avec moi...
-Quoi ?!
Les joues de la rousse prirent autant de couleur que ses cheveux.
-Je... enfin... Comment dire... ?
-Que je dorme seul ou avec toi n'y changera rien.
Hormis de me faire haïr encore plus par Herbi.
-Je suis pas très sûre de moi, mais je pense qu'après tout ça, on a besoin de rester ensemble pour... le réconfort et la chaleur humaine... Enfin, quelque chose comme ça...
-T'inquiète pas pour moi. Je peux gérer ça tout seul.
-Je... pense que c'est plus agréable quand on laisse d'autres gérer pour nous parfois.
-Euh … tu es sûre qu'on parle de la même chose ?
-Ben... du fait que... dit-elle très hésitante. Tu m'aies vue...
-Promis ! Je n'ai rien vu ! me défendis-je en rougissant.
-Rien vu ? Comment ç... Pourquoi ? Ah... la position peut-être...
-Exactement, tu étais dans mon dos. Et ... et je ... je ...
-Dans ton dos ? Mais... C'était pas... plutôt l'inverse ?
-Hein ? Pas du tout.
-Mais comment t'es rentré alors ?! s'exclama-t-elle soudain paniquée.
-... par la porte de la salle de bain.
-Salle... de bain... ? Mais on l'a fait dans la chambre !
-Je ne suis jamais entré dans ta chambre ... C'est Herbi qui t'a ramenée.
-Je suis sûre que c'était toi pourtant...
-J'ai fait quoi ?
- ... Ne me le fais pas dire, idiot... répondit-elle en regardant à nouveau le sol face à elle.
-Je t'assure que je n'ai rien fait. C'est Herbi qui a fini par s'occuper de toi.
-Ça veut dire que tu avais commencé donc... Tu es parti au milieu ? C'est bizarre, je m'en rappelle encore pourtant, un peu flou mais...
-J'ai essayé mais Herbi est arrivé. Vu sa tête je n'ai pas insisté.
-Oh, il est arrivé pendant... Je ne me souviens pas de ça... Il faut vraiment que je m'excuse...
-C'est normal, tu t'es endormie avant qu'il arrive.
-... Désolée...
-Ne t'excuse pas, tu étais fatiguée. Vu l'heure c'était normal ... bien que dans cette position c'était ... gênant.
-C'est... Je n'ai pas fait d'erreurs quand même à part ça ? ça t'a plu ? dit-elle en secouant la tête avant de la cacher dans ses mains. Je trouve que c'est dommage que... Mais on pouvait pas, on peut toujours pas... ou si ?
-Mais de quoi tu parles ?
-Ben... Elle prit une grande inspiration avant de lâcher d'un coup : Qu'on couche ensemble une nouvelle fois...
Je la regardai surpris, d'où elle me sortait ça ?
-Mais on n'a pas … couché ensemble.
-... Mais... la nuit dernière... non ?
-Non.
-Du coup... Il s'est passé quoi exactement la nuit dernière ?
-Euh … Comment dire ça …
J'utilisai mon livre pour cacher mon visage qui devait être aussi rouge que le sien. Et lui raconter non sans hésitation notre mésaventure dans la salle de bain.
-Donc la prochaine fois que tu m'entends vomir. Tu restes au lit, dis-je en baissant un peu le livre pour la voir.
-Je... ne me souviens pas du tout de tout ça... Tu es tombé malade ?
-Euh … on va dire ça.
-D'accord... conclut-elle avant de murmurer : donc on a rien fait, c'était un rêve...
Elle avait ce genre de rêves ?!
-Repose-toi bien aujourd'hui alors, je te ramènerai des médicaments en revenant donc je serai un peu en retard...
Elle se redressa et commença à marcher en direction de la porte.
- Je vais... aller me préparer, oui. Donc... On oublie tout ça, j'ai rien dit, il s'est rien passé, il ne se passera rien et voilà. Enfin...
Elle passa la porte sans finir sa phrase.
-Je vais bien ! Pas besoin de médicaments ! criai-je sans obtenir de réponse.
