Je suis mariée à Dai Wenzhou, un Moldu qui a le mérite d'être Chinois. Beaucoup de gens m'ont félicitée pour ça. Certains ont été jusqu'à nous inviter à dîner (notamment Arthur qui avait sans doute très envie d'arracher de précieuses informations sur les Moldus à mon époux). Je suis mariée à Dai Wenzhou... Quand Hermione Weasley m'a demandé comment ça s'était passé et si ce n'était pas trop précipité, j'ai été à moitié franche avec lui en évoquant les problèmes du secret magique. Je suis mariée à Dai Wenzhou... Elle a hoché la tête avec compréhension. C'est étrange, après ce premier mois d'été absolument désastreux, ces semaines de travail à sympathiser avec des Moldus que je ne reverrai plus jamais et dont l'une ne se rappelle même pas que j'existe... Dai Wenzhou... je n'ai plus honte face aux sorciers que je fuyais habituellement. Peut-être simplement parce que le mariage m'a redonné un certain prestige social. Même si c'est un Moldu, j'ai mis la main sur un individu du sexe opposé, probablement à vie puisque les sorciers divorcent rarement (alors que Mabs, Dill et Lettie mes camarades Moldus avaient tous les trois des parents divorcés... plusieurs fois pour Lettie d'ailleurs). L'autre jour, j'ai même aimablement salué Harry Potter sur le chemin du bureau des Aurors. Sachant qu'il avait la moitié du visage couverte de coupures et la robe en lambeaux, il a dû songer que ce n'était pas très approprié. Comme d'habitude, Cho Chang ne fait jamais ce qu'il faut au bon moment ! Mais en réalité, je m'en fichais ! Tout me passe au dessus de la tête. Je ne pense qu'à... Dai Wenzhou... je ne pense qu'à ce que j'ai vécu parmi les Moldus. C'est comme si je vivais à retardement. Chez les Moldus je pensais à ce que je laissais derrière et je faisais des comparaisons et maintenant je me rends compte de l'impact laissé par ce mois en terre moldue. Dai Wenzhou... Je m'y suis fait de véritable amis après tout ? Non ? Des gens sur qui compter.
Je vis chez Marietta maintenant. Dai et moi ne sommes pas restés longtemps ensemble après le mariage, juste le temps de le faire marquer au ministère le lendemain. Déjà, il a dû rater un jour de boulot pour ces histoires. Il ne pouvait pas se permettre plus. Ensuite, j'ai fait mine de partir en lune de miel et suis restée enfermée une semaine à l'appartement. Je suis revenue depuis au ministère sous les vivats des uns et des autres ! Vous vous rendez compte ? Cho, la grosse vieille fille, elle est mariée ! Je n'ai pas encore eu à recontacter Dai. Ca prendra sans doute un peu de temps avant que les sorciers ne vérifient de nouveau la véracité de nos liens. Vous comprenez, on ne met pas en doute votre amour, mais on ne sait jamais. Avec Dai, on a tout donné dans la performance du couple parfait. « Il a l'air très amoureux, m'a même dit Arthur Weasley. » Oui, il a l'air. Nous nous sommes tenus les mains, touché le cou, la taille, le dos, les épaules, les cuisses, le menton... nous nous sommes embrassés trois fois et trois fois une infime partie de moi souhaitait que ce soit un peu vrai. Qu'il éprouve ne serait-ce qu'un commencement de sentiment à mon égard.
Le plus dur c'est le décalage aujourd'hui. Je suis censée être une mariée radieuse qui transplane chez son époux chaque soir et vit, comme dirait Marietta, de « folles nuits de sexe conjugal » alors que ce que je fais ressemble à mon quotidien d'avant, mes ennuyeux parents en moins. Je rentre, je m'enferme, je lis des imbécillités (je me suis racheté des livres Moldus, cette Jane Austen écrit très bien) et je m'empiffre.
