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CHAPITRE 13
Résumé : Les vacances touchent à leur fin. Pourquoi Emily a-t-elle l'impression que ses relations avec Black sont en train de changer ? Voilà qu'elle lui confie l'une de ses bêtes noires : sa famille. Bah, mieux vaut ne pas y penser. Une nouvelle autrement plus importante risque encore une fois de chambouler sa vie : sur un coup de tête, mademoiselle l'impulsive a affirmé à sa sœur qu'elle se rendrait au bal annuel des Tomson durant les vacances de Pâques. Pas avec n'importe qui, de plus : oui, Black sera bel et bien de la partie. En attendant, elle doit toujours jouer son rôle de petite amie de Black devant des dizaines de filles jalouses, et nul doute que le calme qui semble pour l'instant régner dans les couloirs n'est que le prémisse de la tempête...
- Emily, fais un effort, tout le monde te regarde.
- Je fais des efforts, vois-tu. Mais ce n'est pas de ma faute si un crétin (j'appuyai sur le mot) m'a forcée à venir manger ici.
A côté de moi, le dit crétin se contenta d'engouffrer son énième bouchée de pain, et je grimaçai devant tant de voracité. Face à moi, Lily semblait se faire la même réflexion. A moins qu'elle ne puisse pas supporter d'avoir Potter dans son champ de vision, c'est-à-dire devant elle. Au fait, peut-on savoir pourquoi je me retrouvais entre Potter et Black ?
- Black adoré, peux-tu me dire pourquoi tu mange avec autant de délicatesse qu'un gosse de quatre ans qu'on aurait laissé seul devant son bol de bouillie ?
- Tomson de mon cœur, rétorqua-t-il en tendant la main vers son verre d'eau, peux-tu me dire pourquoi tu parle exactement comme la grand-mère de James ?
- Je...
Ne sachant pas quoi répliquer à ça, je me contentai de grommeler des jurons entre mes dents et de retourner à mon assiette. Autour de moi, les demi-sourires ou les sourires en coin fusaient. Sans les voir, je compris soudain que l'ambiance était en train de changer autour de moi. Avalant ma bouchée aussi vite que je le pus, je relevai la tête, furieuse.
- Quoi, encore ?
- Tu es vraiment adorable quand tu as le bec cloué, me confit Lily avec un grand sourire.
- Tu en as encore un peu, là, me dit Lupin en se penchant par-dessus la table et en avançant la main pour essuyer de sa serviette la trace de sauce que je m'étais faite au coin des lèvres.
- Bas les pattes, répliquai-je, soudain gênée, en repoussant son bras avec violence.
- On peut savoir ce que tu fous, Rémus ?
Black avait l'air à la fois choqué et furieux, ce qui était vraiment étrange. Ma foi, j'avais appris à ne plus chercher à comprendre quoi que ce soit le concernant. Plus important, je sentais les regards chargés de haine des filles aux autres tables, et même celles qui étaient assises aux environs du groupe que nous formions. Tout ça parce que j'avais été traînée de force par une rousse et quatre gogoles ? J'avais à peine eu le temps d'ouvrir la porte de la Grande Salle que j'avais été happée par eux, sous les regards abasourdis de tous et surtout de ceux de ma maison. Voilà qui n'allait pas arranger mes relations avec eux, tiens.
- On peut savoir ce que tu fous, Black ? Je ne t'ai pas demandé d'aide, à ce que je sache.
Prenant soudain conscience de la situation, il laissa retomber son bras et avala d'un trait son verre d'eau.
- Peut-être qu'il est amoureux de toi, qui sait, lança Potter dans le but de faire une bonne blague.
Manque de chance, il ne réussit qu'à tuer à moitié son meilleur ami. En effet, dès qu'il entendit ces paroles, Black s'étrangla avec le restant de son eau et se mit à tousser violemment. Je soupirai. Posant ma fourchette, je me mis à lui taper dans le dos à rythme régulier.
- Là, calme-moi. C'était une blague, d'accord ? Une blague.
- Ne sont-ils pas mignons, tous les deux ?