Je crois que c'était un des pires quiproquos que j'avais vu. Sans compter la gêne de … de ce dont elle rêvait. Il valait mieux qu'Herbi n'ait rien entendu, sinon je ne donnais pas cher de ma peau.
Ne sachant que faire je restais au lit, essayant de me concentrer sur mon livre. Malgré tous mes pensées étaient plutôt chaotiques. Ce n'est qu'après avoir relus une énième fois la même ligne que j'abandonnais ma lecture. Il fallait que je trouve autre chose pour ne plus penser à cette conversation. Elle était avec Herbi et préférait les Pokémons. Il n'y avait pas moyen qu'elle soit intéressée par moi. Oui, ça devait être un cauchemar et puis c'est tout. Personne n'aurait envie de faire ça avec moi … mais elle n'aurait pas dit le encore dans ce cas là.
A moins qu'il ne s'agisse que d'un besoin comme les autres hybrides. D'ailleurs je n'avais jamais compris pourquoi tout le monde semblait s'exciter à propos de ça … Rah, j'avais autre chose à faire que de me prendre la tête avec ça !
Il ne fallait rien espérer. Je devais rester réaliste. Je finirai tout seul mais libre, ce n'est pas comme si la solitude était quelque chose de nouveau pour moi. Mais il était hors de question que je finisse comme Yushin, sans compter que je ne pourrais jamais aller en ville acheter de l'alcool.
Je devais me préoccuper du présent. D'abord devenir plus fort, préparer mon voyage, rejoindre la rébellion, voilà mes priorités ! Pas de perdre mon temps avec des histoires de cul. Cette humaine me faisait vraiment faire n'importe quoi.
Je soupirai avant de me lever pour m'habiller avant de me faire la réflexion qu'au moins je ne pensais plus à mon cauchemar. Une fois prêt j'hésitais à sortir.
Comment devais-je réagir maintenant ? Faire comme si de rien n'étais, semblait la meilleure solution, j'espérais que Karen en fasse de même.
Je sortis enfin de ma chambre pour réaliser qu'elle était déjà partie au travail. Je regardai l'horloge pour voir qu'il était déjà neuf heures passé.
-Bonjour, me salua Moustache.
-Bonjour … qu'est-ce que tu fais là ? le questionnais-je.
-Je veille sur toi. Si tu es encore malade je pourrais rapidement avertir Karen.
-Mais je ne suis pas malade, soupirai-je.
-Vraiment ?
-Oui ! Et puis une simple potion me soignerait dans ce cas-là.
-C'est commode d'être un Pokémon pour ça.
-Je ne vais pas te dire le contraire. Enfin, va rejoindre Karen, tu seras plus utile là-bas qu'avec moi.
-Je ne pense pas que cela change à ce qu'elle pense.
-Bouge pas je vais lui écrire une note avant.
Je retournai dans la chambre, pour récupérer une feuille dans le bureau avant d'écrire simplement.
Salut,
Je ne suis PAS malade. (Rentre toi bien ça dans la tête)
Moustache te sera plus utile à tes côtés. (J'ai pas besoin de babysitteur !).
Bonne journée et choppe pas la crève.
A plus
Je commençai à plier le message avant de sortir vérifier un truc dans le frigo, avant de reprendre mon stylo.
PS : Y a plus de tomates. Tu pourras en ramener 5 ou 6 stp.
Cette fois si je pliai le message et le donnai à Moustache qui disparut d'un coup.
Je regardai l'appartement vide autour de moi. Il était temps de profiter de ce temps libre pour réfléchir à mon plan pour convaincre la rébellion que j'étais de leur côté.
-Je suis de retour ! s'exclama joyeusement Karen dans l'entrée.
-Bon retour, annonçai-je depuis le canapé faisant mine d'être intéressé par les informations.
-ça va mieux ? demanda-t-elle alors qu'au bruit je comprenais qu'elle ouvrait ses Pokéballs.
Je me redressai par-dessus le dossier pour lui jeter un regard ennuyé :
-Oui tout va bien. Je ne suis pas malade.
-Qu'il fait bon d'être au chaud à la maison, dit Spark en s'étirant.
Je le regardai un instant avant de croiser le regard de Karen qui me fixait. Elle détourna aussitôt le regard comme gênée. Je remarquai alors la poche qu'elle tenait dans ses mains.
