- Michèle, on part avec Grant et Charlie. On va faire du vélo, j'ai pris celui de Nicolas et Charlie en a pris un dans la remise, cria Blaine à la cantonade en claquant la porte.
Michèle sourit en regardant son mari.
- Ils se sont levé à quelle heure ? demanda Nicolas, assis à sa place dans la cuisine.
- Avant moi. Blaine finissait la vaisselle quand je suis arrivée…
- Au moins, il a retrouvé le sourire, dit doucement Nicolas. Il fait du mal à Kurt, mais au moins, il sourit de nouveau. C'est une première étape, non ?
- J'ai l'impression qu'il fait semblant pour les enfants. Tu sais, qu'il essaye un maximum, mais que dans le fond, il est toujours triste.
- Il a l'air en forme de mon point de vue, Michèle. J'ai l'impression que tu te prends la tête. Blaine va mieux. Charlie va mieux. Grant est un adorable petit garçon. Tu sais, continua-t-il après un silence, j'ai l'impression que Camille aurait adoré Grant. Et elle aurait adoré ce que devient Charlie.
Le parquet craqua à l'étage. Ils se turent tandis que l'escalier grinça. Kurt apparut.
- Bonjour, répondit Kurt, de son pauvre français.
- Viens t'assoir, dit Michèle de son anglais incertain.
- Tu veux un café ? demanda Michèle.
- Oui.
Michèle lui tendit une tasse de café chaud, avec un sourire chaleureux.
- Ils sont partis, c'est ça, commença-t-il en anglais. Blaine est encore parti, me laissant tout seul avec vous. Ne vous inquiétez pas, comme hier et comme avant-hier, je vais remonter dans la chambre et je vais vous laisser tranquille.
Michèle et Nicolas se regardèrent. Ils ne parlaient pas vraiment anglais. Et Kurt le savait. Nicolas lui sourit tristement et lui tendit le journal en langue anglaise du jour qu'il avait acheté en allant chercher le sien.
Et comme les deux derniers jours, Kurt but son café, remercia Michèle pour le café et Nicolas pour le journal, puis remonta dans sa chambre.
Blaine pédalait à toute vitesse. Charlie l'avait depuis longtemps dépassée et discutait avec Maxime. Blaine sourit en les voyant tous les deux. Derrière lui, Grant était assis sur le siège que Nicolas avait installé pour Charlie quand elle était plus petite. Grant serrait fort son Papa et s'accrochait au pan de son gilet ouvert. Et il chantait fort des chansons qu'il avait apprises cette année à l'école.
Parfois, Blaine le rejoignait dans les paroles.
Charlie suivit Maxime dans un chemin de terre sur la gauche. Blaine s'y engouffra. Le vélo vibrait. Grant riait, parce qu'il était bousculé.
- Papa, je suis terriblement heureux, tu sais, cria Grant.
- Moi aussi mon Grant, moi aussi.
- Va encore plus vite, Papa ! hurla le petit garçon.
Blaine explosa de rire et commença à appuyer de toutes ses forces sur les pédales. Il rattrapa sans peine les deux adolescents qui roulaient désormais à lente allure. Maxime avait posé une de ses mains sur l'épaule de Charlie, tout en continuant d'avancer.
- On va jusqu'où ? demanda Blaine, en français, en arrivant à côté de Maxime.
- On continue jusqu'à la fin du chemin, ensuite, on arrive à la plage. Vous allez adorer. C'est mon endroit préféré !
- Juré, Papa, c'est vraiment incroyable, appuya Charlie.
- Charlie, pourquoi est-ce que vous parlez toujours en français ? demanda Grant. Parlez dans ma langue, s'il vous plait.
Les trois autres rirent.
- Il est toujours dans sa chambre, Kurt ? demanda Octave.
- Oui, dit tristement Nicolas.
- Tu sais, Papa, je trouvais que Kurt était l'abruti dans cette histoire, tu vois. Quitter Blaine comme ça, c'était vraiment naze. Mais, là, je trouve que c'est Blaine qui craint. Franchement, Blaine ne fait aucun effort.
- Je sais, fils… Je sais.
- Tu sais, je suis déçu de Blaine. Je ne pensais pas qu'il allait lui sauter dans les bras. Mais, il aurait pu, au moins, lui dire bonjour ou lui parler. Tu te rends compte que Blaine ne lui a toujours pas adressé la parole. Et ça fait trois jours. Trois jours et Blaine ne lui a toujours pas souri ou dit bonjour.
