Je reçois beaucoup de commentaires en ce moment. Vous n'imaginez pas à quel point cela me rend heureuse d'avoir vos avis. Merci du fond du coeur. Quelqu'un a évoqué la fin, et je suis au regret (ou au plaisir ?) de dire que cette personne se n'est pas trompée. Bref, quoi qu'il en soit, ce chapitre est presque entièrement axé sur le manga. Moins intéressant à écrire, peut-être ?

Sing For Absolution, Endlessly - Muse.


« Elizabeth. »

Roy prononça distinctement chaque syllabe de ce prénom, testant avec délice les nouvelles sonorités qu'exigeaient l'énonciation de ce pseudonyme. Il était étrange de désigner son lieutenant sous une autre identité.

« Je vous demande pardon ? » s'enquit Hawkeye, n'ayant pas bien compris où son supérieur voulait en venir. Il avait utilisé le prénom d'une personne qu'elle ne connaissait pas, et pourtant, il s'adressait manifestement à elle.

« Ce sera votre nom de code. » proclama-t-il en hochant la tête avec satisfaction.

« Mon nom de code ? répéta la tireuse, de plus en plus perplexe. Puis-je savoir en quel honneur, monsieur ? »

Croisant les bras, le colonel Mustang s'appuya contre le mur de la caserne qui se dressait derrière lui et vérifia d'un regard consciencieux aux alentours que personne n'écoutait leur conversation.

« Il s'agit de notre prochaine mission, expliqua-t-il. Vous protégerez les arrières du sous-lieutenant Havoc et de l'adjudant-chef Falman. Quant au sergent Fuery, ce dernier se chargera de nos communications. Mais pour cela, nous avons besoin de nouvelles identités à utiliser entre nous. »

Roy afficha un sourire radieux et reprit :

« Et donc, me connaissant, je vous confie le soin de trouver des noms de code adéquats pour que nous puissions communiquer en ligne interne sans nous faire remarquer, bien sûr. Je m'occuperai des préparatifs. »

Il y eut un bref silence, puis Riza esquissa une grimace exaspérée.

« Je vais devoir jouer la comédie avec vous, c'est bien cela ? » déduisit-elle.

« Vous avez tout compris. Votre perspicacité m'épatera toujours, lieutenant. »

« Je vous remercie, mais je ne sais pas ce qui me retient de vous botter les fesses, colonel. »

Celui-ci retint un éclat de rire, qui lui eût certainement déplu. Il redevint sérieux et lui confia tous les détails de la mission qu'ils allaient devoir accomplir en toute discrétion.

« Je compte sur vous... Elizabeth. »

Riza opina et effectua le salut militaire en signe de dévotion.

« Bien compris. »

Il la regarda disparaître à l'angle du bâtiment et après avoir contrôlé l'heure sur sa montre en argent, partit à son tour, dans la direction opposée.


« Téléphoner avec une ligne de l'armée, et en plus, pendant son travail... Il a un sacré culot, tout de même. » chuchota un soldat en lorgnant l'alchimiste qui riait aux éclats, le combiné coincé sous l'oreille.

Son voisin lui répondit à voix basse, prenant soin de ne pas se faire entendre :

« Ne m'en parle pas. C'est toujours comme ça quand le lieutenant Hawkeye n'est pas là... D'habitude, elle passe son temps à le réprimander pour l'empêcher de faire des bêtises. Donc quand elle n'est pas là, je te laisse imaginer ce qu'il se passe. »

Le soldat se gratta l'arrière du crâne, gêné.

« C'est vrai qu'elle est plutôt intransigeante. D'ailleurs, je n'aimerais pas l'avoir sur le dos, avoua-t-il, mais là, le colonel Mustang exagère. »

Assis nonchalamment à son bureau, le colonel en question entretenait une discussion émoustillante avec une de ses innombrables admiratrices. Prétextant qu'il se languissait d'entendre la voix de son interlocutrice, il était allé jusqu'à exprimer ouvertement sa joie de ne plus être surveillé par son assistante actuellement en vacances. Visiblement, le fait de se soustraire à ses obligations en public, flirtant au lieu de s'occuper de la paperasse, ne semblait pas le gêner le moins du monde.

« Figurez-vous que je n'ai pas arrêté de travailler, ces derniers temps... J'espère que j'aurai la possibilité de prendre des congés très bientôt. »

La personne à l'autre bout du combiné dut l'interroger sur la quelconque destination qu'il avait en tête.

