Bonjour à tous! Vraiment désolé pour le retard mais je n'avais plus trop le temps ni l'envie d'écrire. Enfin bref, je vous souhaite une bonne lecture!


POV Santana :

Je mets le couvert en essayant de faire le moins de bruit possible, pour ne pas déranger Cass'. Son casque posé sur les oreilles, elle écoute et retranscrit soigneusement les signaux radios envoyés par la Résistance. Il faudra ensuite déchiffrer tout ça à l'aide d'un code secret pour en tirer nos nouveaux ordres de mission.

Sauf que je ne peux pas espérer l'aider dans cette tâche. En effet, elle refuse catégoriquement que je décode avec elle les consignes du Conseil, officiellement de peur que je tombe sur une information confidentielle, officieusement parce qu'elle ne veut pas que je m'inquiète par rapport aux missions qu'ils lui donnent.

Mais c'est raté. Évidemment que je m'inquiète.

Il n'y a qu'à voir comment ma dernière -et seule- mission s'est déroulée. J'ai bien failli me faire prendre, avec tout ce que cela entraîne. Rectification, si Quinn n'avait pas été là, je me serais fait prendre. Et je ne serais sans doute plus là pour en parler. Ni Cass'. Sachant qu'on vivait sous le même toit, ils ne lui auraient témoigné aucune pitié.

Je ne pourrai jamais assez remercier Quinn pour m'avoir sauvé -nous avoir sauvé.

En posant à nouveau mon regard sur Cassie, je remarque qu'elle a glissé son casque autour de son cou, signe que la transmission est terminée, et qu'elle est maintenant en train de déchiffrer nos instructions.

Je m'assieds dans le canapé en attendant qu'elle ait fini, et feuillette distraitement un magazine qui traînait sur la table basse pour m'occuper.

Je suis sortie de ma lecture par le bruit sourd d'un objet qui heurte le mur, et me retourne aussitôt en direction de Cassie.

_Tout va bien ?

A l'instant où je pose ma question, je me rends compte de sa posture tendue et de son visage incroyablement fermé. Visiblement, les nouvelles consignes ne lui conviennent pas. En témoigne d'ailleurs le pot à crayons qu'elle a balancé contre le mur, bruit qui m'a tirée de ma lecture.

_Qu'est-ce qu'ils ont dit ?

Elle reste silencieuse un instant, les yeux rivés sur le mur devant elle, avant de prendre la parole d'une voix qui se veut neutre mais sa colère est clairement perceptible -et je ne crois pas qu'elle cherche vraiment à le cacher.

_J'arrive pas à croire qu'ils me demandent de faire ça.

Je fronce les sourcils à sa phrase parce que, sérieusement, ce n'est pas son style de se rebeller contre l'autorité, c'est plutôt moi qui fait ça d'habitude.

_De faire quoi ?

Elle se tourne vers moi en secouant la tête, laissant échapper un rire amer.

_Même si je le voulais, je ne pourrais pas te le dire. Les ordres sont les ordres.

Je hais cette dernière phrase. Vraiment. Elle donne l'impression de ne plus avoir aucun contrôle sur nos vies. Et je hais encore plus que ce soit la personne que je considère comme ma sœur qui l'emploie.

_C'est des conneries et tu le sais très bien ! Il est hors de question que je te laisse faire une putain de mission si tu dois risquer ta vie pour ça !

Elle secoue la tête en me fixant dans les yeux, un sourire ironique accroché aux lèvres.

_Tu ne comprends pas.

Elle se décide à poursuivre en voyant mon air interrogateur, toujours avec ce ton rempli de colère sous-jacente que je ne lui connaissais pas.

_Ce qu'ils me demandent de faire, ce n'est pas dangereux, pas plus que le reste du moins. C'est plutôt sur le plan moral que ça me pose un problème.

Je sonde son visage à la recherche de la moindre trace de mensonge, mais ce qu'elle me dit est la pure vérité. Et cela ne m'effraie que plus. Ils ont vraiment dû lui demander de faire quelque chose d'horrible pour qu'elle soit dans cet état.