Lily et Lupin hochèrent la tête en chœur, l'air attendri. Peter, dont je n'ai pas encore parlé, était à côté de Lily et n'entendait rien de la conversation, se contentant de manger le contenu de son assiette à une vitesse surprenante. Minute. J'étais censée comprendre quelque chose ? Je retirai ma main comme si j'avais été brûlée et, de mon autre main, envoyai un coup dans l'épaule de Potter.
- Aïe ! Ça va pas ?
- C'est la deuxième fois que tu me dis cette phrase, Potter. Rappelles-toi qu'à la troisième fois...
Je me craquai les jointures d'un air menaçant et il déglutit. J'entendis par-dessus mon épaule droite le soupir de Black.
- James, ne me dis pas que tu as peur de ce microbe ?
- Le microbe t'a sauvé la vie, immonde cabot.
Soudain, le silence se fit autour de moi, et les quatre garçons me regardèrent d'un œil nouveau, à la fois effrayés et suspicieux. Wow, minute. Fallait-il me considérer en danger de mort ?
- Pourquoi cabot ? me lança Potter d'un ton calme.
- Parce qu'il faut que je me justifie pour insulter ton pote, maintenant ? répliquai-je d'un ton abasourdi.
- Réponds, appuya Black à sa suite.
- S'il te plaît, ajouta Lupin avec un sourire fatigué.
- Mais, je...
Je regardai Lily, cherchant de l'aide de son côté. Peut-être pourrait-elle assommer Potter, qui sait. Mais elle semblait aussi perdue que moi.
- Alors ?
J'haussai les épaules.
- Franchement, tout ça parce que j'apporte un peu de nouveauté à nos relations. Parce que je trouve que ça se rapporte bien à sa personnalité, c'est tout.
Leur air ne changeait pourtant pas, alors je poussai un soupir et montrai Black du doigt.
- Toujours en chaleur, aboyant sans jamais mordre, fatiguant, toujours en train de faire le con, un chien, quoi.
Je n'ai jamais aimé les bestioles quelles qu'elles soient : faut-il le préciser ? Curieusement, ils semblèrent soudain rassurés, sauf Black qui, la vague de soulagement passée, sembla profondément vexé.
- Je ne suis pas toujours en chaleur. Ta description a quelque chose de très péjoratif, je trouve. C'est comme ça que tu traite ton petit ami ?
Ma fourchette m'échappa des mains et tomba dans mon assiette avec un bruit sourd.
- Où est-ce que tu as vu que l'on sortait ensemble, Black ? Je te signale que je fais uniquement ça pour...
Avant même d'avoir terminé ma phrase, je sentis sa main se poser brusquement sur ma bouche afin de me faire taire. Et pour cause : certaines filles buvaient nos paroles depuis le début du repas, à la fois jalouses de moi et surexcitées d'avoir le merveilleux Sirius Black à quelques mètres d'elles. Fort heureusement, elles ne semblèrent pas avoir saisi mes derniers mots. Non, elles se contentèrent de me jeter un énième regard meurtrier en me voyant aussi proche de Black. Génial. Il finit par me lâcher et je me frottai la bouche avec force.
- Tu vas finir par me refiler tes microbes, si ça continue.
- Je me demande combien tu as pu en attraper lors de nos deux baisers, dans ce cas, ricana-t-il en se remettant à manger.
- Je n'entends rien, je n'entends rien, criai-je en me bouchant les oreilles, gênée qu'il me rappelle des souvenir tels que ceux-là.
Lily, qui parlait avec Lupin et envoyait balader Potter qui tentait de lui faire goûter son repas, s'arrêta net. Les deux autres l'imitèrent.
- « Lors de nos deux baisers » ? répéta lentement Potter en passant de Black à moi, puis de moi à Black.
- Vous vous êtes de nouveau embrassés après le bal ? ajouta Lily.
Black et moi nous regardâmes. « Bravo, abruti ! » semblaient lui dire mes yeux, ce qu'il eut l'air de parfaitement déchiffrer, car il sembla prendre soudan conscience du fait qu'ils étaient quatre, trois si Peter n'était pas compté, à pouvoir entendre notre échange. Au fait, j'avais fini par dire la vérité à Lily. D'ailleurs, elle ne fut nullement surprise d'apprendre ça, étant donné qu'elle n'avait jamais cru à une relation entre Black et moi. Sans vouloir me l'avouer, qu'elle le sache m'aidait. Un peu. Disons que sans elle, j'aurais déjà étranglé Black une bonne dizaine de fois. Vu comme ça, c'était plutôt Black qu'elle aidait alors, non ?
