Et voilà le chapitre du mois, une très bonne lecture!
PS Tash: on ne réclame pas la fanfic en avance. Le dernier jour du mois, c'est le dernier jour du mois!
Les remous de l'eau me léchaient doucement les pieds, des caresses douces et chaudes sur ma peau. Je reconnaissais cet endroit ; le lac Kinnsburn, là où nous passions chaque année plusieurs semaines avec mes parents, enfin… Mon oncle et ma tante. Autour de moi se jouais ces vieux souvenirs ; cette fois où un chien avait gobé ma glace directement dans ma main, j'avais tant pleuré et cet après-midi à construire un immense château de sable avec ma tante. J'observais tout cela à distance, spectatrice d'une vie qui n'était plus la mienne. L'enfant que j'avais été grandissais, jouais pour chaque année une nouvelle pièce puis soudainement plus rien, elle disparut, envolée comme un grain de sable. L'endroit devint soudain très fris et froid. Je grelottais. Baissant les yeux vers ma tenue, je me rendis compte que je ne portais qu'un simple tutu, le tutu rouge aux deux carreaux noirs, celui trouvé dans l'armoire d'Harley. Pourquoi je portais ça moi ?
Je me reculais, tremblante alors que le niveau du lac augmentait dangereusement. Puis des lianes glissèrent hors de l'eau devenue noire et poisseuse, venant m'attraper et me bloquer les mains dans le dos. Je tentais de hurler mais, quelque chose bloquait ma bouche. On me tirait dans le lac. Ma tête cognait contre le métal, la douleur résonnait dans tous mon corps, ce corps qui me semblait soudain si faible. Je sentis l'eau soudainement rentrer en moi par ma bouche et mon nez, bloquer toute ma respiration. Un instant. Je sentais ma cage thoracique se comprimer. Encore un autre. Mon crâne vacillait. Ca devenait beaucoup trop long. Mon corps semblait brûler de l'intérieur. Alors on tira ma tête hors de l'eau. Je vomis tout le liquide que je pus, crachotais encore un peu puis , je pus enfin prendre ma respiration en haletant. Bon sang, respirer n'avait jamais été aussi douloureux de ma vie.
Mais, quand mon pouls fut enfin calmé, je sentis ma tête replonger. J'ouvrais alors les paupières un instant, prise par surprise, assez pour distinguer le font d'un baquet métallique. La seconde fois fut encore pire que la première, plus douloureuse et semblant aussi plus longue. Lorsqu'enfin on tira ma tête hors de l'eau, je croyais bien mourir d'une seconde à l'autre. Haletante, cherchant à reprendre mon souffle du mieux que possible, je commençais à timidement observer les alentours. Adieu le lac et sa plage, je me trouvais à présent dans une immensité noire, sans mur, sol, plafond ou quelconque limite. Seulement un espace froid et infinie.
Allongée au sol, mon regard se perdait au loin, n'ayant rien à fixer dans cet univers glaçant. Quelque chose bloquait toujours mes mains dans mon dos et mon corps semblait trop faible pour me porter. Puis soudain une forme commença à se mouvoir au loin, comme une tache dans cette toile unicolore. Des pas résonnèrent bientôt résonnèrent bientôt jusqu'à moi, renforçant chaque fois un peu plus les battements de cœur. Et petit, la forme se précisa. Ce fut d'abord une silhouette humaine, puis un enfant, une fille et enfin je me rendis compte qu'il ne s'agissait de nul autre qu'elle.
Son visage était couvert de bleue, et sous son tutu rouge et sa veste en cuir, on en devinait de nombreux autres. Etais-je dans me même états physiques ? Je n'arrivais pas à regarder mon corps, ma vu se troublait. Mais à la différence de ma grimace de douleur, elle souriait, visiblement très heureuse. Elle se pencha alors vers mon corps allongé et passa une main entre mes cheveux. Mais je ne ressentais pas son contact, sa caresse était comme un courant d'air contre ma peau. L'autre gardait toujours cet immense sourire qui me dégoûtait et m'effrayait en même temps, avec cette expression elle lui ressemblait comme deux gouttes d'eaux. Après tout il s'agissait de son enfin, notre père.
« A bientôt »
Et elle repartie. Pourquoi donc ? Pourquoi me laisser seule comme cela ? Ca n'avait absolument aucun sens. Et soudain sortie de nulle part, je sentis quelqu'un me gifler violemment la joue droite. Sous la puissance du coups et rendue complètement amorphe par les deux noyades de suite, je tombais au sol et me cognais le crâne contre le sol. J'avais si mal au crâne, cette douleur. Encore et encore.
