... Je n'ai pas d'excuuuses ! Rha et puis avec ce que je viens de mettre ca devrait être suffisant ! Profitez les ami(e)s ! :D
Après cette looongue... LOOOONGUE... LONGUE. Attente.
Disclaimer : J'aime les chips aux oignons et à la crème !
Chapitre XIII : Faux espoir.
You let all the girls go
Makes you feel good, don't it?
Behind your Broadway show
I heard a boy say, "Please, don't hurt me"
You've carried on so long
You couldn't stop if you tried it.
You've built your wall so high
That no one could climb it.
But I'm gonna try
Would you let me see beneath your beautiful?
Would you let me see beneath your perfect?
Take it off now, boy, take it off now, boy
I wanna see inside
Would you let me see beneath your beautiful tonight, oh, tonight?
Beneath your beautiful, Labrinth.
Mes yeux s'ouvrirent lentement, doucement, chaque cil se séparant de leurs congénères pour laisser mes pupilles claires se plonger dans la lumière. Une lumière chaude, orangée, douce comme du satin et accueillante comme la plus belle des femmes. Je parcourus le plafond en bois sombre, regardant chaque latte, chaque espace aussi microscopique soit-il, mon cerveau dans les limbes du sommeil se réveillant doucement de son agréable engourdissement.
- Yu ? Réveille-toi mon chéri.
Une femme aux cheveux noirs et aux yeux en amandes s'approcha de moi, sa robe longue et son panier à linges tenu sur le côté par un bras pâle rendant sa figure maternelle encore plus rassurante.
- Tu as fait un cauchemar ? Tu ne te réveilles pas si tôt d'habitude.
- Je n'ai plus sommeil, il fait trop beau pour rester couché.
- Mon petit garçon…
Sa main douce me toucha la joue, caressant, lissant cette peau déjà douce et impeccable. La chaleur qui s'en dégageait me faisait un bien fou, me rassurant comme jamais en ces temps troublés d'avant-guerre. Personne n'était épargné par la tension ambiante en ville, et mes parents faisaient de leurs mieux pour ne pas céder à la colère et la révolte sourde qui deviendrait lentement une futur rébellion générale.
- Je ne suis plus petit, j'ai des muscles maintenant ! Regarde ! Je suis plus un bébé !
La grande main voyagea de ma joue à mon biceps dépourvu de muscles et encore aussi tendre que de la viande fraiche pour caresser la petite peau imberbe.
- Mh, en effet. C'est impressionnant, ton père n'aura plus besoin d'aller voir les parents de ce garçon qui t'embête à l'école, tu pourras t'en sortir tout seul. Mon héros.
Le doux visage de ma mére se couvrit d'un sourire chaud et tendre qui se répercuta sur mon propre sourire. Que je l'aimais. Que je l'aime. Et je l'aimerais. Je ne me voyais pas séparé de la poitrine douce et palpitante de la seule femme de ma vie, de cette main aux longs doigts vernis dans mes cheveux, de ce parfum de lotus imprégnant ses cheveux et emplissant mes narines.
- Maman…
- Maman…
Une toux sèche et un gargouillement étranglé me fit ouvrir mes paupières humides et sales, mes pupilles claires scrutant le bois sales et rongés par les mites au dessus de moi, mon compagnon de chambrée ronflant à mes côtés dans un tas maigre de linges sales.
Mon souffle se perdit tout comme la chaleur dans mon thorax et la sensation de la main de ma mère sur mon visage, le dur retour à la réalité me giflant avec plus de douleur et de violence qu'un coup de matraque dans la nuque. Qu'est-ce qui était pire entre une déshumanisation et des souvenirs presque éveillé, le dernier, assurément.
Mon visage était dur et froid comme du marbre, mon corps maigre et mon bras sale et osseux se découpant sous ma chemise sale. Ou était la peau lisse et moelleuse de mon enfance ? Le visage lumineux et empli de santé dans le miroir ? Nulle part. Je devais arrêter de me faire des illusions, s'il y avait bien quelque chose que je ne retrouverais pas dans cette guerre, c'était la joie que je gardais en permanence dans mon enfance.