Au départ, je refusais l'idée même d'aimer Dai parce que je pensais que ce serait trop compliqué à vivre. Aujourd'hui, je vis les complications sans l'amour. Ou peut-être, si, avec un peu d'amour mais qui vient de moi uniquement. Dai s'est montré très clair à ce sujet. Il est seulement gentil.
De toute façon, je ne suis moi-même pas certaine de l'aimer. Ai-je déjà aimé quelqu'un ? Cedric peut-être. Et avec Dai, ça n'a vraiment rien à voir.
« Ton petit ami mort alors, c'était des craques ? m'a-t-il demandé lorsque nous nous sommes dit au-revoir. »
« Des craques » il n'y avait que lui pour employer une expression pareille.
« C'est pas des « craques », je suis vraiment sortie avec quelqu'un qui est mort à la guerre... une guerre de sorciers. J'avais quinze ans.
- Ouah... quinze ans à la guerre. Vous êtes timbrés vous les sorciers.
- C'était timbré, même du point de vue d'un sorcier. Et puis, j'ai vu à la télé qu'il y avait des enfants soldats chez les Moldus aussi. Prudence trouvait ça affreux... »
Ma voix s'est brisée à la mention de Prudence et nous nous sommes tus.
« Bon, il va encore falloir transplaner, ai-je dit à Dai.
- Passer dans la machine à chewing-gum de Willy Wonka... puis dans une chambre froide... puis dans ses engins qu'utilisent les spationautes pour l'entraînement, chouette, a-t-il grimacé.»
J'ai haussé les sourcils. Je ne comprenais aucune de ses références. Il a haussé les épaules avec un sourire d'excuse. Alors, je ne sais pas pourquoi, j'ai pris mon écharpe et je l'ai enroulée autour de son cou. Il m'a regardé d'un air étonné.
« Au moins tu auras moins froid, ai-je hésité.
- Bon, on va finir par croire que vous êtes un vrai couple marié si vous continuez vos atermoiements, a dit Marietta en sortant de la cuisine, filez tous les deux et bonne continuation Dai. Passe le bonjour à Lettie ! »
Après la chambre nuptiale, nous étions repassés chez Marietta pour que Dai se change. L'intervention de notre complice a au moins écourté cette séparation plus douloureuse que prévue. Marietta aimait bien Dai même si elle faisait, comme moi, certains efforts pour ne pas le montrer. Elle nous a néanmoins offert ce miroir à double sens qui sera absolument nécessaire quand je devrai chercher Dai à Bristol. Il a pour ordre de ne jamais s'en séparer et de l'accrocher de façon visible dans l'endroit où il vit. Il faut espérer que ça marche.
Marietta est plutôt difficile à vivre au quotidien. Déjà, elle est encore plus maniaque que mes parents ce qui n'est pas peu dire, ensuite, elle est plus souvent là et se soucie vraiment de moi. Ainsi, le week-end, quand elle réalise que j'ai exactement la même position à vingt heures qu'au moment où elle m'a laissée à huit heures, elle a tendance à me secouer un peu. J'ai beau prétendre que je me suis levée pour les corvées, la poussière ne ment pas, elle.
Néanmoins, je suis quand même heureuse qu'elle soit là. Quand elle abandonne l'idée de me faire sortir ce qui arrive de plus en plus rapidement, elle finit par s'effondrer avec moi sur le canapé et nous passons la soirée à lire Sorcière Hebdo en commentant les tests et quizz, écouter la radio ou évoquer de vieux souvenirs. Poudlard, la guerre, ces amies que nous ne voyons plus et qui nous ignorent quand elles nous croisent ou encore cet été chez les Moldus.
Au départ, Marietta prenait des pincettes pour l'évoquer, craignant que ça ne me rappelle ce qui était arrivé à Prudence ou les distances que j'étais obligée de prendre avec mes anciens collègues, mais quand elle a constaté le plaisir que j'avais à y repenser, elle s'est mise à en parler plus franchement. Nous avons même dégoté un disque de cette chanteuse moldue dont Marietta a chanté une chanson avec Lettie. Leur guerre entre ces deux-là n'avait finalement pas duré tant de temps que ça.
