Résumé: Ginny et Drago sont invités dans la haute société Serpentard, et ils vont rencontrer des gens intéressants ... et intéressés. Ca ne va être aussi 'cool' que chez les Weasley. Ce chapitre est un retour à l'intrigue principale.

Réponses aux commentaires (merci à Ptilaby, Elaur, Eiliss)

Les Vengeurs vont revenir dans le chapitre 16 (on les verra aussi un peu dans le 15)

Bien sûr qu'il faut caser Severus, après un bon dépoussiérage.


Chapitre 12 – Dîner chez les Parkinson

Square Grimmaurd,

Ginny mit la dernière touche à son rouge à lèvres et se regarda encore une fois dans le miroir. Elle murmura une incantation et son reflet tourna sur lui même pour lui montrer son profil et une vue arrière. Les miroirs magiques étaient bien pratiques pour ça, et ils évitaient aux sorcières élégantes de devoir se tordre le cou pour vérifier leur maquillage. Leur seul défaut était qu'ils étaient généralement bavards, mais ce soir elle n'entendit que des compliments. Finalement satisfaite, elle se leva et ajusta le châle sur ses épaules. En jetant un dernier coup d'oeil, elle s'abandonna pendant un instant au plaisir de s'admirer tout simplement.

Drago a fait un choix magnifique.

Le châle était la façon idéale de combiner les riches teintes du vert Serpentard avec ses cheveux rouges et le marron dorée de sa robe. Ca avait été son cadeau de Noël.

Vert et or. Ce sont vraiment nos couleurs personnelles. Tout un symbole en fait, celui du mariage entre nos deux Maisons.

"Oui tu es belle," dit Drago derrière elle, négligemment appuyé contre le chambranle de la porte. "Mais tu es également en retard."

Elle regarda sa montre avec une pointe d'inquiétude, mais ce n'était pas vrai. Il était huit heures moins dix, et ils n'en auraient que pour une minute à sortir dans la rue pour Transplaner.

"Je ne suis pas en retard!" protesta-t elle.

"Hum, ça se discute. En tout cas Severus est déjà là, et il attend."

"Dans ce cas nous sommes tous prêts et juste à l'heure," dit elle gaiement en prenant son manteau. "Allons y."

Severus était vêtu de noir comme à son habitude. En dehors de la coupe distinguée de sa robe, la seule concession à l'élégance était une broche en argent qui retenait sa cape.

"Bonsoir Mademoiselle Weasley," dit il en inclinant légèrement la tête.

"Bonsoir, professeur," répondit elle. "Nous sommes très content de vous avoir avec nous ce soir." On pourrait penser qu'il m'appellerait par mon prénom désormais

"Et moi également," murmura-t il.

Elle avait toujours du mal à le cerner. L'homme ne baissait jamais sa garde, en tout cas pas devant elle. L'attitude désagréable des années précédentes avait disparue, remplacée par une politesse réservée, mais seules quelques rares personnes comme Harry et Drago parvenaient à le mettre à l'aise, et encore pas toujours.

Le visage de Severus ne trahissait rien, mais Ginny aurait été surprise d'apprendre qu'il était tout aussi déconcerté à son égard. Malgré le fait qu'elle se comporte de manière spontanée avec tout le monde, il n'arrivait pas à se convaincre qu'elle pouvait être aussi franche qu'elle en avait l'air. Sa réputation pour toujours arriver à ses fins ne faisait rien pour le rassurer.

Elle ne peut pas être aussi manipulatrice pour tant de choses, pour ne pas l'être dans sa vie privée également.

Bien sûr, il se pouvait qu'il se trompe à voir les choses au travers du verre déformant de la paranoïa Serpentard, mais c'était ainsi qu'il faisait pour toutes les personnes qu'il ne connaissait pas bien. En ce qui concernait Ginny, sa stratégie était d'observer comment Drago se comportait avec elle.

Soit il s'en sort, et un jour je comprendrai ce qu'elle est vraiment, soit il échoue, et dans ce cas je serai là pour ramasser les morceaux.

"Pouvons nous y aller maintenant?" demanda-t il. "Nous devons Transplaner dans le parc et ensuite marcher jusqu'à la maison."

Ils sortirent tous les trois de la zone de protection autour de Grimmaurd. Les Parkinson leur avaient transmis les coordonnées nécessaires, et un instant plus tard ils se trouvaient au milieu d'un grand espace ouvert, à une cinquantaine de mètres d'une grande bâtisse isolée. Le sol à leurs pieds était recouvert de petits graviers clairs, et il n'y avait pas la moindre trace de végétation autour d'eux. Au lieu de ça, là où des arbres auraient pu se trouver, il y avait plusieurs statues de pierres, posées sur des petits socles. Severus leur fit signe de se diriger vers la maison.

Le crissement du gravier sous leurs pas rendait leurs mouvements particulièrement bruyants. Ginny se rendit subitement compte que les statues les plus proches tournaient la tête dans leur direction et suivaient leur progression avec une attention déconcertante. Elle jeta un regard inquiet à Drago.

"Système classique de protection familiale Serpentard," murmura-t il. "Ce sont en fait des Sentinelles Golem. Si nous n'étions pas attendus, elles nous auraient déjà attaqués."

Ginny considéra les statues avec un sentiment de malaise. Elles étaient certainement menaçantes. La plupart ressemblaient à des petits démons de la taille d'un enfant, mais avec des griffes et des mâchoires qui avaient l'air réellement dangereuses. D'autres étaient presque aussi larges que Hagrid, avec des membres puissants et des poings comme des marmites.

"Mais pourquoi?" demanda-t elle. "Je n'ai jamais entendu parler d'une famille Serpentard se faire attaquer." Même pas par des Mangemorts, mais je ne pense pas que soit une bonne idée de le dire à voix haute.

"Moi non plus, mais ça c'est certainement produit dans le passé. Je crois me souvenir de quelque chose à ce sujet lors d'une rébellion de Gobelins." Il haussa les épaules. "De toute façon, ils prennent tous ce genre de précautions. C'est une tradition parmi d'autres."

Ginny posa la question sans réfléchir.

"Et vous en aviez chez vous à -" Elle s'interrompit en réalisant de quoi elle parlait. "Excuse moi."

Il détourna la tête, réticent à montrer ce que lui évoquaient ses souvenirs. Des images du passé remontèrent de sa mémoire. Ca lui faisait mal de penser à son ancienne demeure, mais il fit un effort pour répondre.

"Au Manoir des Malefoy, nous avions des plantes pour cela," dit il d'une voix éteinte. Il y en avait plusieurs sortes, disséminées dans le parc et autour de la maison. Elles étaient très belles le soir, surtout avec la lune qui se reflétait sur les feuilles. Lorsque le vent soufflait ..." Il secoua la tête.

"Je suis vraiment désolée," dit elle en s'approchant de lui. Il secoua la tête rageusement.

"Le seul coupable est mon père!" cracha-t il. Son visage était dur et il serra les poings en pensant à la personne qu'il haïssait le plus, même encore après sa mort.

Ils étaient restés en arrière et Severus les attendait avec un peu d'impatience. Il y avait de grandes chances pour qu'il ait entendu au moins une partie de la conversation, mais il resta silencieux. Ils reprirent le chemin vers la porte d'entrée. C'était un grand panneau de bois sombre, avec des rivets métalliques sur le pourtour, et au centre un masque de bronze qui représentait un visage humain, ou presque. Les traits étaient vaguement reptiliens, sans cheveux ni sourcils. Ses yeux étaient fermés et il semblait dormir. Ginny commençait à ressentir une sourde appréhension. Les statues de garde et maintenant cette gargouille à l'entrée. Les Serpentards avaient vraiment des goûts atroces. Elle avait essayé de ne pas trop y penser jusqu'à présent, mais maintenant il n'y avait plus qu'une chose dans son esprit. L'horreur qui avait suivi la dernière fois qu'elle avait rencontré Mme Parkinson.

Elle tremblait légèrement. Drago et Severus s'en rendaient compte. Drago lui serra la main plus fort, mais la bouche de Severus était figée dans un trait mince et son expression ne montrait aucune sympathie. Elle pouvait presque l'entendre railler sur les limites du courage Gryffondor.

Cet homme est tellement dur.