Mon buste se redressa autant que faire ce peut sur ma couchette au plafond bas, le bois miteux craquant quand ma main se posa sur ses lattes. La haine sourde qui s'empara de moi était puissante. Angoissante. Effrayante. Un étau d'acier qui emprisonnait mon cœur, tout comme les rails des wagons qui entouraient les camps, comme un serpent rappelant à sa proie qu'il l'étouffe.
J'entendais, les trains. Le souffle saccadé des roues sur les rails, le bruit brinquebalant du fer trop lourd sur des essieux rouillés, le sifflement strident annonçant le passage et l'arrivée de nouveaux déportés. Je me demandais par moment si un traitre allait faire dévier le train pour me ramener dans mon Japon natal, ou dans une ile loin de toute cette horreur. Ou si il allait poursuivre sa route sans me remarquer, pour déverser ses entrailles aux portes d'acier du camp.
« He. He. Der Asiat. Sproß der Mitte wollte ich hinuntergehen. » (He. He. L'asiat'. Pousse toi du milieu, j'aimerais descendre.)
Mes yeux se levèrent pour rencontrer ceux marrons d'un voisin allemand de couchette (ces abrutis emmenait leurs propres congénères dans ce camp pourri, leurs dissidence était assez spectaculaire), au corps charpenté comme un bœuf et avec ses os ressortant pourtant de-ci et de-là, donnant à l'ensemble un aspect assez …
… Comique. Je m'en serais moqué volontiers, si je ne ressemblais pas à un paillasson anorexique.
« Ah… Euh… V… Verzwaille flete. »
Suite à cette excuse, à l'accent assez calamiteux et approximatif je l'avoue, l'allemand me lança un regard perplexe et me bouscula, mon corps aussi robuste qu'une brindille se mangeant le bois de la couchette dans un bruit sourd.
XxX
- HA HA HA !
- Eh, te moque pas, j'ai jamais appris l'allemand, moi.
J'étais adossé contre le grillage avec mon écuelle en main, mangeant sans rechigner le mélange toujours aussi immonde pendant que le Moyashi tentait de ne pas éclater de rire à l'entente de mon anecdote. J'étais dans ce camp depuis maintenant plus de deux mois, si les comptes étaient bons, et ce genre de scène était devenu une habitude.
Se lever au lever du soleil, marcher en rang et en chantant l'hymne allemand au pas, passer à la tonte et sous les doigts des médecins le samedi, travailler jusqu'à midi, manger, travailler, se faire frapper par le Kapo, travailler, regarder la nuit arrivée et tomber de fatigue la nuit venue.
Les Kapos avaient prit l'habitude de nous mettre ensemble, le Moyashi et moi, notre duo étant assez comique sûrement, puisqu'ils ricanaient en nous regardant travailler. Moi boitant sous ma hanche douloureuse, le gosse n'arrivant pas à porter la poutre à cause de son bras. Si un seul faiblissait, les deux tombait tête la première dans la boue et ne pouvait plus se lever sous la douleur intense dans chacun de nos muscles.
C'est qu'ils avaient le sens de l'humour, ces petits cons.
Je me coltinais donc le môme chaque jour, du matin au soir, sous la toilette obligatoire, aux latrines (ouvertes, bien entendu, ce serait trop beau de pouvoir se soulager SEUL), pendant le –excusez mon rire cynique- « repas », même le passage à la tondeuse était avec cet abruti horripilant et aux petits yeux fouineurs.
« A ce que je vois, je ne suis pas le seul à ressembler à un chat sans poil », « Tu as toujours eu ce corps de femme ? », « T'as oublié un peu de poussière, la, tu veux que je te frotte le dos ? ».