Aussi, quand je tente d'accrocher son regard en posant ma question, ma voix n'est plus qu'un murmure.

_Qu'est-ce qu'ils veulent que tu fasses ?

Elle serre et desserre plusieurs fois sa mâchoire, comme si hésitait sur ce qu'elle devrait dire, avant qu'un air déterminé ne se peigne sur son visage.

_Je ne veux pas te prendre la tête avec ça, c'est pas grand-chose.

Je hausse les sourcils d'incrédulité. Elle pense vraiment que je vais en rester là ?

_Non mais tu te fous de moi ?! Tu m'as pris pour qui ?

Elle ne répond pas de suite et, à l'aide de son briquet, met le feu à son papier de brouillon où elle avait tout noté, des signaux radios reçus à la traduction du message.

Et je ne peux que regarder la réponse à ma question brûler devant mes yeux, totalement impuissante.

Une fois le papier totalement consumé, elle se retourne une nouvelle fois vers moi et, malgré son geste, elle est loin d'afficher un air satisfait.

_Pour répondre à ta question, je te prends pour une personne qui m'a fait une promesse avant de partir. Tu n'as pas oublié ?

Évidemment que je n'ai pas oublié.

Allongée dans mon lit, écouteurs sur les oreilles, je laisse mon regard dériver sur le plafond. Ça doit être la vingtième chanson déprimante que j'écoute de la journée -il faut dire que je ne suis pas vraiment d'humeur à faire la fête. Entre Brittany qui m'a larguée pour l'autre imbécile à lunettes et mon abuela qui refuse de m'adresser la parole depuis qu'elle sait que je suis lesbienne, ma vie est loin d'être réjouissante en ce moment.

Je m'efforce de paraître forte au yeux des autres mais dès que je me retrouve toute seule, je craque. C'est trop compliqué de gérer tout ça en même temps. Même pour Satan.

_San ! J'ai une super nouvelle à t'annoncer !

Je tourne la tête vers Cass' qui vient d'ouvrir la porte de ma chambre à la volée, et me trouve face à son visage joyeux.

_Dis toujours.

Elle ne fait pas attention à mon ton ennuyé et s'assied sur mon lit, posant une de ses mains sur mon épaule.

_Toi et moi, on part en mission ensemble la semaine prochaine ! Juste toutes les deux, sans personne d'autre !

Je me redresse soudainement, beaucoup plus intéressée par ce qu'elle me dit.

_C'est vrai ? Même le Conseil est d'accord ?

Elle acquiesce, tout sourire.

_Oui, je viens juste d'avoir le résultat du vote.

Je sens à mon tour un sourire incontrôlable se dessiner sur mon visage -depuis le temps que je voulais partir en mission.

_Mais c'est génial !

Elle éclate de rire alors que je le prends soudainement dans mes bras, et elle me rend mon étreinte en passant sa main dans mes cheveux.

_Je suis contente que ça te fasse plaisir.

On se détache finalement l'une de l'autre, mais je fronce les sourcils lorsqu'une question me traverse l'esprit.

_Comment ça se fait que tu partes avec moi ? Il y a d'autres personnes plus expérimentées que moi, non ?

Bien qu'elle hausse négligemment les épaules, je ne manque pas son sourire qui se fait plus crispé.

_Peut-être parce que j'ai demandé que ce soit toi qui m'accompagne.

Je pose aussitôt un regard interrogateur et surpris sur elle. En effet, elle a toujours refusé que je l'accompagne dans ses précédentes missions -de peur de me mettre en danger.

_Pas que ça me dérange, mais pourquoi tu as soudainement changé d'avis ?

Son ton se fait hésitant, comme si elle choisissait soigneusement chacun des mots qu'elle allait prononcer.

_Étant donné tout ce qui s'est passé dernièrement, avec abuela puis avec Brit', je me suis dit que ce serait mieux pour toi de t'éloigner un peu de tout ça. Peut-être que ça te permettra de tourner la page plus facilement, je l'espère en tout cas...