- Tu te démerde avec ça, ai-je dis à Black en prenant mes affaires et en faisant mine de me lever.
- Oh que non, rétorqua-t-il en appuyant fortement sur mes épaules, ce qui me fit retomber sur le banc.
- C'est le problème que tu as créé, je te signale.
- Et je te rappelle qu'il faut être deux pour s'embrasser.
- La ferme ! criai-je de nouveau en me bouchant les oreilles pour la seconde fois.
Il eut un sourire victorieux. Il avait enfin trouvé un sujet sur lequel il pouvait me mener par le bout du nez. Il passa son bras autour de ma taille et je me figeai.
- Alors, Tomson de mon cœur, ne crois-tu pas qu'en tant que jeune couple prometteur, nous devrions nous appeler par nos prénoms ?
Je battis des cils et fis mine de me coller à lui. Avec une voix tout droit sortie de la bouche d'une de ses nombreuses greluches, je minaudai :
- Laisse-moi réfléchir... Jamais.
- Et moi qui pensais que tu m'aimais, dit-t-il en faisant trembler sa voix de façon théâtrale.
- Et moi qui pensais finir ma vie avec le prince charmant, répliquai-je en tentant de me libérer de son étreinte afin de me lever, en vain. Comme quoi, la désillusion nous aura touchés tous les deux.
- Allez, puisque tu es aussi gentille avec moi, je ne peux qu'être ton chevalier servant, lança-t-il alors en se levant, ce qui évidemment m'entraîna dans le mouvement puisqu'il me tenait toujours la taille.
Alors que nous traversions la Grande Salle sous les regards des autres élèves, je ne pus m'empêcher de murmurer, furieuse :
- On peut savoir pourquoi tu te donne en spectacle comme ça ?
- Très simple, Tomson chérie. Etant donné ton manque total de coopération en ce qui concerne billets doux, baisers dans le cou ou je ne sais quoi d'autre, il faut que je me débrouille pour que tout le monde sache que malgré le fait que tu m'engueule à longueur de journée, notre relation est belle et bien réelle.
- Réelle, tu parle, sifflai-je alors qu'un groupe de filles me semblait étrangement menaçant. Sauf que dans l'histoire, la seule à vraiment risquer sa vie, c'est moi.
- Allons, ne me dis pas que tu as peur de toutes ces filles ? plaisanta-t-il en refermant la porte de la Grande Salle derrière nous.
Je stoppai mon avancée. Surpris, il s'arrêta à son tour, sans lâcher ma taille.
- Tomson ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Bien sûr que j'ai peur, crétin.
Il me lâcha enfin.
- Tu es sérieuse ?
L'atmosphère était devenue bizarre, tout à coup. J'avais l'impression d'avoir dit une sottise. J'hésitai un instant à répéter ce que je venais de dire ou tout nier en bloc, avant d'opter pour une troisième solution : lui tourner le dos et partir. Oui, mais non. Parce qu'il me suivit. Manifestement, il ne devait avoir que ça à faire.
- Black, nous avons cours. Va voir ailleurs si j'y suis.
- Mais tu es devant moi, Tomson adorée.
- Est-ce que tu peux arrêter avec ces surnoms stupides, s'il te plaît ? Ça me rend nerveuse.
- Tu préfèrerais que je t'appelle Emily ?
- Bien sûr que non.
- Alors tout est réglé, conclut-il. Allez, viens, je t'emmène faire un tour.
Je soupirai.
- Je viens de te dire que nous avons... Black ! Ralentis, Black !
Le crétin venait de me saisir la main et s'était mis à courir dans les couloirs, n'ayant aucune pitié pour mes petites jambes et mon sac de dix kilos sur le dos.
- Black, bon sang, je vais...