J'exagère un peu, mais imaginez vous avoir NON STOP un môme pervers, braillard, ALBINOS à vos basques, commentant chacun de vos actes, chaque paroles, chaque particules de votre corps et de votre air, qu'il respire honteusement. Et bien c'était mon quotidien.
Et je l'avoue, ca me faisait du bien d'avoir quelqu'un à qui parler et une présence, aussi insignifiante et horripilante soit-elle.
- C'est Verzweifelt, qu'il faut dire.
- Verz-veille fèlte.
- … Crache le un peu plus, tu sais, comme le Kapo quand il donne un ordre- AH MAIS ME CRACHE PAS DESSUS T'ES DÉGUEULASSE !
- L'occasion était trop belle, j'ai rêvé de faire ca dés que je t'ai vu.
- Tu refoules en plus, t'es sûr que t'as pris une douche ?
- T'es complètement con, t'es sûr que t'as bien vu ou on était ?
- Dois-je comprendre que tu ne te laves pas ?
- Dois-je conclure que tu es encore plus idiot que t'en as l'air ?
Allen resta muet suite à ma question, une moue vexée au visage, comprenant que même si il aurait répondu, j'aurais trouvé à redire.
- … On a bien une pause, non ? Aujourd'hui les kapos ont une réunion ou un truc du genre ?
- Oui. Enfin, je crois. Pourquoi ? Tu veux prendre ton temps pour me clasher à nouveau ?
Un claquement de langue.
- Je veux te parler. Viens.
- Me parler … ? De quoi ?
- Ferme-là, et suis-moi.
Ma main osseuse prit le poignet mince, nos écuelles en bois contre nous pour ne pas se faire voler, et nos deux corps faussement nonchalant se dirigeant vers les blocs de dortoirs. Je m'étais habitué à cet endroit sordide, depuis le temps, et je connaissais les recoins, les lieux sûrs, les noms et rôles de chaque bâtiment, ce qui m'aidait grandement. De jour comme de nuit.
- Tiens, derrière ce mur. Personne ne nous entendra, ici.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as un soucis ? … Tu as découvert des trucs ?
- Non. C'est … Par rapport aux barbelés. Ceux que j'ai sciés, la dernière fois.
- C'est à cause de ca que t'as ton index ouvert, oui. D'ailleurs on dirait que ca s'infecte, tu devrais-
- Tais-toi. Justement, je ne veux pas être plus blessé que maintenant, et je ne veux pas mourir avant la libération. Fuir n'est plus la bonne solution, je dois être plus fin. Je ne fais plus parti du plan.
Les grands yeux gris me dévisagèrent, choqués.
- Mais… Kanda, on avait fait un accord ! Je détournais les gardes, et tu sciais les barbelés ! Comment tu veux t'enfuir si-
- Tais-toi, je t'ai dis ! T'es pas discret ! Et à quoi bon faire tout ca, si à la fin on meurt comme des cons ? Il vaut mieux attendre qu'une grande masse s'enfuie, pour se glisser parmi elle, non ?
- Mais … Je ne vais pas attendre qu'une bande de…De… d'abrutis décide de partir ! Hors de question que je reste enfermé une seconde de plus ici ! Et tu dois m'aider, Kanda, tout les deux ensemble, tu te souviens ?
J'enlevais les mains qui m'agrippait aux épaules et me secouait. Il n'y avait pas moyen, j'allais me faire tuer si ca continuait comme ca. Comme un chien. Et c'était hors de question. Je ne pouvais pas me permettre de terminer ma vie ici, personne ne m'attendait de l'autre côté, mais l'idée de pousser mon dernier soupir dans cette cage putride me révulsait.
- Arrête d'insister, tu commences à me gaver. J'ai dis stop, c'est comme ca et pas autrement. Trouve-toi un autre pigeo-…
Le blanc dans ma tête. Le gel dans mes veines. Tout me parut futile, incohérent, vague, mais la sensation des mains voletant et encadrant mon visage était, elle, tellement réelle.