Dans sa chambre, Kurt entendit Octave parler. Il savait qu'il parlait de lui. Et de Blaine. Il continua de taper l'email qu'il rédigeait pour son père.
Et il commença à pleurer.
Depuis que Kurt était arrivé en France, Burt regrettait de l'avoir envoyé. Il recevait beaucoup trop régulièrement de longs messages. Kurt y parlait des paysages, de la mer, des grands-parents et de l'oncle de Charlie. Il avait mentionné une unique fois Blaine. Le premier jour.
Il ouvrit le nouvel email qui venait d'arrivait. Il le lut rapidement avant de souffler bruyamment. Kurt et Blaine avaient besoin de parler. De vraiment parler.
Tous les vendredis soir, Burt allait chercher Charlie à l'école. Le vendredi soir, c'était la soirée de Blaine et de Kurt. Ils avaient décidé de se réserver une soirée par semaine lorsqu'ils avaient décidé de se mettre ensemble, vraiment ensemble. Alors, le vendredi soir était devenu la soirée avec Charlie. Le plus souvent, Burt allait chercher sa quasi-petite-fille, ils s'arrêtaient prendre quelques douceurs puis retournaient le plus rapidement possible chez Burt. Si Carole était là, Charlie devait faire ses devoirs avant de s'amuser. Mais, lorsque Carole travaillait, Charlie et Burt passaient quelques heures à s'amuser tous les deux. Ils discutaient, ils jouaient. Et surtout, ils parlaient. Souvent, ils étaient rejoints par Finn et Rachel.
Ce vendredi-là, Carole avait forcé Charlie à faire ses devoirs dans la cuisine avant de pouvoir aller jouer et Burt en avait été le plus déçu. Charlie, comme toujours, avait rapidement lu ses leçons et elle avait terminé de colorier sa carte de géographie.
- Voilà, j'ai terminé, dit Charlie en claquant son livre de géographie sur la table de la cuisine.
- Parfait, tu peux aller jouer, annonça joyeusement Carole.
- J'aimerais vous parler.
Burt s'installa face à la petite fille de neuf ans. Carole posa un verre de limonade devant Charlie avant de s'assoir à côté de son mari.
- Nous t'écoutons Charlie, dit doucement Burt.
Charlie souffla.
- Okay… Hier, Papa est venu me lire une histoire, comme tous les soirs mais il s'est arrêté de lire, alors qu'il lisait un chapitre génial de Harry Potter. Et il m'a dit, je vous le répète comme il me l'a dit, « Charlie, est-ce que tu aimerais avoir un petit frère ou une petite sœur ? ». Vous le saviez qu'ils voulaient un nouvel enfant ?
Burt regarda sa femme, elle lui sourit.
- Ils nous en ont parlé, oui, dit-il.
Charlie réfléchit.
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Pourquoi, quoi ? questionna Carole.
- Pourquoi ils veulent un nouveau bébé ?
- Tu sais, Charlie, tu devrais leur poser la question.
- Tu crois, qu'ils vont bien vouloir me le dire. Peut-être que c'est parce que je suis trop grande, non ? Peut-être que Papa n'aime que les bébés et que je suis trop grande pour lui.
- Alors, ça, ma Charlie, rit Burt, c'est impossible. J'ai parlé à Blaine et il m'a dit que tu étais la personne qu'il aimait le plus au monde. Alors, c'est impossible que tu sois devenue trop grande pour son cœur. Je crois même que son cœur s'agrandit à chacun des centimètres que tu prends.
- Merci, Papi.
- De rien, Petit Cœur.
- Monopoly ? demanda Charlie, d'un ton un peu trop enjoué hérité de Blaine.
- Monopoly, répondit Burt.
Charlie gagna haut la main la partie de Monopoly. Elle avait des hôtels sur les cases vertes, jaunes, oranges et bleues clair. Et lorsque Burt cria à la banqueroute, Charlie posait son troisième hôtel sur la rue de la Paix.
Puis, Rachel et Finn arrivèrent pour dîner. Et comme souvent, Charlie finit dans la chambre de Kurt à regarder un des nombreux DVDs de la collection de son beau-père. Et comme la plupart du temps, elle s'endormit sans vraiment s'en rendre compte.
