Sept semaines plus tard :

Arnaud était tranquillement assis sur son canapé, regardant les rediffusions de l'émission en attendant que Jérémy revienne de la clinique.
Cela faisait maintenant deux mois que ce dernier avait entamé ses séances de chimio et le médecin était plus optimiste que jamais. Bon certes, la mémoire n'était pas encore revenue, assez surprenant. Pourtant l'humoriste avait des bribes de souvenir de temps en temps suite à des migraines importantes. Encourageant certes mais il désespérait vraiment de retrouver un jour TOUTE sa mémoire. A part cet « inconvénient », la santé de Jérémy s'améliorait de plus en plus, ses derniers résultats étant positifs, ce qui étonnait son entourage de le voir remonter la pente aussi rapidement. Le Docteur Dufour justifiait ça par sa jeunesse. Certaines personnes pouvaient se remettre plus facilement d'une telle épreuve à moins de trente ans, même quand il s'agit d'une rechute. La lutte n'était, certes, pas terminée mais elle était en bonne voie.
Les séances de chimio étaient à présent terminées. Il en avait subi huit comme avait prescrit le médecin. Aujourd'hui c'était son premier rendez-vous de suivi médical et Arnaud attendait avec impatience de savoir ce qu'avait dit le médecin. Il savait qu'il avait été un peu trop protecteur avec Jérémy, celui-ci lui en faisant part fréquemment. Il avait donc choisi de ne pas l'accompagner cet après-midi, mais ça ne l'empêchait pas de rester là à attendre son ami.

Pendant ces semaines il avait passé beaucoup de temps à son appartement, sortant fréquemment quand même avec Jérémy malgré son état de faiblesse, ce dernier voulant malgré tout « continuer à vivre normalement » en ne s'arrêtant pas d'aller voir leurs proches. Tous étaient au courant pour sa maladie mais même avec ça, il ne quittait jamais son bonnet à l'extérieur, détestant le fait d'avoir son crâne rasé totalement. Il ne voulait pas attirer les regards de pitié et de compassion autour de lui. Ce n'était pas dans sa nature. Tout ce qu'il voulait c'était oublier pendant plusieurs heures sa maladie et son traitement.

Comme pour Arnaud, il avait rapidement compris pour quelles raisons était-il ami avec ses personnes. Ils partageaient tous l'amour de la scène et même si leur humour était très différent parfois du sien, ils avaient de magnifiques fous rires ensembles et formaient comme une belle famille. Ils lui rendaient le sourire et Arnaud l'amour et le soutien dont il avait tant besoin, même si parfois il en faisait trop. Celui-ci devait vraiment être fou de lui pour être comme ça, la preuve avec cette demande dont les images lui revenaient parfois. Il ne l'avait jamais dit à Arnaud, celui-ci ne lui avait jamais posé la question. Il se disait alors que le barbu attendait peut-être autre chose ou le laissait prendre tout son temps pour se remémorer, parler de lui-même de ses souvenirs. Il ne lui mettait aucune pression, comme il n'en mettait aucune sur leur couple. Il voulait y aller pas à pas et le frisé respectait cela. Il sait qu'à sa place, il aurait déjà craqué depuis longtemps. Et c'était une des raisons pour laquelle il craquait pour son aîné.
Néanmoins, il sentait parfois comme une gêne chez son homme, comme s'il lui cachait encore plus de choses qu'il ne le laissait entendre. Tant pis, il décidait d'en profiter un maximum et de savourer cette seconde chance qui lui était offerte.

Quand Jérémy revint de son rendez-vous, Arnaud était endormi sur le canapé, la télé toujours allumée. Il s'avança dans le salon, détourna le canapé et profita de l'état actuel de son petit-ami pour l'observer : il le trouvait totalement craquant avec ses cheveux partant dans tous les sens, ses lèvres légèrement entrouvertes, sa tête penchée légèrement sur le côté. Il se sentait bien, il était d'humeur joyeuse aujourd'hui et surtout, pour la première fois depuis son hospitalisation, il désirait découvrir autre chose. D'après les bribes qu'il avait eues, on pouvait dire qu'il avait beaucoup apprécié- même plus- ces fameux moments de plaisir.

Lentement, faisant attention à ne pas faire de bruit, il s'avança vers le canapé et se pencha en avant en tendant la main pour dégager une mèche de cheveux rebelle sur le visage de son petit-ami. Puis il se pencha encore plus pour atteindre sa bouche afin d'y déposer un délicat baiser sur ses lèvres. Ce geste léger suffit à réveiller l'aîné. Souriant, il ouvrit doucement ses yeux et observa l'homme de sa vie.