« Je l'aimais bien, Lettie... Elle était vraiment très vulgaire mais elle était franche et... disons... loyale. Et puis, elle s'est bien occupée de toi quand je n'étais pas là, me dit Marietta un soir alors que nous testons toutes les deux une recette de Maïté Finebouche.
- Tu étais carrément amoureuse d'elle à la fin, je lance en plaisantant
- Je n'irai pas jusque là, répond Marietta avec sérieux, néanmoins, ça m'aurait fait plaisir de passer plus de temps avec ta bande de Moldus. L'ambiance était légère, insouciante. Comme à Poudlard. Tu sais Cho, parfois... j'ai l'impression que nous avons tous grandi trop vite avec cette guerre. Nous ne savons peut-être plus totalement nous amuser. Enfin... je parle à titre personnel. Les Moldus m'ont au moins réappris ça ! »
Je souris en malaxant la pâte à fromage de grenouille cornue qui devait servir de base aux gougères façon Finebouche. C'est vraiment trop gluant, trop collant, je m'en mets plein les mains, ça ne marchera jamais. Marietta se lance à ma rescousse en saupoudrant notre pâte d'un jet de farine qu'elle envoie avec sa baguette.
« Qu'est-ce que tu ferais sans moi ? me demande-t-elle.
- En toute honnêteté, je ne sais pas. »
Elle se retourne vers moi, intriguée par mon ton soudain sérieux.
« Marietta... je sais que je ne suis pas la meilleure des locataires et je vais essayer de me trouver un nouvel appartement dès que possible, mais en attendant... je... Enfin vraiment je ne sais pas ce que je ferai sans toi. Tu es dans le secret... tu m'écoutes... tu m'accueilles et tu essaies même de secouer ma vieille carcasse sans rien attendre de moi...
- Sauf les corvées...
- Sauf les corvées... et je suis nulle à ça en plus.
- Oui, tu es nulle Cho. Mais... Ah, on en arrive à la scène de guimauve c'est ça... tu sais, tu m'exaspères parfois mais quand tu dis ce genre de bêtises avec autant de candeur... je... »
Elle s'assoit, hésite. Elle est plus pudique que moi et mes élans d'amitié sincère et nauséeuse la brusquent peut-être.
« On peut en rester là Marietta, tu sais.
- Non écoute ! Disons les nous, ces niaiseries ! Ce sera ça de fait et après on n'aura plus jamais à le dire. Écoute Cho, tu crois m'être redevable mais en réalité, c'est moi qui te le suis... Je... Je suis quelqu'un de plutôt froid et toi tu es toujours venue me chercher, même quand les autres ne comprenaient pas... Du temps de Poudlard, avec notre bande, les filles parlaient parfois dans mon dos et toi... Je t'ai entendu prendre ma défense Cho. C'est pour ça que je suis restée avec toi. Et avec cet épisode puérile et stupide des boutons... et avec ma trahison... tout ça... Tu as toujours pris mon parti ou du moins tu as toujours voulu me comprendre. La vérité, Cho, c'est que même si je fais la sorcière indépendante, fière et solitaire, j'ai besoin de toi. »
Elle inspire un grand coup :
« Et c'est pour ça que ça me désole de te voir dans cet état là. Cho et que j'aimerai tellement te secouer ! Et je ne veux pas que tu déménages avant d'aller mieux par contre ! Tu vas rester ici et comme ça tu ne seras pas l'unique personne à laquelle tu pourriras l'existence ! D'accord. »
Je souris encore sous le coup de ses déclarations :
« Tu dis ça pour me faire culpabiliser.
- Oui, je compte d'ailleurs là dessus pour te faire reprendre ta vie en main. Tu en as fini avec la pâte ? »
Je lui tends le plat et nous commençons, comme l'indique la recette, à en faire une série de petites boules régulière grâce à nous baguettes.