Même si je n'en montre rien, son petit discours me touche.

_C'est pas la peine de t'inquiéter autant, je vais bien.

Elle hausse un sourcil, l'air blasée, comme pour me dire « sérieusement ? ».

_Bref, on part où ? Combien de temps ? On va faire quoi ?

Elle laisse échapper un léger rire face à mon empressement, avant de poser ses mains sur mes épaules pour me faire me rasseoir.

_Pas si vite, je veux que tu me promettes une chose avant.

_D'accord, pas de problème.

Son visage se fait brusquement plus sérieux alors qu'elle plonge son regard dans le mien.

_ Promets-moi de m'écouter, quand je te dirai de laisser tomber, tu laisses tomber.

_Quoi ? Cass', c'est pas la peine...

Elle secoue la tête en gardant son regard fixé au mien.

_Je suis sérieuse San'. C'est ma seule condition pour que l'on fasse cette mission ensemble. Tu peux me promettre ça ?

Son inquiétude pour moi est clairement visible, et c'est ce qui me pousse à accéder à son vœu -même si je sais pertinemment que je vais totalement détester le fait d'être mise à l'écart de certaines choses.

_Très bien, c'est promis.

Je sens toujours le regard insistant de Cassie posé sur moi, et je roule des yeux avant de lui répondre.

_Non, je n'ai pas oublié la promesse que je t'ai faite.

Et, à cet instant, je regrette de la lui avoir faite.

Elle hoche la tête et se détourne, satisfaite, avant d'aller s'affairer dans la cuisine pour finir de préparer le dîner. Pendant ce temps-là, je continue de réfléchir.

Je lui ai certes fait une promesse mais, ce qu'elle ne sait pas, c'est que je me suis aussi fait un serment bien plus ancien. Celui de toujours la protéger. Et je suis prête à tout pour le respecter.

Y compris à rompre ma promesse.

XXX.

Je prends des notes distraitement, n'écoutant qu'un mot sur deux -et encore- des explications de notre professeur à propos de je-ne-sais-quel poème ennuyeux à mourir. Le pire dans tout ça, comme je ne me suis fait aucun ami parmi tous les bourges en manque de reconnaissance qui peuplent cette école, c'est que je ne n'ai absolument personne avec qui parler pour faire passer le temps -et trouver ce cours à peine moins pénible.

Enfin, plus exactement, il y a bien une personne avec qui il serait agréable de parler mais on ne peut pas traîner ensemble ou je risque d'être surveillée par la moitié des soldats de la ville -ce qui est loin d'être idéal quand on est en mission pour la Résistance. Et j'exagère à peine.

Sans même m'en rendre compte, mon regard dérive sur elle. Assise au premier rang, en compagnie de l'abruti d'asiatique, elle doit sentir que quelqu'un la fixe puisqu'elle se retourne en fronçant les sourcils. Et m'adresse un sourire accompagné d'un clin d'œil en comprenant que c'est moi qui la fixe. Sourire que je lui rends en haussant malicieusement un sourcil.

Mais notre connexion est brutalement interrompue quand Mike-le-nem lui donne un coup de coude pour qu'elle se retourne. Qu'est-ce que je peux détester ce type !

Apparemment, je ne suis pas la seule qu'il énerve puisque sa discussion avec Quinn semble tendue, au vu de sa mâchoire crispée.

_Chang, Fabray ! Je suis fatigué de vos bavardages incessants !

Tiens, quelqu'un d'autre l'a remarqué.

_L'un de vous deux va s'asseoir au fond de la salle ! Tout de suite !

Un instant se passe sans qu'aucun des deux ne bouge, avant que Quinn ne rassemble rageusement ses affaires, dans le silence le plus total. Et l'air devient encore plus pesant lorsque, au lieu de s'installer à une table vide, elle tire la chaise près de moi pour s'asseoir à ma table.

Omg. Je crois que je suis paralysée.

