La crise de larmes avait duré une bonne demi-heure avant que ma petite-amie ne se reprenne un peu. C'est assez étrange pour moi, de voir Tenten ainsi, tellement vulnérable, alors que je l'ai toujours connue si pleine de vie et d'énergie. Je ne sais pas du tout comment réagir. Je ne sais même pas ce qui a pu la mettre dans cet état, malgré que… Je me suis beaucoup concentré sur ma propre personne aujourd'hui, mais en y repensant bien, elle n'a pas semblé dans son assiette depuis ce matin.

- Tenten… Veux-tu me parler de ce qui ne va pas?

Simple et direct, j'imagine que c'est le meilleur moyen d'aborder la situation. Et si elle ne veut pas en parler, je resterai simplement avec elle.

- Je suis heureuse que ta famille ai aussi bien pris la nouvelle, tu m'as surprise en leur en parlant ce soir, me dit-t-elle d'une voix douce, mais sans me répondre.

Je me penche sur elle pour poser mes lèvres sur l'une de joue humides en un léger baiser.

- Ce ne sont pas des larmes de joie.

- … Mauvais souvenir, finit-elle par dire dans un soupir. Ce matin quand ta mère est entrée, pendant un instant, j'ai cru revivre un vieux cauchemar… Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je ne t'ai jamais fait venir chez moi ?

- Si, souvent, mais j'attendais que tu m'en parles de toi-même.

Ma belle ferme les yeux et pose sa tête contre ma poitrine. Je crois que tout comme moi il y a quelques heures, elle doit se demander par où commencer son récit.

- Commence par le début et laisse tout sortir.

- Maintenant c'est toi qui lis dans les pensées, me dit-elle avec un doux sourire.

Je lui caresse gentiment la tête alors qu'elle prend son souffle, comme avant de plonger sous l'eau, et je la laisse parler.

- Mes parents sont originaires de l'étranger, et le pays d'où ils viennent n'est pas aussi ouvert d'esprit qu'ici. Ça peut paraitre arriéré mais il y a toujours certaines régions où l'homosexualité est traitée comme un crime passible de mort. Mes parents ont tous les deux été élevés dans un milieu très traditionnaliste, même leur mariage avait été arrangé dès leurs naissances. J'ai eu beaucoup de chance que mon père ait été nommé ambassadeur ici avant ma naissance, peu après son mariage. De par son statut, mon père ne pouvait pas vraiment montrer ses opinions profondes concernant l'homosexualité en public. Mais à la maison, il a toujours été clair sur le sujet… Donc quand j'ai commencé à me rendre compte, autour de mes douze ans, que les filles m'attiraient beaucoup plus que les garçons je me suis jurée de toujours le dissimuler afin de ne pas le décevoir. En un sens, je devais me douter de ce qui allait arriver s'il l'apprenait.

J'ai plusieurs questions qui me passent par la tête, mais je m'abstiens de l'interrompre. Je me doute bien de comment cette histoire a dû se terminer, et je suis certaine qu'elle prend énormément sur elle pour m'en parler.

- J'ai tenu ma promesse deux ans, seulement deux ans. Et Akiko est entrée dans ma vie.

Je sens une petite pointe de je-ne-sais-quoi (qui ressemble fortement à ce que doit être une jalousie maladive) me frapper à l'estomac. Bon d'un autre côté, j'ai toujours voulu savoir si je suis la première ou non. Du coup, je vais être fixée.

- Tu sais, tu n'as pas à être jalouse, me rassure-t-elle (mais comment elle a pu savoir ?). Je n'étais pas amoureuse d'elle. Mais elle avait quelque chose de spécial qui m'attirait sans que je ne sache quoi. Un jour, le hasard a voulu que nous nous retrouvions en équipe pour un long travail de recherche que nous devions faire à la maison. Je ne sais plus trop comment nous en sommes arrivées là, mais après quelques rencontres, nous étions en couple… Avec le recul, je me rends compte que nous n'étions que deux fillettes qui se servaient l'une de l'autre pour découvrir leurs sexualités.