Elle savait être dure elle aussi. Par un effort de volonté, elle calma son tremblement. Son coeur battait toujours brutalement, mais elle n'allait pas lui donner l'occasion de la mépriser.

Je n'ai pas peur.

"On y va?" dit elle. Sa voix était ferme et le regard qu'elle retournait au professeur était aussi dur que le sien.

Elle le vit soupirer discrètement et serra les dents. En fait Severus avait été sur le point de lui dire une parole rassurante, et l'expression sur son visage était simplement celle qu'il affectait par défaut. Il avait seulement soupiré en se rendant compte qu'il venait de perdre une occasion de lui montrer de la sympathie. S'il n'avait pas réagi assez vite, c'était uniquement parce qu'il était également en train de se préparer à affronter les autres invités, et il savait qu'eux ne seraient pas des innocents sans malice.

Tout ça devient vraiment trop compliqué.

Il se tourna vers la porte et murmura leurs noms à l'adresse du masque. Les yeux de la figure s'ouvrirent brusquement et examinèrent les visiteurs avec un regard pénétrant. Après quelques secondes, apparemment satisfait, le visage de métal afficha un sourire que Ginny trouva inutilement sinistre, et la porte s'ouvrit silencieusement.

Je n'ai pas peur, se répéta-t elle.

Deux Elfs de maison les accueillerent et offrirent de prendre leurs capes. L'intérieur de la maison était plus gai que ne le laissait présager l'extérieur. Ginny avait imaginé un décor comme celui du manoir des Malefoy, et en fait le hall d'entrée ressemblait plutôt à un des couloirs de Poudlard. C'était en partie du fait de la présence de nombreuses antiquités et de peintures, mais aussi à cause d'une impression d'age. La maison avait certainement plusieurs siècles. Un des Elfs les conduisit vers un grand salon où il y avait déjà beaucoup de monde. Monsieur et Madame Parkinson s'avancèrent pour les accueillir.

"Ah vous voilà, c'est magnifique," dit Mme Parkinson. "Bienvenue professeur Rogue, Mademoiselle Weasley, et toi aussi Drago."

Mme Parkinson était une sorcière plutôt dodue. Elle leur fit un sourire amical et tendit sa main à Severus qui la porta furtivement à ses lèvres. Drago s'inclina respectueusement, et Ginny fit de son mieux pour exécuter une révérence acceptable. Elle s'était entraînée une partie de l'après midi, en prenant soin que Ron ne la surprenne pas. C'était suffisamment embarrassant de s'exercer en face d'un miroir qui passait son temps à faire des commentaires sarcastiques.

"Nous somme honorés, Madame, Monsieur," murmura Severus.

Monsieur Parkinson était un sorcier mince et aristocratique qui avait l'air beaucoup plus vieux que sa femme. Il les salua avec une dignité un peu raide. L'appréhension de Ginny laissa place à une résignation devant une soirée qui risquait d'être plutôt ennuyeuse. Elle ne voyait que des adultes en robes de cérémonie, à l'exception de Pansy qui discutait avec une vieille sorcière devant la cheminée.

Mme Parkinson laissa tout d'un coup son mari et Severus, et elle s'approcha de Ginny pour lui prendre le bras d'un geste très maternel.

"Je suis vraiment très content que vous ayez accepté de venir ce soir," chuchota-t elle. "Je suis encore complètement bouleversée en repensant à ce qui s'est passé la dernière fois." Elle frissonna. "C'est absolument horrible, jamais je n'aurais pensé que Lucius..." Elle jeta un oeil inquiet du coté de Drago, mais celui-ci ne les regardait pas. Elle secoua la tête. "Horrible, vraiment horrible." Elle regarda Ginny anxieusement. "Mais vous êtes complètement remise maintenant n'est-ce pas?"

"Euh, oui," répondit Ginny, embarrassée et plus qu'un peu étonnée.

"Vous êtes quand même très courageuse, et absolument ravissante. Vraiment je suis heureuse que vous soyez là."

"Merci," dit Ginny en ébauchant un sourire. C'est une Serpentard? Je n'y crois pas!

Malgré son empressement un peu ridicule, les yeux de Mme Parkinson pétillaient comme ceux du professeur Dumbledore.

"Ca vous surprend, hein?" dit elle en riant doucement. "Vous ne pensez quand même pas que nous étions tous des vieux fossiles coincés?"

Ginny ouvrit des yeux horrifiés et secoua la tête frénétiquement.

"Non! Euh, je veux dire bien sûr que non."

Elle ne savait plus où se mettre. Madame Parkinson l'entraîna encore un peu à l'écart, dans la direction où se trouvait Pansy.

"Vous n'auriez pas complètement tort d'ailleurs. Certains d'entre nous sont insupportables, mais c'est pareil dans toutes les familles vous savez." Ginny pensa à Percy, et se corrigea immédiatement avec un pincement de culpabilité. Percy était revenu vers eux au moment où ils en avaient eu le plus besoin. Pansy se tourna vers eux pour les saluer. Madame Parkinson regarda Ginny d'un oeil critique.

"Je suis très contente pour Drago," continua-t elle. "Oh bien sûr je dois vous avouer que j'avais caressé l'espoir qu'un jour avec Pansy-"

"Maman!' s'exclama Pansy qui jeta à Ginny un regard affolé.

"Je sais, je sais. Je radote," admit la sorcière. "Je voulais juste vous dire que vous êtes la bienvenue parmi nous et que j'espère que vous allez passer une très bonne soirée. Il y a beaucoup de gens qui brûlent d'envie de vous rencontrer. Ne vous laissez pas impressionner et - Ah, excusez moi voilà le professeur Bouquinar qui arrive. Je vous laisse toutes les deux et je reviens tout de suite."

Avec une dernière tape amicale sur le bras elle s'en alla vers un très vieux sorcier qui venait d'arriver. Ginny se retrouva seule en face de Pansy, et pendant un moment les deux jeunes filles se regardèrent sans dire un mot. Elles ne s'étaient pas vraiment bien entendues pendant le trimestre, et depuis les événements avec Montague, Pansy avait plutôt essayé de l'éviter. Un Elf passa avec un plateau et Pansy saisit l'occasion pour en prendre deux coupes pleines d'un liquide mousseux et légèrement argenté.

"Tiens," dit elle en en offrant un à Ginny.

"Merci." Ginny chercha quelque chose à ajouter. Elle leva la coupe à la hauteur de son visage. "A ta santé."

"Toi aussi," répondit Pansy en faisant de même avec un sourire embarrassé.

"Ta maman est très gentille," dit finalement Ginny, dans un effort pour détendre l'atmosphère.

"Oui, elle ..." Pansy connaissait très bien sa mère. Elle n'était pas toujours, loin s'en faut, comme ce soir, et elle savait que celle-ci avait sciemment agi pour les laisser toutes les deux ensembles. Au début elle avait voulu échapper à cette soirée, mais ses parents avaient été intraitables.

"Oh Ginny, je suis vraiment désolée de ce qui s'est passé!" s'écria Pansy d'un seul coup. "Je te jure que je ne savais pas, ce qu'ils allaient faire."

Elle était au bord des larmes. Ginny de son coté ne savait pas vraiment quelle attitude prendre. Le plus simple aurait été de continuer à s'ignorer, mais ce n'était pas possible.

Elle est peut être sincère, et j'aurais certainement besoin d'amis parmi les Serpentards.

"Oui c'est ce que Drago m'a dit," répondit Ginny d'une voix égale. Elle observait la jeune fille pour déceler la moindre trace de faux semblant.

"Ginny," dit Pansy d'une voix tremblante, en la regardant droit dans les yeux. "Je n'oublierai jamais quand il a démasqué Montague et les autres. On était tous terrifiés. C'est vrai que j'étais jalouse de toi, je pensais que tu m'avais volé Drago, mais ce soir là j'ai compris que ... que vous êtes vraiment différents. Lui il est fort, et toi aussi. Moi je ... enfin tu n'as rien à craindre de moi maintenant."

Pansy tenait son verre si fort que Ginny se demandait si elle n'allait pas le casser. Elle n'avait vraiment pas l'air de lui mentir. Elle pensa à Harry et à ce qu'il dirait dans une telle situation. Elle n'était pas aussi douée que lui pour pardonner à ses ennemis, mais sa manière avait fait ses preuves, même si elle se rendait compte que c'était plus difficile qu'elle n'avait cru.