« Cho, ce n'est pas parce que tu es censée vivre une vie palpitante avec ton mari que tu ne peux pas vivre une vie palpitante SANS ton mari.
- Ecoute Marietta, je vivais comme ça avant ma « thérapie », je ne suis pas guérie de la maladie Moldue bizarre dont a parlé Beurk depuis alors rien d'étonnant à ce que je ne me bouge pas plus. Déjà, je continue mon travail ce qui fait que je sors au moins une fois par jour. Et honnêtement, je ne vois pas ce que je peux attendre de plus de la vie. L'amour ? L'aventure ? La réussite professionnelle ? Est-ce que ça compte tant que ça ? Je veux dire... Je suis très bien chez moi avec toi et mes livres et...
- Cho... est-ce que tu aimais Dai ? Si tu me réponds « non », je te laisserai tranquille car effectivement, c'est ton choix de vie et alors seulement je pourrais croire que tu es heureuse. »
Elle referme le four sur nos gougères. Le feu flamboie à l'intérieur, vert, bleu... Mes yeux me piquent. C'est sans doute la chaleur.
« Je n'ai jamais su ce que je voulais, je murmure, je ne sais pas non plus si j'aime Dai et si je désire vivre la vie que je suis censée avoir avec lui... mais... »
Je me rappelle de son corps chaud, de sa gentillesse... sa gentillesse désintéressée d'ailleurs puisqu'il ne m'aimait pas en dépit de ce que Lettie prétendait. Je me rappelle de la façon dont il a rabattu le caquet d'Arthur Weasley, je me rappelle de son torse mince, je me rappelle de sa nonchalance, de son engin (un vélo ! Je le sais à présent), de nos regards entendus quand les autres disaient des bêtises, de sa discrétion, de ses expressions vieillottes, de son numéro de téléphone sur un papier de bonbon qui a sans doute été détruit par les Oubliators quand ils sont passés chez la pauvre Prue, je me rappelle de la façon dont il a caressé mes cheveux quand j'ai appris pour Prue, de la façon dont il m'a étreint quand j'ai pleuré pour Cedric... Oui... Ce que je ressens n'a rien à voir avec ce que je ressentais pour Cedric. J'avais quinze ans, nous étions amoureux, passionnés mais timide, orgueilleux et dépendant l'un de l'autre. Nous courions vers l'avenir comme deux idiots et la réalité nous était violemment tombé dessus. Ça n'a rien à voir. Dai et moi avons un petit peu vécu, nous nous posons des questions, nous hésitons encore plus, pesons le pour et le contre comme si nous avions plus à perdre qu'avant. L'amour fait peut-être plus de mal que de bien aux gens comme nous alors nous refusons de prendre trop de risques. Peut-être... peut-être que Dai a pensé à moi de cette façon et qu'il s'est dit qu'au fond, ça ne valait pas le coup. Et découvrir que j'étais une sorcière n'a pas arrangé les choses.
Et moi... moi maintenant je me dis que peut-être, ça aurait valu le coup parce que j'aimerai que Dai soit là quand Marietta dit des choses drôles, j'aimerai qu'il me caresse les cheveux en passant sa main sur l'arrondi de mon crâne, vers ma nuque, un peu maladroitement avec ses grands doigts. J'aimerai sentir son corps si chaud contre moi et savoir qu'il me suit parfois parce qu'il s'inquiète pour moi mais...
« De tout façon, la question ne se pose pas, je reprends, il a été très clair avec moi, il ne m'aime pas et je me suis fait des idées toute seule. En plus, maintenant qu'il sait que je suis sorcière et qu'il est conscient de ce qu'impliquerait une relation, il voudra d'autant moins tenter quelque chose. »
Marietta lève les yeux au ciel.
