Chapitre 12


Depuis ma conversation avec Raphaël, j'avais une conscience bien plus aiguë de qui j'étais, de ce que j'étais…

Galahad m'avait ramené, encore inconsciente, dans notre dortoir, où les filles m'avaient bordé avec une tendresse infinie, avant de se blottir dans les bras l'une de l'autre, au pied de mon lit, tandis qu'Olorun faisait les cent pas, comme un animal en cage.

Bien entendu, ils savaient. Difficile pour moi de leur cacher quoi que ce soit.
La Mémoire leur était revenu en même temps qu'à moi et maintenant nos cœurs battaient à l'unisson sur un rythme unique et hypnotique.

Avalon. Avalon. Avalon. Avalon.

Ca faisait mal, tellement mal, mais nous avions accepté, car notre sacrifice rendrait sa beauté à Avalon et sa paix au monde d'Harry.

Tant d'histoires. Tant de vies. Peut-être à jamais brisées.

xoxoxoxox

Après une nuit douloureuse, nous avions décidés de faire comme s'il ne s'était rien passé, même si nos cœurs étaient endeuillés. Pourtant, les habitants de Poudlard ont du voir quelque chose dans nos yeux car, quand nous avons poussés les porte de la Grande salle pour le petit déjeuner, le silence est tombé comme un couperet et tous les regards se sont tournés vers nous.

En allant m'asseoir à ma place, j'ai croisé le regard de Draco, puis celui d'Harry, et dans leurs yeux, je pus voir le reflet des ténèbres qui avaient envahis nos vies. Je ressentis alors pour eux une bouffée de tendresse qui me prit par surprise. Si fragiles, si jeunes, si purs encore.

Ma vaine tentative de réflexion sur l'humanité du héros de ce monde fut contrariées par l'arrivée du courrier. Bien sur, nous n'en recevions pas mais nous partagions l'angoisse des élèves dont les parents étaient hors des murs protecteurs du château, à la merci d'un psychopathe.

Hermione se jeta sur la pile de courrier, envoyant voler des dizaines de lettres dans les assiettes de ses condisciples et finit par se rasseoir, mordillant ses lèvres, un air de profonde perplexité sur le visage. Laissant mon regard parcourir la salle, je découvris que d'autres élèves avaient la même attitude.

Lentement, je me glissais aux côtés de la jeune brune et haussait un sourcil interrogateur.

" La Gazette n'est pas là. " fut sa seule réponse.

Et, alors, que j'allais lui demander pourquoi elle accordait autant d'importance à la présence quotidienne de ce ramassis d'ineptie, les portes de la Grande Salle s'ouvrirent à la volée, livrant passage à un homme visiblement exténué.

" Papa ! " s'exclamèrent les têtes rousses, la peur rendant leurs visages livides.

" Arthur ! " s'étonna le Professeur MacGonagall en se figeant sur son siège, une tasse de café à mi-chemin de sa bouche, comme si elle était incapable de faire un geste.

Les deux cris fusèrent en même temps, tandis que l'homme se dirigeait en titubant vers la table professorale, tenant un de ses bras contre sa poitrine. Dumbledore se précipita vers lui et posa une main qui se voulait apaisante sur son épaule. Arthur Weasley, puisque c'est de lui qu'il s'agissait, murmura quelque chose qui fit reculer le Directeur, avant de s'effondrer sur le sol.

Malgré sa faiblesse, son murmure avait été suffisamment sonore pour être entendu dans le lourd silence qui avait suivi son entrée, et, d'un seul coup, ce matin comme les autres se transforma en répétition de l'apocalypse. Les élèves hurlaient, pleuraient. Les professeurs étaient blêmes et les fantômes muets de stupeur.

Le Ministère était tombé dans la nuit.

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Quelques minutes plus tard, Pomfresh apparaissait pour récupérer le père des rouquins et l'avait dirigé avec célérité vers son infirmerie, suivie d'une cohorte de visages inquiets. Au même moment, le Directeur s'était levé et avait réclamé le calme d'une voix puissante.

Maintenant, tous les regards étaient dirigés vers Dumbledore, qui semblait plongé dans ses pensées. Le silence était tel que personne n'osait ne serait-ce que remuer une oreille.

Soudain, un petit bout de parchemin se matérialisa devant moi et je le dépliais lentement. J'avais l'impression que les craquements du papier résonnait comme des coups de tonnerre sous le plafond magique de la Grande Salle. Puis je lus le message et, même si les circonstances ne s'y prêtaient pas, un gloussement m'échappa, heureusement assourdit par la main que j'avais vivement plaqué sur ma bouche.