Mon corps lourd et mes lèvres figées, en pause dans un monde bien trop rapide, ne parvenait à cerner que le mouvement de lèvres humides et froides de stress.
Des lèvres.
Sur les miennes.
Il était en train de me rouler un patin, une galoche, une pelle, lui, le sale petit enfoiré rachitique.
- NON MAIS T'ES PAS BIEN ?!
- Humph !
La main partit toute seule, giflant et atterrissant dans un claquement sonore sur la chair rose de cet abruti.
- C'est quoi ton problème ?! T'es peut être une tapette, mais c'est pas le cas de tout le monde ici !
- Aouch… T'aurais pu y aller doucement.
- Doucement ?! Doucement ?! On discute et tu m'embrasses, comme ca, tranquillement, c'est quoi qui vas pas dans ta tête ?!
- Désolé, je pensais pas que j'aurais été ton premier baiser. C'était si dégoutant que ca … ?
- Tu me dégoutes, ca oui. Pauvre con.
- … Tu vas quand même m'aider à sortir d'ici ?
Son regard de chien battu, encore. Je lui ai ouvert la lèvre, il saigne, mais ses yeux ne sont pas humides après ce que je lui ai dit. Comment peut-il rester insensible à une telle situation ? Mon corps à moi est bouillant, fébrile, l'adrénaline parcourt mes veines dans un mélange de surprise et de honte. Honte d'embrasser un homme, d'avoir été embrassé par lui. Pour qui me prenait-il ? Sa femme ? Son jouet ?
Il jouait avec mes sentiments depuis le début, je le savais, ce gosse était un manipulateur né. C'est pour ca que je suis resté à ses côtés et que j'ai accepté de l'avoir comme acolyte dans mon plan d'évasion. Il était malin, intelligent, sournois, discret, et sous ses airs d'anges et un cœur d'or, c'était un être perfide. Un peu comme…
- … De la mort aux rats.
- … Hein ? De quoi ?
- … Rien. J'ai perdu la lime, pour les barbelés.
Il sourit. Évidemment, il a eu ce qu'il voulait. Quel abruti je suis. Perdre mes convictions et mon sang froid pour un … Un truc pareil.
- Ne t'en fais pas, je t'en referais une. C'était vraiment si dégoutant que ca ?
- De quoi ?
- Le baiser, imbécile. J'avoue, je suis loin de Jean-Pierre Aumont, mais quand même…
- Loin de qui ?
Il relâcha un long soupir désabusé, une moue amusée se peignant sur ses lèvres.
- Jean-Pierre Aumont. Un acteur français. Et pas mal du tout, dans son premier film. Je l'ai vu au cinéma, quand je suis arrivé en France, et j'ai un énorme faible pour sa voix suav-
- Tu te touches en pensant à lui, quoi.
- … Tu as une façon de dire les choses, tout en finesse et en délicatesse. Pas étonnant que je sois ton premier baiser, tu ne dois pas attirer grand monde avec un tel langage. Il te manque la classe anglaise, le côté gentleman.
- Tu as fini ? J'ai besoin de me soulager, et tu es en train de me tenir la jambe, la.
- L'un n'est pas impossible sans l'autre, tu sais.
Ses yeux pétillant et son nez fin se retroussant doucement, il était clairement en train de se foutre de ma gueule. Et j'avais vraiment besoin d'aller me soulager. … Il a toujours eu cette fossette sur le côté droit de son nez ?
- Bref. Continues de faire de l'esprit, moi, je me casse.
L'un n'est pas impossible sans l'autre … ?
Je me positionnai face à la céramique fendue et rouillée, mon regard scrutant les toiles et les tâches suspectes sur les carreaux microscopiques en haut du mur, l'opacité de la crasse peinant à faire rentrer la lumière. Le ciel me paraissait toujours aussi bas et gris, depuis mon arrivée. Des nuages fins planant au dessus de nos têtes et volant sans s'arrêter, libres et indomptables.