« Fais gaffe putain. Le boss a dit de surtout pas la tuer, tu ne peux pas faire gaffe un peu quand tu frappes.
-Mais elle répond pas cette gamine à la fin !
-En même temps l'interrogatoire d'hier soir a du lui griller les cerveaux, ils y sont allés un peu fort niveau décharge. Bon, on repasse dans un instant ou tu comptes taper dessus des heures durant ?
-Non c'est bon on se tire. »
J'ouvrais doucement les paupières, à temps pour voir deux hommes quitter la pièce, claquant une épaisse porte en fer derrière eux. Je restais un moment immobile, regagnant un peu d'énergie. Puis peu à peu, je commençais à bouger la tête pour observer l'endroit où je me trouvais. Toujours cette espèce de cellule, devant surement servir à autres choses avant de devenir une prison ; ces murs gris et sales, ce carrelage froid taché de sang. Depuis combien de temps pouvais-je bien être là ? Eloignée grain de sable comparé au reste de mes problèmes.
Je glissais une main au niveau de mon visage et grimaçais en sentant la douleur. Même sans miroir, je savais très bien à quoi je devais ressembler en ce moment. Des yeux enflés et noir, des lèvres tout aussi gonflés. La douleur m'empêchait de respirer correctement par la bouche et je devais toujours garder les paupières plissées pour réduire du mieux que possible la douleur. Ayant regagné un peu d'énergie, je voulus me relever, avant de réaliser qu'une paire de menotte bloquait mes mains dans mon dos et m'empêchait de prendre appuie pour me relever. Ne trouvant pas l'énergie pour me mettre de bout autrement, je me ré-allongeais au sol et soupirais. Quand est-ce qu'Harley comptait venir ? Elle possédait une armée d'hommes de main à sa solde alors elle pouvait bien les envoyer à ma recherche tout de même.
Je fermais les yeux un instant, restais sans rien faire, simplement allongée au sol. Des pas résonnèrent soudain dans le couloir, les battements de mon cœur accélèrent sous le coup de la peur. Faites qu'il ne vienne pas pour moi, tout sauf ça. Il me semblait que j'allais mourir au prochain coup qu'on me porterait. Je tentais de calmer ma respiration, essayant toujours de me faire passer pour endormie. Il ne fallait surtout pas que les reviennent où je risquais de passer un sale quart d'heure.
Les pas s'arrêtèrent devant la porte. Une seconde. Je tentais de paraitre endormie du mieux que possible. Deux secondes. Comment faisait-on cela, comment dormais-je normalement ? La question me sembla soudain si logique et je me haïssais de ne jamais l'être posée avant. Trois secondes. Les pas reprirent, s'éloignant petit à petit. Soulagée, je relâchais ma respiration et me mis sur le dos. J'ouvrais les yeux et observait vaguement le plafond. Mon ventre et ma gorge me tiraillaient, l'un à cause de la faim, l'autre de la soif. Ayant enfin une motivation, je poussais sur mes jambes et me relevais. Je n'avais pas fait des années de compétition de gymnastique pour me retrouver bloquée sur le dos comme une tortue. A part cette immense bassine où les hommes de mains s'amusaient à me noyer, la pièce était complètement vide. Je ne risquais pas de manger tout de suite. Depuis quand ne l'vais-je pas fait ? Pour boire, j'allais me débrouiller.
Sur les genoux, penchée sur la bassine et buvant comme un animal mes pensées dérivèrent sur ces dernière heures ? Derniers jours ? Je ne savais plus trop mais, ce n'était pas le plus important. Tout n'était qu'un cycle. Séances de torture, séances d'interrogatoire et parfois un peu de temps pour se reposer. Enfin interrogatoire, ce n'était en réalité pas bien différent des séances de tortures. Toujours les mêmes questions dont je ne connaissais pas les réponses, et pour c es hommes chaque silence ou chaque mauvaise réponse équivalait à un coup.
Ca tournais toujours sur les mêmes sujets ; Harley et les Jokerz. Combien d'armes possédaient-ils ? Combien d'hommes ? Quand étaient prévues leurs prochaines attaques ? J'avais beau répété encore et encore que je n'en savais rien, personne ne voulait me croire. J'avais selon eux était entraînée pour ne pas répondre aux questions, ils me trouvaient un aussi bon jeu d'acteur qu'Harley. Tu fais bien la gosse innocente, répétait inlassablement l'un des hommes de mains, un grand gars au visage trop carré pour avoir l'air complètement humain.