Personne n'arrive à se taire comme Dumbledore.
On a du mal à s'entendre réfléchir à cause du silence.
H.G.

La tentative d'humour d'une Hermione au visage blafard me réchauffa le cœur et je lui souris tristement, avant de faire passer le message à Olorun, qui leva un sourcil interrogateur dans ma direction.

Le Directeur se leva et le silence se fit encore plus profond, tandis qu'il laissait son regard vagabonder sur les visages effrayés de ses si précieux élèves.

" Mes enfants, nous vivons un bien triste moment mais nous devons y faire face, ensemble.
Je ne souhaitais pas en arriver là mais nous n'avons plus le choix…"

Il fit une pause, durant laquelle son regard sembla se poser sur chacun d'entre nous.

" Les premières, deuxièmes et troisièmes années sont consignés dans leurs Salles Communes. Les quatrièmes et cinquièmes années monteront la garde pour protéger les plus jeunes. Quant aux sixièmes et septièmes années, si vous êtes d'accord, vous patrouillerez dans le Château, tandis que les professeurs s'occuperont du Parc."

Il se rassit pesamment dans son majestueux fauteuil et baissa vers nous des yeux emplis de fureur.

" Dès maintenant, les portes de Poudlard sont fermées. Allez mes enfants et que Merlin vous garde ! "

Dans un brouhaha indescriptible, que nul ne prit la peine de faire taire, les étudiants se levèrent et commencèrent à cheminer vers la sortie, guidés par des Préfets mortellement sérieux, alors que le Survivant se dirigeait vers nous.

Soudain, comme s'ils se réveillaient d'un long et pesant sommeil, le Château et ses habitants semblèrent véritablement prendre conscience de notre présence et de ce qu'elle impliquait. Comme un seul homme, ils se tournèrent vers nous et leurs regards brillaient de peur et d'espoir mêlés.

Une larme perla, puis une autre, et bientôt, tous les Enfants de Lumière pleuraient silencieusement sur ces enfants innocents, car le Mal était aux portes de Poudlard.

xoxoxoxox

Au fur et à mesure que les heures passaient, je pouvais constater que Dumbledore connaissait et appliquait avec brio la maxime romaine ; Si Vis Pacem, Para Bellum, soit Si tu veux la Paix, prépares la Guerre.

En dehors de l'enceinte de Poudlard, l'orage grondait et se rapprochait inexorablement. Bientôt, il serait sur nous. Le vaillant Directeur prit la direction des opérations et fit appeler tout ses alliés. Des sorciers qui lui étaient fidèles aux Aurors survivants, en passant par les Géants qu'Hagrid avait réussi -Merlin seul sait comment- à convaincre, tous répondirent présents.

Tandis que la Résistance officielle prenait ses quartiers sous les regards curieux bien qu'un peu effrayés des élèves, la Résistance officieuse -à savoir nous et les alliés du Survivant- était déjà prête depuis longtemps. En effet, ayant perçu une conversation à propos de la défunte Armée de Dumbledore, Freya s'était jeté sur moi, au détour d'un couloir, pour me faire part d'une de ses idées qui, si elle paraissait complètement dingue au premier abord, s'avéra excellente.

L'AD reprit donc, sous notre direction et dans notre Tour. En plus de les aider à perfectionner leurs propres sorts, nous prîmes plaisir à leur apprendre quelque uns des nôtres, qui, nous en étions persuadés, feraient grande impression.

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Le Survivant et moi avons eu une petite discussion.

Nous avions décidés, comme le Château semblait posséder des yeux et des oreilles, de nous retrouver, à minuit, au bord du Lac. Bravant les interdictions et les consignes strictes, Harry, vêtu de sa Cape d'Invisibilité, et moi, désillusionnée, avons passé plusieurs heures à marcher.

Parfois, le silence s'abattait sur nous pour de longues minutes, tandis que nous ruminions nos divergences sur ce que nous avions finis par baptiser "Le Plan". Finalement, nous sommes parvenus à un accord de principe et, alors que l'aube rosissait le ciel, nous avons repris le chemin de nos dortoirs respectifs.

Je n'en ai pas parlé à mes camardes et je ne sais pas vraiment ce qu'à fait Harry ; après tout, il était habitué à tout partager avec ses amis de toujours, avec qui il formait Le Trio.

Mais ce que je sais, c'est que cette discussion, malgré le danger de notre plan, avait rallumé l'étincelle d'espoir dans les yeux émeraudes…