Des nuages. Gris. Les yeux d'Allen étaient comme les soirs d'orages, arrivant doucement et calmement, aussi clair qu'un torrent, et pouvant avoir l'agressivité et la violence d'un cyclone. Est-ce qu'il levait le nez et admirait les cieux comme moi ? Est-ce qu'il était libre et sauvage comme la nature autour de nous ? J'ai souvent eu l'impression en regardant ce môme que rien ne pouvait l'emprisonner. Ni le fer mortel des barbelés, ni la médiocrité de ceux qui nous tabassait. Rien ne l'enchainait, rien ne le souillait.
- Il y a de l'or au plafond pour que tu restes bloqué comme ca l'engin à l'air ?
- … Ta gueule. T'es obligé de me suivre de partout ?
- Quoi, j'ai le droit d'avoir une pause-pipi, moi aussi.
Dieu, ne connaissait-il aucunes des règles tacites passées entre les hommes ?
Ne pas se mettre à côté d'un collègue en pleine vidange, ne pas le regarder, ne pas LA regarder, et- Non mais je rêve ?!
- C'est moi ou tu viens de sourire ?
- Mh ? Pourquoi sourirais-je ?
- On me l'a fait pas à moi, tu viens clairement de sourire après avoir comparé !
- Ce ne serait pas plutôt toi qui complexe ? Et arrête de fixer comme ca, pervers.
- Que- ?! C'est toi qui- Tu sais quoi ? Tu m'as fait passer l'envie.
Je remballai mon paquetage, essuyai mes mains sur mon pantalon, et prit mes clics et mes clacs pour ne plus voir ce pervers dans mon espace personnel et privé. Comment peut-on se moquer de… Oh.
- … Je viens de comprendre.
- De ? Que tu ne devais pas te sentir complexé ? Elle est mignonne, tu sais.
- MAIS ?! T'es un taré ! Un grand malade ! J'veux plus te voir !
- De quoi parlais-tu alors ? Je suis bigrement curieux de savoir.
- De ce que tu as dit tout à l'heure. L'un n'est pas impossible sans l'autre ou je ne sais quoi. Rha, et ne me touche pas avec tes… Mains ! Essuie-les quelque part !
- Tu es long à la détente. Et je l'ai essuient sur toi, payback pour le crachat de tout à l'heure. J'ai deux trois petites choses à faire, à tout à l'heure ! Et pas un mot pour notre petite histoire.
De quelle histoire il parlait ? La lime ? Le … Truc ? Il me prenait pour un abruti à ce point-là ? Être homosexuel dans ce camp, c'était se tirer une triple balle dans le pied. Si tu n'étais pas trop moche, tu finissais dans le lit ou sur le sol des supérieurs, sinon c'était un aller simple direction crématoire, et il semblerait que je l'avais mieux compris que cet imbécile qui brandissait fièrement son triangle rose.
- T'as surtout intérêt à te casser rapidement si tu veux pas que je te pisse dans la bouche, enfoiré.
- Tu es immonde.
- Pas autant que toi et ton « baiser ». J'aurais pu me faire embrasser par un chien que ca aurait été pareil.
- HEIN ?!
Je sortis des latrines, rictus au visage et torse bombé, fier de la moue choquée et gênée de cet abruti.
T'y repenseras à deux fois avant d'embrasser des inconnus, Moyashi.
Le train avançait avec rapidité et fluidité sur les rails, passant entre les collines et les montagnes. Ils étaient dans les alpes depuis maintenant une heure, et Lavi ne pouvait s'empêcher de mémoriser les détails tout autour d'eux.
Lenalee, Allen et lui étaient partis le matin de bonne heure, laissant un temps nécessaire aux adolescents pour se préparer et informer leurs parents –Bookman et Komui- de leurs petit voyage.
