Bonjour,
Comme d'habitude, un grand merci à toutes les personnes qui suivent cette histoire, et surtout à tous ceux qui laissent des reviews.
Voici un nouveau chapitre pour vous.
Bonne lecture,
Perhentian
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Chapitre 13 – Mars 1999
Hermione passa une assez mauvaise nuit. Certes elle se sentait en sécurité, mais elle avait beaucoup d'autres raisons d'angoisser. Son avenir proche. La possibilité que le seigneur des ténèbres la retrouve. La constatation que sa vie ne serait plus jamais normale. La sécurité de ses parents. La bonne foi des résistants. Tout ces sujets avaient hanté ses cauchemars.
Aussi lorsque le lendemain matin elle entendit quelqu'un frapper à la porte de sa chambre, elle était depuis longtemps réveillée, et elle donna immédiatement son accord. Un jeune homme brun avec des lunettes, d'à peu près son âge, se glissa dans la chambre. Il semblait amène et portait dans ses mains une assiette avec des toasts et quelques bouts de bacon qui sentaient divinement bon. Avant même qu'il ne parle, elle reconnut sa magie, vive et puissante, et elle fut étonnée de voir qu'il était aussi jeune.
– Bonjour, moi c'est Harry, se présenta-t-il.
Il lui souriait et la regardait droit dans les yeux, et Hermione se noya presque dans le vert intense de son regard.
– Hermione, répondit-elle par politesse, tout en sachant qu'il le savait déjà.
D'un mouvement de baguette le jeune homme fit venir à lui la table de chevet et la transforma en une petite table bancale sur laquelle il posa l'assiette, avant de venir s'asseoir à côté d'elle sur le lit.
– Désolé, je ne suis pas terrible en métamorphose, fit-il en souriant toujours.
– C'est ton mouvement de baguette qui est mauvais, fit Hermione. Il faut qu'il soit beaucoup plus sec sur la fin, comme expliqué dans « Théories de la métamorphose transsubstantielle ».
Harry la regarda d'un air perplexe et Hermione se rendit compte de l'impolitesse de sa remarque.
– Désolée, fit-elle. Je ne voulais pas être agressive.
– Pas grave, fit le garçon. Où est-ce que tu as bien pu lire ce livre ? Je croyais que tu ne connaissais pas le monde magique avant ton enlèvement.
– Non effectivement. C'est le seigneur des ténèbres qui m'a donné ce livre à lire.
Harry la regarda étrangement, et Hermione lui sourit d'un air contrit. Elle-même ne comprenait pas vraiment pourquoi le seigneur des ténèbres avait pris la peine de la garder en vie après la dissolution de sa barrière.
– J'avais oublié qu'il t'entrainait. J'ai du mal à concevoir le seigneur des ténèbres interagir autrement qu'en lançant des Doloris, fit Harry avec ressentiment.
– Cela reste l'un de ses moyens de communication favoris, répondit Hermione.
En un instant tous les pires souvenirs de sa captivité revinrent en force dans son esprit et elle ne put réprimer un frisson. Instinctivement elle ramena ses bras autour d'elle, avant de se secouer et de chasser résolument ces souvenirs.
– Pourquoi tout le monde appelle le seigneur des ténèbres ainsi ? demanda-t-elle. Je veux dire, il a bien un nom, non ?
Le jeune homme devant elle poussa un soupir.
– Il a un nom, mais il y a un Tabou dessus, répondit Harry. Dès que quelqu'un prononce son nom, la police magique débarque dans les secondes qui suivent.
– Si ce n'est pas possible de le dire, peut-être pourrais-tu me l'écrire ? demanda Hermione.
Harry acquiesça, et fit apparaître un parchemin et une plume d'un mouvement de baguette. Lorsqu'il lui tendit le parchemin, Hermione l'attrapa avec avidité.
« Lord Voldemort »
Le nom ne la surprit pas. Il allait étrangement bien au seigneur des ténèbres, tout à fait en accord avec son ego démesuré et sa volonté de tout contrôler.
– C'est un pseudonyme n'est-ce pas ? Cela vient du français.
– Effectivement.
– Et son vrai nom ?
– Personne ne sait, répondit Harry en haussant les épaules.
Il avait répondu un peu vite et Hermione le regarda avec suspicion.
– Comment cela personne ne sait ? demanda-t-elle. Il n'est pas apparu de nulle part tout de même ? Il doit avoir quoi, un peu plus de la trentaine ? Des personnes ont bien dû le connaître lorsqu'il était enfant !
Elle s'imagina un instant un enfant de six sept ans, d'une beauté à couper le souffle, avec un regard aussi sérieux et froid que la glace et cette image la mit particulièrement mal à l'aise.