Un homme passa de nouveau devant la porte. En entendant les premiers pas, je repris immédiatement ma position de sommeil. Mais le bruit d'une plaque de fer qu'on soulève avant de laisser retomber me rassura, ce n'était que le repas. Je restais encore un instant immobile avant de me relever, et de me glisser dans l'ombre jusqu'à la porte. Une assiette de purée reposait à même le sol, sur un plateau comportant aussi un vers d'eau et un maigre bout de pain. Les coups étaient horribles mais, ces hommes semblaient vouloir me garder en vie. C'était déjà un bon point pour moi.
Me recroquevillant dans un coin, je commençais à manger à grosses cuillères, travaillée par la faim depuis un long moment déjà. Des bruits de plaques en fer continuaient de résonner à travers le couloir. Parfois, j'entendais d'autres prisonniers hurler de douleur ou de terreur, surement qu'eux n'avait pas interdiction d'êtres tués. Qui pouvaient-ils bien être, tous ces gens ? D'autres personnes dont on tentait d'extirper des informations ? Des innocents qu'on prenait pour des grands criminels ? Une fois mon plateau terminé, je le reposais au sol et m'appuyais contre le mur.
Deux hommes se précipitèrent soudain à travers le couloir et ouvrirent brusquement la porte de ma cellule qui vient cogner contre le mur dans un bruit assourdissant. Je n'eus même pas le temps de reprendre ma position de faux sommeil, de toutes manières ils semblaient trop déterminés pour que ce simple détail ait pu les arrêter. Tandis que le premier homme m'agrippait fermement, le deuxième me planta une aiguille dans le cou et m'injecta un liquide froid qui me glaça le sang. Mon corps se ramolli immédiatement. Même ma bouche semblait étrange, flasque, molle, et m'empêchait de parler.
Chacun des deux hommes de main me prit un bras et ils se mirent à me trainer à travers le couloir. Complètement amorphe, je ne pus que me laisser faire. Pourquoi me sortaient-ils ? Normalement tout ce passait dans la cellule, alors pourquoi maintenant ? Avait-on levé l'interdiction de me tuer ? Je commençais à paniquer rien qu'à cette idée. Non, non, tentais-je de me rassurer. Ils auraient très bien pu me tuer dans la cellule. N'est-ce pas ? Mon corps ne parvenait même pas à frissonner sous l'effet de l'étrange liquide. Je ne sentais que vaguement les irrégularités dans le carrelage contre lesquelles mon dos rebondissait. Cela ne restait qu'une vague sensation, loin de la douleur que je ressentais habituellement en me cognant le dos. J'étais vraiment hors d'état.
Les décors se succédèrent autour de moi. J'étais complètement inconsciente lorsqu'on m'avait emmené ici alors je ne connaissais rien au-delà de la porte d'en face qu'on pouvait observer à travers l'ouverture dans ma porte. D'abord, ce fut un enchainement de ses mêmes portes en fer ou parfois des pairs yeux se risquaient à travers l'ouverture, cachées entre les gros barreaux. On passa une porte. Là, ce fut un immense passage plutôt propre, où de nombreuses portes et ouvertures se dessinaient de chaque côté, devant sûrement mener à d'autres parties du bâtiment. Où comptaient-ils m'emmener à la fin ? Soudain une grande pièce vient remplacer les couloirs. Il y avait une bonne vingtaine d'hommes de mains, bien habillés et armés jusqu'aux dents. Au centre du cercle qu'ils formaient se tenait un étrange personnage portant un chapeau haut de forme et un costume à queue de pie très élégant. Mais ce n'est pas cela qui me dégoutta. Non, ce qui m'effraya était le corps de l'homme ; petit, tassé au point qu'il ne semblait même plus humain, et cet ignoble visage presque gris, au nez immense et pointu, aux yeux proches du volatile, et entouré d'une longue chevelure noire et filasse qui n'arrangeait pas son apparence.
« Asseyez la »
Deux hommes me soulevèrent par les épaules et me lâchèrent sur une chaise, me sanglant violemment les jambes et les bras sans que je ne puisse faire quoi que ce soit. L'étrange homme se hissa sur une chaise, avec sa petite taille, ses jambes pendaient mollement dans le vide, comme l'auraient faites celles d'un enfant. Il tira une boite d'une poche et en sortit un cigare qu'il alluma lentement. Il tira une bouffée et fit un signe de tête en ma direction. Alors quelqu'un derrière moi me jeta un seau d'eau au visage. Prise par surprise, je lâchais un cri et fus prise d'un très long frisson. Mais le froid sembla réduire les effets de l'étrange liquide dans mon système nerveux.
« Alors c'est toi la fille de Quinn. Je m'attendais à plus impressionnant. »
Il tira une bouffée de son cigare et le tapota contre le rebord de la chaise, faisant tomber quelques cendres au sol.
