Et voilà, une fois de plus, je vous supplie d'être indulgent(e)s. C'était un chapitre très difficile à écrire. Je laisse votre large imagination agrémenter les scènes de détails sombres et passionnants.

* croise les doigts en tremblant*

Bonne lecture et merci de votre fidélité!


Des volutes de brouillard semblaient isoler les deux combattants du reste du monde. Merlin sentait que la Magie de Morgane luttait non seulement contre la sienne, mais tentait également de l'entourer, de le cerner pour mieux le mater. Une fois de plus, seuls les pensées et les souvenirs sombres remontaient à sa mémoire et l'avenir lui paraissait terne, et triste.

Il se fit violence. Kilgharrah l'avait prévenu. Ce ne serait pas uniquement un combat magique, mais aussi mental. Il lui fallait être fort. Dans ses mains comme dans sa tête. Il repoussa les ombres tournoyantes en s'entourant d'une douce lumière argentée.

Aucun d'eux ne parlait. Nuls mots étaient nécessaires. Ils savaient pourquoi ils étaient là et que le duel n'aurait qu'une seule issue. Aucune parole ne changerait plus rien désormais. Le temps des explications était depuis trop longtemps révolu. Seul le point d'impact de leur deux puissances comptait à présent.

Merlin ramenait à sa mémoire tous les conseils du Dragon. La technique employée par Morgane était exactement celle prédite par son mentor. Mais de l'avoir prévue ne changeait en aucun cas la difficulté de l'épreuve. Le jeune sorcier sentait toute la joie et la paix qu'il avait éprouvé dans sa vie s'échapper. Il ne parvenait pas à revoir les visages des êtres chers à son cœur, ni à réentendre leurs voix. Seule subsistait la Sorcière, dressée dans les ténèbres.

Le tocsin de la cité retentit au loin. Tel un reflexe, la mine contrariée d'Arthur s'imposa à son esprit. Le Roi. Son ami. Sa destinée. Albion. Exalté par une force nouvelle, l'enchanteur contrattaqua et fit chanceler son adversaire. Derrière son ami se tenaient tous les autres, sa mère, Gaius, Gwaine, Guenièvre, son défunt père et les deux dragons. Il n'avait pas le droit de perdre, pas le droit d'abandonner.

Il lui semblait posséder une double vision, il voyait nettement le rictus mauvais de Morgane, en face de lui, dans cette sombre forêt. Mais il était également dans une salle claire, illuminée par la lumière du soleil levant célébrant l'avènement d'un jour nouveau. Dans cette pièce se tenaient tous ceux qu'ils aimaient et devant eux, Freya s'avança doucement. Lui tendant un regard doux et aimant. Elle s'arrêta devant lui et lui caressa la joue.

« Toute ta magie t'a été donnée pour un seul dessein, Merlin. Tu dois lutter jusqu'à tes dernières forces. Je sais que tu en es capable. »

Le sang se mit à couler de son nez, gouttant sur la terre meuble. Des apaisantes paroles de sa bien-aimée surgit une évidence. Toute ta magie… Il allait devoir puiser ses pouvoirs jusqu'au plus profond de lui-même pour triompher.

Tout en maintenant le mortel point de rencontre magique à une distance acceptable, il s'employa à traquer chaque particule magique qu'il possédait. Il fouilla dans chaque cellule de son corps, chaque nerf, chaque goutte de sang. Puis il réunit ce pouvoir colossal en son cœur. Y ajouta la chaleur de l'amour, de l'amitié. Il sentit l'énergie bouillante se déplacer lentement dans ses bras, atteindre ses poignets.

Ses tympans se mirent à saigner et sa vision se troubla. Il devait agir au plus vite.

La Magie d'Emrys atteint ses mains et dans un gémissement, il la laissa s'échapper et se diriger droit vers celle qui avait cru pouvoir vaincre le plus grand des sorciers. Elle ne put en aucun cas stopper la puissante vague magique qui la heurta de plein fouet.

Son hurlement résonnait encore alors qu'elle gisait, inerte, au pied d'un arbre. Merlin tomba à genoux, vidé, le visage taché de son propre sang. Il avait réussi. Camelot était sauvée.

Une silhouette s'accroupit au-dessus de la dépouille de la Sorcière, puis se redressa nerveusement et avança d'un pas, découvrant son visage. Lorsque Merlin reconnut Mordred, il sut que son heure était venue. Il tenta en vain de rappeler sa magie mais rien ne se produisit. Chacun avait ses limites, et le sorcier savait qu'il avait très largement dépassé les siennes.

« Meurtrier… »

La haine, une fois de plus et décidément grande gagnante de cette guerre, venait d'acquérir une nouvelle âme. L'enfant leva le bras et, toujours à genoux, Merlin n'eut d'autres choix que de regarder sa propre fin en face. Quel idiot il avait été, ce n'était pas Morgane qui devait tuer Arthur, depuis le début Kilgharrah lui avait désigner ce jeune garçon comme la perte du Roi. Mais une fois de plus, l'enchanteur n'en avait fait qu'à sa tête et s'était imprudemment isoler. « Erreur fatale »songea-t-il amèrement.