Se rendant compte des regards surpris et choqués posés sur nous, elle relève la tête et s'adresse à eux de sa voix la plus froide.

_Un problème ?

Les trois quarts d'entre eux se retournent immédiatement, et il lui suffit de croiser le regard de ceux qui restent pour qu'ils s'empressent de détourner la tête.

C'est fou à quel point un nom de famille peut faire la différence.

Même le professeur ne dit rien.

_Qu'est-ce qu'il t'a pris ?

Ses sourcils se froncent légèrement à l'entente de mon chuchotement incrédule, alors qu'elle m'étudie attentivement du regard.

_Pourquoi, ça te pose un problème ? T'as qu'à le dire si c'est ça, histoire que je ne perde pas mon temps !

Je croise les bras face à son ton colérique, cherchant à mon tour son regard.

_C'était juste une question, le prends pas mal... Parce que si c'est pour être aussi agréable, tu peux aller t'asseoir ailleurs.

Elle détourne presque instantanément les yeux, soupire, se passe la main dans les cheveux avant de murmurer d'une voix lasse.

_Désolée... C'est juste que Mike m'a pris la tête, et du coup je suis un peu sur les nerfs.

J'attrape discrètement sa main sous la table et serre doucement ses doigts dans les miens, ne supportant pas le regard teinté de tristesse et de culpabilité qu'elle arbore.

_T'inquiète, c'est rien. Et c'est cool que tu te sois installée à côté de moi, comme ça je vais même pouvoir te faire chier en cours maintenant...

Elle secoue la tête alors qu'un éclat de rire amusé s'échappe de sa bouche.

_Des fois, je ne sais vraiment pas comment je fais pour te supporter...

Je la regarde en plissant des yeux, mais elle ne semble pas le moins du monde perturbée par le regard noir que je lui lance, au contraire, plutôt amusée en fait.

_Okay, je vais faire comme si je n'avais rien entendu et partir du principe que c'est de parler trop longtemps avec l'asiatique aux yeux bridés qui te sert d'ami qui t'a détraqué le cerveau.

Son sourire s'agrandit encore et je ne peux retenir le mien en croisant son regard clairement amusé.

_T'es vraiment pas possible.

Je pousse un grognement irrité pour toute réponse en faisant mine de me concentrer sur ma feuille, mais je peux toujours sentir son sourire taquin tandis qu'elle continue de m'observer du regard.

_Mais je crois que c'est ce qui me plaît chez toi...

Je relève brusquement la tête pour rencontrer son regard aussi surpris que le mien. Visiblement, sa phrase lui a échappé. Et il n'y a pas besoin d'être expert en psychologie pour se rendre compte qu'elle est mal-à-l'aise -son sourire nerveux ainsi que ses ongles tapant contre la table en sont une preuve suffisante.

Aussi, je décide de la rassurer en lui adressant mon sourire le plus sincère.

_Merci, Q.

Elle me rend timidement -chose très rare- mon sourire, et je pourrais presque jurer avoir vu une légère rougeur recouvrir ses traits avant qu'elle ne se détourne.

XXX.

Alors que le générique de la fin du film défile -enfin- à l'écran, je me redresse difficilement du canapé pour tourner ma tête en direction de Cassie.

_Tu m'expliques comment t'arrive toujours à te démerder pour nous faire regarder les films les plus nuls de l'histoire du cinéma ?

Elle éclate littéralement de rire face à mon ton désespéré, pas le moins du monde offusquée par ma remarque.

_J'aime bien ce film, moi.

Au sourire malicieux qui se dessine lentement sur ses lèvres, je sais que je ne vais pas aimer ce qui va suivre.

_Je n'y peux rien si tu as des goûts totalement merdiques en matière de cinéma.

Je croise mes bras tout en plissant les yeux dans sa direction.

_Des goûts totalement merdiques ? Excuse-moi de ne pas supporter cette comédie romantique dégoulinant de mièvrerie, avec un scénario aussi épais qu'un ticket de cinéma.

L'amusement est toujours clairement visible sur son visage, alors qu'elle se penche à son tour vers moi.