« Es-tu au courant des plans de ta mère, quels qu'ils soient ?
-Non, non !
-Es-tu au courant des chiffres des Jokerz ? Nombres d'armes, d'hommes ?
-Non !
-Qu'est-ce qui me le prouves gamine ?
-Je, je ne sais pas ! S'il vous plait ne me faites pas de mal. Je ne sais rien du tout sur Harley et les Jokerz. Rien du tout, je vous le jure ! »
Complètement transis de peur, je fondis en larme et balbutiais ces dernières paroles. Les effets du liquide semblaient se dissiper peu à peu, mon visage étant la première chose retrouvant le mouvement. Tout mon corps tremblait de peur et mon visage secoué de spasme se noyait sous les sanglots.
« Tu lui ressembles beaucoup tu sais. Le Joker, un emmerdeur de première, toujours à s'immiscer dans mes affaires et tout foutre en l'air. Impossible de commercer avec. Harley avait fini par apprendre à rester à sa place, elle était trop idiote pour des plans élaborés et si triste après la mort du Joker. Mais toi, tu la rends plus forte, tu la nourris. Elle se montre plus énergique et ingénieuse. Elle sait attaquer quand il faut, monte ses affaires avec intelligence, s'infiltre partout… Non vraiment, elle prend trop de place. Tu vois gamine, au début je comptais voler tes informations, t'amocher un peu et te laisser aller. Mais j'ai changé d'avis. Tu seras la punition d'Harley. »
Je relevais les yeux et fixais ses lèvres tout le long de son monologue, et de temps à autre une larme silencieuse coulait le long de ma joue. A ces derniers mots, je ne pus que prononcer un s'il vous plait implorant. Est-ce que j'allais mourir ? Soudain une porte claqua derrière moi, un homme s'élança en courant à travers la salle et se pencha à l'oreille du monstre gnome et lui murmura quelque chose à l'oreille.
« Portez la, ordonna le gnome. »
Alors ce fut à nouveau un enchainement de couloir mais, au moins cette fois-ci je n'étais pas trainée comme un vulgaire sac mais, portée sur le dos d'un homme de main. Le reste des hommes nous entouraient, l'arme au poing. Soudain nous traversâmes une grande et épaisse porte vitrée et nous retrouvèrent sur un balcon taillé dans une immense structure de glace. Je distinguais en contre bas des tables de jeux, machines à sous et toutes ces infrastructures qu'on ne trouve que dans un casino.
Elle se tenait au milieu de l'immense pièce, debout sur une table de poker. Son immense manteau violet, enfilé par-dessus un justaucorps moitié rouge moitié noir, lui donnait une allure plutôt impressionnante. Et l'immense marteau qu'elle traînait dans la main droite renforçait cet aspect. Sûrement à force de pleurer, son maquillage avait coulé et formait à présent de grosses traces noires le long de ses joues. Elle leva les yeux vers nous et en me voyant, un rapide sourire se dessina sur son visage, avant qu'elle ne reprenne un air sérieux que je ne lui connaissais pas. Harley était venue me chercher et pas seule. Quelque pas derrière elle, une bonne cinquantaine d'hommes étaient disposés en demi-cercle à travers la salle.
« Pingouin ! Tu ferais bien de me rendre ma fille sinon tu vas être reclassé en espèce disparu !
- Et que comptes-tu me faire ?
-Tu n'as plus d'hommes pour rivaliser. Ton coup de poker est inutile.
-J'ai un dernier as dans ma manche Quinzel. J'ai ta fille. »
Alors l'homme de main qui, jusqu'à présent, me portais sur son dos, m'attrapa par le col et me souleva devant lui. Le bord de mon vêtement appuyais contre ma gorge et m'empêchais de respirer correctement. Mes yeux croisèrent ceux d'Harley. La peur dans son regard me traversa et augmenta encore plus lorsque l'homme braqua la pointe de son arme contre ma tempe. »
« Ca ne te vas pas d'être mère, se moqua le gnome.
-Je t'interdis de la toucher Pingouin, tu as compris ? Ou tu serviras de pâté aux piranhas.
-C'est la gamine du Joker hein, étrange que tu ne lui es jamais présenté tiens. En tout cas ce serait une belle vengeance. Ses explosions ont coulé mon empire et toi, toi tu prends toujours plus de place dans cette ville. Ce sera une sorte de dédommagement que de la tuer.
S'il tentait de garder son calme, sa voix trahissait toujours un peu plus sa colère et sa rancune. Puis soudain, il claqua des doigts. Alors, sans même le sentir, je compris. Ses doigts appuyaient lentement sur la gâchette, j'allais mourir.
