Chapitre 13 : Adieu

Nous arrivions dans l'après-midi à l'aéroport de Paris. Une fois nos bagages récupérés, je pris mon Willy-phone et appuya sur le bouton. Ethan se dirigeait vers les locations de voiture. Une seule sonnerie retentit avant que j'entende la voix brouillée de larme de mon filleul.

Ti cœur ? lui demandais-je. C'est marraine. Comment vas-tu ?

Marraine ??? me répondit-il entre deux sanglots. Marraine tu arrives quand ?

Bientôt mon amour. Je viens seulement d'arriver à l'aéroport. On prend une voiture, on sera là d'ici 45 minutes. Mon cœur comment tu vas ?

Ça… ça… ça ne va pas très bien. Je veux te voir… et il se remit à pleurer.

Oui mon amour, moi aussi je veux te voir. J'arrive le plus vite possible. Et tu connais Ethan… il va appuyer très fort sur la pédale pour qu'on arrive encore plus vite.

Pro… promis ???

Oui mon cœur. Promis. Je dois te laisser. Tu es à la maison avec mamie Agathe là ?

Oui. Je regarde la télé.

D'accord alors restes devant et tu me raconteras ce que tu regardais à mon arrivée. Maintenant passes moi mamie s'il te plait.

Quelques secondes passèrent. Il pleurait toujours, je pouvais l'entendre.

Allo ?

Bonjour Agathe. C'est Zabou.

Bonjour Zabou. Où êtes-vous ?

Nous venons d'arriver à l'aéroport. On récupère la voiture et on arrive. Comment vont Maylis et Yohann ?

Silence……

Ils vont mal, me dit-elle après quelques temps. Elle pleurait aussi. Les médecins essayent tout ce qu'ils peuvent mais ils n'ont plus aucuns espoirs.

D'accord. On arrive. Willy est au courant ? lui demandais-je.

Non pas encore. Je viens juste de raccrocher avec l'hôpital.

Très bien on arrive au plus vite. On passe vous prendre avec Willy et on file à l'hôpital.

Très bien on vous attend.

Et je raccrochais. Je sentais une vague de souffrance m'envahir d'un coup. Je perdais ma meilleure amie. Et j'assisterais à son ultime soupir. « Mon pauvre Willy… que fera-t-il ??? Il est si jeune. Il va se retrouver tout seul… »

Mon amour. Il ne sera pas seul. Ethan me prit dans ses bras.

Je ne m'étais pas rendue compte que je lui parlais en pensée. Il me serra fort contre lui, pour tenter d'apaiser ma peine.

Viens ! on y va. Me dit-il dans le creux de l'oreille.

Il s'installa derrière le volant. Il roulait vite. Trop vite. Mais pour une fois je n'étais pas effrayée. Je voulais retrouver mon filleul. Le serrer dans mes bras. Lui dire que tout irais bien. Mais je ne le pensais pas moi-même. Comment allais-je m'y prendre pour le consoler, ce petit homme de 5 ans, à peine, alors que moi-même je me sentais brisée ?

Le temps passait trop lentement à mon gout. Nous arrivâmes enfin devant la maison d'Agathe. Ethan klaxonna et Willy en sortit suivi de sa grand-mère. Ils semblaient tous les deux très fatigués. Ils avaient les yeux rougis d'avoir trop pleurer. Je sortis de la voiture pour laisser Agathe passer devant. Je me mis à l'arrière et serra fort mon ti ange dans mes bras.

Nous atteignîmes l'hôpital en 10 minutes. Nous montions directement dans la chambre de mes amis. Willy se jeta sur le lit de sa maman. Elle émit un soupir et se réveilla.

Mon amour ? dit-elle de sa voix toute faible. Comme je suis heureuse de te voir.

Maman… il se remit à pleurer. Maman, marraine est là.

Zabou ?

Elle semblait surprise. Bien sûre que je serais là. Je ne pouvais pas laisser une partie de moi-même mourir sans rien faire.

Oui ma chéwi. Je suis là. Lui répondis-je en lui prenant la main.

Elle sourit à l'évocation de notre surnom. Elle me regardait droit dans les yeux. Je vis une lueur de remerciement. Elle était si faible mais toujours aussi belle. Puis elle tourna la tête vers son fils.

Mon amour, écoutes maman. Lui dit-elle. Maman va dormir maintenant. Papa et moi sommes très fatigués.

Tu vas retrouver papy Gustave ? lui demanda-t-il.

Oui mon cœur. Je vais retrouver papy Gustave. Elle pleurait. Tu vas écouter très attentivement ce que je vais te dire. A partir de maintenant tu vas rester avec marraine.

Je me raidis. Elle avait déjà tout planifié. Ça, c'était la Maylis que je connaissais.

Tu vas rester avec marraine et Ethan, reprit-elle. Ils vont veiller sur toi. Moi je ne serais plus ici mais je continuerais à te protéger. Je serais toujours avec toi mon cœur.

Elle lui tendit un médaillon. Je le reconnaissais. C'était le cadeau que le père de Yohann lui avait offert à son mariage. Il faisait partie de la famille depuis 8 générations.

Willy prit le médaillon dans ses petites mains. Je l'aidais à le passer autour du coup. Il semblait fier et à la fois triste de ce présent.

Maintenant viens faire un gros câlin à maman. Je veux que tu me sers très fort dans tes bras. Lui dit-elle.

Elle gardait le sourire malgré tout. Quel courage… Mon ti cœur s'exécuta et la serra fort contre lui.

Je t'aime de tout mon cœur. Lui dit-elle dans un ultime effort.

Moi aussi maman. Je t'aime cré fort. Encore plus fort que le chocolat…

Je ne pus réprimer un sourire. Et Maylis en fit autant.

Maintenant dit-elle. Vas embrasser papa. Et dis lui que tu l'aimes très fort aussi.

Il quitta le lit de sa mère et alla voir Yohann sur le lit d'à coté. Ethan était assis dessus et le pris sur ses genoux pour qu'il puisse donner un dernier baiser à son papa.

De mon côté je m'assis sur le lit de ma meilleure amie. Lui pris la main.

Promet moi de le protéger. Me dit-elle. Promet moi qu'il ne manquera jamais de rien. Aimes le comme ton propre fils. Je t'en pris. Fais ça pour moi.

Bien sur que je le ferais. Lui répondis-je entre deux sanglots secs. Je l'aime déjà comme tel. Je… nous… rectifiais-je en regardant Ethan. Nous ferons tout pour le garder sain et sauf.

Même si cela signifie qu'il faille… tu sais quoi ??? me dit-elle en regardant Ethan puis moi.

TOUT. Insistais-je. Je ne peux pas perdre une autre partie de moi-même. Lui dis-je avec le plus chaleureux des sourires.

Elle serra ma main dans la sienne. Me regarda intensément. Et s'endormit paisiblement. Au même moment je vis Yohann faire la même chose, Willy toujours lové contre lui. Ils étaient partis. Je venais de perdre la seule amie que j'avais eue de mon vivant. Mais j'avais en même temps gagné l'amour d'un fils. Willy, comprenant ce qui venait de ce passer se jeta dans mes bras. En quittant la pièce je le berçais. Il pleurait de chaudes larmes qui coulaient sur ma peau froide. Ethan vint se poster derrière moi et nous pris tous les deux dans ses bras. Nous étions parents à présent et je savais qu'il protégerait ce ti-mal* comme son propre fils.

*ti-mal : signifie petit homme en créole. Bah oui je ne peux pas renier mes origines quand même.