-Ah les tomates ! Merci, il ne me manquait plus que ça, la remerciai-je en me levant pour les récupérer et ainsi pouvoir finir de préparer le repas.
-Tu nous mijote quoi pour ce soir ?
-Des lasagnes.
-Je fonce me changer alors.
-Tu as le temps. C'est long à cuire.
-Oui, oui.
Elle partit rapidement s'enfermer dans la salle de bain, tandis que j'ouvrais le frigo pour sortir les récipients dans lesquels j'avais entreposé la préparation de cet après-midi. Une fois le tout réuni sur le plan de travail, je réglais le thermostat et je m'occupais des tomates pour en faire de la sauce.
Plutôt content de ne pas en avoir mis partout, je la mélangeais avec la viande hachée avant de commencer à remplir le plat par couche d'aliments. Dès qu'il fut plein à ras bord, il finit dans le four.
La rousse sortit quelques minutes après, apparemment heureuse d'être propre, avant d'aller dans la cuisine.
-ça sent bon.
-Il y en a encore pour dix-sept minutes, annonçai-je depuis ma chaise.
-D'accord … tu as du tomate sur la joue. dit-elle en tendant sa main ma joue droite et de s'arrêter.
Voyant son visage prendre de la couleur. J'essuyai d'un coup de main l'intrus, sans plus de cérémonie.
-Ah ! Tu l'as étalé !
Je recommençai sous son regard désespéré.
-Il en reste encore ?
Elle hocha la tête avant de regarder ailleurs et je me levai pour aller me laver. Sa réaction avait été assez gênante, je n'avais pas envie de rester et de faire empirer la chose.
Je restais plus longtemps que j'en avais besoin dans la salle de bain. J'arrivais bien à faire comme si de rien n'était, ce qui ne semblait pas être son cas. Du moment qu'Herbi ne venait pas encore me chercher des noises tout irait bien.
Je finis par retourner dans la cuisine pour fixer le compte à rebours décroître lentement. Puis il fut temps de nous mettre à table et de nous faire face. Après un début silencieux, Karen finit par raconter sa journée de travail en évitant de croiser mon regard.
Si ça l'aidait à garder une certaine contenance, pourquoi pas. Je l'aidais un peu en posant de questions banales auxquelles elle répondit sans hésitation. Toutes sauf une, que je posais pendant qu'elle faisait la vaisselle :
-Tu es retournée voir les Ponyta ?
-… non, répondit-elle sombrement.
-Tu as un problème avec eux ?
-Non, rien de particulier.
-… C'est Pony alors ?
-J… je n'ai pas envie d'en parler, conclut-elle en posant ce qu'elle nettoyait dans levier.
-Pourquoi ?
-Pourquoi tu veux savoir ça ? me dit-t-elle sombrement.
-Je tente de comprendre, ce que personne ne veut m'expliquer, râlai-je doucement.
-Bonne nuit, dit-elle avant de partir.
-Attend !
Je posai plus ou moins délicatement ce que je tenais avant de l'attraper par un bras.
-Lâche-moi, dit-elle d'un ton qu'elle voulait sûrement menaçant.
-Dit moi au moins ce qui ne va pas.
Elle tira sur son bras pour se dégager mais je ne la lâchais pas.
-S'il te plait, lâche moi, ajouta-t-elle effrayée.
Je la lâchai perdu. Elle avait peur de moi ? Depuis quand ?
-P … pardon, dis-je en regardant le sol, réfléchissant à comment je pouvais lui faire peur.
Mon attention fut attirée par une paire de chausson vert à l'effigie de son Pokémon favori. Qui me faisaient maintenant face.
-Pourquoi tu veux savoir ça exactement ? Je ne vois pas en quoi ça pourrait t'aider à quoi que ce soit...
-Tu as l'air d'avoir … un mauvais souvenir de ce Pokémon. Te connaissant … je … je me disais qu'il avait dû mourir et que tu croyais encore que c'était de ta faute. Non ? finis-je en risquant un œil dans sa direction pour voir un regard un peu trop brillant, avant qu'il ne disparaisse sous sa frange.