_C'est juste un film qui a pour thème principal l'amour, et où les deux personnages finissent ensembles, même si c'était compliqué entre eux au début. Et, d'accord, peut-être qu'il n'y a pas de rebondissements époustouflants mais...

Je hausse carrément un sourcil à ses mots.

_Pas de rebondissements époustouflants ? Tu veux rire ? J'ai jamais vu un film aussi prévisible et ennuyeux de ma vie ! Et pourtant tu m'en as fait voir...

Elle secoue la tête, toujours son sourire amusé scotché à ses lèvres.

_Ton romantisme m'épatera toujours !

Cette fois-ci, c'est moi qui éclate de rire.

_Disons que je compense ton côté fleur-bleue.

Elle tourne la tête et fixe résolument son regard sur la télé, l'air faussement hautain.

_Je vais faire comme si je n'avais rien entendu.

Je ricane à cela mais elle passe son bras autour de mes épaules et m'attire contre elle avant que je n'ai eu le temps de répliquer.

_Viens là et tais-toi un peu, petite merdeuse !

_Hé !

Elle rigole doucement alors que je tente de m'échapper de son étreinte. Après de longues secondes de gesticulations inutiles, je me laisse finalement tomber contre elle de tout mon poids.

_Et d'abord, je ne suis pas une petite merdeuse.

Je n'ai même pas besoin de tourner la tête pour savoir qu'elle esquisse un sourire malicieux.

_Bien sûr.

Elle vient à peine de prononcer sa remarque ironique que je lui donne un violent coup de coude dans le ventre qui la fait sursauter. Aussitôt, elle se venge en ébouriffant sauvagement mes cheveux, et ne s'arrête qu'au bout d'un certain temps -beaucoup trop long pour l'intégrité de ma coiffure.

_Tu me donnes encore une fois un coup de coude et je peux te garantir que personne ne te reconnaîtra tellement tu seras décoiffée.

J'éclate de rire en lui adressant un clin d'œil moqueur.

_Bien sûr.

Elle plisse les yeux dans ma direction et je lui adresse mon sourire le plus innocent pour toute réponse.

_Bon, on se trouve quelque chose de potable à regarder ?

J'acquiesce et m'empresse de lui prendre la télécommande des mains.

_Très bien, mais étant donné cette chose que tu viens de me faire voir, c'est moi qui choisis.

Elle roule des yeux tout en m'adressant une légère tape contre l'arrière du crâne -que j'esquive facilement.

Après avoir tellement zappé que j'ai l'impression d'avoir une crampe au pouce, je finis par tomber sur une émission à peu près regardable. Je me ré-allonge sur Cassie et elle passe machinalement son bras autour de mes épaules.

J'écoute vaguement la télé mais ne peux m'empêcher de repenser à la mission secrète de Cass'. Depuis cette fameuse soirée où elle a reçu les ordres, elle fait comme si de rien n'était et n'a pas abordé le sujet une seule fois, mais je suis loin d'avoir oublié ce qu'il s'est passé.

Et j'ai beau y réfléchir sans cesse, je n'ai absolument aucune idée de comment faire pour l'aider. L'idéal serait bien entendu qu'elle se confie à moi, mais je doute fort que cela arrive.

Enfin, on ne perd rien à essayer.

_Cass' ?

_Mmh ?

En d'autres occasions, j'aurais souri à son grognement ensommeillé mais je suis un peu trop nerveuse pour le faire.

_Tu sais, à propos de ta nouvelle mission...

Elle se crispe instantanément et ne me laisse pas le temps de poursuivre.

_Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas en parler.

_Je sais, je l'ai compris ça. Mais je voulais juste te dire que quoi qu'ils te demandent de faire, quoi que tu décides de faire, je te soutiendrai toujours. Et que tu peux tout me dire.

Elle m'adresse un mince sourire avant de reporter son attention sur la télé -du moins en apparence.

_Merci San'. Mais ça ne change rien.

