Nouveau chapitre. Bonne lecture !
Je rentre chez moi le cœur léger. Ne plus me cacher fait du bien et je me sens soulagé que mes amis soient au courant. De plus, mon projet est sur la bonne voie. Lorsque j'ai annoncé la nouvelle à Lily et Tim, la petite fille a sauté de joie. Tim ne l'a pas montré mais j'ai bien senti qu'il était heureux.
Quand je passe la porte de la maison, je réalise que je suis seul. Mon père travaille tard d'après ce que ma mère m'a dit. Je suppose qu'il est avec Eric. J'ai commencé à reparler à mon père. Le strict minimum. Il n'essaie pas d'enclencher la conversation car il sait que ça ne sert à rien de me brusquer.
Ma mère est à un gala de charité alors je me retrouve seul.
Je n'ai pas envie de passer la soirée en tête à tête avec moi-même. Je sais que je vais broyer des idées noirs, la journée n'ayant pas été de tout repos. J'attrape alors mon portable et envoie un message à Jake pour savoir s'il est occupé.
De Jake : rien de prévu. Une idée derrière la tête ?
Mes parents sont de sortie...
De Jake : Serait-ce une invitation ?
As-tu vraiment besoin de demander ?
De Jake : A tout de suite.
On sonne à la porte dix minutes plus tard. Je me retiens de courir pour lui ouvrir. Je suis impatient. Ça fait un moment qu'on ne s'est pas retrouvé en véritable tête à tête.
─ Salut, dis-je en le laissant rentrer.
─ Salut.
C'est bizarre, nous sommes presque timides l'un envers l'autre. Je referme la porte et nous restons plantés dans le hall d'entrée à nous dévisager. Je lâche un rire nerveux et Jake me suit.
─ Désolé. Ce n'est pas comme si on se retrouvait seuls pour la première fois.
─ C'est pas faux. Mais c'est la première fois chez toi.
─ Pizza ?
Je sais que c'est son point faible, il ne peut pas dire non à une bonne pizza. Je vois son regard pétiller de gourmandise et je l'emmène dans la cuisine. J'avais prévu le coup. Sur l'îlot central sont disposés tous les ingrédients pour faire notre dîner.
─ Tu vas devoir gagner le droit de manger et mettre la main à la pâte.
Je lui lance un tablier et lui tend le saladier dans lequel repose l'appareil à pizza.
─ Et je fais quoi avec ça ?
Il tient entre ses mains le pâton sans trop savoir quoi en faire. Je disperse de la farine sur le plan de travail et lui donne le rouleau.
─ Tu étales la pâte en cercle, expliqué-je un sourire amusé aux lèvres.
─ Et toi tu fais quoi en attendant ?
Je grimpe sur le plan de travail.
─ Je te regarde !
Il se met au travail et moi je l'observe en silence. A chaque allers-venues du rouleau, je vois ses muscles se dessiner sous son T-shirt. Je ne perds pas une miette du spectacle. Au final, la pâte a une forme presque circulaire. Je saute de l'îlot et dépose un baiser sur sa joue.
─ Je suis impressionné. Je n'aurais jamais fait aussi bien.
Il s'essuie le front laissant au passage une trace de farine.
─ Tu vas m'aider à la garnir rassure-moi ?
Je fais une mou d'hésitation et il m'envoie un peu de farine au visage.
─ Oh. Tu veux jouer ? Très bien.
Je plonge ma main dans le paquet de poudre blanche mais il a anticipé mon geste et m'empêche de la ressortir. Je me débats gentiment et réussis à échapper à son emprise. Je lui souffle la farine au visage et explose de rire en voyant le résultat. Mon métis est devenu blanc. Mon fou rire est incontrôlable. Jake a dans l'idée de se venger. Je le vois s'approcher du paquet de farine mais lui en bloque l'accès. Il presse son corps contre le mien. Je suis coincé entre le plan de travail et son corps. Je ne peux plus bouger. Il pose ses mains sur mes fesses et je sursaute de surprise. Son visage se rapproche du mien, le baiser est imminent. Je baisse la garde et, avant de comprendre ce qu'il se passe, il me pousse sur le côté et attrape le paquet tant convoité. Il me menace avec. Je lève les mains.
─ Ok. Je me rends. Mais ce n'était pas très fair-play.
Il me fait un clin d'oeil et vient m'embrasser tendrement.
─ Je gagne toujours, me glisse-t-il dans l'oreille.
Puis on observe l'état de la cuisine.
─ On a intérêt à nettoyer avant le retour de mes parents. Je vais me faire tuer.
Je vais chercher l'aspirateur pendant que Jake s'époussette le visage, les cheveux et son T-shirt. Quand je reviens avec l'appareil, il est torse nu, la tête penchée au dessus de l'évier. Mes yeux se posent sur son dos. Je ne résiste pas bien longtemps et viens coller mon corps au sien. J'agrippe ses hanches et dépose une pluie de baisers le long de sa colonne vertébrale.
