« Pour l'homme,
Je vous remercie de votre accueil si chaleureux. Je ne peux toutefois m'empêcher de penser que ma présence vous a davantage perturbé que vous ne voulez bien l'avouer. J'ai en effet pu constater que la qualité de vos critiques, déjà plutôt médiocre, était encore moins bonne que d'ordinaire.
Votre inquiétude pour moi vous a peut-être rongé au point que vous ne pouviez plus vous concentrer sur autre chose ? A moins que ce soit le fait de ne plus pouvoir vous appuyer sur mes critiques en écrivant les vôtres qui vous a gêné… J'en viendrai presque à vous plaindre si vous n'aviez pas chercher à blesser mon orgueil par vos mots et vos choix de lectures.
"La sorcière qui rêvait d'être un homme", sérieusement? Entre ça et "Potions pour développer son sens critique", je sens que je vais bien m'amuser cette semaine en apprenant des tas choses que j'ai toujours rêver de savoir ! Et si vous vous posez la question, oui, l'ironie est de mise ici.
Vous l'aurez compris, je compte rattraper la semaine de retard que j'ai prise. Cela ne me fait pas peur. Je sais que même dans ces conditions, je pourrai faire mieux que vous.
En espérant que mes propos vous aient raisonné, bon courage pour vos prochains écrits,
La femme. »
C'est ainsi qu'un rituel a commencé entre nous. Tous les matins, au moment de me révéler le livre qu'a choisi Malefoy, Ambre me fait passer une lettre qu'il a écrit à mon attention et je lui réponds directement.
Nous sommes durs l'un envers l'autre. Alternant sarcasme, ironie, moqueries, et critiques, on ne s'épargne rien. Mais cette rivalité me plaît et je trouve ses lettres aussi énervantes que drôles, surtout qu'elles nous permettent d'être encore plus directs envers l'autre que dans nos critiques. Ambre s'amuse beaucoup à observer nos réactions respectives, et elle n'hésite jamais à rajouter un peu de piquant quand elle trouve nos lettres trop tendres.
Je garde toutes ses lettres rangées dans une boîte et je les relis quand je me sens seule dans le petit appartement que je me suis décidée à louer un peu plus longtemps que prévu. Ce qui me fait le plus rire, ce sont les concessions qu'il lui arrive de faire. On dirait qu'il est sur le point de me faire un compliment, mais non, raté ! Ça lui demanderait trop d'effort.
On peut trouver par exemple :
« L'idée de votre dernière critique n'était pas trop mauvaise pour une fois. C'est vrai que je n'avais pas envisagé que le personnage de la sœur pouvait être une métaphore de l'auteur du livre… Si cette idée n'avait pas été exploitée aussi mal, cela m'aurait sans doute plu. Dommage pour vous. »
Ou bien :
« C'est tout ce dont vous êtes capable ? Une petite morale bateau sur les passions dévastatrices parce que le livre se termine par une rupture ? Vous m'avez habitué à mieux que ça. A vrai dire, vous ne m'avez pas habitué à grand-chose de bien, mais c'était quand même mieux que ça. »
A chaque moquerie qu'il m'écrit, je ne peux m'empêcher de rire malgré l'agacement que je ressens, et d'après Ambre, il réagit de la même manière lorsqu'il reçoit mes lettres. Elle me dit qu'elle ne l'avait jamais vu autant rire tout en étant aussi grognon, et cela me rend étrangement fière.
Lorsque je repense à nos années à Poudlard où la moindre de ses remarques parvenait à me blesser, je me rends compte à quel point la situation a changé. Je pense que si aujourd'hui il me traitait de sang de bourbe, je rigolerais comme s'il s'agissait de la meilleure blague qu'on ne m'ait jamais faite. Ce qui a changé, c'est qu'il ne cherche pas à me blesser.
Bien sûr, il essaye de me faire croire qu'il trouve mon travail mauvais, mais ce n'est pas vrai pour autant. Il peut me vexer, mais pas me faire du mal. Je sais que s'il me trouvait aussi stupide qu'il le sous-entend sans arrêt, il ne prendrait pas le temps de m'écrire des lettres tous les matins, et il en va de même pour moi.
Je me demande par contre comment il réagirait s'il découvrait qui je suis…
Retrouverait-il le regard plein de dégoût et de pitié qu'il a eue pour moi lorsque je me faisais torturer sous ses yeux ? Serait-il surpris, en colère, déçu ? Est-ce qu'il continuerait de rire si je me moquais de lui ? Est-ce que je serais capable de continuer à me moquer de lui s'il savait qui j'étais ?