« J'aimerais beaucoup aller à la pêche. Est-ce que vous voudriez m'accompagner ? »

Si seulement ils savaient ! Roy n'était pas complètement naïf. Il avait parfaitement remarqué que ses soldats le dévisageaient du coin de l'œil, furibonds, et il entendait également les quelques bribes de conversation qu'ils croyaient échanger à son insu.

Il était vrai que ses fâcheuses habitudes et sa réputation de coureur-de-jupon s'étaient répandus dans tout le corps de l'armée depuis très longtemps. Par conséquent, il ne craignait absolument rien en prétendant bavarder avec une de ses conquêtes : qui se douterait que, sous le pseudonyme d'Elizabeth, à l'autre bout du fil, se tenait en réalité le lieutenant Riza Hawkeye ?

En outre, cette dernière possédait une répartie remarquable – même pour ce genre de discussions qu'elle n'abordait pourtant jamais. Mustang était à la fois surpris et amusé de constater qu'elle pouvait si bien jouer son rôle. Elle l'appelait par son prénom, le tutoyait, et d'une voix suave qui l'hypnotisait tentait de le séduire par maints compliments et flatteries.

Roy se demanda à plusieurs reprises si sa mascarade n'était que pure comédie ou si, au contraire, elle en profitait tout autant que lui pour lui révéler ses quatre vérités de manière dissimulée. Même s'il exagérait expressément, ses discours renfermaient un fond de sincérité. Était-elle sensible à ses galanteries ? Roy n'avait jamais connu sa subalterne ainsi.

Elle avait toujours été modeste, ne se préoccupant pas du point de vue des autres à son égard. Son seul objectif accaparait toute son attention. Compliments, critiques, ou propositions peu décentes... Pour elle, tout ceci n'était que du superflu. Elle s'efforçait de rester indifférente à toutes ces choses-là afin de se consacrer pleinement à l'essentiel. S'attarder ne ferait que ralentir leur progression.

Aussi Roy se demandait sérieusement si, en dépit de tout, sa subordonnée pourrait apprécier de telles éloges. Il ne prononçait pas ses paroles au hasard. Chacune de ses phrases contenait une part de sous-entendus bien placés. Étant habituée à communiquer avec lui sous forme de messages codés, elle était indubitablement obligée de comprendre ce qu'il insinuait.

Le plus étrange était qu'elle marivaudait avec une aisance exceptionnelle. Dans tous les cas, elle ne semblait pas manquer d'inspiration. Mustang, lui, passait son temps à complimenter les femmes. Ce n'était donc pas un problème, surtout s'il connaissait si bien la femme en question. Mais elle... À sa connaissance, ce n'était pas dans ses habitudes. Sa spontanéité l'intriguait profondément.

Fuery devait être sacrément époustouflé par sa loquacité. Il écoutait leur conversation, sans en perdre un seul mot. Déchiffrait-il certains de leurs propos ? Même si c'était le cas, il n'aurait pu deviner qu'il s'agissait en réalité d'un véritable dialogue. Pour toutes les personnes extérieures, ce n'était qu'une simulation savamment exécutée.

Parler ainsi avec sa subordonnée sans que nul ne le sût était loin d'être désagréable. Parallèlement, le colonel gardait une oreille attentive sur la succession des évènements. Avec tout le grabuge qui s'était déroulé les jours précédents, cette fois, il ne devrait pas être gêné par un quelconque perturbateur.

L'arrestation d'une présumée coupable dans l'affaire du meurtre du général de brigade Hughes s'était soldée par une évasion qu'il avait lui-même organisée. Maria Ross, l'ancienne détenue, n'avait rien d'une criminelle. Elle avait plutôt été victime d'une machination sordide et utilisée comme bouc émissaire. Heureusement, Mustang avait pu habilement déjouer les plans de l'ennemi et tourner la situation à son avantage.

Mais pour cela, il avait dû faire semblant de brûler à mort la prétendue condamnée. Témoin de la scène, le jeune alchimiste Edward Elric n'avait pas du tout apprécié. À l'heure actuelle, il devait même le haïr plus que tout.

Néanmoins, Roy avait fait le nécessaire et l'avait envoyé dans les ruines de Xerxès à l'Est afin qu'il rencontrât le sous-lieutenant Ross. Officiellement morte, cette dernière allait devoir partir à l'étranger, au moins le temps que ce pays redevînt calme.