"Je ne t'en veux pas," dit Ginny doucement. "Je te propose qu'on oublie tout ça. Qu'on reparte à zéro. Qu'est-ce que tu en penses?"

Pansy déglutit, mais elle avait quand même l'air soulagée. Elle hocha la tête brusquement et força un timide sourire, juste au moment où sa mère revenait, accompagnée de Drago et de Severus. Mme Parkinson ne fit pas de remarques mais un rapide coup d'oeil au visage de sa fille lui suffit pour vérifier que ce problème là était résolu.

"Venez ma chère," dit elle en prenant le bras de Ginny. "Il faut absolument que je vous présente un de mes plus vieux amis." Elle les entraîna vers un homme de grande taille, avec des cheveux très courts et une moustache taillée en brosse. Il était habillé d'une robe qui ressemblait presque à un uniforme.

"Voici Terry Arlington. Il travaille pour le corps des Aurors au Ministère de la Magie. Terry, voici le professeur Rogue, et je ne pense pas que ce soit la peine de vous présenter Ginevra et Drago."

Le sorcier s'inclina vers Ginny et serra les mains de Drago et de Severus d'une poigne virile.

"C'est un plaisir de vous rencontrer jeunes gens," annonça-t il d'une voix forte. "Alastor ne tarit pas d'éloges sur vous, à sa façon bien sûr, vous connaissez le bonhomme. Je tiens à vous féliciter personnellement pour vos exploits."

"Merci Monsieur," répondit Drago. "Vous avez travaillé avec Fol-Oeil?"

"J'ai eu le privilège d'être son apprenti pendant quelques années." Il se mit à rire. "Une expérience inoubliable, je vous le garantis. Enfin, maintenant je m'occupe plus de la partie administrative. Les paperasses et tout ça." Il jeta à Severus un regard plus sérieux. "Je crois que vous avez été en mesure de tirer parti de certains de nos équipements, hum ... défecteux?"

Severus acquiesça avec gravité.

"Certainement Monsieur, et si vous avez participé à cette aide, alors nous vous devons beaucoup. Ils ont été essentiels au plus fort de la bataille."

"Et bien dans ce cas, j'en suis ravi," affirma Arlington. Il jaugea Severus du regard. "Il est vital que nos jeunes sorciers et sorcières soient bien formés, et je pense que c'est le cas. Qu'en pensez vous Mademoiselle Parkinson?" ajouta-t il en ce tournant vers Pansy.

"Euh, Oui ... bien sûr," répondit elle en jetant un regard mal assuré vers Severus.

Mme Parkinson les guida ensuite vers un groupe de trois personnes. Un couple un peu âgé avec un jeune homme qui leur parlait avec assurance.

"Voici Madame et Sir Comil, qui sont les actionnaires majoritaires de Nimbus Flyware, et le brillant Trevor Themis, qui travaille au Ministère et qui est en charge des relations avec le Magenmagot."

Les balais Nimbus! pensa Ginny. Ca c'est quelque chose d'intéressant.

"Ravi de faire votre connaissance," dit Sir Comil avec un visage jovial. Il regarda Ginny avec intérêt. "Votre carte Chocogrenouille vous montre en train de jouer au Quidditch, jeune fille, par contre mes pauvres yeux n'ont pas été en mesure d'identifier la marque du balai sur lequel vous volez."

"Euh, en fait je ... j'utilise un vieux modèle Brossdur," confessa Ginny, mal à l'aise et priant pour qu'il ne lui fasse pas avouer la véritable raison. L'absence de moyens pour acheter quelque chose de mieux, ce qui serait encore plus humiliant que de reconnaître qu'elle avait choisi une marque concurrente. Drago monta à sa rescousse.

"Mais Ginny ne va pas le garder encore très longtemps," interrompit il. "Je pilote un Nimbus moi même, et je peux témoigner de sa supériorité." Il jeta un petit regard narquois à Ginny.

"Ce qui ne fait qu'ajouter au talent de Mademoiselle Weasley," ajouta Severus sarcastiquement. "Etant donné que malgré un tel handicap, l'équipe de Gryffondor arrive à battre Serpentard assez régulièrement."

Drago se retourna, piqué au vif. L'orgueil et une expression de colère se lisaient sur son visage. Tout le monde, y compris Ginny le regarda avec amusement. Il fit un effort pour dominer son irritation.

"Vous avez raison, Monsieur, et nous n'avons pas été assez bon dans le passé," admit il. "Mais cette année nous n'avons pas encore perdu un seul match." Il avait fermement l'intention de défendre son équipe.

"Oui," concéda Ginny avec malice. "Vous avez battu ... Pouffesoufle, tandis que nous avons pulvérisé Serdaigle."

Drago et Severus lui jetèrent deux regards également agacés, auxquels elle répondit par un sourire angélique. Trevor regarda la scène avec des yeux qui brillaient d'amusement, et Sir Comil éclata d'un rire sonore.

"Ah, la passion de la compétition," s'exclama-t il. "Je vois qu'elle existe également dans votre petit groupe. Excellent!" Il se tourna vers Drago. "Je crois bien me rappeler d'une commande importante pour le compte de votre Maison, il y a quelques années de ça. Je ne me trompe pas?" ajouta-t il avec une pointe de perfidie.

Drago soupira d'un air dégoûté. L'équipe Serpentard n'avait même pas l'excuse d'être mal équipée.

"Non," admit il. "Un jeu complet de Nimbus 2001." Il n'ajouta pas d'où venait cette générosité.

"Un investissement remarquable!" Sir Comil s'amusait manifestement beaucoup.

"Mais pour un retour mitigé," insista Severus sans complaisance. Drago fit la grimace mais il n'avait pas l'intention de se laisser faire.

"Je n'ai aucune excuse à offrir," dit il fièrement. "Mais nous allons gagner la coupe cette année." Je jure que nous allons le faire, même si je dois tuer l'équipe à la tâche.

"C'est un défi?" demanda Ginny en fronçant les sourcils.

Il se tourna vers elle avec un peu de raideur.

"Ma loyauté t'est acquise et je te soutiendrai en toutes circonstances," dit il avec formalité, "mais le Quidditch reste un terrain neutre. J'espère que tu ne vas pas en faire un point de désaccord," ajouta-t il avec une trace d'inquiétude.

Ginny gloussa en voyant sa tête.

"Aucun désaccord tant que les moyens restent équitables," dit elle. Son expression devint soudain plus sérieuse, et elle ajouta en regardant aussi Sir Comil. "Il ne serait pas juste qu'ils reçoivent encore un jeu complet des modèles derniers cri, n'est-ce pas?" Severus renifla dédaigneusement.

"Harry a un Eclair de Feu lui!" s'exclama Drago. Il fronça les sourcils. "D'ailleurs c'est depuis ce moment que vous gagnez tout le temps," ajouta-t il.

"Je croyais que tu n'allais pas chercher des excuses?" répliqua Ginny.

Drago lança un regard désespéré vers Sir Comil. L'homme plissa les lèvres d'un air songeur, puis il échangea un regard rapide avec le professeur Rogue.

"Mademoiselle Weasley, si vous voulez bien nous excuser. Je pense que nous avons un certain nombre de choses à voir avec notre jeune ami," dit il.

Il fit un geste pour prendre Drago et Severus à l'écart.

"Hé! Attendez une minute!" s'écria Ginny. Si Harry et Ron apprennent que j'ai laissé Drago acheter de quoi gagner la coupe, ils vont m'arracher les yeux.

Trevor éclata de rire et ils se tournèrent tous vers elle. Drago avait retrouvé le sourire suffisant qu'elle n'avait pas oublié. Elle le regarda durement.

Je ne vais pas pouvoir les arrêter, mais je peux quand même poser des limites.

"Drago peut avoir ce qu'il veut, mais le reste de l'équipe garde ce qu'ils ont," proposa-t elle.

Drago prit son temps pour répondre. Il faisait la moue et se tapotait le menton comme s'il hésitait sur la manière de faire monter les enchères. Ginny commença à bouillir.

Il n'a pas intérêt à jouer à ça, et je vais lui faire payer chaque seconde qu'il me fait attendre.