Je pince les lèvres et me retiens de pousser un soupir exaspéré. Rien qu'à voir son expression, ça ne sert à rien que j'insiste davantage -je la connais bien trop pour savoir qu'elle ne cédera pas.

Il va falloir que je trouve un autre moyen d'apprendre ce qu'il se passe.

XXX.

J'entends les grilles du parc grincer derrière moi lorsque Quinn les referme et je me retourne pour l'attendre. Elle me rejoint en m'adressant un sourire malgré tout crispé -ce n'est jamais rassurant de se promener en-dehors du couvre feu- et nous nous mettons à marcher en silence, à l'affût du moindre bruit suspect.

Chaque soir, elle me raccompagne jusque devant l'appartement que je partage avec Cass' et je me poste ensuite à une fenêtre de l'immeuble donnant sur la rue pour vérifier qu'elle arrive sans encombre au tunnel qui lui permet de retourner au Palais. C'est notre manière de veiller l'une sur l'autre.

Le chuchotement de Quinn, inquiet, rompt le silence.

_Qu'est-ce que tu t'es fait au poignet ?

Je baisse machinalement les yeux vers mon bandage et me retiens de grimacer -évidemment il fallait qu'elle le remarque.

_C'est rien, c'est à cause du sport.

Elle arque un sourcil en ma direction.

_A cause du sport ? Sérieusement ?

Je hausse négligemment les épaules, comme si ce n'était qu'un incident sans gravité.

_Parce que toi tu ne t'es jamais blessée en sport ?

Elle me lance un sourire ironique et m'observe attentivement.

_Blessée au poignet alors que cela fait deux semaines que l'on fait uniquement de la course, non ça ne m'est jamais arrivé. Étonnant, n'est-ce pas ?

Elle marque un point. Je serre la mâchoire et me retiens de pousser un soupir irrité.

Je ne peux décemment pas lui dire que je me suis foulé le poignet au cours d'un combat avec ma cousine, et que l'on s'entraînait parce que l'on fait partie de la Résistance -qui au passage a pour objectif de mettre fin au règne de son père, et ce par tous les moyens.

Même si je sais pertinemment qu'elle doit se douter que je fais partie de la Résistance depuis qu'elle m'a secourue dans les couloirs du Palais -bien que l'on n'en ait jamais reparlé- je ne pense pas qu'elle s'imagine que je suis ici en mission avec ma cousine.

Et elle ne doit surtout pas le découvrir -ou je vais avoir de très gros ennuis, tout comme elle.

Alors je lui donne la seule réponse possible.

_Laisse tomber.

Réponse qu'elle n'apprécie visiblement pas, au vu de son expression qui se ferme instantanément.

_T'es sérieuse là ?

Je ne tourne pas la tête vers elle -de peur de croiser son regard et de flancher- et l'ignore du mieux que je peux. Plus que quelques mètres, et je suis arrivée chez moi.

Elle a du s'en rendre compte aussi puisqu'elle agrippe mon bras pour me retourner face à elle.

_Alors ça se passe comme ça ? Dès que je te pose une question un peu personnelle, tu prends la fuite ?

Je dégage mon bras de son emprise et m'apprête à lui répondre sèchement, mais je me stoppe soudainement en discernant de la douleur dans ses beaux yeux verts.

Je ne veux surtout pas la blesser.

_Ne dis pas ça. Je t'ai confié des choses que je suis loin de dire à tout le monde, et tu le sais.

Elle aussi semble se calmer à mes paroles mais cela ne fait pas disparaître la douleur dans ses yeux. Et je sens mon cœur se serrer à l'idée que j'en suis responsable.

_C'est pas que je ne veux pas t'en parler Quinn, c'est que je ne peux pas. Je ne peux vraiment pas. J'ai pas envie de me foutre dans la merde, et je ne veux pas que tu y sois non plus.

Elle laisse son regard se perdre dans le vide un instant avant de le poser sur moi, et quand elle parle de nouveau, sa voix est fébrile -comme je l'ai rarement entendue.