Alors qu'elle me raconte ça, je me souviens de la question qu'elle m'avait posé lorsqu'elle m'avait avoué ses sentiments ; « Et toi m'aimes-tu ou ne fais-tu… Qu'explorer les possibilités ? ». C'était donc ça, c'est l'expérience qui parlait cette fois-là.

- Le dernier jour du travail commun, nous nous étions installées chez moi pour travailler mais la situation a dérapé et je n'ai pas été suffisamment prudente… Mon père nous a surprises alors que nous nous embrassions. Je ne l'avais jamais vue aussi en colère, son visage était littéralement déformé par la rage. Jamais je n'avais eu aussi peur de ma vie. Il a giflé Akiko avant de la trainer de force hors de la maison en la tirant par les cheveux et la traitant de tous les noms.

Tenten s'interrompt et ferme fortement les yeux, tentant visiblement de chasser une image désagréable de sa mémoire.

- Quand il est revenu, il ne m'a même pas laissé une chance de m'expliquer… Il m'a insulté, il a saccagé ma chambre, détruisant consciencieusement mon téléphone et mon ordinateur… Il m'a frappé aussi, échappe-t-elle dans un sanglot avant de se reprendre. Finalement quand il a eu fini de me « remettre à l'ordre », il est parti en m'enfermant dans ma chambre. Je ne sais pas trop combien de temps je suis restée seule à pleurer au milieu des débris de ce qui avait été ma chambre avant qu'il ne revienne. Il s'était calmé, mais la façon qu'il avait de me regarder et de me parler me faisait encore plus mal que les coups que j'avais reçu... Je le dégoutais. Il m'a froidement annoncé qu'il avait pris des dispositions pour que, dès le lendemain, je prenne l'avion pour notre pays d'origine. Que là-bas je serais envoyée dans un centre où ils « traiteraient mon travers ».

Un centre ? Je me demande bien qu'elle centre peut se targuer de « traiter » l'homosexualité ?

- Mon père avait déjà parlé de ce genre d'endroit devant moi auparavant. Et même lui trouvait dégoutant ce qu'ils faisaient subir à leurs patients… Tu sais ces films où on voit des médecins traiter les malades mentaux avec des électrochocs, des bains de glace et des chirurgies du cerveau… D'après ce qu'il en disait, c'est encore loin de la réalité. Pourtant, il avait bien l'intention de m'y envoyer. Il était prêt à me faire lobotomiser au risque de me tuer afin de préserver l'honneur de sa famille.

Elle me raconte toutes ces horreurs et pourtant, il n'y a aucune colère dans sa voix, seulement une profonde tristesse… Et de la déception.

- Quand maman est rentrée ce soir-là, je crois que mon père lui a expliqué ce qu'il avait surpris dans ma chambre et elle est immédiatement montée, sans doute pour me sermonner elle aussi. Mais dès qu'elle m'a vu, le visage enflé et couverte de bleu, elle est ressortie sans rien dire ou faire. Plus tard dans la soirée, alors que mon père était sorti, elle est venue me chercher, m'a dit de faire mes bagages et nous sommes parties dans l'heure sans laisser un mot. Pendant les trois mois qui ont suivis, maman a fait des démarches de divorce, demandé l'asile politique et a réussi à obtenir ma garde légale. Elle devait s'être faite des amis au gouvernement via le travail de mon père. Ou bien le rapport de police jumelé aux notes de l'hôpital où elle m'a faite examiner a ému l'un des fonctionnaires parce qu'après ces mois à vivre dans un hôtel nous avons déménagé ici durant l'été. Bien sûr, comme j'ai raté les dernier mois de cours, j'ai dû reprendre mon année, mais ça ne me dérange pas vraiment, ça m'a permis de te rencontrer.