L'alchimiste de métal en vadrouille dans le grand désert de l'Est... Plus personne ne pourrait déranger ses manœuvres. En utilisant Barry le Boucher comme appât, lui et ses hommes comptaient arrêter l'intrus qui s'était infiltré dans l'armée.


Des complications se présentèrent dès que le soir fut tombé. L'assaillant se montrait enfin. Postée en haut d'une tour d'où elle avait accès à une vue imprenable, la tireuse d'élite surveillait le déroulement des opérations. Quand son supérieur, inquiet du bruit sourd qu'il entendait en fond dans le combiné, s'enquit de la situation, elle lui signala seulement qu'une petite dispute avait éclaté parmi les clients.

Ce bruit sourd n'était autre que le tir parfait de la militaire qui, de son fusil, avait perforé la main de leur ennemi, des mètres plus bas. Il semblait y avoir un problème. Havoc et Falman, sur le terrain, se querellaient encore avec Barry. Il y avait visiblement un lien entre celui-ci et l'agitateur qui les avait attaqués.

De là où elle était, Riza n'aurait pu entendre ce qu'ils se disaient. Elle crut cependant comprendre que le boucher désirait découper en rondelles l'assaillant. Cette hypothèse ne l'eût pas étonnée, de toute manière.

Roy mentionnait sa probité un peu trop sévère, comme à l'accoutumée. Elle ne releva pas la remarque. Après réflexion, il suggéra de la laisser tranquille, puisqu'elle paraissait occupée.

Accomplir plusieurs choses en même temps ne la gênait pas du tout. Surtout s'il ne s'agissait que de bavardage. C'était plutôt lui qui devait être surchargé de travail. Garantissant que ses subordonnés étaient très compétents, il prétendit qu'il n'avait pas grand-chose à faire. Il ne se dérangeait pas, tout de même !

Hawkeye poursuivit la conversation. « Mon cher Roy »... Il était déjà rare qu'elle employât son prénom, et en plus de cela, elle l'utilisait d'un ton qui se voulait plus charmeur qu'affectueux. L'audace de ses paroles la laissait elle-même pantoise. Sous un tel pseudonyme, elle pouvait tout faire. Brisé, son masque de droiture et de rigueur absolues. Elle pouvait se perdre dans des discours enflammés sans aucune retenue si l'envie lui prenait. Cette liberté la ravissait.

Mais elle ne dura pas longtemps. Tout à coup, une présence dans son dos la figea sur place. Cette présence était glaciale et inhumaine. Elle pivota subitement et, déclarant au colonel qu'elle devait impérativement rompre l'appel en raison d'une arrivée intempestive, tira dans le front de l'énorme bête humaine qui lui faisait face. Du sang coula sur le visage gonflé du monstre qui arbora un sourire carnassier. Le trou creusé par la balle s'était refermé instantanément. Il était indemne.

Hawkeye demeura muette d'effroi. Les écouteurs de son casque tombé à terre vrombissaient de la voix de Roy qui clamait son surnom. Elle l'entendait à peine. Puis ce fut le blanc total.

Elle avait beau tirer et tirer jusqu'à épuiser toutes ses balles, son adversaire se régénérait. Il l'étrangla et la souleva en l'air. Suffocante, Riza s'empara de son révolver et tira en plein dans son crâne. Sans effet. Elle fit éclater son œil d'un tir bien précis, mais ce fut en vain. Privée de son souffle, elle ne pouvait tenir. Le monstre à forme humaine ouvrit sa gueule béante et s'apprêta à la refermer avidement sur elle.

Black Hayate surgit soudainement, plantant ses crocs acérés dans l'épaule de l'opposant. Ce dernier lâcha prise. S'agitant dans tous les sens, il projeta la tireuse contre le mur de la pièce. Riza tint sa gorge opprimée et toussa violemment, enfin libérée.

« Lieutenant ! » s'exclama son partenaire.

Hawkeye fit volte-face et attrapa au vol le pistolet que le sergent Fuery lui avait envoyé. Tous deux se mirent à tirer avec frénésie sur le monstre colossal qui leur faisait face, reculant à chaque balle qu'il recevait dans son corps grossier. Ils furent bientôt à court de munitions.