Tomber. Tel était le mot que je désirais proférer, mais les faits rattrapèrent ma pensée. Je venais en effet de trébucher et de tomber lourdement sur Black. Fort heureusement, la cloche n'avait pas encore sonné et ce couloir était toujours désert, ce qui fait que nous pûmes rouler sur le sol froid à loisir. Fabuleux. Bref, après quelques secondes qui me parurent des siècles, je pus reprendre le contrôle de mon corps et plus particulièrement de ma pauvre tête qui devait avoir cogné le sol, car je sentais qu'elle bourdonnait.
- Je t'avais bien dis d'arrêter de courir, espèce d'abruti. Pourquoi est-ce que tu ne m'écoutes... jamais.
La fin de ma phrase se perdit dans ma gorge alors que je prenais lentement conscience de ma position. C'était, à peu de choses près, celle que nous avions alors que je tentais, à Pré-au-Lard, de le poursuivre afin de l'assommer. Mais tellement de choses s'étaient passées, depuis cette sortie, que j'avais l'impression que ce n'était pas du tout la même chose. Déjà, j'avais l'impression d'être passée dans un toasteur. A Pré-au-lard, j'aurais été libre de m'en aller et de le planter là, tout seul et pitoyable, dans la poussière. Il se trouvait que là, j'étais coincée, le dos contre le sol et ayant manqué de peu l'écrasement total. Fort heureusement, il avait eu le réflexe de m'éviter de mourir aussi jeune, et s'appuyait sur ses bras afin de ne pas me faire supporter le poids de son corps. Il n'empêche que la distance était très réduite, et que je commençais vraiment à être mal à l'aise. Aucun de nous ne fit le mouvement de se relever, et je sentais mes joues chauffer de plus en plus, sournoisement, sans que je puisse les en empêcher. Pur ma défense, il n'avait pas l'air dans son assiette non plus.
- Black, je...
- Non, c'est pas vrai. Regardez, les filles !
Je m'étranglai et crut mourir lorsque je vis apparaître devant nous les trois filles de tout à l'heure, celles qui m'avaient paru si menaçantes. Si elles ne l'étaient pas à ce moment-là, je gage qu'elles le seront à partir de maintenant. Aussitôt, Black se releva et me tendit la main afin de m'aider à me tenir de nouveau debout. Dès qu'il fut sur pied, les trois filles se jetèrent à son cou avant même qu'il fasse un seul mouvement de fuite.
- Sirius, pourquoi elle ? Pourquoi sortir avec une fille comme elle ? demanda la plus grande, une blonde qui devait être à Serdaigle en vue de son insigne.
- C'est une Serpentard, Sirius, et elle n'est même pas jolie ! ajouta la brune à ses côtés, Poufsouffle.
- Nous qui t'aimons depuis tellement longtemps, bien plus longtemps que toutes les autres, lança la petite brune de Serdaigle.
- Pourquoi, Sirius, pourquoi ? crièrent-elles d'une même voix tandis que le pauvre Black semblait dépassé par les évènements.
Avant même que je puisse m'en empêcher, j'avais déjà fait un pas vers elles.
- Dites donc, les greluches, ça vous ennuierait de me dire les choses en face, au lieu de les déverser dans un torrent de larmes sur Black qui n'en a absolument rien à foutre ?
La plus grande m'administra un regard des plus noirs en se détachant de Black.
- Très bien, puisque tu y tiens. Quelle sorte de philtre d'amour lui as-tu fait boire, pour qu'il accepte de sortir avec un laideron comme toi ?
Elle commença à me pousser, me faisant reculer jusqu'au mur. Black tenta de venir m'aider, en vain : les deux autres filles s'accrochaient à lui comme si elles y avaient été gluées.
- Alors ? Réponds !
- Ça te tue, n'est-ce pas, de ne pas savoir ?
Je n'étais nullement impressionnée par cet élan d'agressivité, ou tout du moins le cachais-je suffisamment bien pour que mon corps donne cette impression. Au fond de moi, j'étais terrifiée. Mais montrer sa peur était le premier pas vers la soumission. Aussi lui fis-je face avec un sourire en coin, les bras croisés.
- Aucun philtre, aucun sortilège. Tu veux savoir pourquoi il m'a choisie ? Mais regarde-toi, regardez-vous, m'adressai-je aux autres filles. Vous le suivez constamment, vous l'épiez, vous vous jetez sur lui comme s'il avait été aimanté. Vous ne comprenez pas qu'il a besoin d'air ?