-Ça ... fait partie de mon passé, ça ne te concerne pas ...
-Tu es mal placé pour me dire ça, rétorquai-je.
-… Désoler … C'était pour t'aider...
-Pardon de vouloir rendre la pareille, grognai-je en regardant en direction de l'égouttoir.
N'obtenant aucune réponse je me retournai vers elle indécis, avant de l'appeler doucement.
Elle releva la tête et commença d'une voix menaçante :
-Ok, mais je te préviens, si je raconte cette histoire, je vais avoir besoin d'un câlin !
-Quoi ?! dis-je en reculant d'un pas par mesure de prévention.
-Si tu me tiens pas dans tes bras, je vais craquer avant la fin... juste d'y repenser déjà...
-Herbi risque de mal le prendre, dis-je en connaissance de cause.
-Il sait que c'est important... Et il ne se passera rien de plus entre nous... Non ?
-Juste un câlin alors.
-Tu peux aller m'attendre dans ma chambre ?
-Euh ... tu es sûre ?
-J'arrive de suite, je les préviens juste qu'on va parler avant.
-Non, je veux dire ... tu ne préfères pas ma chambre ou la salle de bain ? dis-je gênée qu'elle veuille aller dans ce lieu si personnel. C'est que je … ce … c'est … oublie ma remarque.
-... Si c'est à cause de ce matin, je suis désolée... Mais c'est vraiment pas pour ça que je veux aller dans ma chambre.
-Hein ?! Non pas du tout, c'est que ... c'est chez toi. Et que ... je vais partout dans l'appartement sauf dans ta chambre.
A peine eus-je fini qu'elle éclata de rire avant de se reprendre.
-Faut une première fois à tout, me dit-elle avec un clin d'œil avant d'aller voir ses Pokémons.
Je la regardai un instant avant de regarder la fameuse porte. Et si c'était pas rangé ? Et si je tombais sur des trucs bizarres ? Et si …
Je secouai la tête pour chasser ces stupides pensées et allai attendre à côté. Il était hors de question que j'entre le premier là-dedans.
La rousse revint rapidement et je ne pus m'empêcher de demander :
-… c'est rangé ?
-… Pas vraiment non …
-D'accord.
Elle prit les devant et marqua une pause après avoir allumé la lumière. Un coup de pied suffit à pousser les habits qui traînaient sous le lit. Je fermai la porte derrière moi et regardai le plafond pour faire genre que je n'avais rien vu.
-Donc... quand tu rentres dans un nouvel endroit la première chose qui t'attire, c'est le plafond ? C'est pas commun.
-Non, c'est euh ... je regardais la déco.
-Tu peux venir par-là ? dit-elle en tapotant la place à côté d'elle après s'être assise sur le lit.
Je fis ce qu'elle me demandait non sans hésitation. Puis elle m'analysa sans que j'en comprenne la raison.
-Tu arriverais à t'allonger sur le dos ?
-Oui.
-Si ... mais ça ne serait pas plus simple comme ça ?
Je déployai une de mes ailes comme s'il s'agissait d'un second bras et la serrai contre moi avec.
Elle posa sa tête contre moi après avoir passé ses bras autour de moi.
-Ce n'est pas très confortable.
-Je vois.
Je me laisser tomber en arrière avec elle, elle resta un moment immobile avant de me serrer un peu plus et de se lancer :
-C'est parfait... Qu'est-ce que tu veux savoir exactement... ?
-Raconte comme tu veux. Je veux juste savoir ... ce qui ... te fait mal.
Elle resta un moment silencieuse sûrement en train de réfléchir à comment commencer. A chaque seconde qui passait je sentais mon malaise augmenter et je commençais à regretter d'avoir mis mon nez où il ne fallait pas.
-Bon... C'était quand je faisais mon voyage initiatique... Mon équipe n'était pas encore celle que tu connais et, comme tu dois t'en douter, j'avais... j'avais un Ponyta, Pony. Il était vraiment adorable.
-Je comprend.
-Il était avec moi depuis le début du voyage, quand j'ai gagné mes trois premiers Badges, il célébrait toujours avec nous. J'avais Herbi, Mist et Hips avec moi à ce moment-là d'ailleurs, ce sont les seuls qui l'ont connu... Vraiment connu... rajouta-t-elle après un silence.