Appuyant sur la gâchette alors même qu'ils n'avaient plus de balles, les soldats paniquèrent. Ils avaient acculé l'ennemi jusqu'à la fenêtre, à deux doigts de le faire tomber, mais c'était trop tard. Ils n'avaient plus rien pour se défendre et l'ennemi s'avança, hilare, déclarant qu'il allait les dévorer.

Une explosion retentit alors et le monstre fut expédié brutalement par-delà la fenêtre dans une gerbe de flammes étincelantes. L'alchimiste était apparu, le souffle court, murmurant avec soulagement qu'il était arrivé à temps pour protéger ses hommes.

« C'était quoi, ce gros balourd ? bafouilla Fuery, médusé, en regard la masse de chair informe et brûlée, écrasée au sol. Est-ce que ça va, lieutenant..? »

Riza Hawkeye dévisageait le colonel, sidérée, sentant une colère noire monter du plus profond de ses entrailles.

« Mais pourquoi êtes-vous venu ici ? s'époumona-t-elle. Nous avions convenu que même s'il nous arrivait quelque chose, vous resteriez à l'abri de leurs attaques ! Et vous osez arriver comme si de rien était...! Êtes-vous stupide ou quoi ? »

Roy recula, effaré.

« D'accord, d'accord ! admit-il. Je suis un gros idiot, j'ai compris ! »

Furieuse, Riza toisait son supérieur, prête à en rajouter une couche supplémentaire. Comment avait-il pu risquer sa vie ainsi...? S'il lui était arrivé quelque chose, elle n'aurait jamais pu le supporter. La rage déferlait en vagues en elle.

Roy s'était soustrait à son regard, gêné. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait plus vue en rogne ainsi contre lui. Il se demanda même si elle lui avait déjà passé un tel savon.

Se recomposant un semblant d'autorité, il ordonna à Fuery de retourner à son poste, tandis qu'ils partaient à la poursuite de leur premier objectif en fuite. Riza intimant à son chien de rester avec le sergent, le colonel et son lieutenant prirent congé et se mirent à descendre les escaliers quatre à quatre. Riza profita de cet instant d'intimité pour remercier son supérieur de les avoir secourus.

Elle changeait bien vite d'avis. Quelque peu déconcerté, il répliqua :

« Plus tard. Nous sommes en pleine opération. »

« Bien. » acquiesça-t-elle.

Elle esquissa un sourire, puis reprit sa concentration. Ils atteignirent la voiture sans plus tarder et embarquèrent Havoc et le jeune frère du Fullmetal au passage. Alphonse les avait rejoints et avait émis le souhait de partir avec eux, désireux de percer le mystère de l'assassinat du général de brigade Hughes qu'il croyait lié à cette affaire. L'alchimiste de flamme n'avait pu lui refuser sa demande.

Rattrapant Barry le Boucher, les poursuivants s'étaient échangés tous les renseignements qu'ils avaient découverts. Et les théories du cadet Elric ne furent pas des moindres : le monstre contre lequel ils s'étaient battus en haut de la tour était un homonculus, être créé artificiellement par alchimie. Roy manqua de renverser l'armure de Barry lorsqu'il apprit cela.

Dans un premier temps, il refusa de croire l'adolescent, mais sous son insistance, il dut accepter la réalité. D'autant plus que son lieutenant, venant d'affronter une créature immortelle sur laquelle les balles étaient inefficaces, prit son parti. Mustang gronda. Après s'être assurés que l'armée courait un grave danger, ils tombaient maintenant sur un congrès d'erreurs de la nature. Quelque chose d'obscur se tramait, mais il n'aurait su dire quoi.

Le corps de Barry le Boucher – car il s'agissait en réalité de son enveloppe charnelle originelle – se réfugia dans le troisième laboratoire de Central City. Sous les directives du colonel, ils feignirent d'être en route pour arrêter le dangereux intrus qui s'était introduit dans le bâtiment. Traversant le laboratoire à grandes enjambées, ils parvinrent au sous-sol et se retrouvèrent devant un large couloir circulaire. Ils décidèrent de se séparer en deux groupes. Alphonse et Riza partirent à gauche, tandis que Roy et Havoc empruntèrent le chemin de droite.

Le jeune Elric craignait d'encombrer le lieutenant. Cependant, Riza répondit qu'au contraire, il ne devait pas hésiter à intervenir si elle ne maîtrisait plus la situation. Ils s'enfoncèrent avec prudence dans le tunnel où régnait un silence de mort.

