Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 13
« Etais coincé à l'infirmerie. Irai à la bibliothèque un autre jour »
Alessandro tapota la pièce de 5 francs pour envoyer le message et s'affala de tout son long sur son lit. Il avait décidé que madame Pomfresh, sous des dehors prévenants de petite grand-mère énergique, possédait en réalité des tendances esclavagistes refoulées qui ne demandaient qu'à se montrer au grand jour.
Ce jour là, l'infirmerie avait vraiment commencé à fonctionner, quand plusieurs premières années étaient venus de plaindre de divers maux imaginaires, mais dont le véritable nom était « vague à l'âme » et quand un troisième année était apparu avec tous les symptômes de l'essai raté d'une invention signée Weasley et Weasley, avec une trainée de vomi sur le sol carrelé en prime. Comme par hasard, madame Pomfresh avait consolé et cajolé un peu les premières années avant de les renvoyer avec fermeté dans leurs quartiers, et avait assigné le Slytherin au chevet de l'expérimentateur infortuné. Non qu'Alessandro ait été du genre à câliner qui que ce soit, et surtout pas des mioches menteurs et pleurnichards, mais à tout prendre c'était mieux que de tenir une bassine devant un imbécile en attendant qu'il finisse de vomir ses tripes. C'était effrayant, il avait encore l'impression de sentir cette odeur épouvantable.
Il se leva et alla chercher quelques affaires dans son armoire avant d'aller prendre une douche. Non seulement, il avait dû assister à tout le processus, mais la guérisseuse avait en outre exigé qu'il nettoie la bassine et le sol à la main avec une serpillère et une éponge, ne le laissant partir que quand l'élève avait fini par s'endormir épuisé, mais l'estomac calmé. Comment avait-il été assez stupide pour accepter d'obéir au doigt et à l'œil à cette tortionnaire implacable ? Une carrière dans l'administration avait peut-être du bon, finalement… Alessandro se demanda s'il y avait un moyen d'arriver à interdire totalement les produits des jumeaux Weasley, ou si on pouvait faire en sorte de persuader les téméraires de s'empoisonner uniquement les mardi, les jeudi et les dimanche ? Le premier Slytherin qui pointerait le bout de son nez à l'infirmerie pourrait en tous les cas être sûr de l'accueil qu'il lui réserverait.
En soupirant Alessandro ôta une chemise qui trainait, négligemment accrochée à la tringle du rideau de douche, avant d'ouvrir l'eau chaude. Theodore Nott n'était pas d'ordinaire un compagnon de dortoir bien encombrant, mais l'Italien n'était pas d'humeur à supporter sa manie de laisser trainer ses affaires n'importe où dans la salle de bain et il jeta le vêtement par terre, espérant un instant qu'il s'agissait de son propriétaire. Comment Emilie appelait-elle cette loi débile, déjà ? Murphy ? La loi de Murphy ?
L'eau était brûlante et la vapeur commençait à répandre un léger brouillard dans la pièce. Il avait répondu en toute honnêteté à Emilie l'autre jour, en déclarant qu'il n'arrivait pas à cerner Nott. Le garçon faisait partie du club fermé des enfants de Mangemorts (il n'y avait guère qu'à Slytherin où cela put valoir quelque titre de gloire) et il était, d'après ce que savait l'Italien, allié plus ou moins lointain à la famille Malefoy. Dans l'ensemble, il était, sinon agréable (il ne fallait pas exagérer), du moins calme et sans histoire, si réservé qu'Alessandro ne savait absolument rien de ses véritables goûts, ni de sa famille. Fixant à travers le rideau la tâche blanche que faisait la chemise abandonnée par terre, Alessandro fronça les sourcils et décréta qu'à tout prendre, il préférait un Theodore Nott autiste à un Nott sarcastique. Fallait-il vraiment qu'il se sente obligé de se payer sa tête en plein milieu de la bibliothèque ? Alessandro avait été en train d'échanger trois mots avec Oriana quand son voisin de dortoir était arrivé et s'était arrêté près d'eux, les yeux pétillants, en approchant délicatement le nez d'Oriana avant de se tourner vers Alessandro pour demander d'un air moqueur « Est-ce bien une odeur de vomi que je sens là ? ». Le Slytherin avait réussi à esquiver de peu une claque décochée par une Oriana furieuse, mais cela n'atténuait en rien le ressentiment d'Alessandro. Certaines choses ne se font pas, même si elles paraissent irrésistibles. Arrêtant l'eau et repoussant le rideau, le jeune homme s'attarda un instant et marcha délibérément sur la chemise. Dommage que ce ne soit pas son propriétaire…
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21 heures allaient bientôt sonner et le jeune homme vêtu d'un pantalon et d'un col roulé noir accéléra légèrement le pas. Il était dans les cachots et il ne risquait, pour le moment, que de croiser Snape qui se bornerait sans aucun doute à un sermon pénible, certes, mais n'ôterait aucun point. Quand on parle du loup, ou plutôt de la chauve-souris… il n'y avait aucun doute sur l'identité de la haute silhouette sombre qui attendait au prochain tournant.