Depuis que je suis allée chez les Potter, j'ai l'impression de stagner. Je vis en dehors du monde, dans une petite bulle de confort que je me suis créée, sans jamais évoluer. Je n'ai toujours pas repris mon travail au ministère, même si j'ai reçu de nombreuses lettres me menaçant de me virer si je ne donnais pas de nouvelles. Je n'ai pas eu le courage de retourner chez les Potter, de peur de tomber sur Ron. Je sors uniquement le matin pour aller à Fleury et Bott et faire quelques courses. Je passe mes journées à lire, écrire, et penser à Drago.
Et j'ai terriblement peur que ma bulle éclate s'il découvre qui je suis.
C'est pour cela que je ne cesse de répéter à Ambre, malgré ses réclamations, que non, je n'ai aucune envie de rencontrer « L'homme », que je suis bien trop occupée pour ça, et que je me sentirais mal à l'aise si je me retrouvais face à lui. Pourtant, elle insiste. Elle nous considère comme deux de ses amis les plus proches et trouve ça triste que nous ne nous connaissions pas. De plus, selon elle, nous sommes déjà amis entre nous, à notre manière.
Pour ma part, j'en doute fortement. Lorsqu'elle me parle de notre soi-disant amitié, mon regard se dirige toujours immanquablement vers mon sac où se trouve le livre de Narcissa dont je ne me sépare jamais. Oui, je ne déteste pas Malefoy autant qu'avant et les lettres qu'on s'échange me font beaucoup rire, mais ce n'est pas un ami pour autant et ça n'en sera jamais un. Notre histoire est trop atypique pour qu'on puisse un jour devenir « amis ».
Seulement Ambre n'est pas au courant de tout ça et elle ne veut qu'une chose : qu'on se rencontre.
« Ecoute Ambre, c'est très gentil de ta part de vouloir rapprocher deux personnes que tu apprécies beaucoup, mais il faut que tu comprennes que je n'ai pas envie de rencontrer un homme qui passe son temps à critiquer ce que j'écris ! » tenté-je de la raisonner, pour la vingtième fois en moins de dix jours.
« Mais cesse de faire l'idiote Hermione, tu sais bien qu'il ne le pense pas vraiment ! En plus c'est toi qui as commencé à le critiquer... » argumente-t-elle, la mine boudeuse.
« Ce n'est pas moi qui ai commencé à le viser directement ! Je n'ai fait qu'écrire des critiques sur des livres qu'il avait lui-même critiqué pour donner un avis différent du sien. Mon but n'était pas de le dévaloriser, c'est lui qui a commencé à faire ça. Et puis de toute façon la question n'est pas là, je n'ai juste aucune envie de le voir. »
« Tu es sure ? Je suis pourtant certaine que vous vous entendriez bien ! » renchérit-t-elle d'une voix légèrement anxieuse.
« Ça m'étonnerait… » soufflé-je avec lassitude.
« Mais qu'est-ce que tu en sais ? Tu ne l'as encore jamais vu, et même s'il parait rude de premier abord, il est en fait très charmant ! »
« Mais pourquoi tu insistes à ce point ? Non c'est non, un point c'est tout ! »
Je ne comprends pas ce qu'elle a aujourd'hui, d'habitude elle change de sujet assez rapidement…
Avant qu'elle ne me réponde, son regard se perd derrière moi et je perçois une lueur d'inquiétude traverser ses yeux. S'ensuit alors une porte qui s'ouvre, des bruits de pas, une voix qui me glace le sang.
« Ambre, tu n'aurais pas vu ma plume ? Je pensais l'avoir rangée dans ma poche, mais elle n'y est pas… »
Je fusille Ambre du regard, et l'aperçois ranger un objet discrètement dans sa poche. Elle n'aurait quand même pas osé ?... Elle s'obstine à m'ignorer.
« Oh Drago, quelle surprise ! On était justement en train de parler de toi avec 'La femme', c'est drôle ça nan ? »
Mon cœur manque un battement. Ambre me regarde d'un air désolé, avant de sourire à l'homme qui se tient derrière moi. Je suis sur le point de défaillir. Non, non, non… Tout sauf ça. Je ne suis pas prête. Je ne veux pas. Je ne veux pas. Que quelqu'un vienne m'aider…
« Hermione… Granger ? » s'enquiert une voix grave dans mon dos.