- Je... Comment oses-tu nous dire ce genre de choses, cracha-t-elle en tentant de me frapper.
Bien qu'elle mesure deux bonnes têtes de plus que moi, je réussis à bloquer son bras. Mon ton se fit glacial.
- Vous êtes pitoyables, toutes les trois. Vous croyez que c'est avec des coups et des insultes que tout vous tombera dans les bras ?
Avant même qu'elle ne réplique, mon ton se fit suave et ma démarche féline tandis que je me dirigeai vers Black toujours encerclé par ses deux gardes du corps.
- Black ne vous aimera jamais, est-ce que vous pouvez le comprendre ? Parce que...
Sans doute furent-elles surprises de ce brusque changement d'attitude, car elles restèrent figées. Je pris alors le bras de Black et, brusquement, le tirai vers moi. Il faillit perdre l'équilibre, mais réussit à se rattraper en s'appuyant sur moi. Parfait : voila qui allait aider ma petite plaidoirie.
- Nous sommes amoureux.
Elles ouvrirent la bouche comme pour dire quelque chose, mais la plus grande, qui devait manifestement être la chef, les arrêta d'un geste de la main. Elle plissa les yeux et m'envoya un regard mauvais avant de tourner les talons et de s'éloigner avec ses sbires.
- Nous nous reverrons, Tomson. Tu ne t'en tireras pas comme ça.
- C'est ça, je vous inviterai à prendre le thé un de ces quatre, gazouillai-je en agitant la main jusqu'à ce qu'elles aient disparues. Bordel, Black, tu ne pouvais pas agir au lieu de rester planté là comme un piquet ?
N'ayant aucune réponse, je me dégageai de son étreinte et reculai d'un pas pour mieux le regarder. Il me fixait d'un air de merlan frit, un mélange de surprise, de choc, d'amusement et d'interrogation. Ça fait beaucoup, tout de même. J'agitai la main devant lui, moitié-furieuse et moitié-inquiète.
- Hem... Black ?
- Tu viens réellement de me sauver ?
- Rectification : je viens de nous sauver. Parce que, vois-tu, j'étais en première ligne pour être massacrée.
- Non, tu viens de me débarrasser des pires groupies de toute l'Histoire de Poudlard !
Avant même que je puisse esquisser un geste, il me prit dans ses bras et me fit tourner dans les airs. Les cheveux soulevés par les courants d'air ainsi créés, j'avais mon habituel air blasé sur le visage et je laissai échapper un soupir.
- Que tu es naïf. Tu crois vraiment qu'elles vont en rester là ?
Il me reposa sur la terre ferme et remit une mèche de cheveux derrière son oreille, une moue surprise mais ravie aux lèvres.
- Tu ne me hurle plus dessus lorsque je te touche, maintenant. C'est un bon point.
J'haussai les épaules.
- Je commence à m'habituer à ta connerie, ton impulsivité et ton manque total de bon sens. Chacun a son propre boulet à traîner, après tout.
Il se rapprocha de moi et se pencha comme pour me dire un secret.
- Serais-tu en train de tomber amoureuse de moi ? me chuchota-t-il d'une voix suave.
Je compris où il voulait me faire aller, et ne me fis pas décontenancer. Je croisais les bras et lançai, comme si de rien n'était :
- Ce n'est pas moi qui ai failli m'étouffer tout à l'heure.
Il se recula aussitôt et détourna les yeux.
- N'est-ce pas, triomphai-je en me rapprochant. Alors, maintenant que j'ai sauvé ta vie, ne peux-tu pas considérer que nous sommes quittes, et annuler notre contrat ?
- Hors de question.
Il était redevenu maître de lui-même.
- Et pourquoi ça ?
- A quoi ça t'avancerais, franchement ?
- Eh bien...
Je baissai la main que j'avais levée, en proie à un mauvais pressentiment, celui de ne trouver aucune excuse. Ce qui, manifestement, était le cas. Merde.
- Parce que je veux terminer ma scolarité en un seul morceau et si possible sans subir de traumatismes, lançai-je, victorieuse d'avoir pu trouver quelque chose à dire.
- Foutaises. Tu sais aussi bien que moi qu'après ce qu'il vient de se passer, ce sera impossible.