– Tu ne devrais pas te fier à son apparence physique, répondit Harry. Il en a changé plusieurs fois au cours de sa vie. Lorsqu'il a commencé sa montée au pouvoir à la fin des années 60 il ne ressemblait que peu à un être humain.
– A la fin des années 60 ? répéta Hermione. Mais c'était il y 30 ans ! Ça veut dire qu'il a quoi, au moins 60 ans ?
– Au moins oui. Il a commencé à apparaître sous son apparence actuelle un peu avant sa prise de pouvoir en 87, mais nous pensons que ce n'est qu'une illusion. Il y a des pays qui sont tombés sous sa domination simplement parce qu'il était l'image parfaite du sorcier : beau, puissant, intelligent, compléta Harry avec ironie.
Hermione devait avoir un regard incrédule, parce que Harry rigola légèrement. Étrangement elle n'avait jamais imaginé que les sorciers puissent changer leur apparence. Elle se sentit particulièrement frustrée d'avoir encore autant de choses à apprendre. D'être toujours aussi ignorante. Elle avait des milliers de questions qui se bousculaient dans sa tête, et elle décida d'attaquer sur un sujet qui l'avait rendue particulièrement envieuse la veille.
– Tu as été à l'école de magie toi ? Poudlard c'est bien cela ?
– Poudlard oui. J'y suis allé et j'en suis sorti l'année dernière.
– Tu es un sang pur du coup ?
– Non, soupira Harry. Sang-mêlé et traître à mon sang. J'ai le droit d'avoir une baguette, mais au moindre faux pas j'aurais pu être exclu de Poudlard. Et je suis obligé en dehors de ces murs d'afficher tout mon soutien au régime en place.
Il fit une grimace enfantine et Hermione sourit. La légèreté d'Harry lui faisait un bien fou. Elle se sentait étrangement bien, dans cette ambiance chaleureuse et conviviale, à cent lieues de ce qu'elle avait connu dans le château du seigneur des ténèbres - Voldemort. Elle savait qu'elle ne s'était pas sentie aussi à l'aise depuis des mois, et elle avait véritablement l'impression de revivre.
– Sang-mêlé cela veut dire quoi ? L'un de tes parents n'est pas un sorcier ? demanda-t-elle finalement.
– Ma mère était née-moldue.
– Était ?
– Elle est morte, répondit sèchement Harry en remontant ses lunettes sur son nez.
– Je suis désolée, fit précipitamment Hermione. Je ne voulais pas manquer de tact.
– Ce n'est pas grave.
Harry eut un air triste avant de se reprendre.
– Viens, allons dans le salon, ce sera plus confortable pour discuter.
– Je croyais que j'étais consignée dans cette chambre ? fit Hermione avec surprise.
– La sécurité de la maison a été renforcée hier soir pour que tu ne puisses pas en sortir. Tu peux dès maintenant circuler au rez-de-chaussée, et dans cette chambre.
– Très bien, merci beaucoup, répondit Hermione avec un grand sourire.
Harry se leva, repris le plateau et se dirigea vers la porte. Hermione se redressa aussi et alla rapidement ouvrir la porte pour l'aider. Il la remercia d'un signe de tête, puis il lui fit descendre un escalier avant de lui indiquer une porte sur la droite.
– Le salon est juste là, vas-y, je passe vite fait à la cuisine, fit Harry.
Hermione acquiesça, et entra dans le salon. C'était une vaste pièce, avec une cheminée, quelques fauteuils et une longue bibliothèque le long d'un mur. La pièce faisait assez vide, et les étagères de la bibliothèque étaient loin d'être pleines. Cependant, c'est vers elles qu'Hermione se dirigea. Elle n'osa pas prendre les livres, et se contenta d'en lire les titres sur la tranche. Lorsque Harry revint elle se tourna vers lui.
– C'est chez toi ici ? demanda-t-elle.
– Chez moi et chez Ron, qui était là hier aussi. C'est l'ancienne maison de mes parents. La plupart de ce qu'il y avait dedans a été confisqué.
– Confisqué ? demanda Hermione.
Harry la regarda avec amertume.
– Mes parents étaient des opposants affichés du seigneur des ténèbres. Ils sont morts dans la dernière bataille avant sa prise de pouvoir. Tous les biens ont été figés jusqu'à mes 17 ans, et les mangemorts en ont profité pour récupérer tout ce qui avait un tant soit peu de valeur. Mais j'ai tout de même pu récupérer la maison elle-même à ma majorité.
– ça n'a pas dû être facile, fit Hermione avec compassion.