« Allons, allons, dépêchez-vous, l'admonesta le Maître des Potions.
-Bonsoir, professeur » répliqua l'élève en se pressant un peu, tandis que Snape hochait la tête avec courtoisie, son visage portant son expression désapprobatrice habituelle.
Passé le tournant, il ralentit et se dirigea lentement, le plus lentement possible sans pour autant paraître suspect, vers la tapisserie masquant l'entrée de la salle commune. Le lourd marteau de la grande horloge égrenait les neuf coups signalant le couvre-feu. Aux alentours des quartiers des Poufsouffles, Serdaigles et Gryffondors, les élèves se hâtaient pour rentrer avant d'être surpris par un professeur ou, pire, Rusard et Miss Teigne, mais aucun désordre ne troublait la quiétude des abords de Slytherin. Le chahut, quant chahut il y avait, était toujours mené dans des lieux où l'on ne risquait pas de croiser une quelconque figure d'autorité. La structure très particulière des relations à l'intérieur de la maison créée par Salazar Slytherin limitait les débordements, chaque élève de sixième et septième année surveillant attentivement les plus jeunes, prêt à les remettre sur le droit chemin en cas de besoin.
Jetant un œil sur l'ensemble de la salle avant d'en passer le seuil, il repéra tout de suite Malefoy dans un coin et lui adressa un signe de tête. Heureusement, Parkinson semblait très occupée à tenter de le distraire : il n'aurait pas la grossièreté de les interrompre. Theodore Nott s'éloigna le plus naturellement du monde, les mains dans les poches et sa sacoche en bandoulière. Le dortoir était calme, Barrier et Tosnay absents et les rideaux du lit de Gabelli étaient tirés, mais la lumière qui filtrait montrait que son occupant ne dormait pas. Il avait peut-être exagéré un peu tout à l'heure, mais l'occasion était trop belle. Ainsi l'Italien flirtait avec Blegounovsky ? Étonnant : pendant longtemps Nott avait cru qu'il en pinçait pour Emilie Snape tant ces deux là paraissaient inséparables. Oh, il n'avait jamais eu de certitude, même si le petit piège qu'il avait tendu à son voisin de dortoir l'année passée en le questionnant sur sa vie sentimentale avait au moins prouvé que Gabelli n'était pas avec Banister (laquelle avait depuis succombé à Zabini, ce qui avait démenti pour un temps la rumeur selon laquelle Zabini préférait les garçons) et que la fille de son chef de maison avait eu l'air de prendre assez mal la démonstration de l'Italien. Les punitions octroyées par McGonagall et Snape avaient au moins eu le mérite de mettre un peu d'amusement dans leur quotidien… Nott avait lancé son sac sur son lit et venait d'entrer dans la salle de bain lorsqu'il aperçut un tissu blanc par terre. Ah. Si cela avait soulagé Gabelli…
Lorsqu'il sortit de la pièce, la chemise fripée à la main et un petit sourire en coin, un pan du rideau de lit de son voisin de dortoir était ouvert et l'Italien le fixait des yeux avec une expression faussement innocente. Nott haussa les épaules et se contenta de jeter le vêtement dans son sac à linge sale.