Pour la première fois depuis le début du récit, je m'autorise à lui poser une question avec la voix la plus douce que je peux prendre.

- Si ton père ne vit plus avec vous, pourquoi tu ne veux pas que je rencontre ta mère ? D'après ce que tu me dis, elle a bien réagit, non ?

Mon amoureuse a un sourire sans joie et, sans me regarder, elle reprend la parole.

- Ma mère pense de la même façon que mon père, après tout ils ont reçu presque la même éducation. La seule différence entre eux c'est que, même si je dégoute ma mère, il est contre ses principes de laisser quelqu'un faire du mal à sa fille unique. En gros, selon son mode de pensée, elle est une bonne mère pour une fille indigne qui ne la mérite pas…

J'ai du mal à croire que des parents puissent aussi mal réagir. Enfin, moi-même je m'étais fait des films catastrophes en imaginant mon propre « coming-out », mais jamais je n'aurais cru qu'une famille, la veille aimante et unie, pourrait éclater de façon aussi extrême.

- À l'époque, j'ai tellement été marquée par les évènements que, du moment de notre emménagement jusqu'à la rentrée des classes, je suis restée cloitrée dans ma chambre presque sans sortir… En fait je m'étais jurée de ne plus jamais être proche d'une fille, me trouver un gentil garçon et me mettre avec lui peu importe mes sentiments. Je me disais que ça réglerait tous mes problèmes, que ma mère recommencerait à me regarder dans les yeux et que mon père me pardonnerait.

Je l'écoute et je ne peux pas m'empêcher de me demander comment j'aurais réagi dans une pareille situation… Franchement, je ne crois pas que j'aurais été suffisamment forte pour supporter une pareille épreuve.

- Pourquoi as-tu changé d'idée finalement ?

Cette fois, elle rit réellement tout en redressant la tête, les yeux perdus dans le vide.

- Un petit blondinet un peu idiot m'a accueilli le jour de la rentrée et là je me suis dit « Tient, ça pourrait bien être lui, il semble gentil. ». Je me suis donc laissé approcher et il est rapidement devenu un ami précieux… Puis deux semaines plus tard, sa petite sœur malade a enfin pu reprendre les cours et je suis totalement tombée amoureuse au premier regard, achève-t-elle dans un petit soupir avant de plonger son regard dans le mien.

C'était donc moi la fameuse fille grâce à qui mon frère a découvert le secret de Tenten ! Bon je m'en doutais un peu (disons plus que je l'espérais), mais c'est tout de même gratifiant d'en avoir enfin la confirmation. J'aimerais me complaire dans ce doux sentiment mais j'ai plein d'autres petites questions qui me trottent dans la tête, et ma belle me semble en état de répondre en ce moment.

- Finalement qu'est-ce-qui t'a poussé à te révéler… Je veux dire, avec ton histoire et tout, à ta place, j'aurais sans doute tout gardé secret.

Tenten pousse un profond soupir alors que son visage s'assombrit, me faisant presque regretter d'avoir parlé. Mais je suis trop curieuse et l'occasion ne se représentera peut-être pas avant longtemps.

- J'étouffais ! Chaque matin en voyant ma mère, j'avais l'impression de lui faire honte tandis que quand j'arrivais à l'école je devais cacher à tout prix ce que j'étais. En plus quand ces rumeurs sur ma sexualité ont commencé à se répandre ton frère m'a proposé son plan et je n'ai pas eu le courage de refuser. Et à partir de là, en plus du reste, j'ai dû faire semblant d'être amoureuse de mon meilleur ami. Je me sentais comme… Une erreur de la nature, une menteuse, une profiteuse, une hypocrite… Envers ma mère, Naruto, nos amis, toi. Enfin, c'est cette image que j'avais de moi. Le pire c'était la peur, j'avais toujours peur. La nuit, je faisais des cauchemars où mon père revenait me chercher pour m'envoyer loin de vous. J'étais terrorisée à l'idée que la vérité ressorte finalement et que mes amis me rejette. Je craignais aussi que Naruto ne finisse par se fatiguer de jouer le jeu et ne me délaisse… Finalement, c'est lui qui a trouvé une véritable solution pour moi. « Tu en portes trop sur tes épaules Tenten, laisses-en tomber une partie ; et si c'est encore trop lourd, ait confiance en tes amis, ils t'aideront à porter le reste ». Je ne sais toujours pas si ce qu'il a dit était d'une sagesse remarquable ou si ce n'était qu'une idiotie qui ne voulait rien dire mais… Ça a marché.