Elle se sentait mal pour Harry qui était devenu orphelin aussi jeune, et qui en plus vivait depuis dans un monde gouverné par l'assassin de ses parents. Mais Harry balaya son commentaire d'un haussement d'épaule.
– Mon parrain m'a recueilli, mais il a participé à un attentat quelques mois plus tard et il a dû quitter le pays pour ne pas se faire arrêter. Après cela, c'est la famille de Ron qui m'a pris en charge. On a grandi avec pour instruction de se tenir à carreau. Avec nos amis et nos connaissances, on s'est tous promis de tenir jusqu'à la fin de Poudlard, pour avoir le droit de garder notre baguette magique après. Mais maintenant qu'on est sortis, on a décidé qu'il était plus que temps de faire quelque chose.
– Comment est-ce que je peux vous aider ? demanda Hermione.
– Je ne sais pas vraiment, répondit Harry. Nous jonglons tous entre notre travail et des missions pour la résistance. Mais si tu t'es échappée de l'emprise du seigneur des ténèbres, tu ne peux pas vraiment sortir à découvert.
Hermione fronça les sourcils un instant.
– Il me semblait que tu avais dit qu'il était possible de changer son apparence. Ou en tout cas que le seigneur des ténèbres l'avait fait ?
– Le seigneur des ténèbres l'as fait, mais le seigneur des ténèbres maitrise des magies que personne d'autre ne connait, répondit Harry visiblement à contre-cœur.
D'un certain côté cela rassurait Hermione. Elle avait la confirmation que les pouvoirs du seigneur des ténèbres n'avaient rien de commun, et que ce n'était pas simplement elle qui était en dessous de tout. Mais d'un autre côté, comment pouvaient-ils lutter contre lui dans ce cas ?
– Il y a des techniques pour se transformer temporairement, comme le polynectar, que nous utilisons d'ailleurs régulièrement pour que les plus suspectés d'entre nous soient vus à des endroits stratégiques pendant les attaques. Mais la durée est souvent limitée, et certains endroits comportent des protections contre ces subterfuges.
– Mais je pourrai tout de même vous aider lorsque les actions que vous faites sont de toute façon repréhensibles, pointa Hermione.
Elle ne supportait pas de devoir rester en arrière, alors que d'autres personnes se battaient.
– Je vais peut-être être indélicat, mais j'ai du mal à cerner ton niveau magique, répondit prudemment Harry. Je veux dire si tu ne connais l'existence de la magie que depuis quelques mois…
– Je sais bien, fit Hermione avec une point de tristesse. Mais je veux continuer à apprendre ! Si tu veux bien me laisser accéder à ta bibliothèque bien sûr.
– Oui, sers-toi. Ce qu'il te faudrait c'est des cours pratiques surtout, mais ça va être compliqué de trouver des personnes qui ont du temps. Je dois partir maintenant, mais ce soir je pourrais te montrer deux trois choses.
– Ce serait vraiment bien, merci. Je veux être en mesure de pouvoir me défendre.
– Je ne vais pas pouvoir te rendre ta baguette par contre, continua Harry.
– Cela me parait logique, répondit Hermione.
Elle fit un sourire à Harry, que le jeune homme lui rendit. Il se leva, et s'apprêtait à sortir lorsque Hermione l'interrompit. La conversation légère qu'elle avait eu avec Harry avait éloigné un moment de ses pensées le sentiment d'angoisse qui l'avait étreint toute la nuit, mais le sujet de ses craintes revenait en force avec le départ du jeune homme.
– Harry ? fit-elle.
– Oui ?
– Il y a… je veux dire, est-ce que ce serait possible pour vous de trouver un moyen de protéger mes parents ? Ils ne sont pas sorciers, et Tyler Greengrass sait où j'habite. Je ne voudrais pas qu'ils s'en prennent à eux. En fait je ne sais même pas s'ils vont toujours bien…
– On va essayer de faire quelque chose.
– S'il te plait, je ne veux vraiment pas qu'il leur arrive quelque chose. Je ne sais pas ce que vous pouvez faire magiquement, mais si vous avez un moyen, quel qu'il soit, de les mettre en sécurité rapidement, je vous en serai vraiment très reconnaissante.
– Je vais faire mon possible. Je te tiendrai au courant.
Hermione le remercia et donna l'adresse de la maison de ses parents, ainsi que celle de leur cabinet de dentistes. Elle regarda Harry partir, et se rassit dans un fauteuil et ferma les yeux. Elle espérait de tout son cœur que les résistants puissent faire quelque chose pour ses parents. Elle ne pourrait jamais se le pardonner s'il leur arrivait quelque chose à cause d'elle.