Pendant ce temps, Mustang et son subordonné avançaient dans le couloir en sens inverse. Les pièces qu'ils rencontraient semblaient avoir abrité des expériences peu saines, comme le témoignaient les bocaux brisés répandant des substances visqueuses ainsi que les résidus de sang qui souillaient le sol. L'endroit, néanmoins, devait être abandonné depuis longtemps. Tout était détruit, les objets épars étaient négligés un peu partout et il régnait une désagréable odeur de moisi.

Une voix interrompit soudain leur inspection. Les deux soldats se retournèrent brusquement et aperçurent une femme aux formes voluptueuses émerger de la porte défoncée qui se trouvait au fond de la pièce et s'avancer vers eux.

« Tu m'as manqué, Jean... Dire que tu m'as plantée pour venir ici. » fit-elle, les lèvres retroussées en un sourire radieux.

« S... Solaris ? Que fais-tu ici ? » s'écria le sous-lieutenant, interdit, en reconnaissant sa petite amie.

Roy ne comprenait plus rien.

« Tu la connais ? »

Solaris éclaircit la situation en déclarant qu'elle sortait avec son subalterne. Avisant le tatouage que la femme arborait sur le dessus de sa poitrine, Mustang adressa un coup de coude dans les côtes de Havoc, lui arrachant une plainte mécontente.

« Elle a un tatouage de l'Ouroboros ! » s'indigna-t-il.

« Je viens à peine de le remarquer... » marmonna ce dernier.

Le militaire pointait à contrecœur son révolver en direction de sa prétendue compagne, prêt à tirer en cas de nécessité.

Solaris – ou plutôt, l'usurpatrice – présenta ses excuses pour lui avoir menti afin de recueillir des informations. Les traits de Havoc se crispèrent en une expression décontenancée. Mécontent d'avoir été trompé à ce point, il certifia à son supérieur qu'il n'avait rien révélé de professionnel.

Sa petite amie désormais ennemie confirma ses dires ; face à sa discrétion, elle n'avait rien pu tirer de lui. Elle comptait néanmoins rattraper ses erreurs en adoptant une méthode plus efficace.

Cependant, Roy se montra plus prompt qu'elle, et avant qu'elle n'eût pu mettre son plan à exécution, elle dut subir son interrogation glacée. Mustang alla de but en blanc : il voulait savoir si cette femme connaissait ou non le lieutenant-colonel Hughes. Selon sa réponse, il prévoyait de lui réserver le châtiment qu'elle méritait.

Les flammes de la haine s'étaient de nouveau déclenchées, rongeant douloureusement son cœur. Il sentait leur chaleur accablante l'envahir tout entier.

Solaris sourit de manière énigmatique et, faisant fi de ses adversaires, ferma ses paupières lentement comme si elle était transportée par un souvenir délectable. Les doigts de Roy se contractèrent sur l'arme létale qu'il braquait sur elle.

« Je le connais très bien, reconnut-elle sur le ton de la confession. Il était bel homme et plutôt intelligent... Quel dommage que je n'aie pu lui porter le coup de grâce. »

Ses derniers mots coulèrent un à un de ses lèvres carminées. Ce furent les mots de trop.

Le projectile de métal perça sa cuisse, emportant avec elle un minuscule lambeau de chair incarnat. Le canon du pistolet que maniait Roy avec dextérité laissait échapper un mince filet de fumée grise, comme s'il soufflait d'une fureur inassouvie.

« À genoux, ordonna-t-il d'une voix dont la froideur était méconnaissable. Je veux tout savoir. »

L'orifice créé par la balle avait disparu dans un éclair fugace, remettant sa jambe intacte. Constatant qu'elle refusait de se plier à ses ordres, le colonel Mustang n'attendit pas qu'elle ripostât. Les balles plurent sur le corps de la créature d'apparence humaine qui se régénérait à chaque coup, bien que le sang coulât de chacune de ses blessures. La dernière balle atteignit son front ruisselant. Supportant les tirs sans broncher, elle éclata d'un rire sournois.

« Tu es impitoyable, héros d'Ishbal. » dit-elle à l'adresse de Roy.