Elle s'arrêta soudainement et resserra son étreinte. Sa respiration était plus forte, elle expira à plusieurs reprises pour se calmer progressivement avant de continuer :
-J'ai fait une erreur de débutante, à mon quatrième combat contre un champion d'Arène. C'était Érika, je ne sais pas si tu l'as affrontée pendant ton voyage mais elle utilise des types Plante. Je pensais juste que c'était gagné avec Pony et qu'il pourrait tout faire tout seul. J'ai sous-estimé les attaques poison, croyant que les spores brûleraient sur les flammes de Pony... J'étais si bête, bête !
Cette fois, elle serra les mains et me pinça. Ça ne faisait pas mal mais c'était dérangeant. Ne sachant pas vraiment quoi faire, je décidai de poser ma main sur celle qui se trouvait sur mon ventre et cela sembla fonctionner pour une raison qui m'échappait son étreinte redevint plus douce.
Elle leva la tête vers moi et comme je le pensais en écoutant le ton de sa voix, des larmes coulaient sur ses joues. Elle ouvrit la bouche mais ne prononça aucun mot, je sentais juste les tremblements de son corps essayer de me communiquer sa détresse. Je devais faire quoi ? Je n'avais pas prévu que cela prenne d'aussi grosses proportions. Je n'aurais sans doute pas dû demander ça. Mais je n'avais pas le droit de partir. J'allais assumer ma décision jusqu'au bout.
-Désolée... Je dois vraiment t'embêter...
-Ah, non, pas grave, répondis-je sans vraiment y réfléchir, surpris par ses excuses.
Cela la fit sourire et elle posa à nouveau la tête sur mon torse en demandant craintivement :
-Je peux te demander de me caresser les cheveux ?
Je ne répondis pas, accédant à la requête en espérant que tout finisse au plus vite. Je sentis son corps se détendre doucement, ses tremblements s'atténuer. Elle se calmait enfin mais elle annonça pourtant d'une voix presque froide mais toujours empreinte de larmes :
-Pony est mort. Il est mort ce jour-là.
Aussitôt, les tremblements revinrent. Ceux qui prouvaient son effroi mais un second s'ajouta à ces derniers, ceux accompagnant un rire. Un rire sans joie, ni moqueur, ni cruel. Bref et suivit d'une seule phrase, presque un reproche :
-Tu dois te dire que je suis bizarre d'encore autant penser à quelque chose d'aussi lointain non ? Que les autres dresseurs font leur deuil bien plus rapidement...
Je n'osais pas lui répondre mais elle le fit toute seule en me posant une question :
-Tu sais ce qu'est une Pokéball Fovi ?
Je hochai la tête en me rappelant qu'elle ne pouvait pas me voir, précisai :
-Les Pokéballs miraculeuses qui ressuscitent les morts. Tu n'avais pas assez d'argent pour en acheter une ?
-Miraculeuses. répéta-t-elle sombrement avant de m'expliquer. Si, j'ai pu m'en procurer une et je l'ai immédiatement utilisée sur Pony. Ah, tu as vu comment sont les Ponyta ? J'ai appris malgré moi, qu'à leur mort, les flammes s'éteignaient... Quand j'ai utilisé la Fovi, elles ont repris tout d'un coup et j'étais vraiment heureuse de voir ça... J'ai immédiatement sauté sur Pony pour le câliner, lui dire que tout était fini, que je ne ferai plus cette erreur...
-Ce n'était pas une erreur, tu …
-Pony... ne m'a même pas reconnue... Il était vraiment... C'était un Pokémon gentil et attentionné mais là, il était juste... vide... Ses flammes brûlaient toujours avec force mais c'était bien le seul signe de vie que je voyais en lui.
Elle s'interrompit pour pleurer. Je continuai de caresser ses cheveux en espérant que ça la fasse arrêter. Ce ne fut pas le cas mais elle continua l'histoire :
-Pony... était... Il...Il n'avait pas ressuscité du tout... J'ai cru qu'il était encore sous le choc, parce qu'il venait de mourir et de revenir...Qu'il lui fallait juste un peu de temps... Comme d'habitude, j'étais juste stupide.