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Voldemort referma ses doigts autour de sa baguette d'if, sa magie pulsant dans sa main, plus que prête à être utilisée. Au regard rapide de Tyler Greengrass juste devant lui, il sut que son ministre avait remarqué son mouvement. Le seigneur des ténèbres était toujours aussi furieux, et Tyler Greengrass, comme beaucoup d'autres, en avait déjà longuement payé les frais.
– Si qui que ce soit affiche un quelconque soutien aux résistants, fais-en un exemple public de l'intransigeance du ministère sur le sujet. La population ne doit en aucun cas les soutenir. Ils doivent être perçu comme des terroristes troublants l'ordre, pas comme un groupe tentant de mettre fin à mon règne.
– Oui maître, répondit Tyler.
– Arrange toi avec Lucius pour qu'il n'y ait pas de conséquence dans les autres pays.
– Ce sera fait maître.
Voldemort hocha la tête, et congédia Tyler d'un geste méprisant. Cependant avant que celui-ci ne passe la porte il le retint.
– Et fais-moi parvenir l'adresse exacte de la famille d'Hermione Granger.
– Oui maître.
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Harry pris la poudre de cheminette et disparu de chez lui. Il devait se rendre à une réunion du cercle le plus restreint de l'ordre du Phénix au Square Grimmaud. En dépit de tous les efforts de Bellatrix Lestrange et des Malefoy, les mangemorts n'avaient jamais pu localiser la maison, fortement protégée par les enchantements de Dumbledore. Encore aujourd'hui, elle servait de lieu de rencontre à la résistance. Lorsqu'il y arriva, Remus Lupin et Minerva McGonagall étaient déjà arrivés.
– Bonjour Harry, fit cette dernière.
– Professeur McGonagall, Remus, salua Harry. Rogue n'est pas encore là ?
– Le professeur Rogue Harry, corrigea machinalement McGonagall.
Soudain, la cheminée s'illumina et tous se tournèrent vers l'entrée du salon, baguettes pointées en avant. Malgré l'inviolabilité du lieu les douze dernières années, ils restaient particulièrement alertes. Ils se détendirent en voyant qu'il s'agissait de Severus Rogue, même si Harry eut brièvement envie de lancer par inadvertance un sortilège vicieux à l'espion.
– Severus, nous ne savions pas si tu pourrais venir, fit Minerva.
– J'ai pu me libérer finalement, à moins que vous ne vouliez plus de ma présence ? fit-il d'une voix doucereuse.
– Tu es le bienvenu Severus, fit Remus d'un ton conciliant.
Severus Rogue jeta un regard haineux à Harry que celui-ci lui rendit avant de s'asseoir autour de la table.
– Vos stupides feux d'artifices ont-ils portés leurs fruits ? demanda Rogue.
– Pas vraiment, répondit Remus qui avait été mis au courant lors de la réunion de l'Ordre la veille.
Tous se tournèrent vers Harry et il soupira, résigné.
– Nous nous sommes fait intercepter par un groupe de mangemorts avant d'avoir atteint Barjow et Beurks, expliqua-t-il d'un ton dépité. Nous avons tenté de les semer, pour finir par finalement nous battre contre eux et les immobiliser. Et ensuite la fenêtre était passée et le coin commençait à grouiller de policiers.
Rogue renifla dédaigneusement.
– C'était de toute façon inutile, fit-il. Je ne vois pas pourquoi le seigneur des ténèbres aurait caché un Horcruxe chez Barjow et Beurks.
– C'était une piste qui en valait bien une autre ! se défendit Harry. Dumbledore parlait de lieux significatifs de sa vie, et « Tom Riddle » y a travaillé pendant plusieurs années.
– Dumbledore a toujours adoré laisser tout le monde dans le flou, persifla Rogue.
– Severus, intervint McGonagall. Ne relançons pas ce débat. Nous avons déjà eu de la chance de pouvoir retrouver une partie de ses notes à Poudlard.
– Tellement bien cachées qu'il nous a fallu dix années pour tomber dessus, renifla Rogue. Et ce n'est pas comme s'il n'avait pas pu nous prévenir de vive voix avant !
Minerve McGonagall soupira, et Harry jeta un regard presque inquiet au directeur de Poudlard. Il semblait particulièrement sur les nerfs. Ordinairement, c'était plutôt Harry qui avait tendance à se plaindre de la faiblesse de leurs pistes et des imprécisions de l'ancien leader de l'Ordre du Phénix. Il réalisa soudainement que leurs actions n'avaient pas dû mettre Voldemort de bonne humeur, et qu'il y avait de grandes chances pour que Rogue se soit fait torturer depuis.