"Drago ..." murmura-t elle d'un ton lourd de menace.

Drago réalisa soudain que Ginny était parfaitement capable de lui faire regretter ce petit moment de satisfaction, et avec elle ça pouvait durer beaucoup plus longtemps qu'un match de Quidditch.

"D'accord," acquiesça-t il avec un grand sourire. "Un balai, un seul."

L'expression de Ginny ne changea pas en retour. Elle continuait de le regarder fixement. Il essaya d'adoucir les choses.

"Et je te donnerai le mien en échange," ajouta-t il.

"Quelle générosité," railla-t elle. "Ton vieux balai. Je suis touchée, vraiment."

Drago se demanda s'il n'avait pas poussé le bouchon un peu trop loin. Si Ginny faisait la tête toute la soirée, ça allait donner une impression désastreuse. Elle n'allait quand même pas lui demander des excuses devant tout le monde. Ses réflexions furent interrompues par un grand éclat de rire de Trevor. Ginny lui sourit enfin pour montrer qu'ils étaient quittes. Drago souffla de soulagement, et Sir Comil les entraîna lui et Severus pour aller discuter tranquillement. Madame Parkinson se tourna vers Ginny avec un air amusée.

"Bien jouée ma chère," approuva-t elle. "Ces jeunes gens ont parfois besoin qu'on leur rabaisse un peu leur caquet." Elle jeta un coup d'oeil à Trevor qui pencha la tête de bonne grâce. "Oh, mais votre verre est vide, je vais vous en chercher un autre."

"Je vous en prie, Madame," interrompit Trevor. "Laissez moi m'en occuper. La même chose?" demanda-t il à Ginny. Elle acquiesça et lui tendit son verre.

Madame Parkinson le remercia du regard et continua sa présentation aux autres invités. Ginny salua tout le monde très poliment en faisant des efforts pour garder la trace de tous visages qui passaient devant elle, et de se souvenir de leurs noms. Lorsque Trevor revint avec deux verres, elle discutait avec une très vieille sorcière qui radotait sur ses jeunes années à Poudlard, bien avant la deuxième guerre mondiale.

"Ah vous êtes là, Mademoiselle Weasley. Madame Dragonis, vous êtes toujours aussi splendide," dit il avec un charme désarmant à la sorcière qui devait faire quatre fois son age. "J'implore votre pardon, mais puis-je vous ravir notre jeune amie?"

La vieille dame rosit sous le compliment et murmura quelque chose d'indistinct à propos de l'impétuosité de la jeunesse. Trevor prit sans façon le bras de Ginny et l'entraîna un peu à l'écart.

"J'avais peur que vous m'ayez oublié," murmura-t elle.

"Ce serait parfaitement impossible," dit il galamment en lui donnant son verre.

Ginny trouvait qu'il ne manquait vraiment pas de culot, mais d'un autre coté sa compagnie avait des chances d'être plus intéressante que celle qu'elle venait de quitter. Madame Dragonis n'avait pas arrêté de se plaindre de toutes sortes de chose, depuis ses professeurs à Poudlard, jusqu'à la musique des Bizarr' Sisters. Elle prit une gorgée en faisant attention. La boisson n'avait pas l'air trop forte, mais elle n'avait pas l'habitude de l'alcool.

"Tout le monde veut vous voir," continua-t il en indiquant le reste des invités qui jetaient occasionnellement des regards discrets dans leur direction. "Même les vieux gâteux, mais ne vous y trompez pas. Tous ces gens ont de l'influence chacun à leur manière, alors n'hésitez pas à vous mettre bien avec eux." Il afficha un sourire que Gilderoy Lockart n'aurait pas renié et se pencha vers elle. "Mais je vous assure que je suis celui qui brûlait le plus de vous rencontrer," chuchota-t il.

"Oh." Elle ne savait pas vraiment comment interpréter son attitude.

Est-ce qu'il est en train de me draguer? J'espère bien que non. Beau et sûr de lui comme il est, il doit avoir l'habitude de collectionner les 'jeunes amies' à chaque réception.

Elle lui retourna un sourire timide et gêné. Il fronça soudainement les sourcils avant de rire doucement, d'une manière un peu supérieure qu'elle trouva très agaçante.

"J'oubliais que vous êtes une Gryffondor," dit il comme pour corriger sa réaction. "N'imaginez surtout pas que je cherche à vous séduire." Elle rougit furieusement et lui lança un regard noir. "Je suis désolé," dit il. "Je vous ai embarrassé et c'est entièrement de ma faute."

"Pas de mal," grogna-t elle d'une voix glaciale.

Trevor inclina immédiatement la tête et écarta les bras dans un geste de supplication, tout en gardant son aisance et sa bonne humeur.

"Ne soyez pas en colère avec moi. Je vous en prie. Je vous assure que je ne pensais pas à mal, et j'aurais vraiment du faire plus attention."

Ne soyons pas ridicule, et ce n'est pas la peine de se brouiller avec quelqu'un avant même de le connaître.

"Ce n'est rien," concéda-t elle. "En fait c'est plutôt moi qui suis maladroite ce soir."

Il releva la tête et afficha un sourire éclatant.

"Vous êtes une ravissante jeune fille, et tout sauf maladroite." Il lui fit un clin d'oeil en donnant un coup de menton vers l'endroit où Drago et Severus discutaient avec Sir Comil. "Après tout, vous êtes une excellent joueuse de Quidditch." Elle se mit à rire, et il leva son verre en toast. "A notre réconciliation alors!"

Ginny secoua la tête mais elle continuait de riredoucement. Il était vraiment trop charmeur pour qu'elle puisse lui garder rancune.

"D'accord," dit elle en touchant son verre avec le sien. "Mais vous allez me dire pourquoi vous vouliez tellement me voir ce soir?"

Le visage de Trevor prit immédiatement une expression plus posée.

"Pas seulement vous, mais aussi votre ami. Le plus brillant des élèves de Serpentards, et qui rêve d'une glorieuse carrière politique."

"Comment savez vous ça?" questionna-t elle en le regardant avec méfiance. Il sourit et haussa légèrement les épaules.

"Des rumeurs, quelques confessions, une ou deux déductions." Il agita négligemment la main. "Le contraire me surprendrait énormément." Il prit une gorgée de vin, et soudain ses yeux la fixèrent avec intensité. "Je me trompe?"

Ginny mit un peu de temps à réagir, et à ce moment là c'était déjà trop tard.

Merlin! C'est la dernière fois que je bois un verre avec un Serpentard.

"Peut être," répondit elle en restant sur ses gardes, même si elle était sûre de son expression avait certainement déjà dévoilé ce qu'elle aurait pu avoir envie de cacher. "Mais si vous voulez que nous parlions de ça, je crois que je vais insister pour que Drago soit présent."

Il hocha la tête.

"Certainement. Il est important que vous et votre partenaire soyez en accord." Elle ouvrit des yeux étonnés, et il ne put s'empêcher d'afficher un sourire entendu. "Oui, je suis au courant de ça également," ajouta-t il.

Ginny se força à réfléchir à toute vitesse. Comment peut il le savoir? Personne n'en a jamais parlé, certainement pas dans les articles de presse sur nous.

"Vous avez fait des recherches sur nous?" dit elle en le regardant sévèrement. Comme il ne répondait pas, elle continua de réfléchir. Elle n'avait pas vraiment l'habitude de ce genre de joute, et surtout elle n'avait rien pu préparer. "Bien sûr, vous êtes curieux de savoir comment nous avons détruit V-" Il l'interrompit en levant le doigt. Ginny fronça les sourcils. "Allons, tout le monde peut dire son nom maintenant?" Il secoua la tête.

"Pas ici. Ce n'est pas si simple. Les gens ont eu peur pendant trop longtemps, et il est déjà revenu une fois." Il donna un coup de tête vers le reste de l'assistance. "Dans cette maison, tout le monde utilisera le terme de Seigneur des Ténèbres."

Ginny eut une soudaine intuition.

"Comme s'il s'agissait d'une figure récurrente," murmura-t elle. "Je parie que c'est comme ça qu'on appelait Grind- Enfin celui que Dumbledore a vaincu."

Il acquiesça sobrement.

"Vous comprenez très bien." Il but une autre gorgée. "Et bien sûr, c'est quelque chose que vous pouvez utiliser à votre avantage," ajouta-t il tranquillement.