Son front se reconstitua en un clin d'œil. Mustang entendit son sous-lieutenant prononcer avec effroi le terme « homonculus ». La prénommée Lust authentifia son hypothèse d'un sourire altier et déclara qu'en échange de tous ses efforts, elle lui accorderait une récompense peu commune.

« Tu veux la voir ? Ma Pierre philosophale... »

Ses ongles obtinrent soudain une taille anormalement grande, telles les griffes acérées d'un prédateur, et elle transperça d'elle-même sa poitrine encore perforée par la balle de Roy. Déchirant sa chair en deux parties distinctes, elle désigna au creux de l'ouverture béante l'artefact rouge sang qui luisait au milieu d'un réseau complexe de nerfs.

La figure de Roy devint blanche et il contempla avec un mélange de surprise et d'horreur l'amplificateur de légende que tant d'alchimistes avaient recherché en vain.

« Ceci est notre cœur, notre noyau... reprit-elle. Nous sommes des humains créés à partir de cette Pierre. Nous aussi, nous avons des sentiments... De l'amour envers notre géniteur. En d'autres mots, nous sommes humains. »

Le colonel déglutit.

« J'imagine que si tu nous dis cela, tu ne vas pas nous laisser repartir en vie. »

« Quelle perspicacité, alchimiste de flamme ! »

Avant qu'il n'eût pu réagir, ses griffes démesurées fendirent en deux l'air à une vitesse phénoménale. Tirant son subalterne à sa suite, Mustang fit un bond en arrière et évita de peu l'assaut. Sa joue était ornée d'une estafilade rougeâtre. Il hurla à Havoc de couvrir se arrières et brandit sa main gantée pour générer ses flammes.

Toutefois, l'homonculus avait anticipé sa réaction et d'un puissant mouvement du bras, elle orienta ses griffes vers le plafond et trancha un des tuyaux qui transportait de l'eau à travers le bâtiment. La pièce se retrouva en un rien de temps à moitié inondée. Roy était trempé de la tête aux pieds, en passant par ses gants d'alchimiste à présent inutilisables puisqu'ils étaient imbibés d'eau.

« Tous aux abris ! » crièrent en chœur les soldats, fuyant à toutes jambes.

Ils franchirent la sortie de la salle en quelques secondes, se plaquant de part et d'autre de la porte contre le mur. Alors que Jean paniquait en se demandant ce qu'ils allaient faire, Roy décida de retourner la situation.

Il plaqua ses mains sur le sol recouvert d'eau et décomposa le liquide en ses atomes d'origine : oxygène et hydrogène. Écoutant ses directives, Havoc s'empara de son briquet et le balança aussitôt dans la pièce où se trouvait encore Lust.

La réaction ne se fit pas attendre. Le combustible brûla et une énorme explosion détonna dans le lieu confiné, provoquant un bruit sourd. Peu après, les militaires pénétrèrent dans la salle dont les murs étaient noircis et la plupart de l'ameublement carbonisé. Ils inspectèrent prudemment les moindres recoins.

Mustang était sûr que le monstre avait été dévoré par les flammes. L'air sentait très clairement la chair brûlée... Comme à Ishbal. Une odeur écœurante qu'il avait engendrée de lui-même encore et encore pendant la guerre d'extermination. Cette senteur née de l'union de la chair et des cendres.

En outre, sa bouche était poisseuse, indiquant que la graisse du corps humain s'était évaporée après qu'il fut calciné. Il intima à son sous-lieutenant une prudence extrême. L'homonculus allait probablement resurgir de la poussière d'une seconde à l'autre.

Hélas, ce ne fut pas suffisant. Alors même qu'il l'exhortait à être attentif, deux ongles affilés comme des lames jaillirent des décombres et se plantèrent dans l'abdomen de Havoc, ressortant de l'autre côté de son corps. L'homme laissa échapper un borborygme de douleur et s'effondra à terre.

Roy hurla son nom. La main de la créature se dégagea à son tour des débris et Lust se releva, son enveloppe se reformant petit à petit.

« C'est trop tard pour le sauver ! » s'écria-t-elle en riant de démence devant le colonel qui ordonnait désespérément à son subalterne de tenir bon.

Le sang de Roy ne fit qu'un tour. Il foudroya l'homonculus du regard et tira une balle en plein dans sa poitrine, avant de se jeter à corps perdu sur elle.

« Tu ne pourras jamais me tuer ! » s'extasia Lust en affichant un rictus pervers.