– Si tu es si certain que cela de l'inutilité de la piste Severus, nous allons nous concentrer sur les autres possibilités, fit pacifiquement Remus. Sa famille ? Son enfance ?
– Sa famille, répondit Rogue après quelques instants de réflexion.
– Pour une fois je suis d'accord, intervint Harry. Après tout, il tire une grande fierté d'être le descendant de Serpentard.
– Si même Potter est d'accord, renifla Rogue avec mépris.
Remus et le professeur McGonagall validèrent aussi, mais Harry ne se sentit pas particulièrement mieux. Cela faisait des mois qu'il avait l'impression de nager dans le brouillard concernant ces Horcruxes.
– Comment a réagi le seigneur des ténèbres hier ? demanda McGonagall.
Le visage de Rogue était un masque impassible, mais Harry remarqua le tic nerveux qui agitait un coin de la bouche de l'espion.
– Il était dans une colère noire, avec tout ce que cela implique. Vous allez tous devoir faire preuve de la plus grande discrétion dans les jours qui viennent.
Tous acquiescèrent. Ils ne pouvaient se permettre de se faire prendre. Si ne serait-ce que l'un d'entre eux tombait entre les mains du seigneur des ténèbres, tous les autres tomberaient, et en comparaison du sort que leur réserverait Voldemort, la mort semblait douce. Ils avaient déjà perdu l'un des leurs à Noël, tué par Bellatrix Lestrange lors d'un duel, et le souvenir en était assez douloureux.
– Les communications à l'international vont sûrement être étroitement surveillées aussi, mais une fois que ce sera plus calme Remus, tu pourras informer le cabot que le seigneur des ténèbres s'intéresse de plus en plus à la Chine et au Japon. Peut-être que ses échecs seront moins cuisants là-bas qu'en Russie ?
Harry sentit la colère monter en lui face à l'irrespect de Rogue pour son parrain, et sa mauvaise fois évidente, mais il se retint. Il avait fini par comprendre qu'il ne gagnerait rien à s'opposer à Rogue sur ce sujet.
–William Weasley pourra sûrement se rendre utile aussi, ajouta McGonagall.
Rogue approuva, puis sembla hésiter un instant avant de reprendre la parole.
–Je ne sais pas si l'information à une quelconque importance, mais il semblerait que le seigneur des ténèbres ai pris une élève.
– Hermione Granger ? demanda Harry.
Le regard de Rogue afficha un instant sa surprise.
– Et comment êtes-vous au courant Potter ?
Harry prit quelques instants pour résumer leur rencontre avec Hermione dans l'allée des embrumes.
– Alors elle s'entraînait vraiment avec le seigneur des ténèbres ? demanda Remus.
– Il semblerait, répondit Rogue. Mais je n'ai guère eu l'occasion d'en discuter avec aucun des deux.
– Elle m'a d'ailleurs demandé si nous pouvions faire quelque chose pour ses parents. Ils sont moldus, et elle a peur que le seigneur des ténèbres ne s'en prenne à eux, fit Harry.
– Protéger leur maison ne ferait qu'attirer l'attention sur eux, répondit Rogue.
– Ne serait-ce pas possible de les faire venir vivre à Godric's Hollow ? demanda Harry.
– Malheureusement non Harry, répondit McGonagall. C'est déjà suffisamment risqué que vous logiez mademoiselle Granger.
– Je peux vous proposer une solution, fit Rogue, mais elle risque de ne pas vous plaire. Je peux modifier la mémoire et les pensées de ses parents pour qu'ils quittent le pays au plus vite. Ils partiraient s'installer aux États-Unis par exemple, ou dans n'importe quel autre pays anglophone.
– Hermione m'a donné carte blanche, fit Harry. Du moment qu'ils soient en sécurité rapidement.
– Je m'en occuperai juste après cette réunion.
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Une fois Bellatrix sortie de son bureau, Voldemort porta un regard distrait vers le travail qu'il était en train d'effectuer avant que la situation ne dégénère. Malgré le fait que ce soit le milieu de l'après-midi, il avait simplement envie de prendre un verre de whiskey-pur-feu, ou de cognac des dragons. N'importe quoi de suffisamment fort pour gommer de son esprit la résistance.
Pour la énième fois depuis la veille il se demanda pour quelle raison les résistants avaient causé un tel chaos. Leurs précédentes attaques avaient toujours ciblé l'un de ses mangemorts. Et toujours ceux ayant des esclaves. Là il s'agissait visiblement d'une distraction, mais aucune piste tangible ne laissait entrevoir la vraie raison de leurs attaques. Pas d'attentat sur des mangemorts. Pas de libération de sang-de-bourbes.