Non. Ce n'est pas moi. Il se trompe. Comment a-t-il pu me reconnaître aussi vite ? Mes cheveux. C'est la faute de mes cheveux. Cette foutue masse brune. Dès que je rentre chez moi, je les coupe. Je les rase. Il n'aurait pas dû me reconnaître. Je ne veux pas qu'il me reconnaisse…
« Vous vous connaissez ? Mais c'est merveilleux ça ! Quelle coïncidence ! » intervient Ambre l'air ravie.
Mais comment peut-elle trouver ça merveilleux ? Ne voit-elle pas ma détresse ? Pourquoi s'entête-t-elle à éviter mon regard ? Je suis sûre que c'est elle qui a orchestré cette rencontre… Pourquoi suis-je incapable de disparaître, là, maintenant, tout de suite ? A quoi ça sert d'être une sorcière si je dois avoir à supporter des situations pareilles…
« Je ne suis pas sûr que ce soit merveilleux pour tout le monde… » rétorque-t-il avant de lâcher un petit rire amer.
Ambre semble maintenant gênée, ce n'est pas trop tôt. Est-ce qu'elle vient seulement d'envisager le fait que notre rencontre n'était peut-être pas une si bonne idée que ça ?
« Si tu le dis… Je peux aller regarder si je trouve ta plume dans la réserve si tu veux. »
Il ne lui répond pas, elle ne bouge pas. Je sens sa présence derrière moi, et son regard me brûle la peau. Il finit par s'adresser à moi.
« J'aurais dû me douter que c'était toi. Une sorcière d'à peu près mon âge, passionnée de lecture, rigide dans ses interprétations et arrogante ? Ça ne pouvait être que toi, ça me semble évident maintenant… » avance-t-il d'une voix amusée.
Alors que j'étais en train de prier intérieurement toutes les divinités moldues et magiques que je connaissais pour que l'une d'elle me fasse disparaître, une chose dans son discours me fait tiquer et m'aide à sortir de ma torpeur.
« Arrogante ? » m'indigné-je en me retournant, désormais prête à affronter son regard provoquant. « Je crois que de nous deux, je suis loin d'être la pire dans ce domaine. » assené-je d'un air mauvais.
Je sens la colère m'envahir et me permettre de reprendre pieds. La colère, il n'y a rien de mieux pour retrouver ses esprits. Peu importe l'intensité de son regard, sa beauté à couper le souffle, ou sa proximité, il faut que je me concentre sur ma colère pour ne pas me laisser déstabiliser. Ma colère. Oui. Je le déteste. Il m'a traité de fille rigide et arrogante. Je le hais. Je hais ses cheveux blond platine, ses yeux bleus métalliques, ses lèvres minces, sa carrure impressionnante…
Pourquoi rigole-t-il tout d'un coup ? C'est ma remarque qui le fait rire ? Il me trouve drôle ?... Il passe une main dans ses cheveux. Pourquoi a-t-il retiré sa capuche ? D'habitude il ne le fait qu'avec des personnes de confiance. Sa main est si grande… A vrai dire tout est grand chez lui : ses jambes, ses bras, ses mains. Aussi proche de lui, je me sens minuscule. Je me surprends à vouloir poser mes mains sur les siennes, juste pour pouvoir comparer leurs tailles… Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je le hais. Notre proximité me dérange ; je dois me ressaisir. Il faut que je m'en aille.
« Tu devrais voir ta tête Granger, on dirait que tu es sur le point d'exploser. C'est me voir qui te met dans cet état là ? »
Pourquoi sourit-il ? Pourquoi a-t-il l'air heureux de me voir ? Comment peut-il être satisfait par cette situation ? Il faut que je sorte d'ici.
« Exactement. Du coup je pense que je vais partir, ça devrait aller mieux une fois que je n'aurais plus à supporter ta sale tête. »
Enfin ça, c'est ce que j'aurais aimé dire. A la place j'ai poussé une sorte grognement pas vraiment féminin, j'ai baissé les yeux, honteuse, et je me suis dirigée avec empressement vers la sortie, en prenant bien soin de contourner Malefoy. Je me sens tellement nulle…
« Eh attends, Granger ! » intervient-il avant que je passe le pas de la porte, m'interrompant dans ma sortie.
« Quoi ? » lâché-je d'une voix crispée. Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ?