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Emilie rempocha la pièce en soupirant : elle mourrait d'envie de commencer à explorer les passages reliant la bibliothèque à la Tour des Elfes, mais si elle ouvrait une porte sans Alessandro, il ne le lui pardonnerait jamais. Apparemment son apprentissage auprès de madame Pomfresh ne lui laisserait pas beaucoup de temps libre, surtout si ce qui s'était passé aujourd'hui était représentatif du quotidien de sa future carrière… La nouvelle, propagée par plusieurs premières années revenant d'un petit séjour à l'infirmerie, avait fait le tour du château : un Slytherin infirmier ! Certains juraient de se débrouiller pour ne jamais avoir affaire à lui : après tout, qu'est-ce qui vous garantissait qu'il n'essaierait pas de vous empoisonner ou de vous faire souffrir ? Ou encore qu'il n'expérimenterait pas de sortilèges interdits sur votre personne ? La plupart cependant, riaient sous cape au récit d'un Slytherin au sang pur contraint de tenir une bassine pendant de longues minutes devant un élève malade, tout en se contorsionnant pour éviter d'être éclaboussé. Il y avait même des Gryffondors qui envisageaient, pour varier un peu, d'expédier à l'infirmerie une victime des dragées vidintestin des frères Weasley.
La jeune fille reprit la lecture de ses notes, soulignant des informations importantes de différentes couleurs. Les Serdaigles en cinquième année avaient tenu un conseil de guerre la veille au soir pour discuter de la meilleure façon de préparer leurs BUSEs. La réputation studieuse de ces élèves était pleinement justifiée : tous étaient venus, filles et garçons, et pas un n'avait prononcé le mot Quidditch en deux heures. Quelques sixièmes années avaient aussi été conviés afin de raconter leur expérience et indiquer quels livres laisser de côté et quels autres apprendre presque par cœur. Parmi eux, Luna Lovegood avait pour une fois parue tout à fait censée, confirmant les soupçons d'Emilie à son égard. Sous ses dehors de rêveuse et d'écervelée, Luna était extrêmement intelligente et avait réussi à décrocher l'une des meilleures moyennes Serdaigle aux BUSEs depuis dix ans.
Il n'y avait pas moyen d'y échapper : Emilie saisit son manuel d'Arithmencie, ferma les yeux comme si elle pouvait glaner ainsi plus de courage, et l'ouvrit.
« Tu n'aimes vraiment pas ça, n'est-ce pas ? »
Emilie se retint de justesse de sauter en l'air, mais ne put empêcher un petit cri de s'échapper de ses lèvres. Devant elle se tenait Hermione Granger avec une expression désolée :
« Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur.
-Ce n'est pas grave », répondit la Serdaigle rouge comme une pivoine, en riant un peu.
Un silence un peu gênant était descendu sur les deux élèves et Emilie nota que les deux livres que tenait Granger n'avaient rien à voir avec les Potions, département dans lequel elle-même avait élu résidence depuis l'année dernière et où elle ne croisait que très rarement d'autres élèves. Que voulait-elle, exactement ? Comme si elle avait entendu la question qui était éclose dans l'esprit d'Emilie Snape, la Gryffondor ouvrit la bouche et dit à voix basse :
« Je suis venue pour te proposer de t'aider, après tout, tu m'as aidée l'année dernière… si tu veux de mon aide bien sûr… »
Emilie aurait pu gémir, tant cela lui évoquait de mauvais moments, mais Granger avait sans doute elle aussi compris que cela ne rappelait pas que des bons souvenirs à la Serdaigle :
« Ecoute, si ma mauvaise humeur t'a valu des ennuis l'année dernière, j'en suis désolée. En voyant le visage soudain figé de son interlocutrice elle ajouta : je réalise maintenant que je n'aurais jamais dû en parler au professeur McGonagall. »
Emilie hocha la tête, puis haussa les épaules :
« C'est fait, et de toutes façons j'ai survécu : tu ne me dois rien, Hermione. Je te remercie encore, mais… je préfère toujours travailler seule. Cette fois-ci elle rit et poursuivit : en fait, je ne déteste pas l'Arithmencie, mais je pense que mon cerveau est rebelle à toute forme d'équation.