Faisant tournoyer paresseusement sa baguette dans sa main, Voldemort décida de s'occuper de l'autre sujet qui avait tendance à rapidement le mettre en colère. Il n'y avait que peu de chances qu'Hermione Granger soit retournée dans sa famille, même lui devait reconnaître qu'elle était sûrement plus maligne que cela, mais à défaut de la trouver là-bas il pourrait toujours se venger de la conduite de la fille sur ses parents.
Il s'apprêtait à transplaner lorsque le tableau gardant l'entrée de son bureau annonça la présence de Lucius, demandant à lui parler d'urgence.
– Qu'il entre, siffla Voldemort en fourchelangue.
Le mangemort blond entra avec précipitation et s'agenouilla avec une déférence particulièrement élevée.
– Parle, ordonna le seigneur des ténèbres avec impatience.
– Maître, il y un article de journal en Espagne qui a fait un éloge des terroristes. Le quartier magique de Grenade est en effervescence.
La baguette d'if cessa de tournoyer entre les doigts du seigneur des ténèbres et l'air de la pièce se fit presque étouffant. Voldemort était arrivé au terme de sa patience. Ils allaient regretter d'avoir ne serait-ce que pu penser qu'il laisserait cela impuni. Il y avait visiblement trop longtemps qu'il n'avait plus montré au monde à quelle point il haïssait l'insubordination. Il fut tenté un instant de se rendre sur place pour simplement raser entièrement la ville, avant de décider que ce ne serait pas assez cruel.
D'un mouvement de baguette Voldemort appela à lui Bellatrix, Rabastan, Rodolphus et Barty. Les quatre mangemorts se matérialisèrent dans le bureau quelques secondes après.
– Nous partons pour l'Espagne, annonça le seigneur des ténèbres d'un voix glaciale. Il semblerait que la ville de Grenade ait souhaité servir d'exemple.
– Oui maître, firent les cinq mangemorts en face de lui.
La fin de la journée dans la ville de Grenade s'annonçait sanglante.
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Hermione était plongée dans un livre lorsque la porte du salon s'ouvrit. Elle fut surprise de voir que ce n'était pas Harry, mais un grand rouquin avec un visage constellé de taches de rousseurs.
– Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il avec sécheresse.
– Heu, désolée, répondit Hermione. Harry m'a dit que je pouvais lire les livres de sa bibliothèque pendant qu'il était absent.
Le rouquin ne répondit rien mais semblait mécontent.
– Je peux m'en aller si je gêne, fit-elle en refermant le livre qu'elle lisait.
– C'est bon, c'est bon, maugréa le rouquin. Harry ne devrait pas tarder. Moi c'est Ron.
– Hermione, mais tu le sais déjà. Tu vis ici avec Harry c'est ça ?
– Oui. Tu fais quoi avec ces bouquins ?
– Je les lis, répondit Hermione avec surprise. Que veux-tu faire d'autre avec des livres ?
Ron se renfrogna visiblement à sa remarque.
– Je demandais simplement ce que tu étais en train de rechercher, corrigea Ron.
– Oh, désolée, répondit Hermione. Je regardais ce qui touche aux duels, mais de manière générale, toutes les branches de la magie m'intéressent. Je trouve tout tellement fascinant ! Cela devait être incroyable d'aller à Poudlard.
– Ouais, enfin il y avait des mauvais côtés aussi. Le cours d'histoire de la magie était d'un ennui tellement mortel que le prof est devenu un fantôme et a continué à enseigner avant même qu'on soit élèves.
– Sérieusement ? demanda Hermione.
– Sérieusement. Et la prof de divination était tellement perchée qu'elle passait son temps à prédire la mort de tout le monde en lisant les feuilles de thé.
– La divination ? Ça marche vraiment ?
– Vu que selon les devoirs que Harry et moi avons rendus nous aurions dû mourir au moins 18 fois avant la fin de notre scolarité je dirais que non.
Hermione éclata de rire et un sourire illumina le visage de Ron. Harry passa une tête dans le salon à ce moment-là.
– Ron, Hermione, bonjour ! fit-il. Hermione, pour tes parents, quelqu'un est en train de s'en occuper. Je crains de ne pas avoir de nouvelles avant quelques jours mais je te tiens au courant du résultat dès que j'en sais plus.
– Merci beaucoup ! répondit Hermione, l'esprit un peu plus léger.
– Je reviens dans un instant.