Cette dernière phrase avait été dite avec une agressivité qui me surprit. Le sujet m'intéressait mais c'était clairement un terrain miné et Karen n'avait déjà pas l'air d'être loin d'exploser.
-Quand je suis allé voir les collègues de mon père qui développaient cette Pokéball. Ils m'ont dit que c'était normal, que parfois, ils avaient des pertes de mémoire, que ça allait revenir... Rien n'était vrai... Pony n'est jamais revenu... Je me suis dit que j'allais recommencer du début du coup, comme s'il était un nouveau Pokémon, c'était toujours mieux que s'il était mort... J'espère que Pony ne me regardait pas de là où il était, j'ai vraiment dû torturer son âme en faisant n'importe quoi...
-Tu … tu ne pouvais pas savoir.
-Ce Ponyta-là n'était pas Pony, c'était juste un corps... Il... Je crois qu'il oubliait tout très régulièrement, il ne se souvenait que des choses pratiques, les noms de nos équipiers, ses attaques, son instinct de combat... J'ai arrêté de le faire participer aux combats pour cette raison et... J'ai encore fait une bêtise après ça... Croire que tout allait s'arranger...
Elle s'arrêta et je la sentis se redresser à nouveau. J'ouvris immédiatement mes ailes pour ne pas la gêner. Alors qu'elle prenait une position assise en essuyant ses joues avec ses mains.
-Rei ?
Je me relevai pour la regarder. Ses yeux humides mais elle semblait plus calme à présent.
-Q-quoi ?
-Est-ce que je peux t'avouer quelque chose de... pas vraiment terrible mais... dont je suis pas très fière ? Je sais pas si ça te dégoûtera mais... Quitte à tout te raconter...
Je l'encourageai à continuer, pensant qu'elle continuerait simplement son histoire mais elle dévia de sujet :
-Tu sais que... Je suis en couple avec Herbi...
Mais c'était quoi le rapport ? Je hochai la tête sans comprendre où elle voulait en venir et elle enchaîna :
-Je... n'étais pas vraiment avec lui à cette époque mais on était déjà... intimes. Pour les nuits je veux dire.
Trop d'informations, je n'avais aucune envie d'avoir des détails là-dessus ! Fallait vraiment que j'évite à l'avenir à trop vouloir en savoir.
-Je veux juste te dire qu'après Pony... J'ai beaucoup déprimé, forcément... Et j'ai fini par...
Elle chercha ses mots et finit par reprendre ses précédents :
-Par être intime avec tous mes Pokémon... De tous ceux que tu as croisé, seuls Roy, Spark et Bouboule ne m'ont pas connue ainsi... Je... J'av... J'avais même tenté sur Pony par espoir d'avoir une réaction pour autre chose que pour le combat...
Elle porta soudainement ses mains à ses lèvres, faisant un bruit qui ne me faisait que trop penser à la nuit dernière. Elle n'allait quand même pas vomir ici ? Je tentai de reculer pour m'en éloigner puis pensai à l'inverse. Le souvenir qui la dégoûtait à ce point et ce qu'elle m'avait dit avant la discussion... Elle voulait être rassurée ? C'était bizarre mais... Si c'était comme ça qu'elle fonctionnait ?
J'envoyai mes ailes vers elle et la tira vers moi, non sans hésitation. Espérant qu'elle n'en profite pas pour se vider sur moi. Je posai une main sur sa tête, ce qui semblait la calmer le plus et continuai :
-Karen arrête de demander l'avis des autres. Ce n'est pas leur opinion qui est importante, c'est ta vie et tu fais ce que tu souhaites.
Je doutais d'avoir trouvé les bons mots mais je pensais être sur la voie quand ses bras revinrent se placer autour de moi et elle commença à pleurer bruyamment.
-Je … Je sais que c'est un peu maladroit comme … comparaison mais … J'ai réduits des gens en morceaux, d'autres en cendres. Pourtant … est ce que je te dégoûte ? Pas que je sache. Alors ce que tu as fait et … original mais tu avais tes raisons. A vrai dire … cela m'importe peu, c'est du passé pas vrai ? On ne peut pas y revenir dessus, on doit juste dépasser ça et continuer.