« Hé ! »
« Hé toi ! »
« Ca s'est bien passé ? »
« Oui pas mal. Le médecin était vraiment content de mes résultats. Ils se sont encore améliorés depuis deux semaines. Certes ce n'est pas encore parfait mais il en est satisfait. »
« C'est génial ça ! Je suis vraiment content pour toi ! »
« Merci ! »
« Au fait, il est quelle heure ? Tu dois avoir faim, non ? »
« Un peu oui. Mais… » Il s'installa sur les cuisses de son homme doucement puis commença à ôter les premiers boutons de sa chemise. « J'ai plutôt envie d'autre chose pour le moment ! »
Puis il commença à l'embrasser. D'abord surpris, Arnaud mit quelques secondes avant de répondre à ce baiser. Leurs langues s'entremêlèrent avec délice, sans se presser, passionnément. Très vite, le désir monta chez les deux hommes. Arnaud en avait envie, terriblement envie. Ça lui avait tellement manqué ce contact si intime et savoir que Jérémy semblait en bien meilleure forme et apparemment souhaitait la même chose que lui. Pourtant il voulait vraiment être sûr qu'il n'allait pas reculer.

« Attends, attends. » Sa chemise était totalement ouverte, les mains du cadet le caressaient de haut en bas augmentant encore plus son envie et faisant passer de nombreux frissons le long de sa colonne vertébrale.
« Tu… tu es sûr de ce que tu veux ? »
« Totalement. Si on m'avait dit un jour que je craquerai totalement pour un homme, je ne l'aurai jamais cru. Et ce ne sont pas que les souvenirs qui m'ont convaincu. Je… je suis en train… non je peux le dire sans le craindre maintenant. Je… je t'aime Arnaud ! »

La sincérité totale qu'il pouvait lire dans ses yeux à ce moment finit de le convaincre. Il sentait les larmes monter à ses yeux. Il rêvait tellement d'entendre ces trois mots à nouveau. Pour lui ça voulait tout dire. La fois avec la tondeuse ne comptait pas vraiment. « Moi aussi » n'avait pas du tout la même signification que ces trois mots qui lui faisait énormément de bien. Il n'hésita donc plus une seule seconde. Il se redressa pour se jeter sur les lèvres de son amour. Le baiser se fit plus intense que jamais, les mains plus caressantes et plus insistantes. De doux gémissements se firent entendre quand un cou fut suçoté et baisé, des frissons se produisirent de nouveau quand un t-shirt fut passé au-dessus d'une tête. Jérémy crut s'évanouir quand son amoureux joua avec ses tétons qui se dressaient peu à peu sous le plaisir omniprésent. Lui s'amusait de sa langue, de ses dents et de ses lèvres sur tout le haut du corps, passant alternativement de son visage à sa poitrine en s'arrêtant soit sur le cou, soit sur une de ses épaules. La passion était à son comble à cet instant et le spécialiste de l'humour noir était particulièrement heureux de ne ressentir aucune hésitation, de n'avoir qu'une envie : avoir du plaisir et en donner à cet homme qu'il se sentait privilégié de connaître.
Les mains finirent par glisser plus bas, atteignant les boutons de jeans. A ce moment, leurs yeux se croisèrent, partageant ensembles toutes ces sensations agréables. Les zips furent descendus toujours les yeux dans les yeux. Il était temps de changer de place. Arnaud ne voulait surtout pas que leur « première » fois ne se déroule dans la pièce qui lui rappelait de moins bons souvenirs que ceux-ci.

Il fit donc en sorte que Jérémy passe ses bras et ses jambes bien autour de lui, ce qu'il comprit rapidement et se leva, maintenant le corps plus léger de son chéri sous les fesses et l'emmena ainsi jusqu'à la chambre. Le chemin se révéla plus difficile que prévu vu que son cadet ne cessait de lui poser des baisers dans son cou, lui arrachant des soupirs de satisfaction. Il arriva devant la porte, l'ouvrit à l'aide du pied et vint déposer son amant sur le lit avant de le rejoindre et de le recouvrir de son corps.

(…)

Cinq heures après, tous les deux étaient bien endormis. Leur première nuit avait été faite de tendresse, de passion, de plaisir intense et surtout d'amour… leur donnant à tous les deux des sourires béats. Ils l'avaient fait deux fois avant de s'endormir d'épuisement dans les bras de l'un l'autre.
Mais inconsciemment, dans son sommeil, Jérémy s'était écarté de son beau brun, pris de souvenirs qui se faisaient de plus en plus précis. Des souvenirs qui firent couler de la sueur le long de son front et se réveiller en sursaut, son front dégoulinant.
Il se précipita dans la salle de bains, pris d'une soudaine nausée et vomit le peu qu'il avait mangé ce midi. Il ne s'attendait pas à un tel mélange d'émotions en quelques images, mais la prédominante était : « Putain quel connard ! »

Tbc...