Il monta à l'étage se débarrasser de ses affaires. Le temps qu'il revienne, Ron faisant semblant de lire l'avenir à Hermione dans une boule de cristal et celle-ci était partagée entre la consternation et l'envie de rire.
– Hermione, tu es toujours d'accord pour qu'on aille évaluer ton niveau ? fit Harry. Ou tu préfères que Ron finisse de te prédire tes quinze prochaines morts ?
– Je pense que je pourrai attendre un peu pour la fin des prédictions de Ron, accepta Hermione avec un sourire pour le rouquin.
– Mon talent n'est vraiment pas reconnu à sa juste valeur, soupira celui-ci tout en les suivant vers la salle de duel au sous-sol.
L'évaluation de son niveau fut aussi frustrante que ce que Hermione avait imaginé. Si Hermione s'était sentie à l'aise au début du duel, elle s'était rapidement rendue compte qu'elle n'avait pas le dessus. Harry ne le lui faisait pas sentir aussi cruellement que Voldemort, mais la différence de niveau était incontestable. Elle se démena pour contrer du mieux possible les sortilèges qu'il lui envoyait, mais finit par se faire toucher par un maléfice d'entrave, qui l'empêcha d'éviter un Expelliarmus. Elle resta du coup bêtement debout sans sa baguette, au bord des larmes devant ce nouvel échec qui lui faisait encore plus mal que ceux face au seigneur des ténèbres.
– C'était vraiment pas mal, fit Harry avec un grand sourire.
Hermione le regarda avec des yeux ronds. C'était la première fois que quelqu'un lui faisait un compliment sur ses compétences magiques et elle se demanda s'il ne disait pas cela simplement pour être aimable.
– Vraiment ? fit-elle avec timidité.
– Tu maitrises bien tes sortilèges, commenta Ron. Il va te falloir de l'entrainement, mais tu as déjà des bonnes bases.
– Oh, merci, mais je suis loin du niveau de Harry, fit humblement Hermione.
– Après quelques mois de pratique je suis étonné que tu te débrouilles aussi bien, répondit Harry. En fait, je pense que tu vas même pouvoir t'entrainer avec les autres. Nous sommes plusieurs à nous réunir souvent pour améliorer nos capacités en duel, ce sera sûrement le mieux pour toi !
Un intense sentiment de joie envahit Hermione, aussitôt suivit par l'appréhension.
– Est-ce que tu pourrais me conseiller quelques livres en attendant ? Je dois absolument me mettre au niveau.
– Oui, bien sûr, répondit Harry. Remontons, je vais t'en indiquer quelques-uns.
Harry, Ron et Hermione remontèrent au salon, et Harry parcourut du regard les étagères, avant de sortir trois livres de défense contre les forces du mal et de les donner à Hermione.
– Ceux-ci devraient être parfaits pour toi, annonça-t-il.
– Merci beaucoup. Est-ce que par hasard tu aurais aussi "Méthodologie de Ptolémée" et "Théorie des flux magiques" ? demanda Hermione.
Elle avait bien sûr laissé les deux livres au château du seigneur des ténèbres et si elle connaissait presque par cœur « Méthodologie de Ptolémée », elle n'avait absolument pas fini de lire « Théorie des flux magiques », ce qui la laissait particulièrement insatisfaite.
– Euh non, jamais entendu parler, répondit Harry. Mais je pourrai demander à d'autres personnes si tu veux.
– Si ça ne gêne pas je veux bien, fit presque timidement Hermione. Ah, et s'il y en a qui expliquent l'occlumencie aussi.
– Tu souhaites apprendre l'occlumencie ? demanda Harry.
– J'aimerai beaucoup oui. Je ne veux plus que le seigneur des ténèbres puisse lire en moi comme dans un livre ouvert !
– Je vais voir ce que je peux faire, fit Harry.
– Bon, ce n'est pas tout ça, mais il est temps d'aller manger, leur rappela Ron.
– Je savais que nous pourrions compter sur toi pour nous le rappeler, répondit Harry avec un fatalisme feint.
Il ne fallut qu'une remarque d'Hermione sur la bonne nourriture pour que Ron se mette à parler de sa mère, puis au fur et à mesure des questions d'Hermione de sa famille toute entière.
– Bill, mon plus grand frère, est briseur de sorts chez Gringotts en Chine. Il évite de trop revenir ici. Quand le seigneur des ténèbres a pris le pouvoir en novembre 1987 il était en sixième année et se dressait clairement contre les mangemorts. Il a profité de la formation de briseurs de sorts pour partir s'installer à l'étranger. D'abord l'Égypte, puis Singapour et maintenant la Chine.
– Briseur de sort c'est quoi ça ? demanda Hermione.