- Peut-être, mais...
- Tant que tu resteras avec moi, tu ne risqueras rien.
Je refermai la bouche, l'air stupide. Face à moi, Black avait croisé les bras et me fixait d'un air sérieux.
- C'est donc non.
Je ne savais pas quoi répondre, ce n'était pas l'atmosphère à laquelle je m'étais habituée avec lui. Lui non plus n'avait pas l'air très à l'aise après les paroles qu'il venait de prononcer, car il toussa et me donna un coup dans l'épaule, un sourire narquois aux lèvres.
- Ce n'est pas avec ta corpulence que tu pourrais te défendre contre quoi que ce soit, de toute façon.
- Pardon ? répliquai-je d'un air outré. Puis-je te rappeler qui vient de nous sauver la mise à l'instant ? Et tu dis que je serai en sécurité avec toi ? J'espère que tu plaisante, stupide animal.
Il fit une légère grimace.
- Je ne suis pas habitué à ce que tu me traite d'animal, tu sais.
- Je n'étais pas habituée non plus à entendre tes conneries à longueur de journée, répliquai-je au tac à tac. Ce sera comme moi : tu t'y feras.
- Je pourrais alors te retourner la même chose pour le fait de nous appeler par nos prénoms.
J'agitai la main.
- Ce n'est pas du tout pareil. Et depuis quand contestes-tu mes ordres ?
- Je l'ai toujours fait, rétorqua-t-il en levant un sourcil.
- Exactement. Et il faut que ça cesse ! C'est toi qui a une dette envers moi, maintenant, lançai-je avec délectation.
- Pardon ?
- Tu as très bien compris, Black chéri. Ahh, m'exclamai-je en m'étirant voluptueusement, c'est bon de reprendre les commandes.
Il osa cependant m'interrompre dans mes joyeuses pensées.
- Hem... Tomson ? Je crois que tu délire, là. Sérieusement, l'infirmière t'as fait boire quelque chose ?
Je me retournai et me mit à avancer vers lui d'un pas énergique, le forçant à reculer jusqu'à se retrouver collé au mur.
- Pas du tout, Black adoré. C'est à prendre ou à laisser : je peux toujours aller voir ces filles et leur dire que c'était de la comédie. Au pire, je me fais traiter de mauvaise actrice. Au mieux, tu te retrouveras avec trois greluches en plus pendues à tes bras.
- Tu sais que je peux faire pareil avec Summers, tenta-t-il de me menacer.
- Je sais. Mais si tu le fais, je mets également ma menace à exécution. De plus, je m'arrangerai pour te faire mourir dans les pires souffrances qui soient. Alors ?
J'attendais une réponse claire, nette et précise. De vous à moi, tout n'était que bluff. Qu'il aille voir Summers était beaucoup plus dangereux que la simple annonce de notre « rupture ». Mais j'avais appris qu'avec Black, le seul moyen de parvenir à mes fins était le bluff. Et je crois qu'une fois de plus, cela sembla marcher, car il parut un instant pensif. Mais ma satisfaction fut de courte durée.
- C'est non. Si je vais voir Summers, tu seras fiancée. Qu'ai-je à perdre moi, dans tout ça ?
Pourquoi se révélait-il intelligent dans les instants où, justement, l'intelligence ne devait pas se montrer ?
- Parce que... Black, fais-moi plaisir, arrête de me poser ce genre de question idiote. Si tu en as été réduit à sortir avec moi, c'est qu'elles avaient réussi à t'effrayer, ne serait-ce qu'un peu.
Touché. Il resta un instant silencieux, avant de se reprendre. J'avais l'impression de jouer à un jeu de stratégie où le premier à perdre ses moyens ou à ne rien trouver à répliquer était le perdant. C'était bien ma veine : j'avais toujours été nulle aux échecs.
- Je crois que nous sommes dans une impasse, Tomson, je me trompe ?
La cloche sonna alors, interrompant notre discussion. Il soupira.
- Très bien, j'accepte le marché. Cependant, ajouta-t-il afin de mettre un terme au sourire victorieux qui était en train de s'esquisser sur mes lèvres, je tiens à mettre les choses au clair : tu es, pour un temps indéfini, ma petite amie. Plus question de me repousser quand je viendrai te souffler dans le cou, te prendre par la taille ou tout simplement t'embrasser, conclut-il avec un air angélique en me voyant me décomposer à chaque nouvelle image qu'il me faisait voir.