Mordred n'eut guère le temps de murmurer une noire formule qu'une forme ailée se posa précipitamment entre eux et tendit le cou en grognant. Ahuri, le garçon fixa la petite dragonne avec une stupeur sincère. Aithusa avança de quelques pas, fouettant l'air de sa queue en se voulant menaçante. Le jeune druide hésita, incertain. De quoi était capable cette créature? De tous temps, les dragons avaient été craints. Mais il ne savait pas à quel âge ils devenaient une réelle menace. Peut-être l'étaient-il dès la naissance.

Après avoir examiner la situation, il jugea plus prudent de se retirer. Même si Emrys était à sa merci, il trouverait une autre occasion de se venger.

- Tu paieras pour cela, Emrys. Je le jure sur ma vie, Arthur mourra de ma main et je détruirai Camelot sous la pluie de tes larmes.

Il disparut dans les sous-bois et Merlin ne put s'empêcher de lâcher un soupir de soulagement. Comment parvenait-il à se tirer vivant des pires situations? Aithusa se retourna vers lui, toute fière.

- On fait plutôt une belle équipe, hein?

- Je croyais t'avoir dit de rester à la grotte!

- Sans moi tu serais mort! Un merci suffirait!

- Merci. Retourne immédiatement te mettre à l'abri!

La dragonne lui jeta un regard indigné.

- Aithusa c'est un ordre!

La créature s'envola en maugréant des mots semblables à « ingrat » ou encore à « idiot aveugle et puérile ».

Le sorcier se releva, le silence régnait désormais sur toute la forêt, il voulut se rendre à la clairière pour voir l'issue de la bataille mais des craquements le firent sursauter. Au milieu du brouillard, il distinguait des hommes venant dans sa direction. Il laissa un gémissement lui échapper, cela ne finirait donc jamais? Ce ne fut que lorsque qu'il reconnut le blond qui menait le groupe qu'un large sourire s'étira sur son visage, reliant presque ses deux oreilles.

- Arthur!

L'autre fut incapable de répondre, abasourdi. Était-ce vraiment son ami défunt qui se tenait ainsi devant lui, bien vivant? Cela ne pouvait être que sorcellerie. Il était mort sous ses yeux, dans ses bras. La méfiance s'empara de lui, quelqu'un s'amusait à jouer avec son chagrin. Car cela ne pouvait être le véritable Merlin, même si ce sourire béat…ne luit ressemblait que trop.

Le sorcier vit le Roi se poser des questions. En effet, comment lui prouver que c'était bien lui? Il tenta sa chance pour persuader son ami.

- Eh bien, il ne vous aura pas fallu longtemps pour m'oublier! Vous ne me reconnaissez déjà plus?

À la droite d'Arthur, Leon s'approcha avec un air hébété en reconnaissant cette voix. Il allait falloir faire mieux.

- Mais, dites moi, est-ce Georges qui m'a remplacé? Cet embonpoint ne peut avoir qu'une seule cause, de trop lourds déjeuners combinés au manque d'exercice que constitue l'absence d'entrainements à frapper un pauvre et innocent serviteur. Pourquoi vous êtes-vous toujours entêter à me lancer des tasses à la figure alors que moi seul ait réussi à trouver le moyen de vous faire conserver une alimentation raisonnable et un rythme de vie sain tout en vous distrayant à mes heures perdues? Décidément, cela restera un mystère dans l'histoire de l'humanité. Tout comme votre facilité à céder au mutisme dès que quelque chose dépasse votre entendement.

Arthur en resta bouche bée. Une telle tirade ne pouvait avoir qu'un seul auteur. Au diable la raison, la méfiance et la logique. Il ne savait pas comment s'était possible, il ne savait pas comment Merlin avait pu outrepasser la mort. Mais il n'y avait plus aucun doute. C'était lui. Il le sentait au plus profond de son cœur. Son plus loyal ami était de retour.

Cédant à sa joie, le Roi se rua sur son serviteur et le serra dans ses bras de toutes ses forces. L'empêchant presque de respirer. Le tenant ensuite à bout de bras, il s'aperçut qu'il saignait abondamment et vacillait sur ses jambes. Ce ne fut néanmoins que lorsqu'il le serra une nouvelle fois contre lui qu'il vit, un peu plus loin, un corps sans vie.

Il lâcha Merlin et s'approcha doucement du cadavre et ne put retenir un cri en découvrant son identité.

- Tu sais ce qu'il s'est passé, n'est-ce pas? Demanda-t-il à son serviteur.

Lequel, gêné, ne sut que répondre et se contenta de pencher la tête.

- Il semble que tu aie bien des explications à me fournir, Merlin.

L'enchanteur se mordit la lèvres. Comment allait-il se dépêtrer de cette histoire?

- Mais avant, rentrons. Il y a bien des gens qui éprouveront une joie sans borne à ton retour.

Il le pris par les épaules et l'aida à marcher jusqu'à la cité. De façon à ce que seul son ami l'entende, le blond chuchota « je t'en supplie Merlin, ne me fait plus jamais une telle peur. » Et après une pause d'hésitation, il ajouta « tu m'as grandement manqué. »


Verdict? Vais-je finir au bucher? =S