« Eh bien écoute ma vieille, continue de t'accrocher à cette excuse. Après tout, je ne suis pas ta mère ! Tu m'exaspères mais je n'en ai pas encore assez de toi. Tu as de la chance ! »
Le minuteur sonne avec un cri de coq de bruyère et Marietta sort les gougères. Nous les mangeons avec un genre de rancœur froide en lisant des romans de Meg Cabot (j'ai converti Marietta à la littérature moldue). Comment une sentimentale déclaration d'amitié a pu finir ainsi ? Il faut croire que je suis une spécialiste en gâchis de relation.
Le lendemain, alors que je sors du travail en tâchant d'avoir l'air enjoué d'une jeune femme mariée qui va retrouver son petit mari à la maison, je suis brusquement interpellée par une trentenaire dynamique en robe grenat et chapeau stylé que j'ai vu dans un catalogue Cucul Chantelle de Marietta.
« Cho Chang ! me lance-t-elle, ou devrais-je dire Cho Wenzhou ? Auriez-vous une minute à m'accorder ! »
Je ralentis et prépare ma figure la plus épanouie avant de me retourner. Heureusement que j'ai pu passer à mi-temps pour mon travail (vu la manière chiche dont je vis, je n'ai pas d'extraordinaires besoins en argent et si j'étais à temps plein jusque là, c'était uniquement pour ne plus subir le jugement de mes parents) il est encore plus épuisant de jouer la jeune mariée ravie auprès des sorciers que de m'intégrer en environnement moldu. A vrai dire, même si mes mensonges me pesaient, je me sentais beaucoup plus « moi-même » l'été où j'ai vécu parmi les Moldus.
Mon sourire doit paraître un peu effrayant et je suis presque aussi négligée qu'avant même si Marietta me prête des vêtements moins miteux, la jeune femme a un léger recul.
« Excusez moi madame Wenzhou, je m'appelle Judy Burglar et je suis journaliste à « Jeune et Magique »...
- Ah, je connais, dis-je en songeant que Marietta et moi avons la veille pas mal ricané en lisant l'article intitulé : « comment préparer un petit nid magique parfait pour son chéri ! », ce magazine est ceci dit de plus en plus populaire. Il a été fondé par la magnat de la presse Rita Skeeter et est devenu le concurrent le plus sérieux de Sorcière Hebdo.
- J'en suis flattée... J'ai... j'ai vu l'annonce de vos bancs dans la Gazette, Rita, je l'appelle Rita, précise-t-elle en gloussant avec un mouvement fluide de sa main pour exhiber son improbable vernis pailleté, Rita donc, nous a conseillé de faire attention aux articles concernant les héros de guerre. Vous savez que nos lecteurs aiment avoir des nouvelles de leurs sauveurs. Donc, j'ai vu que vous aviez épousé un Moldu ! C'est extraordinaire ! Et si romantique, et je me demandais si vous voudriez bien répondre à quelques questions sur le sujet. »
Judy achève sa tirade sur un sourire factice qui ressemble étrangement à celui de sa rédactrice en chef... sans les dents en or. Et dire que Rita Skeeter avait été mon héroïne du temps de Poudlard, aujourd'hui, même si ses feuilles de chou demeurent un plaisir coupable, disons que je les apprécie avec plus d'ironie. Rita Skeeter avait semé une sacrée zizanie dans la vie personnelle d'Harry Potter et j'en avais fait plus ou moins les frais en croyant aux histoires concernant Hermione Granger.
Et aujourd'hui, ils vont utiliser mon histoire imaginaire avec Dai pour un article racoleur, probablement de la série : « Mariage de célébrité », où ils se moqueront certainement à demi mot de mon Moldu tout en clamant le romantisme de notre union.
Parler de notre relation inexistante est au delà de mes forces. Participer à cette mascarade est hors de question. C'est à cause de ce genre de lectures stupides qui idéalisent la vie de couple, l'amour et les arts ménagers que j'ai si mal vécu mon célibat, c'est à cause des potins que nous nous sentons tous si diminués par nos vies personnelles, fantasmant celle, imaginaire, d'un voisin sans doute aussi malheureux que nous.