- Je... crois que je vais encore y réfléchir, finalement.
Il eut un sourire en coin.
- Bien. Puis-je disposer ?
Humiliée de m'être laissée avoir à ce point, je ne répondis pas, me contentant de reculer. Il se dirigea vers sa salle de cours, avant de changer d'avis et de rebrousser chemin. Il embrassa alors son index et le posa sur mes lèvres avant de me faire un clin d'œil.
- Tu auras plus de chance la prochaine fois, Tomson de mon cœur. Après tout, qui ne tente rien n'a rien, comme on dit.
Alors qu'il était au bout du couloir, je secouai la tête et courrai vers lui. M'arrêtant au milieu du couloir, je me mis à crier.
- Je te déteste, Black, tu m'entends ?
Je ne distinguai que son éclat de rire avant qu'il disparaisse dans l'obscurité. Quelle honte. Pour moi, s'entend. Je venais de me faire lamentablement piéger comme une débutante. Grommelant des paroles sans sens, je récupérai mon sac et me mis à la recherche de ma salle de classe. Qu'avais-je aujourd'hui ? Merde, j'avais oublié. Et la cloche qui avait sonné. J'accélérai le pas et me retrouvai au deuxième étage, lorsque je percutai un dos de plein fouet. Je portai la main à mon nez, sentant mes yeux s'emplir de ces petites larmes qui vous viennent immanquablement après une douleur vive.
- Merde, vous ne pouvez pas faire attention quand vous allez en... cours...
Le reste de ma phrase se perdit dans ma gorge alors que celui à qui appartenait le dit dos se retournait. Il eut un sourire au coin des lèvres.
- Tomson, quel hasard. Je croyais t'avoir perdue, après toutes ces péripéties. Black va bien ?
Je ne répondis pas, me contentant de remettre mon sac sur l'épaule et d'esquisser un geste pour m'en aller. J'avais décidé de l'éviter et de me faire oublier, et c'était pour cette raison qu'il était relativement absent ces temps-ci : je m'arrangeais pour ne jamais le croiser, ni dans la salle commune ni lors des repas. Manque de chance, aujourd'hui, le ciel devait être contre moi. Mais il me bloqua le passage et s'appuya négligemment contre le mur.
- Je ne t'ai pas beaucoup vue, ces temps-ci. Dois-je en conclure que tu m'évite ?
- Oh, Summers, que tu es intelligent, gazouillai-je en joignant les mains dans une attitude de vénération. Je t'ai donné la preuve que tu attendais, tu ne peux pas me foutre la paix ?
Il leva un sourcil.
- C'est ce que je fais, vois-tu. Personnellement, ce genre de malentendus me fatigue au plus haut point.
- Je ne comprends pas de quoi tu parle.
Son sourire s'agrandit et il se pencha vers moi, me faisant reculer.
- C'est pourtant très simple, Tomson. Je te laisse t'amuser avec ton Maraudeur autant de temps que tu voudras. Tu l'amènes au bal organisé par tes parents, non ?
- Que... Qui t'as dit ça ?
- Ta sœur. Qui d'autre ?
Oh, l'ignoble petit scorpion. Je serrai les poings. Son sourire dévoila ses canines légèrement proéminentes qui lui donnaient un air presque menaçant. Je frissonnai.
- Je ne suis pas un monstre, n'est-ce pas ? J'ai hâte de voir comment tu expliqueras tout ceci à tes parents, ma chérie. Il me suffit d'attendre, et d'observer. Tu ne fais que retarder l'inévitable, après tout. Je serai bien mal avisé de ne pas te laisser profiter de tes derniers instants de liberté.
Il me déposa alors un baiser au coin des lèvres et reprit sa route en me laissant plantée là dans le couloir désert. Retarder l'inévitable ? Que voulait-il dire par là ? J'avais un mauvais pressentiment, tout à coup. Puis soudain, je regardai ma montre et laissai échapper un retentissant juron qui résonna jusqu'au bout du couloir. J'étais en retard. Très en retard. Je me mis à courir, mais je trébuchai et laissai tomber mon sac. Bon sang, c'était bien le moment. Je le ramassai et me portai dans mes bras, ne prenant pas le temps de le remettre sur mon épaule. Il me cachait à moitié la vue, mais peu importe, il fallait que je trouve cette foutue salle de classe.