─ C'est vraiment très tentant, gémit Jake. Mais je pense que nous devrions être raisonnables et nous occuper de ce chaos.
Je sais qu'il a raison. Je me sépare de lui à contre cœur et il renfile son polo.
En cinq minutes, la cuisine a retrouvé un aspect impeccable et nous nous affairons autour de la pizza. Nos goûts sont suffisamment similaires pour que nous ne nous prenions pas la tête sur la garniture. Je la mets dans le four, il ne lui reste plus qu'à cuir.
Jake s'est assis sur un tabouret et je m'assois en face de lui.
─ Comment Lily a-t-elle pris la nouvelle du concert ? me demande-t-il.
─ Elle était folle de joie. Je suis sûr qu'elle va chercher plein de chansons.
─ C'est une excellente idée que tu as eu.
─ Merci.
Il tend la main à travers le comptoir et il la pose sur la mienne. Je lui souris faiblement.
─ Qu'est-ce qui te tracasse ?
Je ne sais pas comment il fait mais pour lui, je suis un livre ouvert.
─ Je peux te poser une question ?
Cette interrogation en elle-même le surprend.
─ Depuis quand je t'interdis de me poser une question ?
─ Comment as-tu vécu ma semaine de mutisme ?
─ Qu'est-ce que tu entends par-là ?
─ Tu sais très bien ce que je veux dire. Pendant toute cette semaine, tu ne m'as jamais dit comment tu te sentais. Tu parlais des autres mais jamais de toi. J''ai été horrible. Comment as-tu fait pour me supporter ?
─ Tu veux vraiment parler de ça maintenant ?
─ Oui et ne t'avise pas de te défiler. Je veux savoir ce que tu as ressenti et comment tu vas vraiment. Je ne suis pas facile à vivre ces derniers temps.
Jake se lève et sans lâcher ma main contourne le comptoir pour venir s'asseoir à côté de moi.
─ Quand ta mère m'a appelé pour m'annoncer que tu avait été hospitalisé, je crois que j'ai arrêté de respirer pendant de longues minutes. Je ne savais rien de ton état, si tu étais conscient ou pas. J'ai eu la peur de ma vie. Quand je suis arrivé, les premières personnes que j'ai vu étaient tes parents. Ils m'ont mis au courant de la situation. Puis je t'ai vu. Te voir si faible et amoché... Mon cœur s'est serré et j'ai commencé à me sentir coupable. Je me suis refait le film de cette soirée... Que ce serait-il passé si je n'avais pas annulé ? Quand tu m'as rejeté, j'ai été blessé. J'avais cru bêtement que je pourrais être celui qui te ferait parler, auquel tu te confierais. C'est le Dr Moran qui m'a permis d'accepter que tu sois distant. J'ai appris à être patient. J'avais espoir que tu t'ouvres à moi chaque jour un peu plus. Petit à petit c'est ce que tu as fait. J'ai commencé à me sentir moins inutile. Se sentir impuissant face à la détresse de la personne que tu aimes …. c'est insupportable. Je ne savais pas comment faire pour t'aider, pour que tu souffres moins.
─ Ta présence en elle-même était d'une grande aide, déclaré-je en retenant une larme solitaire.
Jake me regarde et du pouce efface ma larme.
─ Je t'aime. Peu importe ce qui nous attend ces prochains jours, que tu sois désagréable ou tendre, que tu me repousses ou que tu cherches ma présence, je ne te lâcherai pas. Tu n'arriveras pas à m'éloigner de toi.
Il murmure ces derniers mots contre mes lèvres avant de s'en emparer avec tendresse. Très vite, la fougue nous rattrape et ma main libre se glisse sous son T-shirt. Nous nous levons d'un même mouvement et nos corps entrent en contact. Sa langue titille mes lèvres qui lui laissent rapidement le passage. Ses mains courent le long de mon dos avant de venir trouver refuge dans les poches arrières de mon jean. Je suis sur le point de lui retirer son T-shirt...
BIP ! BIP BIP ! BIIIIIIP !
La bouche de Jake quitte la mienne dans un grognement de frustration. Moi je me retiens de rire tant bien que mal.
─ Je crois que la pizza est cuite, dis-je en ouvrant le four.
Je la sors et la dépose sur le plan de travail.
─ Elle peut attendre non ? chuchote Jake en me prenant dans ses bras.
Mais à peine a-t-il dit ça qu'un grondement sonore s'échappe de son estomac.
─ Vraiment ?! demandé-je avec malice.
L'odeur est tellement alléchante que mon propre appétit se fait entendre.
─ Notre gourmandise nous perdra un jour.
... ... ...
La pizza est engloutie en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Je récupère nos assiettes vides et les mets dans le lave-vaisselle.
─ Un dessert ? demandé-je en même temps.
─ J'ai une autre idée en tête.
Je sursaute car il est tout proche. Je ne l'ai pas entendu se lever. Ses bras enserre ma taille et son souffle chaud caresse mon oreille. Je ne bouge pas, ne respire pas. Je me laisse juste aller contre lui.