Elle hocha la tête lentement. Son cerveau était en ébullition et elle n'était pas sûre de suivre toutes les subtilités de ce qu'il disait. Drago devrait être là. Lui il sait comment discuter avec ce genre d'interlocuteur. Elle essaya de gagner du temps.

"Excusez moi," répondit elle avec un sourire prudent. "Mais quand un Serpentard commence à me parler de ce qui est à mon avantage, je regarde d'abord quel peut être son intérêt à lui."

Trevor ne marqua aucune surprise. Ce qu'elle disait était l'évidence même et il n'y attacherait aucune importance, si ce n'était le fait qu'elle était une jeune Gryffondor. Même si elle était manifestement douée, certains concepts seraient forcément plus difficiles à comprendre pour elle. Une fois de plus il se félicita d'avoir réussi à l'aborder seule. Les choses auraient été beaucoup plus compliquées si Malefoy avait été présent.

Puisqu'elle venait de lui dire, maladroitement, qu'elle se méfiait, il avait désormais son ouverture pour aborder le sujet qui lui tenait à coeur. Pour un Serpentard, la candeur n'était rien d'autre qu'une arme comme une autre.

"C'est très simple," annonça-t il. "Mon intérêt est de gagner en prestige et en influence, et en même temps de défendre les principes que nous partageons." Il s'approcha d'elle et baissa la voix. "Nous avons plus de choses en commun que la vieille garde poussiéreuse qui tient actuellement les rênes, et nous voulons tous faire avancer les choses. Notre coopération est donc parfaitement logique."

Elle y réfléchit. Evidemment il était ambitieux.

"J'ai déjà atteint une position conséquente," ajouta-t il, "mais je suis encore un simple fonctionnaire dont la carrière dépend du soutien de personnages plus puissants. J'en connais plusieurs qui apprécieraient votre appui, et je suis convaincu que vous serez d'accord avec eux."

Ginny n'avait pas l'habitude d'être importante au point de constituer une opportunité pour la carrière de quelqu'un d'autre. Evidemment c'était assez grisant. Elle ne doutait pas que Drago serait très intéressé, et l'idée qu'ils puissent participer ensembles à ce nouveau jeu lui plaisait énormément. C'était vraiment dommage qu'ils leur faillent d'abord terminer leurs études.

"Et nous apporterions le soutien des vainqueurs du Seigneur des Ténèbres," compléta-t elle.

Trevor acquiesça. Elle manque sans doute d'expérience, mais au moins elle n'est pas stupide.

"Et vous allez vous rendre compte que cela n'a rien de trivial," confirma-t il. Du coin de l'oeil il vit que le dîner allait bientôt être servi. Il se pencha pour murmurer à son oreille. "Il va falloir nous séparer maintenant. Prenez le temps de réfléchir à ce que je vous ai dit, on se retrouvera après."

Il inclina la tête avec courtoisie et s'éloigna d'elle. Elle le suivit avec un regard songeur, jusqu'à ce que Drago lui prenne le bras.

"Une conversation intéressante?" demanda-t il. Il n'avait pas manqué de remarquer qu'ils avaient passé un long moment ensemble.

"Très."

Elle ne pouvait pas en dire plus. Les invités étaient maintenant guidés jusqu'à la salle à manger, et ce n'était pas le genre de sujet qu'elle pouvait aborder dans une foule. Heureusement, ils avaient d'autres moyens de communication. Ginny prit sa main et murmura l'incantation qui leur donnait un rapport mental rudimentaire, un petit à coté bien pratique de leur fusion avec le Choixpeau magique. Chaque couple avait découvert qu'ils pouvaient ainsi communiquer silencieusement avec un simple contact physique. Des images et des phrases passèrent rapidement devant l'esprit de Drago, et il grogna sa compréhension. Ils auraient quand même besoin d'en rediscuter dans le détail, mais pour l'instant il en savait assez pour être sur ses gardes. Ginny ne s'était pas trompé, il était très intéressé.

Il chercha Trevor du regard et le vit prendre congé d'un sorcier plutôt corpulent, avec lequel il avait manifestement échangé quelques mots rapides. L'homme leur avait été présenté comme étant Lord Shrummer, un membre important du Magenmagot. Une demi douzaine d'Elf de Maison répartirent les invités à des places réservés autour de la table. Ginny et Drago étaient placés de part et d'autre de la maîtresse de maison. Pansy se trouvait à la droite de Ginny et le professeur Rogue était en face d'eux.

Lorsque tout le monde fut servi, les Elfs firent venir le premier plat, sous la forme d'assiettes déjà préparées. Ils étaient trop petits pour faire le service directement, mais ils faisaient flotter les assiettes et les carafes de vin avec une coordination remarquable. Ginny vit avec soulagement qu'il y avait également des verres d'eau déjà remplis. Elle était assez intimidée par le cérémonial élaboré du repas, et la salade de fruits de mers devant elle était tellement joliment disposée qu'elle n'osait presque pas y planter une fourchette. En fait elle ne savait même pas quels couverts elle devait utiliser. Il y en avait une véritable panoplie de part et d'autre de son assiette. Ginny n'avait jamais assisté à ce genre de réception et elle s'inquiétait de l'étiquette à suivre, sans compter que beaucoup de personnes continuaient de la regarder régulièrement.

Je sais que je vais me ridiculiser.

Pansy s'aperçu de son trouble et se pencha vers elle.

"Ca ne va pas?" murmura-t elle.

C'était le moment ou jamais de tester leur nouvelle amitié.

"Je n'ai pas l'habitude de tout ça," répondit Ginny avec la même voix. "Je vais probablement utiliser la mauvaise fourchette ou quelque chose comme ça, et ils vont tous se moquer de moi."

Pansy étouffa un rire.

"Ne t'en fais pas. Tu n'as qu'à suivre ce que je fais. Utilise toujours les couverts les plus éloignés de l'assiette et tiens ton verre par le pied pour ne pas laisser de traces de doigts." Elle gloussa discrètement. "J'ose espérer que tu ne vas pas t'empiffrer avec des bouchées énormes, ni roter bruyamment ou quelque chose comme ça?"

Ginny roula les yeux au ciel mais remercia Pansy d'un sourire. Bientôt tout le monde était en train de manger, et les conversations allaient bon train. Elle remarqua que les personnes les plus âgées étaient souvent à l'origine des conversations, et que dans les couples l'un des deux parlait beaucoup plus que l'autre. En général c'était le sorcier, mais pas toujours. Tout le monde était très courtois et personne ne se coupait la parole.

L'entrée fut suivi d'un plat de volaille rôtie, manifestement du gibier sauvage, servi avec un vin rouge très foncé. Peu après que tout le monde ait commencé à manger, Lord Shrummer saisit son verre et s'adressa à Madame Parkinson à haute voix.

"Encore une fois votre table est un pur délice Madame," dit il d'une belle voix grave. "M'autorisez vous à porter un toast?"

"Mais bien sûr, mon Lord," répondit elle ravie. Elle prit son propre verre en main, et l'ensemble de la table suivit son exemple. "A qui ou à quoi voulez vous adresser cet honneur?"

Lord Shrummer leva son verre devant et au dessus de lui.

"A notre bonne fortune, à la défaite d'une terrible menace," il se tourna vers Drago et Ginny, "et à cette vaillante jeunesse qui l'a rendu possible."

"Toast, toast," répondit un autre invité.

Des bruits d'approbations éclatèrent un peu partout le long de la table, et désormais tout le monde les regardait. Ginny rougit et Drago se tortilla sur sa chaise. Les sorciers et sorcières burent à leur santé et plusieurs applaudissements se firent entendre. Lorsque le silence fut revenu, Drago se leva et s'inclina pour saluer l'assistance. Il regarda Mme Parkinson et ses yeux demandèrent l'autorisation de répondre, qui lui fut accordée d'un battement de sourcils.

"Merci bien pour l'honneur que vous nous faites mon Lord, Madame, et vous tous," dit il avec aisance. "C'est un réel plaisir d'être avec vous ce soir, et je tiens à exprimer mes plus sincères félicitations à notre hôtesse et notre hôte." Il s'inclina encore une fois et d'autres applaudissements s'élevèrent.

