Treizième chapitre en ligne ! L'épreuve des ponts commence... Et rien ne sera facile.
Merci à vous de me lire et de me laisser des reviews, cela me fait agréablement plaisir ! Merci particulièrement à Cao pour son retour, et à Shirayuki-san pour la bêta-lecture ! J'espère que ce chapitre vous plaira autant que les précédents !
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et à dans une semaine~
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Chapitre 13
Sifflements
Le sifflement des lances les obligèrent à s'arrêter brusquement. Les planches craquèrent. La lueur rougeâtre de la magie d'Undyne les frôla un court instant avant que les pointes ne s'élèvent du bois sombre du ponton. Mortelles. Heklev ne put s'empêcher de frémir en les voyant, avant de reprendre sa course au côté des deux squelettes. Son cœur battait violemment dans sa poitrine alors que son souffle, difficile, tapissait son palais d'un curieux goût de fer. Elle déglutit. Et força sur ses jambes pour ne pas perdre Sans et Papyrus. Elle ne voulait pas les voir mourir encore une fois, elle-
Une douleur atroce lui transperça soudainement la poitrine, l'arrêtant en pleine course. Le hurlement qui emplit sa gorge se vit noyer par le flot de sang que vomirent ses lèvres. Le rouge s'écrasa sur le sol sous le regard horrifié des monstres. Ses jambes la lâchèrent. Son corps tomba au sol sous la disparition de la lance. Faiblement, elle posa sa main sur le trou béant qui déchiquetait son haut et son torse. Le liquide poisseux et chaud qui s'échappait de la plaie tapit sa paume, ses doigts, emplit ses narines d'une lourde odeur de métal rouillé. Ce fut à peine si elle sentit Sans la prendre contre lui, si elle entendit Papyrus l'appeler, si elle perçu les sanglots terrorisés de Flowey. Sa vision embrumée et rougeoyante ne lui permettait que de voir des gouttes de feu et d'opale scintillantes tomber sur son visage. La douleur se mourrait dans ses membres, laissant la place à une chape de glace qui endormait peu à peu son corps. Sa respiration s'affaiblit peu à peu. Son iris perdit de sa couleur et se teinta d'un voile bien trop pâle.
Elle rouvrit les yeux sur les planches humides, juste à côté de l'étoile de sauvegarde qui brillait toujours tranquillement dans l'obscurité. Le son de la boîte à musique lui parvenait de loin, calmant doucement les battements erratiques de son cœur au sein de sa cage thoracique. Elle n'eut pas le temps de se relever. Des bras squelettiques venaient de la soulever du sol et de la presser entre les torses des deux frères. Elle retint de justesse une crispation de douleur. Tous ses muscles vibraient encore de cette atroce sensation qu'elle avait fini par connaître par cœur. Sa voix s'échappa de ses lèvres. Affaiblie. Pâle. Timide.
- Je suis désolée…
Un sifflement d'agacement s'échappa de la mâchoire de Papyrus. Il la força à le regarder. Les échos rampaient désormais jusqu'à sa mandibule, rendant ses paroles de plus en plus étouffées. Heklev déglutit, la culpabilité s'instillant dans ses veines. Une nouvelle écho venait d'apparaître non loin de son zygomatique gauche. Son cœur se serra.
- CESSE DE DIRE DES BÊTISES HUMAINE. ON DOIT AVANCER.
Elle cligna des yeux alors que la prise de Sans sur son épaule se fit plus forte. Papyrus garda la même expression. Ne laissa rien passer de l'horreur qui l'avait une nouvelle fois saisie lorsqu'il avait vu le corps transpercé de la gamine. D'un geste, il se releva, faisant de même avec son frère et la jeune femme qui mit quelques secondes avant d'être de nouveau stable sur ses jambes. Il haussa un sourcil. Elle s'affaiblissait de plus en plus… À ce rythme, Sans où lui allait être obligé de la prendre dans leurs bras afin de ne pas perdre de temps dans leur fuite. L'ancienne sentinelle n'attendit d'ailleurs pas son ordre pour le faire. Heklev rougit aussitôt, essayant de se défaire de l'étreinte du squelette.
- Sans, je peux-
- Non ma belle, tu ne peux pas. Alors on va faire comme ça, et non, je ne renoncerai pas.