– Un métier assez pointu, les briseurs de sorts cherchent souvent à ensorceler ou désensorceler des lieux ou des objets, précisa Harry. Maintenant que la formation est contrôlée par l'alliance magique, ce n'est plus possible pour les sang-mêlés d'y accéder. Trop subversif selon le gouvernement.
– D'accord, et tes autres frères ils font quoi Ron ?
– Charlie est éleveur de dragons.
– Wouah, ça existe ? C'est incroyable !
– C'est effectivement assez impressionnant. Même pour les sorciers. Percy… hum... Percy travaille comme gratte papier au ministère.
Il s'était renfrogné en disant cela mais continua tout de même.
– Fred et George se sont fait virer de Poudlard. Ils n'ont pas réussi à se tenir suffisamment à carreau. Maintenant ils font des petits boulots par-ci par-là pour trouver de l'argent et en cachette ils inventent pleins de choses très utiles pour la résistance. Et j'ai une petite sœur aussi, Ginny. Elle est encore à Poudlard, en dernière année.
– Et vous vous faites quoi comme boulot ? demanda Hermione à Harry et Ron.
– Moi je fais de la manutention pour la société de balais Nimbus, fit Ron. Je ne voulais pas aller lécher les bottes des mangemorts au ministère.
– Moi ils m'ont forcé à aller faire le larbin au département des mystères, fit Harry.
– Forcé ?
– A la sortie de Poudlard ils font un test de puissance magique, expliqua Ron. Ils préfèrent garder à l'œil ceux qui sont trop puissants, comme Harry.
– Du coup, je suis encore obligé de faire semblant d'être ok avec le régime, d'être heureux de la chance qu'ils me donnent de pouvoir travailler au département des mystères, et d'admirer inconditionnellement le seigneur des ténèbres, compléta Harry avec amertume.
– Ça n'a vraiment pas l'air très drôle le monde magique, commenta Hermione avec une grimace.
Harry et Ron rirent légèrement de sa grimace.
– On va faire en sorte que ce soit de nouveau drôle alors, répondit Ron.
Cela fit rire Hermione, et elle se prit à espérer que ce soit vrai.
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Lord Voldemort contempla le corps sanglant à ses pieds. Adriana Alvarez, la journaliste qui avait osé inciter les foules à se rebeller n'était plus qu'un amas de chair, d'os et de sang.
– Bellatrix, expose son corps à l'Alhambra, ordonna-t-il.
Voldemort vit les yeux de Bellatrix briller de plaisir et il se décala. Son travail ici était fini. L'Espagne ne tenterait plus jamais de se rebeller, et le 7 mars 1999 resterait certainement dans l'histoire comme un jour terrible.
Laissant ses mangemort finir de gérer la situation, Voldemort sortit de la pièce sordide où avait vécu l'insignifiante journaliste et transplana en Angleterre.
Il se matérialise dans une rue moldue tout à fais banale, les maisons alignées les unes à côté des autres. Le dernier quartier de lune éclairait faiblement la rue, complétant l'éclairage électrique. Il était légèrement plus de onze heures du soir et la plupart des lumières des maisons étaient éteintes. Voldemort scruta avec attention les numéros le long de la rue, avant de repérer celui qu'il cherchait.
Calmement, il se dirigea vers la maison. Aucune protection n'était posée dessus, et il s'en trouva quelque peu surpris. Hermione n'avait-elle donc même pas essayé de protéger ses parents ? D'un geste de la main, il fit s'ouvrir la porte d'entrée et pénétra dedans. La maison était particulièrement silencieuse.
– Hominum Revelio, murmura-t-il.
Le résultat fut négatif, et Voldemort lança un charme pour illuminer la pièce. Un grand désordre régnait dans le salon, comme si les parents de la sang-de-bourbe étaient partis dans la précipitation.
– Vestigia Ostendo.
De la magie avait été pratiqué récemment dans cette maison, et Voldemort pulvérisa le mobilier de dépit. D'une façon ou d'une autre, la sang-de-bourbe avait réussi à faire disparaître ses parents à temps. Distraitement, il lança tout de même un sortilège de détection sur la maison – au cas où qui que ce soit y revienne – avant qu'un sourire cruel ne vienne étirer ses lèvres.
Il ne pouvait faire payer aux parents d'Hermione la traitrise de leur fille. Mais il allait tout de même faire en sorte que cette dernière regrette son geste. D'un geste nonchalant, le seigneur des ténèbres leva sa baguette, et la rue explosa tout autour de lui.
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A/N : J'espère que le chapitre vous a plu ! À la semaine prochaine.