"Bien dit jeune homme," approuva Shrummer. "Vous combinez le talent avec l'éloquence, et il n'y a rien de mieux pour illustrer ces principes que nous chérissons tous, et que nous ne devrions pas oublier." Il regarda autour de lui. "Peut être même que si nous étions plus vigilant à les défendre, nous n'aurions pas besoin de combattre un nouveau Seigneur des Ténèbres tous les vingt ans."

"Si seulement c'était aussi simple," lui répondit un autre sorcier. "Mais la plupart d'entre eux affirment défendre ces mêmes idéaux." Il prit le reste de la table à témoin. "Ils sont même généralement acclamés pour cela au début de leur carrière."

"Demetrius n'a pas tort," ajouta Mr. Parkinson. "Comment faire pour identifier de telles perversions?"

"Aucun sorcier, ou sorcière, ne le peut certainement," concéda Shrummer sans se démonter. "C'est bien la raison pour laquelle nous devons faire confiance à nos traditions les plus anciennes, et confier à un groupe d'individus le soin de les implémenter." Il regarda une nouvelle fois Drago et Ginny. "Comme ont fait nos jeunes amis."

Quelques exclamations étouffées, et des murmures, saluèrent cette affirmation.

"Vraiment, Septimus," répondit Madame Dragonis de sa voix flûtée. "Loin de moi l'idée de déprécier ce qu'ils ont fait, mais considérez quand même les circonstances. Vous savez comme moi que Fudge leur a refusé son assistance et nous avons tous les deux siégé au tribunal du jeune Potter." Elle se tourna vers les deux jeunes gens. "Ce que vous avez fait était remarquable, mais depuis quand les traditions commandent elle de confier une telle tâche à des élèves?"

Plusieurs personnes les regardèrent, mais cette fois ci avec des expressions beaucoup plus interrogatives. Ginny se sentit tout d'un coup mal à l'aise. Un coup d'oeil lui fit repérer Trevor qui les regardait avec insistance.

Il s'attend à nous voir participer à cet argument. Est-ce un piège?

Elle jeta un regard à Drago qui se posait manifestement la même question.

On dirait vraiment que tout cela est arrangé, se dit il. Très intéressant. Si je leur dis ce qui c'est vraiment passé, alors je soutiens Shrummer et indirectement Trevor.

Normalement il ne songerait pas à participer à un tel débat sans avoir plus d'informations concernant les protagonistes, et les loyautés réelles des uns et des autres. Quoiqu'il dise, il était certain de se faire des ennemis et ça n'était jamais une bonne chose. Le problème était qu'il n'avait pas vraiment le choix. S'il ne disait rien, il risquait de passer pour un faible, ou un lâche, et cela serait une première impression qu'il pouvait avoir du mal à faire oublier.

D'un autre coté, ce que Trevor avait dit à Ginny était certainement vrai. Ils avaient beaucoup à gagner à travailler ensemble. Il regarda Severus mais le professeur gardait un visage inscrutable.

Je sais ce que je peux leur dire, et qui va leur plaire.

Drago se redressa sur son siège et s'adressa à la vieille sorcière.

"En réalité, Madame, nous avons effectivement suivi la voie traditionnelle, mais nous sommes remontés très loin en arrière," dit il finalement. Une expression de triomphe passa sur le visage de Trevor. Il n'y avait rien que de la curiosité sur celui du Lord Shrummer, mais l'homme avait probablement beaucoup plus d'expérience pour cacher ses sentiments.

"Qu'est-ce vous pouvez bien vouloir dire par là," répondit Dragonis avec une pointe d'agacement. Drago fit un effort pour bien choisir ses mots.

"Je veux dire que bien sûr, il n'y avait aucune chance pour que nous soyons capable de détruire le Seigneur des Ténèbres sans une aide extérieure," dit il. "Même le professeur Dumbledore ne pouvait pas le vaincre, mais il a conçu un plan pour y arriver quand même." Toute la table sans aucune exception le regardait avec fascination. "Il s'est arrangé pour ne nous puissions reproduire une partie de la magie des Fondateurs de Poudlard. Ce sont leurs traditions que nous avons suivies."

Des exclamations de surprise, et d'autres réactions d'étonnement, et d'incrédulité, fusèrent des quatre coins de la table.

"Les Fondateurs!"

"C'est incroyable!

"Comment est-ce possible?"

Le calme revint après quelques instants, mais la plupart des convives semblaient sceptiques, et certains fronçaient les sourcils d'un air menaçant. Un très vieux sorcier, qui n'avait encore rien dit, s'adressa à eux avec une voix rendue rauque par l'âge.

"Jeune homme, j'ai passé une grande partie de mon existence à étudier ce sujet, et je dois dire que je suis extrêmement surpris," dit il d'un ton qui rappelait celui du professeur Rogue en classe. "Les Fondateurs n'ont laissé que très peu de choses les concernant, à l'exception de l'école elle même, et ce que vous appelez leur tradition n'est guère plus que les principes moraux attachés à chaque Maison, et que nous connaissons tous."

Il n'accusait pas précisément Drago d'être un menteur, mais c'était limite. Pansy se pencha vers Ginny.

"C'est le professeur Alan Bouquinar," chuchota-t elle. "Il est une des Langues-de-plombs au Département des Mystères."

Drago échangea un regard rapide avec Severus, qui hocha la tête imperceptiblement. Il se tourna ensuite vers le vieux sorcier.

"Vous avez raison, Monsieur," dit il avec assurance, "mais il y a d'autres marques de leur passage. J'ai eu la chance de pouvoir accéder à l'ancienne résidence de Salazar Serpentard, et de converser avec la dernière relique des Fondateurs. Je veux parler du Choixpeau Magique, bien sûr."

Le professeur Bouquinar le regarda avec stupéfaction.

"Qui donc s'est permis de vous initier à ses mystères?" demanda-t il brusquement. Il avait l'air scandalisé que ces secrets aient été dévoilés à un simple élève, et à en juger par les expressions d'autres invités, il n'était pas le seul. Autour de la table, ceux qui connaissaient l'existence de la dernière demeure de Serpentard, murmuraient furieusement des explications aux autres.

"C'est moi même, Monsieur," répondit Severus calmement. Toutes les têtes se tournèrent vers lui et un lourd silence tomba sur l'assistance. "Sur les instructions du professeur Albus Dumbledore."

Personne ne dit rien et les visages se détendirent graduellement. Ils admettaient que Dumbledore avait l'autorité de faire une telle chose, et après tout le résultat avait été positif. Les Serpentards étaient des gens pragmatiques, et de fait le sujet de la légitimité de Drago à avoir été initié aux secrets des Fondateurs était clos. Restait la curiosité sur ces secrets eux mêmes.

"Vous avez été particulièrement privilégié de contempler ces merveilles," dit il à Drago. "Mais dites nous. Qu'ont elles fait pour vous?"

Drago ne pouvait pas s'empêcher de montrer un sourire de satisfaction en anticipant leur réaction. Il fit durer le plaisir en ajustant sa position sur son siège avant de répondre. Il pouvait vérifier que absolument toute l'assistance était pendue à ses lèvres.

"Dans ce lieu particulier, le Choixpeau s'est adressé à moi et m'a invité à visiter son espace intérieur."

Il marqua une pause, à la fois pour qu'ils puissent bien imaginer la scène, et aussi parce que le souvenir de cet instant ne le laissait pas indifférent lui même. Sans qu'il s'en rende compte, sa voix était devenue plus rêveuse et distante.

"Je me suis retrouvé dans une pièce où les Quatre Fondateurs étaient assis, enfin je veux dire leurs avatars bien sûr. Je leur ai parlé et Salazar Serpentard lui même a accepté de m'instruire."

L'affirmation était tellement stupéfiante que personne ne disait rien. Il y eut quelques exclamations étouffées et les visages se tournèrent vers le vieux professeur, dans l'attente qu'il confirme ou réfute ces paroles. Il avait un visage extrêmement sérieux et ses yeux ne lâchaient pas Drago.

"Quelle preuve pouvez vous nous apporter de cette rencontre?" défia-t il.

Drago haussa les épaules.

"Je peux vous décrire ce que j'ai vu, et répondre à vos questions." Il eu soudain une inspiration. "Je pourrais placer une mémoire dans une Pensine si vous le voulez."