Elle baissa la tête sous la volonté butée qu'elle voyait luire dans le regard du monstre. Sur son épaule, Flowey le remercia silencieusement avant de s'occuper de son amie. Son état l'inquiétait. Les blessures qui auraient dû se guérir lors de la réinitialisation mettaient de plus en plus de temps à se refermer. Oh, certes, ce n'était que durant qu'une ou deux secondes qu'il pouvait voir les chairs de la jeune femme, mais cela était déjà trop. Elle en ressortait plus épuisée, plus fragile que jamais. Et il avait peur. Peur de la voir fermer les yeux et de se retrouver à jamais face à son cadavre. Peur de la voir abandonner sous les lances rouges de cette foutue garde qui ne cessait jamais de les poursuivre.
Et la ronde des lances et de leurs pas saccadés reprit. Toujours la même. Les rires d'Undyne leur servaient de tempo macabre alors que les armes perçaient les planches dans des crépitements de flammes qui glissaient leur sinistre mélodie dans leurs crânes. Heklev se recroquevillait un peu plus contre son porteur à chaque pointe les frôlant de trop près, à chaque souffle brûlant qui venait lécher os, pétales et épiderme. Leur course les mena un peu plus loin que leur précédente tentative. Mais, encore une fois, ce ne fut pas suffisant. Sans et Heklev virent Papyrus se tourner un court instant vers eux. Sans doute afin de vérifier qu'ils allaient bien. Qu'ils s'en sortaient. Ce fut suffisant pour lui masquer l'ombre rouge qui venait de surgir sous ses bottes. Le hurlement de la sentinelle et de la jeune femme s'échappa de leur gorge à l'instant même où le garde se trouva transpercé de part en part. Il eut juste le temps de les regarder avant que d'autres pointes ne viennent finir le travail. Ils virent son squelette se disperser lentement en cendres. Elles brillaient presque sous la sombre lueur qui baignait les lieux, dansant dans les airs avant de flotter vers eux et de s'incruster dans leurs vêtements.
Les larmes d'Heklev se mêlèrent à celles, rougeoyantes, de Sans qui n'arrivait pas à quitter des yeux l'endroit où son petit frère venait de disparaître. Il n'arrivait plus à bouger. Ses jambes refusaient de lui obéir. Malgré la menace d'Undyne qui se faisait de plus en plus insistante. Malgré sa volonté de protéger la petite. Un hurlement de pure haine s'échappa de ses cordes vocales, résonnant dans l'espace vide dans une violence sombre et désespérée. Son œil gauche brûla d'un feu violent, sa magie échappa à son contrôle. Un magma immonde couru dans ses veines, empoisonnant sa conscience, occultant son environnement. Papyrus était mort. PAPYRUS ETAIT MORT !
Tout autour de lui, ses Gaster Blasters se mirent à apparaître, pulsant à l'unisson des sentiments qui détruisaient leur possesseur de l'intérieur. En réponse, le rire d'Undyne se fit plus franc, plus mauvais. Plus présent. De nouvelles lances fondirent sur eux. Au-dessus. En dessous. Les deux magies se fracassèrent dans un grondement de tonnerre. Le goût de la pluie et de l'électricité envahit l'espace, bientôt suivit par les reflets de sang et d'énergie qui couraient sur les planches se cassant sous ces démonstrations de puissance. Sans ne lâcha pas Heklev qui l'appelait en vain. Elle enroula ses bras autour du cou du squelette. Se blottit un peu plus contre lui, œil clos. Ses échos répondaient à celles cachées sous le haut du monstre. Se liaient à elle. La haine de la sentinelle ne tarda pas à envahir les membres tremblants de la jeune femme, faisant naître de nouvelles larmes qui roulèrent sur sa joue. Ses propres colères se mirent à s'embraser sous ce contact dangereux. Son cœur se démena. Se déchiqueta. Sa respiration se fit laborieuse alors que d'étranges pulsions remontaient le long de ses muscles, appuyaient vicieusement sur sa gorge. Son soubresaut passa inaperçu dans le déchaînement de violence qui faisait trembler les ponts au point qu'ils menacent de s'effondrer à tout moment. Elle s'agrippa plus fortement à la sentinelle. Hurla son nom.