« La ferme ! » tempêta Mustang.

Il écrasa sans vergogne les bras du monstre cloué au sol et plongea sa main dans son poitrail, arrachant crûment sa Pierre philosophale. Elle lança un hurlement suraigu. Roy se détourna de son corps devenu cendre et se précipita auprès de son subordonné agonisant.

« Je peux le sauver avec ceci. » souffla-t-il, haletant.

Il était prêt à utiliser l'alchimie médicale pour le sauver, même s'il était loin d'en connaître les détails. Tenant la Pierre au creux de sa main, il allait effectuer la transmutation lorsqu'il sentit soudain son bras s'affaisser sous un poids énorme. Il pivota et aperçut avec horreur les muscles et les os du monstre se récréer autour de la Pierre qui lui servait de noyau. Il n'eut pas le temps de manifester son épouvante, ni même son abjection.

La créature humaine, à moitié recomposée, laissant voir tous les composants de son organisme, allongea ses ongles meurtriers et éventra le flanc gauche de Mustang. Il tomba à terre d'un seul coup, son poignet encore maintenu par l'homonculus victorieuse.

« Je t'avais prévenu, alchimiste de flamme. La Pierre philosophale est mon cœur. Nous sommes plus proches de la vérité que vous, humains... »

Roy pantelait de douleur, se tenant les mains plaquées sur sa côte perforée d'où se répandait un flot de sang. Il émit un léger râle de souffrance. Lust retira ses gants de ses mains et les déchira en trois coups de griffes précis. Elle le laissa agoniser sous son regard hautain, luttant pour ne pas perdre conscience.

« Tu étais un élément précieux pour le sacrifice, mais je ne peux pas te laisser en vie, regretta-t-elle. Tu vas donc mourir ici en regardant crever ton subalterne. »

Sur ces paroles, elle s'éloigna, indifférente.

Roy clamait le nom de Havoc, inerte et muet. Peut-être était-il déjà mort. Il lui interdit de mourir avant lui, mais il ne répondait pas. Une douleur lancinante lui cisaillait le flanc. Il voulut ramper pour s'approcher de son soldat. À peine eût-il fait un mouvement qu'il dut se plier en deux sur lui-même, terrassé. Sa conscience vacillait et il sentait qu'il était sur le point de perdre connaissance.

Il allait mourir. Il allait mourir s'il ne faisait rien, et son subalterne également.

« Et les autres... » murmura-t-il.

Il tendit le bras pour atteindre le sous-lieutenant, mais n'y parvint pas.

« Ne meurs pas... Ne meurs pas... »

Sa vision se brouillait. Ce n'était pas bon. Pas bon du tout. Il ne devait pas mourir. Pas maintenant. Pas maintenant ! Et Riza et Alphonse qui étaient encore là-bas. S'il ne faisait rien, ils allaient aussi y passer. Pourvu qu'il arrive à temps, pensa-t-il. Il devait se dépêcher. Tenir. Se relever.

Il tenta de se mettre à genoux et retomba aussitôt au sol. Il ne pouvait pas rester là sans rien faire. Périr ainsi était ridicule. Il n'en avait pas le droit. Il n'avait pas encore accompli ce qu'il devait impérativement faire.

Ahanant de fatigue et de douleur, il s'appuya sur son coude et essaya de se redresser. Sa main cessa de compresser son flanc et il contempla le sang qui la trempait. Sa blessure allait avoir raison de lui s'il ne stoppait pas l'hémorragie.

Quelque chose... Quelque chose qui pût bloquer l'écoulement. Les ténèbres l'enveloppaient et l'empêchaient de réfléchir. Tout était confus et les contours du décor se mélangeaient les uns aux autres.

Soudain, une idée illumina son esprit. Il ne pouvait pas se régénérer, à l'instar des homonculus, mais lui pouvait user de son alchimie... Et de ses flammes. Ses flammes qui détruisaient tout. Mais aujourd'hui, elles allaient le sauver. Lui et ses subordonnés.

Se traînant au sol pour se saisir d'un scalpel qui gisait près de lui dans la poussière du laboratoire, il imprégna l'outil de son sang et grava difficilement un cercle de transmutation sur sa main. Quelques instants plus tard, une faible explosion retentissait.