Lord Shrummer se tourna immédiatement vers Mr. Parkinson.

"Voilà qui m'a l'air d'être une excellente idée. Pourriez vous arranger cela cher ami?"

Leur hôte acquiesça et fit signe à un des Elfs. Quelques minutes plus tard, celui-ci apporta une coupe de pierre avec une bordure finement ouvragée. Elle fut placée sur la table devant Drago qui se concentra un moment, et prit sa baguette pour extraire une de ses dernières conversations avec Salazar, lorsqu'ils avaient discuté de Voldemort.

Il n'y avait pas le moindre bruit lorsqu'il plaça la Pensine au centre de la table. Le souvenir fut rejoué sous la forme d'un couple de figurines, d'une taille réduite au quart, qui flottaient au dessus de la coupe, visibles et audibles par tous. Seules les voix, légèrement déformées, du Fondateur et de son élève résonnaient dans la pièce. Même le professeur Bouquinar semblait fasciné par cette vision. Mr. Parkinson était proprement tétanisé, comme la plupart de l'assistance.

Lorsque la scène fut terminée, le vieux sorcier repassa certaines portions, et exécuta une sorte d'arrêt sur image pour pouvoir mieux examiner la silhouette de Salazar. Il fit cela pendant plusieurs minutes, au milieu d'un silence sépulcral, avant de lever une nouvelle fois les yeux vers Drago. Cette fois ci un véritable respect se lisait dans son regard.

"J'accepte cette mémoire comme authentique," dit il simplement.

Il prit sa baguette et prononça une incantation en faisant un mouvement complexe. L'image au dessus de la Pensine disparu, et la surface vaporeuse et argentée se mit à tourbillonner comme un lavabo qui se vide. Il y eu une explosion étouffée et le récipient retrouva un état placide.

"Mais qu'avez vous fait!" s'écria Mr. Parkinson, horrifié. "Ce souvenir n'a pas de prix!" Madame Dragonis fit une moue dédaigneuse.

"Effectivement," répondit le professeur. "C'est un témoignage direct et unique, mais c'est justement pour cette raison que je tiens à le détruire." Il regarda l'assistance solennellement. "Les Fondateurs ont été très clairs sur ce point. Aucune copie de leurs mémoires ne doit être conservées sauf celles qu'ils ont expressément sélectionnées." Il regarda Drago dans les yeux. "Le Choixpeau dispose d'une l'autonomie suffisante pour choisir les exceptions, mais il doit être le seul."

"Il me semble que Merlin lui même avait fait un tel voeu," ajouta Terry Arlington.

"C'est exact," confirma Bouquinar, "et pour les mêmes raisons sans doute. Conserver le secret sur des connaissances qui ne doivent pas être laissées entre toutes les mains, et réduire les risques d'un culte dévoyé de leurs personnalités." Il se tourna une nouvelle fois vers Drago.

"Je veux bien croire à votre récit jeune homme, mais je reste curieux. Quelle raison a pu pousser l'esprit de Salazar Serpentard à former un nouvel apprenti? Il n'a pas simplement suffi de le lui demander je pense?"

Drago fit la grimace et regarda rapidement le professeur Rogue.

"Non, ça n'a pas été si ... simple." Il détourna son regard et fixa la Pensine désormais inerte. "Je venais d'être confronté à plusieurs vérités ... pénibles. J'ai été invité à utiliser le Choixpeau et lorsque j'ai rencontré Salazar Serpentard il ..." Drago déglutit, et sa main se crispa sur la nappe au souvenir de ce que l'avatar lui avait fait subir. "... il m'a donné une deuxième chance," finit il dans un souffle.

Il se tourna vers le professeur Rogue, et les deux échangèrent un regard qui excluait tous les autres. Drago voyait une étonnante expression de compréhension dans le regard de son parrain, et Severus savait que eux seuls pouvaient vraiment réaliser de quoi il parlait.

"Certains d'entre nous ont eu beaucoup de chance dans les amis et les mentors qu'ils ont rencontrés," murmura-t il. Drago acquiesça lentement.

Le reste de l'assistance restait silencieux, en essayant de digérer ce récit extraordinaire. Pour eux, ce qu'ils venaient de voir était ce qui se rapprochait le plus d'une expérience religieuse. Les assiettes étaient froides, et il aurait suffi d'un geste pour les réchauffer, mais plus personne n'avait vraiment faim. Drago tendit la main pour prendre son verre d'eau. Sa bouche était sèche comme du coton.

Madame Parkinson fut la première à réagir en retrouvant ses instincts de maîtresse de maison. Elle fit un signe discret en direction d'un des Elfs pour que les plats suivants soient rapidement apportés. Shrummer regardait Drago d'un air pensif et calculateur. Ginny vit quelque chose flotter entre elle et Pansy. Une flûte du même Champagne argenté qui avait été servi à l'apéritif se posa devant son assiette.

Le dîner reprit lentement son déroulement normal. Les invités recommencèrent à parler, à voix basse d'abord, et puis d'un ton plus joyeux au fur à mesure qu'ils retrouvaient leur aisance. Pansy vit que sa mère avait un visage particulièrement triomphant. Elle savait que dès demain matin, la haute société magique londonienne ne parlerait que de cette soirée, qui resterait certainement un sujet de conversation pendant des mois. Ceux qui n'avaient pas pu venir s'en mordraient les doigts, et les autres feraient encore plus d'effort que d'habitude pour être invités la prochaine fois.

Après le dessert, les convives retournèrent dans le grand salon. Une musique douce flottait dans l'air, et les Elfs proposèrent du café et des friandises. Drago repéra Severus qui discutait avec le professeur Bouquinar. Trevor et Shrummer firent un signe discret pour que lui et Ginny les rejoignent. Quand ils arrivèrent à sa hauteur, Drago regarda les deux hommes avec une certaine réserve, et Ginny foudroya Trevor du regard. Il tendit le bras pour les accueillir avec son sourire éblouissant.

"Drago, vous avez été magnifique," dit il avant qu'elle ne puisse protester. Il se tourna vers Lord Shrummer comme pour le prendre à témoin.

Les yeux de Ginny brillaient de colère, mais Drago était plus intéressé par le regard évaluateur de Lord Shrummer. Il ne savait pas grand chose de l'homme, sinon qu'il disposait d'une réelle influence politique, et il se souvenait maintenant d'une occasion où son père avait vivement critiqué Shrummer pour son refus de prendre position avec lui. Pendant la fin du repas, il avait eu le temps de réfléchir à la manière de l'aborder.

"Vous nous avez quand même tendu un piège," dit il pour bien montrer qu'il n'avait pas l'intention de se laisser faire. Bien sûr ce n'était pas un vrai reproche.

"Ce n'était pas un piège, mais une opportunité pour vous," répondit Shrummer de sa belle voix basse. "Et vous vous en êtes tirés brillamment." Il regarda Ginny avec une bienveillance quasi paternelle. "Allons, arrêtons là ces petits jeux. Vous venez de montrer que vous êtes capable de comprendre ces choses. J'ai une proposition pour vous ... deux." Ginny détourna son regard de Trevor. "Etes vous intéressés?"

Drago et Ginny échangèrent un regard.

"Nous avons besoin d'en savoir plus sur ce que vous voulez faire avant de pouvoir nous engager," répondit Drago raisonnablement. "Vous avez entendu ma promesse à Salazar. Je suis prêt à défendre les principes de notre Maison, et en fait des Quatre, et de lutter contre les Mages Noirs."

"Et moi j'ai fait le voeu d'être à ses côtés," ajouta Ginny avec ferveur.

Le sorcier corpulent leva la main d'un geste rassurant.

"Rien de tout cela n'est incompatible avec mon offre. Quoique que certains puissent penser des Vieilles Familles," il regarda Ginny qui afficha un air gêné, "nous n'avons pas tous accueilli le Seigneur des Ténèbres à bras ouverts, et ceux qui l'ont fait en ont payé le prix," ajouta-t il en regardant Drago droit dans les yeux.

Drago ne répondit rien. L'homme avait certainement raison, et ses paroles soulignaient une réalité inconfortable. Malgré ses actions personnelles, L'héritier des Malefoy ne pouvait pas à la fois revendiquer son appartenance à une ancienne famille, et ne pas en assumer les conséquences. Drago perdit une bonne partie de l'assurance que sa brillante prestation lui avait apportée.