Leurs regards se croisèrent. Elle frissonna sous ce qu'elle vit dans l'unique pupille pulsant de magie. L'or et le rubis fondus s'arrêtèrent sur les entrelacs salés de l'améthyste cernée de noir. Leur échange dura à peine une seconde. Une seconde qui suffit à la garde pour les transpercer tous deux de multiples lances. Heklev se cambra contre la sentinelle qui s'effritait en cendre, la laissant tomber sur les planches dans un fracas grinçant. Elle sentit ses os craquer. Sentit son souffle s'échapper de ses poumons. Ses mains se posèrent sur sa gorge. Un liquide chaud venait obstruer ses cordes vocales et l'étouffer. Les vibrations du sol lui indiquèrent le rapprochement de la capitaine de la garde. Elle tourna faiblement la tête. Croisa le sourire malsain de la monstre.
- Échec et mat morveuse.
Elle ne fit rien pour arrêter l'arme qui se ficha dans sa poitrine. Au moins, elle allait retrouver les autres…
Elle rouvrit sa paupière sur l'étoile de sauvegarde et les murmures lointains de la boîte à musique. Les pétales de Flowey apparurent les premiers dans son champ de vision encore trouble. Elle cligna des yeux. Elle n'avait pas remarqué combien les corolles de son ami s'étaient fragilisées. Sa couleur, d'ordinaire si belle et si chaude, était pâlissante, et de nouvelles déchirures étaient apparues au milieu des traces de froissements qui striaient les pétales. Les orbes rouges du bouton d'or stoppèrent son inspection. Elle se figea. Elle n'avait jamais vu la rage qui brillait actuellement dans les entrelacs sanglants de la fleur. Rage qui n'était pas dirigée contre elle, certes, mais qui restait presque fascinante tant sa vibration paraissait dangereuse. Malsaine.
Ses échos frissonnèrent alors que les sentiments qui l'avaient pris à la gorge rampèrent à nouveau sous sa peau. Elle reprit désespérément de l'air. Ferma étroitement sa paupière droite. Elle ne voulait tuer personne, elle ne voulait pas blesser qui que ce soit alors… Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'elle voulait frapper quelqu'un ? Pourquoi est-ce que ces voix menaçantes et rauques surgissaient dans son crâne pour lui murmurer que tout serait si SIMPLE si elle prenait la peine de se saisir d'une arme et de s'en servir ! Undyne ne serait plus un problème. Elle n'aurait plus à voir ses amis mourir sans rien faire. Elle n'aurait plus à mourir. Elle n'aurait plus à se couvrir d'écho. À subir la douleur diffuse qui rongeait ses membres. À entendre ces voix.
- Heklev ?
Sa vision se focalisa de nouveau sur Flowey. Depuis combien de temps était-elle perdue dans ces pensées ? Ses mains tremblaient. Elle avait froid. Trop froid…
- Oy, bichette…
Son regard se raccrocha à Sans. À Papyrus qui, comme à son habitude, se tenait derrière son frère, les sourcils froncés dans une inquiétude sincère. Elle esquissa un sourire. Sourire qui se fissura pour exploser en sanglot lorsque la sentinelle vint lui caresser les cheveux. Des excuses embrouillées s'échappèrent de ses lèvres. Et cette fois, ni Papyrus ni Sans ne purent l'arrêter avant deux ou trois bonnes minutes. Elle refusa de leur expliquer ce qui se passait. Elle n'avait pas envie de leur parler de ces pulsions qui la tiraillaient. Occulta le fait qu'elle avait ressenti la haine de la sentinelle au point de sentir encore ce sentiment s'agiter au plus profond d'elle-même. Ses poings se serrèrent sur la veste du plus petit squelette. Les voix se faisaient de plus en plus insistantes alors qu'ils reprenaient leur course. Heklev gémit, se bouchant les oreilles sous le regard plus qu'inquiet du bouton d'or. Elle voulait que tout cela s'arrête. Que ces timbres sifflants se stoppent. En vain. Chaque mort donnait plus de place à ces syllabes tissées de noirceur. Fragilisait un peu plus son esprit. Mais elle résistait. Encore. Toujours. Parce qu'elle refusait de céder. Peu importe le nombre de fois où une lance lui transpercera le torse. Peu importe le nombre de fois où Undyne l'obligera à réinitialiser. Elle ne la tuera pas. Jamais.
C'était sur cette dernière pensée qu'elle sombra une nouvelle fois dans les ténèbres glacées de la mort. Et, au travers du fracas de voyelles et de consonnes qui assourdissait ses oreilles dans un fracas de haine, une voix lui parvenait. Calme. Douce. Et répétait toujours la même chose.
« N'abandonne pas Heklev. Reste déterminée »