Si le vieil antiquaire n'avait pas trouvé grand-chose à redire, et avait été même content de voir son petit fils s'intéressé à autre chose qu'aux donzelles opulentes, Komui avait été un véritable cauchemar.
Il avait menacé Lavi de meurtre, avait tenté de s'ouvrir les veines et pleurait sans discontinuer sur le bar, maudissant les hommes de cette maudite planète pour en vouloir à sa si précieuse et innocente petite sœur.
- … Il n'y a pas à dire, le grand frère de la petite est un sacré personnage. Je ne pensais pas pouvoir être dans la liste des soupirants potentiels.
- Vous savez, tant que vous êtes un homme, ca lui suffit pour péter un boulon. Même en étant homosexuel et en ayant plus de 80 ans.
- Ne me rappelle pas mon âge, s'il te plait, dans ma tête je suis toujours jeune et fringuant, tu sais.
Lavi sourit, lançant un regard à son amie endormie à côté de l'octogénaire, paisible et exténuée.
- Dites, je sais que c'est indiscret mais… C'est vrai, ce qui est marqué dans le livre ?
- Mh ? Qu'as marqué mon cher Kanda pour te troubler ? Si il parle de la fois ou je lui ai mis la tête dans la cuvette pour me venger d'une pique acerbe de sa part, c'est véridique.
- Euh… Non, ce n'est même pas évoqué.
Rire sifflant et amusé de la part d'Allen.
- Évidemment, ca ne me surprend même pas.
- En fait, je parlais du passage ou… Vous… Avez une « relation » avec le Kapo.
- … Oh. Et… Qu'y a-t-il de marqué, plus précisément ? Si Yu peut cacher le fait qu'il a mangé la cuvette il peut aussi … « Enjoliver » les détails.
Lavi se racla la gorge et ouvrit le livre, cherchant les bonnes pages. C'était gênant de rappeler un tel souvenir, parce que si c'était véridique, les raisons poussant un jeune homme à commettre un acte presque désespéré devait être aussi horrible que tout le reste.
- Je… Je vous lis le court passage, et désolé d'avance pour vous rappeler ce genre de choses…
Le silence de l'ainé rajouta une couche importante au malaise qui étreignait l'adolescent.
- Alors.
« L'amour a toujours été pour moi quelque chose de complexe et d'impossible, la perte de ceux que j'aimais après être rentré et ancré dans ma vie me paralysant, l'idée même d'aimer quelqu'un m'apeurant à un niveau dantesque. Mais, l'acte en soit ne m'avait jamais posé problème, l'harmonie des formes et la sensation de ne plus appartenir à un monde sans pitié quelques instants me ravissait toujours au plus haut point.
Pourtant, je n'ai jamais ressenti un tel dégout, une telle honte et un tel sentiment de trahison, qu'en voyant le gosse qui me suivait forniquer avec l'ennemi. Ce n'était rien de plus, rien de moins qu'un défoulement, le Kapo relâchant sa haine et ses pulsions dans des mouvements brutaux et sans douceur. Était-ce agréable à ce point, de se faire prendre comme une vulgaire chienne par un gradé ? Que gagnait-il à la fin ? De la nourriture ? Des soins ? Une protection ?
Ou était le gamin intelligent et fier ? Nulle part. Il m'avait abandonné pour aller dans les bras de notre ennemi juré, d'un allemand, de notre bourreau, pour un peu de pain, ou je ne sais quelle connerie du genre. Qu'il le frappe. Qu'il le fasse crier, si c'est possible de le rendre plus soumis que ce qu'il est maintenant. Qu'il le marque, comme si c'était un bestiau, le meilleur de tout le troupeau, apparemment.
Je n'ai jamais été aussi chamboulé que ce jour ou il m'a été infidèle. »
- …
Allen regardait Lavi sans cligner des yeux, les orbes gris perdus dans un dédale de pensées sans fin.