Je ne suis pas vraiment surprise, dans ses (trop rares) moments de maturité, mon frère peut être d'excellent conseil.

- Donc plutôt que de me taillader les veines, je suis montée sur cette scène pour tout dire devant tout le monde… Je crois même que c'est l'intervenant qui a été le plus…

Elle continue à parler, mais je rate totalement le passage où elle raconte la surprise de l'intervenant qui n'avait pas été mis au courant des intentions de mon amie. Je ne sais pas si j'ai réellement envie de savoir, en fait non, je n'ai pas du tout envie de poser cette question mais…

- Att-Attend Tenten ! Tu as vraiment… Enfin je veux dire, tu voulais vraiment mourir à ce moment ?

Elle détourne le regard, et c'est en fixant le mur opposé à moi qu'elle me répond d'une voix légèrement plus sombre.

- Je ne le voulais pas, mais en fait, même si je n'ai jamais eu le courage de passer à l'acte… Je ne peux pas dire que l'idée ne m'est jamais venue à l'esprit.

- …

Que dire à cela ? Je n'arrive tout simplement pas à concevoir qu'elle ait pu en arriver là.

- Ne me juge pas, s'il te plaît. Je t'aime plus que tout mais tu ne peux pas comprendre comment je me sentais. À l'époque, j'étais pratiquement seule, j'avais perdu tout ce qui faisait ma vie en à peine quelques mois. Ma famille, mes amis, ma ville natale… Il ne me restait que Naruto et un amour à sens unique pour tenir. Et tout était de ma faute, à moi seule… J'étais tellement fatiguée, finit-elle dans un soupir alors qu'une autre larme coule sur sa joue.

Pourtant à cette époque, nous étions tout de même proche nous passions régulièrement du temps ensemble avec Naruto et les autres, elle semblait heureuse… Toujours souriante, volontaire et pleine de vie.

- Je n'avais rien remarqué, finis-je par répondre, catastrophée. Tu étais mon amie, la meilleure amie de mon frère et je n'avais rien remarqué.

Tenten se déplace pour se mettre derrière moi et m'enlace en m'appuyant contre sa poitrine.

- Tu sais, quand quelqu'un sourit et garde ses problèmes pour lui, c'est plutôt rare que d'autres s'en rendent compte, même s'ils sont proche, me dit-elle en appuyant ma tête au creux de son épaule.

- Mais mon frère s'en est rendu compte lui, c'est ça?

- Exactement, ça ne semble pas t'étonner.

- Pas vraiment, il m'a fait le coup à moi aussi il y a quelques années. S'il y a bien un domaine où il a toujours été plus fort que moi, c'est bien pour pouvoir lire le cœur des gens.

- Tu me racontes ?

Je regarde l'horloge sur mon bureau de travail et constate qu'il est minuit passé. Je ne croyais pas qu'elle avait parlé aussi longtemps.

- Demain, je suis fatiguée et je crois qu'il est grand temps d'essayer ce lit, déclaré-je tout en me levant.

Au moment où je passe la porte, je l'entends me dire une dernière chose.

- Tu sais Karin… Ces derniers mois ont été les plus heureux de ma vie, et c'est grâce à toi. Merci !