Peut-être aurais-je du prendre le temps de le porter autrement, finalement.
Je ne vis pas les escaliers face à moi. Immanquablement, je ratai la première marche et tombai sans pouvoir me rattraper à la moindre petite chose se trouvant sur mon chemin. Je lâchai cependant mon sac qui tomba au bas des marches avant moi. Mais je le rejoignis vite, assommée. Tous mes membres me faisaient souffrir à un point que les larmes me vinrent aux yeux.
- Comme je vous le disais, Minerva, la prochaine réunion des professeurs devraient se faire ailleurs que... Merlin, qu'est-ce donc que ceci ?
- C'est une élève, Horace. Allez chercher l'infirmière immédiatement !
Ce fut la dernière chose que j'entendis avant de sombrer dans une sorte de trou noir qui m'emporta sans que j'y oppose la moindre résistance.
- Peter dit qu'il ne pourra pas nous accompagner, cette fois. Il est collé avec Slugorn et il a déjà épuisé toutes les excuses bidon pour s'échapper avant la fin.
Je battis des paupières avec difficulté. Des voix me parvenaient aux oreilles sans que je distingue réellement leur contenu, et les rideaux tirés autour de mon lit m'empêchaient de toute façon de voir à qui je devais mon réveil inopiné. L'infirmière avait dû me faire boire une potion de sommeil car je ne me souvenais plus de rien et, avec la douleur, je n'aurais pas pu m'endormir aussi facilement. Je relevai la tête et réprimai une grimace : j'avais l'impression d'être passée sous un rouleau compresseur. La conversation se poursuivit tandis que mes oreilles assimilaient les paroles et comprenaient qui en étaient les participants.
- Merde ! Sirius, tu crois que tu pourrais prendre sa place ou pas ? Je me méfie de ma capacité à atteindre les racines.
- Je crois qu'on n'a pas le choix, non ? Mais ne vous inquiétez pas, ça devrait bien se passer. Il suffit que je sois relativement attentif aux branches tueuses.
- Ce n'est pas le moment de plaisanter, Pat'. Rémus, ça te convient ?
La voix fatiguée de Lupin se fit alors entendre.
- Comme a dit Sirius, je crois qu'on n'a pas le choix. Je suis désolé de vous faire subir ça, les gars.
- Arrête un peu, Lunard, tu sais bien qu'on sera toujours là pour toi. Sirius, tu as vérifié si quelqu'un pouvait nous entendre ?
- Relax James, il n'y a personne. L'infirmière est dans son bureau, et c'est la fin des cours, tout le monde est rentré dans son dortoir. Tu te sens prêt pour demain, Lunard ?
- Comme à chaque pleine lune, Sirius.
- Allons, ne prends pas cet air dépressif, mon Rémus. Si on prend le problème à 180°, tu es une grosse boule de poil avec des dents un peu trop tranchantes, voilà tout.
- Sirius... Tu as bu ?
- Mais aide-moi un peu, au lieu de m'enfoncer ! Rémus va finir par nous faire une dépression, ce n'est pourtant pas de sa faute s'il a été mordu !
- Je crois qu'on va te laisser, Rémus, lança Potter en prenant manifestement Black par le bras car celui-ci fit entendre des phrases de protestation. Repose-toi avant demain soir, rendez-vous où tu sais. Avance, Sirius, si tu ne veux pas que je te mette un coup de pied aux fesses.
- Essayes tiens !
Ils se chamaillèrent encore jusqu'à la porte du l'infirmerie, jusqu'à ce que je n'entende plus aucun bruit, mis à part la respiration silencieuse du dernier des Maraudeurs. Leurs mots se tournaient et se retournaient dans ma tête, j'assimilai lentement ce que je venais de surprendre malgré moi et, lentement, tous les éléments s'associèrent et me firent arriver à ce résultat consternant. Je portai la main à ma bouche afin d'étouffer mon cri.
Rémus était... un loup-garou ?