-Alors … tu ne me voies pas comme un monstre ?
J'eus un petit rire sans joie. C'était à moi qu'elle posait cette question ?
-C'est à moi que tu dis ça ?! De nous deux tu es la plus normale.
Elle marqua une pause et eut un petit rire.
-Franchement tu fais plein de bonnes choses … comme … un ange. Alors si je dois re comparer à moi … je vais dans la case opposée, dis-je avant de rougir embarrassé d'avoir dit un truc aussi ... aussi niais.
Elle ne répondit pas et je me sentais encore plus bête du coup. Je l'entendis alors murmurer :
-Un ange...
Je grognai quelque chose en réponse pas un vrai mot, juste pour lui faire comprendre de ne pas me citer quand je disais des trucs aussi stupides.
-Pour Pony, j'étais plutôt un ange de la mort, commenta-t-elle encore.
Je soupirai et m'énervai :
-Franchement, tu devrais plutôt être fière d'avoir tout tenté pour le sauver. Si j'avais eu une de ces balles... j'aurais sans doute tenté le coup moi aussi, tu ne pouvais pas savoir ce que ça ferait.
-Mais j'ai fini par tuer Pony. Deux fois. En l'envoyant contre Erika et en étant stupide la première fois... Et moi-même la seconde... Tu as dû remarquer qu'il n'était plus avec nous non ?
-C'était la bonne chose à faire, tu as été très courageuse de prendre cette décision, affirmai-je. Il doit reposer en paix maintenant. Le seul moment où tu es stupide, c'est maintenant que tu te plains d'avoir fait ce qu'il fallait !
Je la sentis sursauter et se redresser très légèrement. Elle m'envoya un faible coup de poing contre mon torse, plus par frustration que par désir de me faire mal. J'allais m'énerver mais elle prit les devants :
-Comment tu peux savoir ça ? Tu... Tu n'as sans doute jamais eu à tuer tes propres amis !
-Je n'ai jamais tué d'ami. En revanche je sais très bien ce que c'est de tuer quelqu'un de ses mains ! Alors tu vas arrêter de penser à ça et de te pourrir l'existence ! m'énervai-je à mon tour.
Cela sembla la surprendre et j'en profitai pour continuer.
-Ton Pokémon est mort. Il ne reviendra pas ! Oui c'est triste, oui ça fait mal. Mais cela vaut-il la peine de morfondre ? Non !
Vu qu'elle ne me regardait toujours pas, je lâchai une de ses épaules pour lui attraper le menton et lui faire redresser la tête.
-Maintenant tu vas te rentrer une bonne fois pour toute dans ta petite tête : Qu'est-ce que tu aurais pu faire de plus ? Rien ! Alors arrête de pleurer sur un truc aussi débile. La Karen que je connais fait bien plus que ça ! Je ne peux pas dire combien de Pokémon elle a sauvée et combien s'ajouteront à sa longue liste. Tout le monde ne peut pas être sauvé de la même manière. Mais elle peut être fière d'avoir pu sauver son ami.
-Je ne …
-Chut ! Moi j'ai tué plein de monde, je m'y connais mieux que toi sur le sujet ! Quand je te dis que tu l'as sauvé crois au moins en ce que je te dis. Tu aurais pu faire pareil avec moi.
-Quoi ?! Non !
-Vraiment ? Et si je n'avais pas arrêté de t'attaquer ? Tu ne l'aurais pas fait ?
-Non !
-Et pourquoi ?
-Car il y avait forcément un moyen de …
-Les cas dangereux on les tue, c'est tout.
-Je ne ferai jamais ça !
-C'est normal. Une Karen ça ne tue pas, ça sauve des Pokémons.
Elle pausa un instant et grogna faiblement :
-Pour l'instant...
-Quoi ? m'étonnai-je, pensant qu'elle avait encore trouver un truc pour recommencer à m'ennuyer en déprimant.
-Pour l'instant, je n'ai sauvé que des Pokémons, mais un jour, je te sauverai toi aussi !