-Est-ce que cela te paraissait aussi difficile en France ?
-Hum… je n'étais vraiment pas douée, mais c'était ma première année d'étude dans cette matière, alors les concepts étaient moins ardus, se rappela Emilie.
-Peut-être que tu devrais reprendre toutes les bases, commença Hermione en s'apprêtant à saisir une chaise, avant de jeter un regard interrogateur en direction de l'autre élève.
-C'est aussi ce que pense mon père », répondit Emilie d'un air résigné en faisant signe à la Gryffondor de s'assoir.
Hermione Granger déglutit nerveusement et finit par se poser sur la chaise.
« Tu devrais y être habituée, pourtant, depuis le temps, taquina Emilie d'un air narquois.
-Euh, oui, mais tu sais Snape a été si dur avec nous que…
-Il est surtout très sarcastique et exigeant, mais sinon, il n'est pas si difficile que cela, répondit Emilie qui haussa de nouveau les épaules : bon, pour l'Arithmencie, ne t'inquiète pas, j'y arriverais, même si l'on doit m'octroyer un E par pure lassitude.
-C'est étonnant quand même, comme les gens ont des goûts et des capacités différentes. »
Emilie haussa un sourcil inquisiteur, provoquant sur le champ une crispation visible chez Granger. Elle ne put se retenir de sourire, sachant que cette expression avait aussi le pouvoir de gêner Alessandro qui trouvait qu'elle ressemblait trop à son père dans ces moments là. Hermione paraissait avoir retrouvé son calme et avait repris la parole :
« Je sais que tu as un don pour les langues… et les Potions, bien sûr, à ce qu'on raconte, ajouta Granger en levant momentanément les yeux au ciel. Moi en revanche, je n'ai aucune facilité pour les langues…
-On n'entend que toi en latin, pourtant », Emilie se mordit les lèvres, la phrase un peu blessante lui ayant échappé sans qu'elle puisse en atténuer la portée.
En face d'elle pourtant, Granger choisit de prendre la réflexion comme une plaisanterie.
« Oui, je sais, je parle trop. Mais tu sais, enchaîna-t-elle : je m'en sors uniquement parce que je travaille sans relâche et que je passe mon temps à apprendre par cœur des tas de mots de vocabulaire et de la grammaire…
-Tout le monde fait pareil.
-Oui, mais tout le monde n'y passe pas autant de temps que moi. Je n'ai aucune « intuition » pour cela… soupira la Gryffondor.
-C'est sans doute un peu différent pour moi, en tous les cas pour le latin : le français en est issu, alors je peux m'appuyer un peu sur ma langue maternelle pour m'en sortir, même si cela ne marche pas toujours », déclara Emilie en essayant de consoler la jeune fille en face d'elle.
Emilie Snape consolant Hermione Granger : son père ferait une attaque s'il voyait ça, songea-t-elle, un peu amusée.
« Ah, ne me parle pas du français ! s'exclama Granger sans s'arrêter à l'expression stupéfaite de la Serdaigle : c'est une langue compliquée, illogique, à la grammaire qui comporte plus d'exceptions que de cas réguliers, aux conjugaisons démentielles et aux mots imprononçables !
-Et bien, c'est ce que l'on appelle une exécution dans les règles, constata Emilie en se retenant à grand peine de rire : tu ne t'es jamais demandée pourquoi les Français disent « Ze aousse » et non « The house » ? C'est parce que vos th, h et ou sont imprononçables ! Pas nos in, an, on, eu ! »
En face d'elle, Hermione Granger riait sous cape, à la fois en entendant Emilie forcer son accent et aussi parce qu'elle venait d'évacuer plusieurs années de frustration en osant enfin avouer qu'elle n'aimait pas une matière.
« Si tu as besoin d'aide, tu peux toujours venir me voir, avança Emilie.
-Merci », accepta Granger, surprise de la proposition, tout autant que son initiatrice qui se demanda tout d'un coup qu'elle mouche l'avait piquée et dans quel pétrin elle s'était fourrée.
Note de l'auteur : merci pour ton commentaire, Fishina ! « amadouer » Snape ? Hum… et dompter un dragon ? Laissons Nott choisir son parcours.