Vers minuit, alors que Rachel et Finn se préparaient à partir, la porte s'ouvrit doucement. Kurt apparut suivit de Blaine.
- Alors, cette soirée ? demanda Rachel, tout en sourire.
- On est allés au cinéma, commença Blaine.
- Donc, vous n'avez pas discuté, coupa Burt.
- Pardon ?
- Vous n'avez pas discuté, donc.
- Quoi ? répéta Kurt.
- La semaine dernière, tu as dit que tu voulais un enfant. Blaine m'a dit mardi que vous n'en aviez pas reparlé. Je pensais que ce soir, vous alliez mettre le sujet sur la table, mais apparemment non. Alors, vous allez en parler. Parce que Charlie nous en a parlé. Charlie nous a demandé si vous vouliez un nouvel enfant et pourquoi. Alors, vous allez en discuter tous les deux de pourquoi. Ce soir. Vous n'avez pas le choix. Vous ne récupérerez pas Charlie tant que vous ne vous êtes pas mis d'accord sur ce point.
- Papa, tu sais que tu n'as aucun droit de te mêler de ma vie comme ça, dit Kurt avec un regard qui lançait des flammes.
- Je sais, répondit Burt en souriant.
Octave s'était installé dans le jardin avec son père. Ils surveillaient les filles d'Octave d'un œil tout en discutant, lorsque son téléphone émit un bruit caractéristique. Il avait un e-mail.
- Oh, un message de Burt, dit-il à l'intention de son père.
Il lut rapidement le message, et se tourna vers son père.
- P'pa, Burt vient de me dire que c'était à nous d'intervenir. Parce qu'il bien possible que si on laisse les choses aller au rythme de Blaine et Kurt… Bah, elles ne changeront jamais les choses.
Blaine et Kurt étaient sortis de la cuisine trois heures après que Burt les ait forcés à discuter. Ils souriaient et de son canapé, Burt prit leurs sourires pour un bon signe. Il ne les avait pas entendus élever la voix une fois pendant les trois heures que la discussion avait duré.
- On peut rentrer chez nous, maintenant, demanda Blaine.
- Bien sûr, dit Burt en haussant les épaules.
Il n'aurait peut-être pas dû veiller aussi tard. L'horloge du vieux magnétoscope clignotait : il était trois heures du matin passées.
- Vous pouvez aussi dormir ici. Charlie dort dans ta chambre, Kurt, mais vous avez toujours la chambre d'amis ou la chambre de Finn.
- Merci Papa, dit Kurt en enlaçant son père, comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps. Merci beaucoup.
Burt comprit que Kurt ne le remerciait pas seulement pour la proposition de passer la nuit chez eux.
Michèle avait décidé d'organiser un grand repas. Elle avait invité des amis à elle et Nicolas, mais aussi les amis de Charlie et des filles d'Octave. Ils riaient tous les uns avec les autres. Blaine et Kurt étaient assis face à face mais ne se regardaient pas. Elle commençait vraiment à se demander comment elle avait pu trouver que Blaine était quelqu'un de bien élevé et de courtois. Elle avait tout essayé. Et en les mettant face à face, elle avait pensé que ce serait un bon moyen de les réconcilier. Ou simplement, un bon moyen pour qu'ils se parlent. Mais, Blaine avait préféré demander à Octave, qui était à côté de Kurt, de lui passer le plat plutôt que de le demander à Kurt.
Les plus jeunes sortirent de table, Michèle remarqua que Charlie et ses amis se dirigeaient vers le fond du jardin, le plus loin possible de l'imposante tablée d'adulte. Michèle vint s'installer à côté de Blaine, à la place que Charlie laissa vide.
Elle écouta son fils parler à Kurt. Blaine parlait avec Nicolas et quelques autres d'un sujet qui touchait à la politique économique et à la Chine. Elle ne s'y intéressa pas vraiment.
Kurt rit à une remarque d'Octave. Et Michèle vit Blaine se tourner vers lui avec un timide sourire qu'il effaça dès qu'il vit que Kurt le regardait.
- Octave, interpella-t-elle, tu te souviens de la fois où, avec Camille, vous avez organisé votre première soirée.
- Bien sûr que je m'en souviens, dit-il après un éclat de rire. C'était quoi, une semaine après que Camille m'ait annoncé qu'elle partait une année à New-York.