_Je ne suis pas stupide San', je sais très bien que tu fais partie de la Résistance.

Je déglutis difficilement à ces mots mais elle m'adresse un léger sourire pour me rassurer.

_Je ne te dénoncerai pas, je te le promets.

Je ne sais pas quoi lui répondre et m'en veux d'avoir douté d'elle -surtout qu'elle m'a déjà sauvé la vie une fois. Elle ne me laisse pas le temps de trouver les mots justes et poursuit sur sa lancée.

_Mais, hum...

Elle fronce les sourcils et semble chercher le meilleur moyen de formuler ses pensées.

_Je sais ce que c'est les ordres tout ça, et même si ça ne me fait pas plaisir, je comprends que tu ne puisses pas m'en parler...mais...j'ai besoin de savoir une chose. Cette relation, que l'on a toutes les deux, c'est uniquement pour une mission ?

What ?!

Ça me brise le cœur de voir qu'elle a vraiment des doutes sur ma sincérité.

Aussi, je prends doucement son menton dans une de mes mains et lui tourne lentement la tête pour pouvoir plonger mon regard dans le sien. Je ne peux pas la laisser penser un truc pareil.

_Écoute-moi bien Quinn, je te promets que je suis totalement sincère quand je suis avec toi et que si je passe du temps avec toi, c'est uniquement parce que j'en ai envie. Je peux te le jurer sur tout ce que tu veux.

Elle laisse échapper un rire étranglé en se passant nerveusement la main dans les cheveux.

_C'est bon, je te crois.

Je lui adresse un dernier sourire et me remet à marcher avant de ne plus arriver à détacher mon regard de son visage -il faut dire qu'entre ses beaux yeux verts et ses lèvres qui ont l'air si douces, il y a de quoi admirer. Dios mio, ça ne se fait pas d'être aussi sexy.

Wow...j'ai vraiment intérêt à ma calmer si je ne veux pas retomber comme je l'ai fait pour Brit'. Il vaut mieux laisser Quinn dans la catégorie « fantasme inaccessible ».

Je ne me rends compte que l'on est arrivé chez moi que lorsque je sens les lèvres de Quinn contre ma joue, et son murmure rauque au creux de mon oreille.

_Bonne nuit, à demain.

Je me mords la lèvre pour m'empêcher de sourire trop largement, et lui réponds d'une voix aussi rauque que la sienne.

_A demain Q.

Depuis qu'elle sait que je suis lesbienne, elle n'a pas changé de comportement ou ne s'est pas montrée moins tactile envers moi.

Encore une chose que j'apprécie chez elle.

XXX.

Je me faufile discrètement dans l'appartement en faisant bien attention de ne pas réveiller Cassie -je ne saurais plus quelle excuse inventer pour avoir passé la moitié de la nuit dehors- mais je me fige soudainement en apercevant de la lumière sous la porte de sa chambre.

Et merde...pitié faites qu'elle n'ait pas eu l'idée d'aller dans ma chambre pour vérifier que je dormais bien.

J'avance sur la pointe des pieds en retenant mon souffle -le moindre bruit risque de me trahir- mais je fronce les sourcils en percevant des chuchotements étouffés au niveau de la porte de sa chambre. Avec qui elle peut bien parler à cette heure-ci ?!

Je m'approche de sa porte jusqu'à pouvoir jeter un coup d'œil à travers la serrure et ce que je vois me stupéfie. Littéralement. Elle est en train de parler au téléphone. Le téléphone que l'on est censé utiliser pour communiquer avec la Résistance que si notre vie est en danger -mais je sais qu'elle m'aurait prévenue si ça avait été le cas.

Je colle mon oreille contre la porte mais je n'arrive qu'à distinguer les mots « mission », « dénoncer » et « dangereux » avant que la conversation ne prenne fin. Je me dépêche de rejoindre ma chambre avant qu'elle ne me surprenne dans le couloir, et je m'autorise enfin à souffler un grand coup une fois allongée sur mon lit.

Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?!


Voilà voilà, j'espère vraiment avoir vos avis!