Je referme la porte et me dépêche de me rendre à la salle de bain, où je me change rapidement tout en repensant aux dernières paroles de ma petite amie. Moi et ma fichue manie de tout analyser. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si ce ne sera pas trop lourd à porter, être la principale raison du bonheur de mon amoureuse anciennement dépressive et suicidaire. Bon après tout, ce n'est pas comme si j'envisageais de la quitter alors autant ne pas faire d'un problème ce qui n'en est pas un. Mais il reste tout de même une question que j'aurais dû lui poser, une question qui restera peut-être à jamais sans réponse. En fait je crois que je n'aurais jamais le courage de lui demander comment elle a pu me pardonner de l'avoir aussi stupidement rejeté. Moi la personne de qui elle était amoureuse, après ce qu'elle avait vécu avec sa famille. Je ne pourrais sans doute pas me pardonner de l'avoir faite autant souffrir inutilement à cause de ma fierté mal placée.

Une fois changé, je ressors et me dirige vers ma chambre le plus silencieusement possible afin de ne réveiller personne, quand j'entends un léger bruit provenant de la chambre de mon frère. Plus je m'approche et plus les bruits deviennent suspect. Immobile devant sa porte, je tends l'oreille. L'activité qui se déroule dans cette chambre ne fait aucun doute et, gênée, je m'apprête à repartir discrètement, mais je l'entends… Finalement, j'entends la petite tonalité qui me fait tout comprendre ; le comportement de mon frère ces derniers mois prend enfin tout son sens. En me détournant de la porte, j'aperçois celle de mes parents, généralement bien fermée, qui est légèrement entre-ouverte.

Si nous étions dans un manga, je suis sûre que je pourrais voir des miasmes malfaisants suinter de la mince ouverture je peux presque voir un œil démoniaque rivé sur la porte de mon frère… Visiblement, je ne suis pas la seule femme de la famille à avoir l'ouïe fine. Adieu mon frère, profite bien de ton dernier plaisir terrestre, car demain, maman va m'offrir ma revanche. Je me dépêche de retourner dans ma chambre et la première chose que j'y fais, c'est régler mon réveil sur six heures du matin sous les yeux incrédule de Tenten.

- C'est dimanche demain, pourquoi tu veux te lever si tôt ?

- Je ne veux pas manquer le spectacle !

- …

- Tu verras demain, concluais-je en m'installant contre elle.

Envelopper par sa chaleur et le sourire aux lèvres, je m'endors rapidement.

À six heures, mon réveil sonne et Tenten tend un bras pour le faire taire rageusement, tout en marmonnant des insultes à l'encontre du pauvre appareil. Quant à moi, ce doit être la première fois qu'il me tire de mon sommeil à une heure si matinale sans que je ne lui en veuille.

- Ton foutu spectacle à intérêt d'en valoir la peine, me dit-elle une fois qu'elle a réussi à faire taire l'objet de sa colère.

Je me serre un peu plus contre elle en riant, ce qui me fait remarquer que j'ai encore dormi pratiquement coucher sur elle.

- Vu l'espace que nous occupons, je me demande pourquoi maman à tenu à acheter un si grand lit ?

- Ce n'est pas pour dormir que nous aurons besoin de plus d'espace, me répond-t-elle me faisant rougir.

À six heures trois, j'entends du mouvement et je m'empresse d'aller ouvrir ma porte pour contempler le spectacle. Ma mère immobile, en chemise de nuit, devant la porte de mon frère… Trois, deux, un…

- NARUTO, UZUMAKI, NAMIKAZE ! hurle-t-elle en détachant bien chacun des noms. OUVRE IMMÉDIATEMENT CETTE PORTE !

Tenten maintenant bien réveillée, me rejoint et regarde ma génitrice incrédule. Des bruits de course des de discutions étouffées se font entendre depuis la chambre de Naruto, à peine étouffés par la porte.