- … Vous avez vraiment-
- Infidèle ? Je n'ai jamais été infidèle, lui seul me considérait comme sa chose. Et pour le reste, oui, je l'ai fait. J'avais l'attention du plus haut gradé, et en me soumettant j'avais sa protection et de quoi survivre. Sans lui je n'aurais plus de bras, et je serais mort avant la fin de l'hiver. Refuser une telle aubaine, ca aurait été idiot de ma part.
- Mais… Je comprends, votre point de vue, j'aurais fait pareil, mais … Il a mentionné la fois ou vous vous êtes …Enfin… Embrassés, mais plus rien depuis. Et pourtant, vous aviez l'air vraiment proches à ce moment-la, pour qu'il se considère cocu.
- Cocu ? Nous n'avons rien fait de particulier, je l'ai embrassé pour qu'il reste à mes côtés, tout simplement. J'étais désespéré, et je n'avais que lui, dans le camp, je ne pouvais pas le laisser partir, même si ca voulait dire jouer avec ses sentiments. Je le regrette, d'une certaine manière, mais c'était une obligation. Il a peut être été blessé dans sa confiance, dans sa fierté, ou je ne sais quoi. Après tout, je n'ai jamais pu le déchiffrer. Mais…
Allen soupira, se passant une main sur ses yeux fatigués.
- Mais ca ne m'empêche pas de tenir à lui quand même. Il y a eu des choses, entre le moment du baiser, et celle-là, oui. Mais s'il n'en a pas parlé, c'est qu'il voulait garder ca pour lui, et je respecterais son choix. En attendant, j'aurais des comptes à régler, une fois que je l'aurais retrouvé. Me souhaiter ce genre de choses… Quel enflure.
Un long silence suivit l'insulte, les deux hommes n'osant pas se regarder et partir sur un autre sujet. Il s'était donc passé des choses intimes entre les deux garçons dans le camp. En tout cas, plus qu'un simple baiser à la va-vite. Pourquoi Yu Kanda n'en avait pas parlé ?
Il ne rechignait pourtant pas sur les détails. La pudeur ? La honte ? Le déni ?
Le déni. S'il reniait les événements à ce point, il aurait pu disparaître sans recontacter Allen suite à la libération. Il aurait pu refaire sa vie, avoir une famille, faire le manuscrit. Il n'était donc pas en Allemagne, dans un camp, il n'était peut être pas mort. Il pouvait être dans ce train, en ville, et il serait simple comme bonjour de le retrouver.
Bon sang, pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ?!
- Mais pourquoi il n'aurait pas posté la suite ?
- Hein ?
Lavi releva sa tête vers l'ainé. Il avait réalisé depuis longtemps, il faut croire. Il avait eu plus d'une moitié de siècle pour réfléchir la dessus, pas étonnant.
- … On arrive à la gare. Le train ne part que dans une heure, on a le temps de manger un bout et se dégourdir les jambes.
Allen se leva, faisant attention à ne pas brusquer Lenalee qui se réveillait doucement, pour arranger son manteau, tapotant le cuir, et remettre ses cheveux toujours aussi épais en place.
- Je sors en premier, je vous attendrais à l'intérieur. Le temps que la petite se réveille. Tiens, un message de la voisine. Mh. Parfait.
L'ongle blanc fit défiler le message de ladite voisine disant que tout était bon et que le canari allait bien, ainsi que le piano et les fleurs. Il connaissait cette dame depuis bientôt quarante ans, quand elle avait emménagé dans le mât provençal prés de chez lui, et c'était une infirmière en passe de prendre sa retraite. Elle aimait tellement son travail qu'elle y restait, malgré ses soixante-cinq bougies soufflées il n'y a pas si longtemps.
Le portable glissa dans la poche dans un bruit feutré, le « Juillet 2015 » qui se découpait sur le fond d'écran rappelant douloureusement les 70 dernières années qui séparaient Allen de son compagnon et leur dernière étreinte.