Elle s'était à nouveau redressée et me fixait avec une étrange détermination.
-Tu m'as déjà sauvé la vie, lui rappelai-je.
-Tant que tu n'es pas heureux et libre, je compte faire tout mon possible pour toi, affirma-t-elle.
Les traits de son visage redevinrent plus doux et elle me sourit :
-Merci beaucoup.
Là, j'étais perdu ? Pourquoi elle me remerciait alors que c'était elle qui essayait encore de m'aider ? Elle avait pas l'impression qu'elle en faisait trop ?
J'allai lui poser la question quand elle commença à bouger. Elle passa un genou au-dessus de mon corps en faisant attention à ne pas écraser mes ailes ou ma queue et je me figeai, incapable de comprendre et craignait ce qu'elle pouvait bien avoir en tête. Je me retins de la pousser pour ne pas la faire traverser la pièce par la voie des airs et une nouvelle fois, elle parla juste avant que je ne place ma phrase, me coupant dans mon élan :
-Rei...
-O...oui ?
-Je veux juste te dire que je me sens bien avec toi... Je n'ai jamais réussi à parler de ça à personne, pas même mes parents mais avec toi, ça semblait plus facile.
De mon point de vue, ça n'avait pas du tout l'air d'avoir été facile pour elle. Mais où elle voulait en venir là, elle était vraiment obligée de se mettre sur moi pour me dire ça ? Non, apparemment, ce n'était même pas assez parce qu'elle décida en plus de se coucher sur moi, elle était décidément pénible avec ses câlins.
-Je me rends compte que j'ai vraiment confiance en toi, continua-t-elle. Je t'adore...
Elle se tut un instant et je cherchai un moyen de m'extirper de cette situation. Elle décida alors de m'achever :
-Rei... Je n'ai plus rien à raconter là... Mais on peut rester comme ça un instant ?
J'hésitai à lui dire directement non. J'aimais pas ça, encore plus dans ce lit mais si ça lui faisait du bien je pouvais prendre mon mal en patience.
-Cinq minutes alors, pas une de plus.
- Ça te déplaît vraiment hein ... Désolé
Elle me fit un bisou sur la joue et se leva.
-Tu es libre, plaisanta-t-elle sans que je commente.
Je me relevai et m'étirai avant de me tourner vers elle.
-Tu veux Herbi ? Lui, il ne dira pas non à plein de câlins.
-Herbi ...
Ne comprenant pas ce qu'il lui passait par la tête, je ne perdis pas de temps et pris la direction de la sortie. Je me tournai une fois devant la porte pour lui demander.
-Au fait, tu lui diras qu'on a parlé de Pony ?
-Je le dirai à Herbi pour le rassurer...
-Merci. Je ne voudrais pas qu'il pense encore que j'essaye de ... euh ... bonne nuit.
-… nuit. murmura-t-elle.
J'ouvris la porte avant de marquer un temps d'arrêt en tombant face à Herbi.
-Pony ? me demanda ce dernier.
-On a un peu discuté. Tu ne veux pas aller la consoler ? dis-je en lui laissant le passage.
-Oui ou non, ce n'est pas compliqué !
-Oui, oui ! C'est bon, vas-y maintenant !
Cela sembla le satisfaire car il entra dans la chambre sans rien ajouter. Je ne perdis pas de temps pour la fermer et aller dormir.
C'était bien la dernière fois que je faisais un truc pareil ! Je ne m'étais jamais senti aussi mal à l'aise !
Réponse aux reviews :
Ange : Tu n'es pas la seule qui aimerait pouvoir voler de tes propres ailes. J'avoue avoir fait une attraction qui m'a aidé à savoir le ressenti. (Pour faire simple c'était des montagnes russes, mais au lieu d'être assit dans l'attraction sur le rail. Tu étais maintenu par la machine au rail qui se trouvait au-dessus de toi. Sensations fortes garantis !) Pour Voltali, c'était mon Pokémon préféré de la G1 il y a quelques années. Mais maintenant il y en a trop pour choisir X)
Guest : Herbi a de quoi être jaloux comme tu peux le voir. Pour l'histoire avec Pony tu as ta réponse.