Riza et Alphonse se trouvaient dans une immense salle d'un blanc immaculé. Devant eux se dressait une porte colossale ornementée de symboles abscons qui faisaient vaguement penser à des écritures alchimiques. Cependant, au premier coup d'œil, le jeune frère Elric était incapable de comprendre la signification de ce cercle inconnu.

Le couloir qu'ils avaient emprunté n'avait donné aucun autre échappatoire ; il avait seulement abouti à cette pièce hermétique. La porte de pierre était si imposante qu'il eût été impensable de tenter de l'ouvrir de force. Barry le Boucher se tenait à quelques mètres d'eux, immobile, et se recueillait auprès de ce qui semblait être un amas de chair étendu sur le sol blafard. Les remugles que dégageait cette carcasse pourrissante étaient infects.

Riza reconnut en s'approchant le cadavre de Barry, qui quelques heures plus tôt, avait attaqué ses collègues. Il était effectivement dans un état déplorable. Barry, en armure, ne désirait apparemment plus découper son ancienne enveloppe corporelle maintenant qu'il se trouvait face à elle.

Dans tous les cas, ses spéculations s'avéraient justes : l'âme que les chercheurs avaient attachée à ce corps n'avait pas résisté et avait été rejetée par ce même organisme. Le résultat de ces expérimentations ne parut pas plaire à Riza.

Toutes ces horreurs orchestrées pour, au final, se rendre compte qu'une âme ne pouvait être fixée à un corps qui ne lui appartenait pas. Même si c'était un criminel de haut rang, le boucher n'aurait pas dû se retrouver dans cette armure, à l'insu de tous. L'armée était décidément infâme.

Des bruits de pas se firent entendre. Hawkeye et les autres se retournèrent d'un mouvement synchronisé, distinguant la silhouette d'une femme tout de noir vêtue. Lust s'avançait vers eux d'une démarche assurée, presque suffisante. Son visage se tordit de colère lorsqu'elle identifia dans le camp adverse Barry le Boucher. Elle lui demanda pourquoi il avait désobéi à ses ordres et rejoint le colonel.

Le criminel répondit en s'esclaffant qu'il était très satisfait de la liberté qu'il avait obtenue ainsi. Et, par-dessus tout, il mourait d'envie de trancher la voluptueuse Lust en rondelles.

« On ne peut rien en tirer. » se plaignit-elle en regardant l'armure avec une pitié méprisante. Se tournant vers Alphonse, elle ajouta : « Tu n'étais pas censé être ici. À cause de toi, je vais devoir éliminer deux candidats au sacrifice en une nuit. »

« Deux candidats... Au sacrifice...? » répéta Alphonse sans comprendre.

« Oui, toi et un autre. » révéla-t-elle.

« Tu nous raconteras la suite quand tu agoniseras ! » s'égosilla Barry.

Hurlant de rire, il se mit à courir vers l'homonculus et se jeta sur elle, sa hache menaçante déchirant l'air pour atteindre sa victime. En moins d'une seconde, les griffes allongées de Lust taillèrent l'armure du boucher en pièces. Les morceaux métalliques tombèrent, tous détachés les uns des autres.

Il ne restait plus rien de Barry mis à part ces piètres débris de fer. Sans le moindre regard en arrière, Lust continua d'avancer en direction des deux autres combattants.

« Lequel de vous deux veut mourir le premier ? interrogea-t-elle ironiquement. Notre ami l'armure ? »

Son regard s'arrêta sur Riza. Une lueur de cruauté jouissive s'alluma dans ses pupilles.

« Ou plutôt vous, cher lieutenant. Vous m'avez l'air de quelqu'un de fidèle... Je vais vous donner l'occasion de rejoindre votre patron. » dit-elle en détachant chaque mot, de manière à raviver sadiquement l'angoisse de son interlocutrice.

Le cœur de Hawkeye manqua un battement. Avait-elle bien entendu ? Son révolver serré entre ses deux mains fut secoué d'indomptables tremblements.

« Vous avez dit... Deux candidats au sacrifice en une nuit... » murmura-t-elle, la gorge sèche.

Elle se sentit perdre pied en comprenant ce qu'elle voulait dire.

« Vous n'auriez pas... Non, ce n'est pas possible... »

Lust esquissa un sourire jubilant pour confirmer ce que Riza ne pouvait prononcer.

« C'est pas vrai... Ce n'est pas vrai ! » s'écria-t-elle de désespoir.

Roy. Roy était mort.