C'était à cause de ce genre d'idioties qu'on oublie de se focaliser sur les vrais problèmes. Il est tellement plus facile de lire le résumé du mariage de George Weasley que de se questionner sur le Secret Magique et les Oubliators. Oui, je suis remontée et j'exagère un petit peu. Certes, je ne peux pas tout imputer à notre système de presse défaillant et le problème est bien plus profond que ça. Néanmoins, je suis énervée et je réponds donc froidement à Judy :
« Désolée, c'est ma vie privée. »
Son sourire s'élargit :
« Très bien, je vais quand même vous laisser ma carte alors, au cas où vous changeriez d'avis. »
Et elle me la donne en éraflant ma main de ses doigts griffus au passage. J'aurai pu trouver cette femme belle et j'aurai pu souhaiter de tout mon cœur lui ressembler il y a quelques temps. Aujourd'hui, je n'ai aucune honte face à elle. Je me rappelle de Lettie qui se maquillait beaucoup sans se donner de grands airs, de Mabs qui se vernissait les ongles d'orteils de toutes les couleurs et je trouve bien plus de véracité et de pureté dans ces tentatives. Et je pense même bêtement que les Moldus valent mieux que les sorciers. Ce n'est pas vrai bien sûr, ce n'est pas une question de Moldu ou de sorcier. Nous sommes tous des individus et je préférais de loin les individus Mabs et Lettie à cette ignoble sorcière que j'aurai admiré en d'autres temps.
Je quitte le ministère par la sortie des visiteurs et arrive dans une rue de Londres côté Moldu. Je n'ai pas encore envie de rentrer chez Marietta. Il faut que je reprenne contact. Il faut que je m'échappe. Que je fuie vers un passé idéalisé. Je me rappelle du Sibère Café où nous avait emmené le Dr. Beurk non loin du Chemin de Traverse. Je traverse la moitié de Londres à pied pour y arriver. Je ne transplane pas. Je ne prends pas la poudre de Cheminette. Enfin j'y suis. Le patron ne me reconnais pas mais il tique à mon allure sorcière. Qu'importe son regard et son jugement. Je paie une heure, je m'assois et j'allume l'ordinateur. Au plafond, l'ampoule miteuse éclaire à peine les lieux en cette fin de journée. Seuls mon écran m'apporte une réelle lumière. Mon monde se résume à ça : . Mot de passe : 30cmboisdehêtreetplumedegranduc. Du coup, j'espère que ta mère se rétablit bien et que toi aussi ça va. Donne moi donc de tes nouvelles Ô camarade ! Dill et moi, on a repris les cours (Ô joie !) mais durant l'été, nous avons réussi à faire une des deux choses qu'il est quasiment impossible de faire sur la presqu'île des Vieux Messieurs ! A toi de deviner laquelle ! Tu nous as manqué à tous en tous cas. C'était plus pareil après ton départ ! Passe le bonjour à Marietta d'ailleurs ! Il faudra qu'on se refasse une SOIREE ENTRE FILLES ! Mabs
J'ai reçu un seul mail, je l'ouvre :
De : maybeitsme
A :
Objet : Comment va vieille brindille ?
Salut Cho, c'est Mabs. J'espère que je ne suis pas trop intrusive ^_^' c'est Lettie qui m'a filé ton adresse e-mail (elle l'a eu par Pearl me semble... mais elle a dit qu'elle aimait pas les mails et préférait le téléphone. Elle a essayé de t'appeler mais t'as dû changer de tel parce que c'était indisponible. Si tu me repasses un numéro valide, elle pourra t'appeler). Bref, même si on n'a pas eu le temps de faire vraiment connaissance, le peu que j'ai vu de toi m'a laissé entrevoir une belle personne (lol, c'est bien cucul ce que je dis mais je le pense bébé !)
Gros câlins !
Je souris derrière mon écran, il va falloir que je réponde.