« Je ne voulais pas te vexer, désolé… » s'excuse-t-il, à mon plus grand désarroi. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ?
« Je trouve ça juste marrant que ce soit toi la personne avec qui je corresponds depuis bientôt deux semaines. Qui aurait cru que la célèbre meilleure amie du survivant prendrait un peu de son temps précieux pour écrire des lettres à l'effroyable Drago Malefoy ? » reprend-il d'une voix moqueuse.
« On ne correspond pas vraiment ensemble, on se fait juste passer des mots. Ne va pas trop te faire d'idées non plus. » répliqué-je enfin.
« Ah, elle a enfin retrouvé sa langue et son arrogance ! Je te reconnais mieux là, Granger... »
Ah mais qu'est-ce qu'il m'énerve ! Ne peut-il pas me laisser en paix ?
« Ecoute Malefoy, si tu n'as rien de mieux à faire que m'insulter, laisse-moi partir. »
Je fais un pas en direction de l'extérieur. Plus que quelques mètres et je serai libre : je pourrai enfin transplaner chez moi où je serai en toute sécurité, loin de ce serpent !
« Attends ! » m'interrompt-il une nouvelle fois.
« Quoi encore ? » rétorqué-je d'une voix sèche.
« Ça te dirait de diner avec moi ce soir ? »
Je manque de m'étrangler. « Pardon ?! »
Je me retourne et le regarde d'un air interdit. Est-ce qu'il se moque de moi ? Non. Il a l'air sérieux. Son regard est honnête et profond. Il attend ma réponse. Derrière lui, Ambre rayonne de joie. Elle me souffle de lui dire oui. On dirait une petite fille le soir de noël qui vient de recevoir son cadeau. Je ne peux m'empêcher de croire que c'est elle a tout manigancé… Moi en tout cas je ne veux qu'une chose, sortir d'ici et vite.
« Aller Granger, ce n'est pas tous les jours que l'on tombe sur un ancien camarade de classe ! Ce serait dommage qu'on ne profite pas de cette occasion pour en apprendre un peu plus sur la vie de l'autre. » tente-t-il de me convaincre.
Il me fait bien rire… Comme si ma vie l'intéressait. Et puis moi, je connais déjà beaucoup plus de choses que je devrais à son sujet. Je secoue la tête pour reprendre mes esprits.
« Désolée, mais il faut vraiment que j'y aille. »
Son regard me perturbe trop, il a l'air presque… blessé. Il faut que je parte.
« Tu ne veux pas que je te supplie non plus Granger ? »
« Non… »
« Alors accepte. Ce soir, 20h, au Sorcier Gourmand sur le chemin de traverse. Ça te dit ? »
« Tu es fatiguant Malefoy… » répliqué-je, à court d'argument.
« Je prends ça pour un oui ! » s'exclame-t-il d'un ton victorieux.
Je pousse alors un soupir, exténuée par l'étrangeté de la situation, et je peux enfin m'avancer dehors et profiter de l'air frais. Sans attendre plus longtemps, je transplane jusque chez moi et m'étale sur mon lit, repassant les derniers évènements en boucle dans ma tête.
Mais qu'est-ce qu'il vient de se passer ?
Tadaaaa ! La rencontre tant attendue a enfin eu lieu… Personnellement j'aime beaucoup ce chapitre, alors j'espère qu'il vous a plu aussi !
Merci à ceux qui m'ont laissé des commentaires pour le dernier chapitre, comme d'habitude ça me fait trop plaisir, j'adore vous lire =D
Et cette fois-ci encore plus que d'habitude, j'aimerais bien connaître votre avis par review, parce que ce chapitre me tient à cœur. C'est un peu le début officiel du Dramione, puisque jusque-là, Drago ne savait pas à qui il s'adressait… Bref, j'ai hâte de lire vos retours =)
Selene : Oui, tu as parfaitement cerné Drago haha, j'espère que la réponse d'Hermione t'aura plu aussi ;) Et oui, Hermione n'a pas été à Gryffondor pour rien, elle peut être courageuse pour le bien de ses amis ! Quant au couple Ron-Hermione, il y avait en effet pas mal de problèmes… Je suis d'accord avec toi, un couple qui ne dispute jamais, ça cache quelque chose ! Pour la rencontre avec Drago, te voilà servi ! J'ai hâte d'avoir ton avis dessus =D Merci pour ton commentaire, bisous !