─ Une autre idée ? dis-je innocemment
Ses lèvres déposent un baiser derrière mon oreille puis il descend à la rencontre de mon cou.
─ Ma chambre, articulé-je avec peine.
Il me libère de son étreinte et je lui prends la main pour le guider vers ma chambre. Il connaît le chemin mais j'ai besoin de sentir ses doigts enlacés aux miens. Arrivés à l'étage, il me plaque contre ma porte de chambre et m'embrasse avec passion. Ma main agrippe la poignée et nous pénétrons dans ma chambre. Nos mains se font baladeuses et même si les gestes de Jake sont plus doux, je ressens tout son désir. Je devine qu'il se retient pour ne pas me faire mal.
Nos lèvres ne se séparent que pour me permettre de lui retirer son T-shirt. Mes mains se posent sur son torse et je plonge mon regard dans le sien. Je peux voir tout le désir que je lui inspire. Mes yeux brillent certainement du même éclat. Ses mains quittent mes fesses et viennent se poser à la limite de mon T-shirt. Son visage se rapproche et nous recommençons à nous embrasser. Mon polo est au-dessus de mon nombril, je me raidis.
─ Arrête. Jake. Stop.
Il se recule brusquement. Je vois dans ses yeux qu'il est inquiet.
─ Quoi ? Je t'ai fait mal ?
─ Non...C'est juste que...
Je tire imperceptiblement sur mon T-shirt, ce que ne manque pas de remarquer Jake.
─ Tu sais, je t'ai déjà vu torse nu.
Je me mordille la lèvre inférieure et inconsciemment, attise un peu plus le désir de Jake.
─ Dis-moi ce qu'il y a s'il te plaît. Parle-moi. Parce que là je me retiens de te sauter dessus et je ne sais même pas pour quoi.
─ Tu m'as déjà vu c'est vrai. Plein de fois même. Mais pas depuis l'agression. J'ai des hématomes sur tout le corps. Je n'arrive même pas à me regarder dans un miroir tellement c'est affreux.
─ Laisse-moi en juger tout seul, me dit-il en emprisonnant mes hanches de ses mains fermes.
Je sais très bien qu'il est impossible de l'en dissuader. Quand il a une idée en tête, il va jusqu'au bout. Je baisse la tête pour ne pas voir le dégoût inévitable dans ses yeux et attends.
Il relève mon T-shirt avec une vitesse excessivement lente. Je lève les bras pour lui faciliter la tâche et bientôt je suis à découvert. Ses doigts courent sur mon flan droit dont la couleur violacée ne laisse aucune place à l'imagination quant à la violence des coups. Puis ses doigts frôlent avec précaution les bleus éparses qui couvrent mon torse.
─ Regarde-moi. Ryder, par pitié regarde-moi.
J'obtempère et relève la tête. Ses yeux ne reflètent pas le dégoût auquel je m'attendais. Au contraire. La flamme qui l'anime depuis le début a redoublé d'intensité.
─ Tu es toujours aussi beau et attirant.
Mes doutes s'envolent. Je lâche prise. Au moins pour cette nuit, je mets mes peurs de côté et glisse mes mains sous sa ceinture. Nous reprenons notre activité comme si de rien était. Nos pantalons disparaissent en un éclair et nous basculons sur mon lit.
Nos corps se cherchent, se découvrent, s'apprivoisent, se charment, se séduisent, s'envoûtent, s'hypnotisent, s'ensorcellent, s'allèchent, se flattent, se domptent, se soumettent. La passion nous emportent, notre désir est enfin assouvi.
... ... ...
Nous restons silencieux dans les bras l'un de l'autre pendant un long moment. Puis la réalité reprend ses droits quand nous entendons une porte claquer en bas. Nous nous redressons d'un même mouvement. Mon regard trouve le réveil qui indique deux heures du matin. Je tends l'oreille, deux voix étouffées me parviennent : mes parents. L'escalier craque ensuite sous leurs pas. Ils passent devant ma porte de chambre, je retiens mon souffle. Rien n'indique que je suis réveillé ou que j'ai actuellement de la compagnie mais l'envie subite de voir si je vais bien de ma mère peut faire basculer cet équilibre instable à tout moment. J'entends leur porte de chambre se refermer et je laisse échapper une expiration bruyante.
─ Je devrais y aller, chuchote Jake. Je...
Je pose un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de continuer.
─ Reste. S'il te plaît.
─ Mais tes parents...
Je sais ce qu'il cherche à me dire. Demain matin, le réveil sera chaotique. D'un côté j'ai hâte de voir la réaction de mes parents face à la présence inattendue de Jake mais en même temps, je redoute cette instant. Toutefois, je suis prêt à prendre le risque. Pour une nuit, je ne veux pas penser aux conséquences de mes choix. Pour une nuit, je le veux rien qu'à moi.
─ Reste.
Cette supplication le fait céder. Son bras entoure ma taille et bientôt le sommeil nous rattrape.
J'attends vos commentaires avec impatience.
Mauvaise nouvelle: vendredi sera l'avant-dernier chapitre.