Blaine se tourna vers eux et posa son manteau sur son poing fermé.
- Elle me manque, dit-il, un peu brusquement.
- Moi aussi, répondit Octave. Tous les jours. Mais, je me souviens de la soirée qu'on a faite avant qu'elle parte et …
Il éclata d'un rire franc.
- Octave, est-ce que tu te souviens de pourquoi vous avez organisé cette soirée ? demanda sa mère.
- Pour fêter son départ ? hésita-t-il.
- Tu es sûr ?
- Camille ! Comment tu peux me faire ça ! C'est dégueulasse. Tu vas partir un an. Tu vas m'abandonner ! Tu peux pas savoir comme je te hais tout de suite !
- Octave, t'es stupide ! T'es juste jaloux ! Parce que, moi, je fais ce que toi tu rêves de faire !
- Mais, dans tes rêves, Camille. T'es tellement c…
- Okay, coupa Nicolas, vous allez vous calmer tous les deux. Je vous attends dans la cuisine dans trois minutes, pas une de plus. Pas un mot de plus.
Depuis que Camille avait annoncé à ses parents et à son frère qu'elle avait été acceptée dans le programme d'échange avec l'université de New-York, le frère et la sœur ne faisaient que de se crier dessus. Et invariablement, un des deux finissait en larmes. Sans que l'autre ne vienne le consoler. Et ni Michèle ni Nicolas n'avaient vu leurs enfants, d'ordinaire si proche, autant se battre, se disputer et se balancer des horreurs. En une semaine, tout y était passé. Les rancœurs d'enfants, les vieilles histoires, des souvenirs brouillés, des disputes jamais terminées… Alors, les parents avaient discuté, la veille et étaient arrivés d'accord très rapidement.
- Bien, commença Michèle, installez-vous. Votre père et moi avons à vous parler.
- C'est ma chaise, débile !
- Crétine, dit Octave en s'asseyant sur la chaise voisine.
- Nous n'en pouvons plus de vos disputes, dit calmement Nicolas. Alors, ce soir, que vous soyez d'accord ou non, je vous dépose dans la maison de Nathalie. Vous aurez trois jours pour régler vos comptes. Dans trois jours, je reviendrai vous chercher, si vous n'êtes pas l'image parfaite d'un frère et d'une sœur, je vous y laisse pour trois autres jours.
- Papa, pas chez Nathalie, s'il te plait, supplia Octave.
- Papa, écoute Octave, renchérit Camille. S'il te plait. Regarde, on est déjà d'accord, sur un point…
La maison de Nathalie était une ancienne cabane de chasse perdue en pleine campagne. Il n'y avait que deux pièces, une salle et une cuisine. Les toilettes étaient à l'extérieur et la salle de bain inexistante. Il n'y avait ni télévision, ni rien dans cette maison. Juste quelques jeux de sociétés. Enfants, Camille et Octave adoraient y passer quelques jours. Juste pour le plaisir de se laver dans une bassine et de pouvoir dormir dans le même lit.
Mais, lorsque leur père les déposa devant la maison de Nathalie, ce soir-là, ils ne se souvenaient pas qu'elle était aussi étroite, aussi inconfortable.
Trois jours plus tard, en entendant la voiture de leur père, Octave et Camille en auraient presque pleuré de joie. Ils s'étaient, bien entendu, réconcilier le premier soir, mais Camille aurait tout donné pour se laver les cheveux et Octave pour retrouver le confort de son lit. En rentrant chez eux, ils avaient annoncé qu'ils souhaitaient donné une grande fête pour le départ de Camille, mais aussi, même s'ils l'avaient pas dit à leurs parents, pour fêter leur retour à la civilisation.
"Cher Burt,
Nous avons trouvé l'idée géniale et parfaite pour qu'ils se parlent. Ils seront obligés.
Charlie trouve l'idée parfaite. Grant est d'accord.
Le plan se met en marche cette nuit.
A bientôt,
Octave (et, Michèle et Nicolas, et Charlie et Grant)"
Toujours relu par Mara116.
Merci d'avoir lu ce chapitre et de trouver que Blaine est une sacrée tête de noeuds :)
À la semaine prochaine (quand ce sera moins la tempête et que j'aurais retrouver ma douce voix enchanteresse),
Yzeult :)