"Nous pensons que les membres les plus puissants de notre communauté doivent s'allier pour prévenir le retour d'un nouveau Seigneur des Ténèbres," ajouta Trevor avec un sérieux inhabituel. Il posa un regard appuyé sur Ginny. "Cet idéal va bien au delà des Quatre Maisons."

"Il ne s'agit pas de politique, ni de pouvoir personnel," continua Shrummer. "Mais d'un projet noble et responsable qui vise à confirmer la paix et la prospérité que vous et vos amis avez rétablis. Je n'ai pas de doute que votre place soit parmi nous."

Drago et Ginny échangèrent un regard et leurs mains se touchèrent brièvement.

Je ne vois pas de raison de ne pas travailler avec eux. Et toi?

Non ... je n'en vois pas non plus ... mais je ne suis quand même pas sûre.

Il faut donner une réponse.

Alors je te fais confiance.

"D'accord," dit Drago d'une voix ferme. "Nous sommes intéressés."

Shrummer hocha la tête. Il les avait observés avec attention, et il n'avait pas manqué de remarquer le contact physique et la pause significative avant la réponse du garçon.

"Comment voyez vous la suite?" continua Drago. "Comme quelqu'un l'a fait remarqué, nous ne sommes encore que des étudiants."

"Qu'aviez vous prévu de faire après Poudlard?" interrogea Trevor. "Ca vous dirait de travailler pour le Ministère?"

"Oui," répondit Drago avec prudence. Trevor eut un sourire enthousiaste.

"Dans ce cas j'aurai besoin d'un assistant, et si vous avez le temps cet été, nous pourrons commencer par un stage. En attendant vous pouvez déjà profiter de votre présence à l'école pour identifier d'autres recrues."

Drago acquiesça. L'anticipation se lisait sur son visage.

"Vous avancerez de votre coté n'est-ce pas?" questionna Ginny. "J'imagine que vous avez l'intention de gagner les prochaines élections, à moins que Fudge soit avec vous?" Trevor et Shrummer se mirent à rire doucement.

"Non," dit Shrummer, "Fudge n'est pas avec nous, bien qu'il soit possible qu'il ait envie de changer de côté lorsque nous serons en position de force. Cet homme n'a aucun principe. Nous ne pouvons pas lui faire confiance," ajouta-t il d'une voix dure.

Drago hocha la tête en signe d'approbation. La coopération de Fudge aurait été un mauvais choix. Il était rassuré d'entendre qu'ils ne lui faisaient pas plus confiance que lui même.

"A terme il doit s'en aller, lui et ses larbins," ajouta Trevor. "Le Ministère a besoin d'un bon coup de torchon."

"Mais Percy n'est pas un de ses larbins," dit Ginny rapidement. Elle venait de réaliser que son frère pouvait bien se retrouver mêlé à cette histoire. "Je sais qu'il l'a été dans le passé, mais il s'est rangé à nos côtés lorsque Fudge a retiré toutes les défenses de Poudlard."

Elle jeta un regard appuyé à Shrummer pour bien souligner le fait que Percy avait agi avant que leur victoire soit assurée, et même probable. Le politicien resserra légèrement ses sourcils. La jeune fille défendait son sang, et ce n'était jamais une chose à prendre à la légère.

"Qu'en pensez vous Trevor?" demanda-t il.

"Un jeune homme intelligent, et travailleur," répondit Trevor. Il haussa les épaules. "Mais il croit encore que la politique se fait comme un prépare un examen, et il attache un peu trop d'importance aux règlements."

Lord Shrummer regarda Ginny droit dans les yeux.

"Est-ce qu'il a des principes?"

Ginny n'était pas sûr que Percy attache autant d'importance aux principes qu'aux lois, mais en tout cas il était honnête.

"Il a des principes, oui," répondit elle. "Mais j'ai l'impression que votre question est plutôt de savoir s'il restera loyal lorsque les choses deviendront sérieuses."

Shrummer afficha un sourire d'appréciation devant la nuance.

"C'est effectivement la bonne question Mademoiselle Weasley." Il eut un petit rire avant de redevenir sérieux. Son visage prit une expression décisive qu'il n'avait pas montrée jusqu'à présent. "Quand nous serons prêts, nous agirons au grand jour, et selon les règles. A ce moment je vous demanderais tous les deux de me convaincre de sa sincérité. Si vous ne le pouvez pas, alors ce sera tant pis. Cela vaut également pour votre père, et toutes les autres personnes que vous me recommanderez."

Ginny grimaça comme si elle venait de mordre dans un citron amer. Elle pouvait comprendre une telle attitude, mais ça ne lui plaisait pas quand même.

"Est-ce que vous les laisserez rester neutres?" demanda-t elle.

"Oui, mais dans ce cas, il ne participeront pas aux décisions."

"Ca me parait un peu ... brutal," dit Drago avec précaution. Sinon même presque dictatorial.

Les deux hommes les regardèrent avec des expressions ennuyées mais très déterminées. Lord Shrummer jeta un regard au reste de l'assistance et décida de les entraîner encore plus à l'écart.

"Je sais ce que vous pensez, et d'une certaine manière c'est une bonne chose que nous ayons cette discussion maintenant, au début de nos relations." Il était très sérieux. "D'abord soyons clair, je ne recherche pas le pouvoir absolu. De toute façon ça ne marcherait pas. Mon intention est d'adapter le système du Ministère pour que les erreurs passées ne puissent pas se reproduire. Il faut pouvoir identifier et stopper avant l'heure la menace d'un nouveau Seigneur des Ténèbres, et en cas d'échec il ne faut pas qu'il puisse corrompre le fonctionnement du gouvernent."

Ginny ne pouvait qu'approuver vigoureusement. Elle avait été aux premières loges pour constater le traitement réservé à Harry.

"Ceci, et rien d'autre," continua Shrummer, "est mon objectif. Il se trouve que cela implique un certain nombre de changements dans nos édits, et pour les mettre en oeuvre il est nécessaire de prendre le contrôle du Ministère."

"Nous n'avons pas l'intention d'agir illégalement," ajouta Trevor. "Mais nous savons que beaucoup de gens ne vont pas être d'accord, et le sujet est trop grave pour les laisser nous bloquer."

"Quelles genres de lois comptez vous faire passer?" demanda Ginny.

"Nous n'avons pas le temps ici pour en discuter sérieusement," répondit Shrummer. "Mais par exemple, c'est un fait que notre société laisse trop de liberté dans l'usage de pouvoirs extrêmement dangereux. Considérez la chose suivante: n'importe quel sorcier après sa majorité peut étudier et utiliser toutes les pratiques magiques en dehors des Impardonnables, mais seule la magie de base figure dans les programmes officiels."

Drago hocha lentement la tête. Il avait lui aussi ses idées sur la manière d'enseigner les Arts Obscurs. Les deux jeunes gens se regardèrent. Ginny était d'accord sur le principe, et Drago était plus que cela.

"On est avec vous," dit il à Shrummer.

Le sorcier sourit et leva sa tasse de café en salut. Trevor était enthousiaste. Drago sentait le frisson d'avoir pris une décision importante. Il était sûr que ça allait constituer un premier pas significatif dans la carrière qu'il s'était choisi.

Madame Parkinson s'approcha d'eux pour les gronder gentiment d'être restés à l'écart. Shrummer s'excusa d'avoir monopolisé les jeunes invités, et il félicita la maîtresse de maison pour une réception remarquable. La suite de la soirée fut beaucoup moins sérieuse. Drago invita Pansy à danser, tandis que Trevor entraîna Ginny dans une valse tourbillonnante. Il y eut beaucoup de rires et d'autres discussions plus légères. A un moment cependant, Severus remarqua que ses élèves semblaient curieusement pensifs. Il décida que ça ne le concernait probablement pas, et continua sa discussion passionnante avec le professeur Bouquinar.


Notes de l'auteur:

Inutile de dire que les conséquences de la décision de Ginny et de Drago vont être importantes. Plusieurs détails montrés ici seront significatifs pour la suite, et Trevor est un personnage qui va revebir. Le prochain chapitre "Transitions" sera assez court et clôturera la première partie.

Gardez le rythme avec les commentaires.