- ENVISAGE SEULEMENT DE FAIRE RESSORTIR CETTE FILLE PAR LA FENÊTRE ET JE TE JURE QUE TU NE VERRAS PAS LE SOLEIL SE COUCHER !

C'est donc de cette façon qu'il l'a faite entrée. Mon père avait installé des barreaux sous nos fenêtres pour que l'on puisse sortir en cas d'incendie.

Autres bruits de course et trois nouvelles secondes se passent sans que la porte ne s'ouvre… Ce qui est visiblement trop aux yeux de ma mère qui envoie un coup de pied magistrale dans la l'obstacle, qui cède aussitôt. Elle entre dans la pièce, sous le regard effrayé de Naruto qui ne porte qu'un caleçon, et en piétinant les restes de la pauvre porte. Sans un mot, elle s'avance vers lui d'un pas martiale et d'un revers de la main l'envoi valsé à l'autre bout de la pièce, dégageant ainsi le passage vers son objectif : la penderie. Sans hésitation elle ouvre la porte dévoilant une jeune fille totalement rouge, tremblante, sur le point de s'évanouir et surtout vêtue uniquement d'un mince drap blanc.

- Bonjour jeune fille, dit tendrement ma mère. Je suis Kushina, la mère de Naruto. Je crois que nous nous sommes déjà rencontrée, tu te nommes Hinata c'est ça?

Notre amie hoche la tête, bien trop effrayée et intimidée pour parler. Je vois Tenten passer près de moi avec ma lourde couverture pour couvrir Hinata un peu plus décemment.

- Les filles, pouvez-vous aller dans la chambre de Karin un instant, je dois avoir une petite discussion avec mon fils, nous demande ma mère d'une voix dangereusement calme alors qu'elle se fait craqué les jointures.

- Bien sûr madame, s'empresse de répondre Tenten qui guide Hinata hors de la pièce. Karin ramasse ses vêtements s'il te plaît.

Je baisse les yeux pour les trouver et je me rends enfin compte qu'en fait, ils sont éparpillés dans toute la pièce avec ceux de mon frère. Plusieurs meubles ne sont plus tout à fait à leurs places et, si j'en juge par le tas de couverture et de coussin sur le sol, ils n'ont même pas utilisé le lit après leurs ébats. Je me retiens difficilement de rire alors que je fais le tour de la pièce en quête des habits de mon amie (décidément, pour une petite timide, Hinata semble très extravertie dans certaines situations).

Il me manque encore un morceau, mais où ils ont bien pu envoyer ça… Et comment diable ont-ils pu foutre autant le bordel dans cette chambre sans faire plus de bruit ?! Je trouve enfin le dernier morceau près du lit improvisé (plutôt affriolant, si je puis donner mon avis) et en le soulevant, je trouve le dernier clou au cercueil de Naruto. Maintenant, la question est « Ai-je pitié de mon frère? ». Le contre : il est mon frère, toujours là pour moi et sans doute le petit ami de mon amie. Le pour : je suis sûre de savoir ce qu'il a fait ces derniers mois. Un sourire sadique doit sans doute déformer mon visage. Oui, il le mérite.

- Maman, ne sois pas trop dure avec Naruto d'accord ? Hinata est une bonne amie et une gentille fille, tu adoreras l'avoir dans la famille…

Je sens presque le soulagement et la reconnaissance rayonner des yeux de mon frère, alors qu'il me regarde comme un ange tout droit descendu du ciel pour le sauver de la fureur de ma mère. Celle-ci semble même se détendre légèrement, à ma grande surprise… Puis je lance ma bombe (plus précisément ce que je viens de trouver).

- … En plus tu peux être fière de lui, il a été prudent à chaque fois !

Je quitte la chambre souriante, en gambadant gaiement pendant que mon frère, blanc comme un drap, regarde ma mère qui incendie du regard la grande boite de préservatif… Vide.

Ce que je peux être méchante.