- Woaw, c'est incroyable ! Vous avez vraiment eu beaucoup de chance !
Miranda écoutait les bouts d'histoires de son patient, en profitant pour lui faire ses injections et vérifier ses constantes.
- Si vous le dites. J'aurais préféré y passer plutôt que de ressembler à un épouvantail maintenant. Épouvantail anorexique, blanc comme un cul.
- Ah, ca, la malnutrition fait des ravages. Et si vous arrêtiez de vous énervez contre le personnel, vous aurez moins de cheveux blancs si jeune, aussi. D'ailleurs, vous fêtez vos 59 ans la semaine prochaine, si je me souviens bien, non ?
Quatre longs doigts passèrent dans de longues mèches blanches, la peau encore veloutée caressant l'épiderme.
- Le 6 juin, plus précisément. Et je pense que la malnutrition a fait plus de ravages que votre incompétence, sans vouloir être méchant. Vous avez oublié le journal, d'ailleurs.
- Oh, il n'y a rien de bien joyeux, vous savez.
- Encore dans cette satanée guerre, hein… « Guerre froide ». Hin. Je sors d'un conflit mondial et j'en suis réduit à attendre comme un vieux dans un mouroir. J'vais me faire bombarder la gueule, ouais. Aidez moi à me redresser, vos tuyaux m'empêchent de bouger.
Miranda aida Yu à se rasseoir dans son lit, lui attachant les cheveux comme elle en avait l'habitude.
- Voyons, je suis sûr que tout va bien aller. Votre fille vient vous voir aujourd'hui ?
- Je n'en sais absolument rien.
- La dispute de la dernière fois était assez violente, tout de même.
- Mêlez vous de vos oignons. Je suis son père, je vois bien ce qui est mieux pour elle. Et ce qui est sûr, c'est que c'est pas cette espèce de petit branleur fils à papa qui me regarde avec toute la fausse peine du monde dans ses yeux. Il croit qu'il va m'apprendre la vie. Qu'il bouffe de la merde et aille sauter sur une mine, on en reparlera après.
Elle ne put s'empêcher de sourire sous le ton agressif du plus jeune patient de cette maison de repos. Sa fille unique venait de se marier, et elle avait bien vu dans les yeux bleus de ce bel homme la tristesse et le regret de ne pouvoir accompagner son trésor sur l'autel en tuant des yeux le jeune futur marié « branleur et fils à papa ». Le gendre était charismatique, avec de la ressource et pleins aux as grâce au beau-père banquier.
- Un parvenu. Vivement que je puisse me lever, que j'aille lui botter le cul. Non mais. Bon, et vous comptez rester toute la journée ?! Fichez moi le camp !
- Appelez-moi si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas.
- Apporter vos tisanes infectes aux vieux, ce sera plus utile que de me regarder dans le blanc des yeux.
La jeune infirmière roula des yeux et ferma la porte derrière elle, un sourire aux lèvres. Comment lui annoncer la grossesse de la demoiselle ? Enfant d'un parvenu.
Mh. Quoi qu'on en dise, ce futur sexagénaire était un père aimant et serait un grand-père adorable.
- Miranda ?
- J'arrive !
Et elle aurait donné beaucoup pour connaître le garçon qui revenait toujours dans les histoires. Le célèbre Allen Walker. Elle regarda le calendrier et tourna la page pour le remettre au gout du jour.
Le 30 mai 1985.
... :D Je suis fière de moi. J'ai posté un chapitre. Considérez ca comme mon cadeau de Nowel !
Questions, réactions ? - Reviews, MP, je vous répondrais ! Sauf ceux à qui je ne répond pas parce que j'oublie, mais j'oublie rarement.
Je vous remercie tous du fond du cœur pour continuer à me lire malgré le temps de post assez long et calamiteux, mais on ne contrôle pas son inspiration, et je tiens à vous donnez le meilleur !
Bonnes fêtes à tous et bonne année 2016 en avance !
