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Chapitre 12

Bureaux du F.B.I.

- Don, je crois qu'on a peut-être quelque chose !

Colby fit irruption dans la salle, visiblement fort excité.

- Quoi ?

Don sauta sur ses pieds et se dirigea vers son adjoint. Enfin quelque chose à se mettre sous la dent ! Ce n'était pas trop tôt. Douze nouvelles heures s'étaient écoulées et ils en étaient au même point. Enfin, pas tout à fait : Charlie était en train de mettre la dernière main au filtrage de la liste des suspects potentiels pour les première explosions, si on s'en tenait à son hypothèse de deux bombers distincts. Mais en attendant, ils ne pouvaient que lancer des sondes tous azimut en espérant rapporter quelque chose.

- Il est possible que l'on aie un témoin.

- QUOI ?

On aurait dit que le vocabulaire de l'agent se résumait soudain à ce mot. Seul le ton sur lequel il le prononçait permettait de faire une différence.

Mike s'avançait à son tour, le visage tendu :

- Mais de quoi tu parles Colby ?

Les deux hommes se tutoyaient déjà, comme d'anciens copains. Ils s'étaient très vite trouvé des atomes crochus. Colby était celui de l'équipe avec lequel Mickaël se sentait le plus à l'aise. David, avec ses manières posées et son maintien sérieux l'intimidait un peu, bien qu'il fasse partie de ces gens fort sûrs d'eux. Quant aux deux agentes, il ne paraissait même pas s'apercevoir de leur présence la plupart du temps, à leur grand dam. Avait-elle donc perdu tout sex-appeal, elles qui étaient habituées à voir les hommes se retourner sur l'équipe de choc et de charme qu'elles formaient ? Nikki avait bien émis l'hypothèse que l'agent de Washington était gay, mais Liz n'en était pas persuadée. Non, il faisait peut-être tout simplement partie de ces mecs pas encore convaincu de l'utilité des femmes dans la police en général, et au F.B.I. en particulier. Et bien si l'agent Mickaël Duddley Spooner était de ce genre là, il allait voir ce qu'il allait voir !

- Apparemment, un voisin de la famille Carpenter a vu un homme entrer chez eux en début d'après-midi ce jour-là.

- Mais pourquoi ne s'est-il pas manifesté plus tôt ? interrogea Don.

- Il l'a aperçu au moment où il fermait la fenêtre de sa chambre parce qu'il partait pour l'aéroport.

- Autrement dit il était absent ces deux derniers jours ?

- Tout à fait et il n'avait aucune idée de ce qui s'était produit.

- Sa famille ne l'a pas tenu au courant ? Bizarre… dit alors Liz. En général ce genre de truc fait le tour des amis et connaissance à la vitesse de la lumière.

- Le besoin de prouver qu'on est là où quelque chose se passe, compléta Nikki.

- Ou tout simplement l'amour des commérages conclut Colby.

- Ou bien le simple voyeurisme malsain devant le malheur des autres, appuya Liz.

- Tiens, ce serait un truc à demander à ton frère, reprit David : à quelle vitesse les ragots se propagent-ils et quelle est la différence de propagation entre une bonne et une mauvaise nouvelle ?

- Ouais, ben mon frère pour le moment il a d'autres chats à fouetter figure-toi. Et nous aussi, contra Don, pas franchement d'humeur badine. Ton témoin, il est fiable ? demanda-t-il à Colby.

- Ecoute, en tout cas il paraît sérieux. Il a appelé dès qu'il est rentré et il n'a pas l'air du genre hystérique ou affabulateur. D'ailleurs il ne devrait pas tarder à arriver.

- Tu l'as convoqué ?

- Oui, je n'aurais pas dû ?

- Si bien sûr. C'est très bien. Si seulement il pouvait enfin nous mettre sur une piste.

- Il ne faut peut-être pas trop rêver, tempéra Mike.

- Je te trouve bien défaitiste, releva alors Nikki, taquine.

- Ecoute, si tu courais, comme moi, depuis cinq ans, aux trousses d'un fantôme meurtrier, tu finirais peut-être aussi par te trouver un brin défaitiste par moment. Chaque fois que j'ai cru que j'allais l'approcher, il a réussi à se défiler. Et les rares fois où j'ai pensé avoir un angle d'attaque, je me suis ramassé. Alors oui, je suis peut-être un peu plus prudent maintenant. Défaitiste si ça te fait plaisir, je dirais : moins enclin à m'enthousiasmer pour une peccadille.

- Je ne suis pas sûr qu'un témoignage potentiel soit ce qu'on peut appeler une peccadille, contra Colby, comme vexé que l'agent semble mettre en doute l'importance des éléments qu'il apportait, minimisant ainsi sa contribution au travail commun.

- Encore faut-il qu'il ne soit pas fantaisiste.

- Je ne pense pas que, s'il s'agissait d'un fantaisiste, il prendrait la peine de se déplacer ici, dit alors David.

- C'est vrai, ajouta Nikki. Il s'agit tout de même d'un quintuple meurtre, sans compter la mort de la grand-mère. Alors je ne pense pas qu'il prendrait le risque d'être accusé d'obstruction à la justice.

- Exact, appuya à son tour Liz. Les affabulateurs en général nous attendent sur place et se font connaître très vite, pas deux jours après et pas dans ces conditions.

- D'accord, d'accord, abdiqua Mike en levant les mains à hauteur du visage en signe de reddition. Je vois que tout le monde est contre moi. Et toi Don ? ajouta-t-il en se tournant vers le seul l'homme dont finalement la réaction lui importait.

- Je pense que nous n'avons strictement rien à perdre à écouter ce que ce type a à dire. De toute façon on n'a rien d'autre alors…

- O.K. Et bien écoutons notre mystérieux témoin, déclara alors Mickaël. Il arrive quand ?

- D'ici une petite heure.

- Bon, et bien alors on en saura plus dans une heure, conclut Don. En attendant…

A ce moment-là la porte de l'ascenseur s'ouvrit et Charlie en sortit. Il se dirigea rapidement vers le groupe.

- Charlie ? Tu as quelque chose pour nous ?

- Non, pas vraiment. En fait je venais voir si VOUS vous aviez quelque chose pour moi. Est-ce que mon crible a donné quelque chose, enfin ?

- Rien de bien précis encore, lui répondit Liz qui supervisait cet aspect de l'enquête, mais ça avance. Il a tout de même éliminé un nombre impressionnant de noms. Maintenant il reste tout de même de nombreuses vérifications à effectuer alors…

- Oui, oui, je sais, maugréa le mathématicien en passant une main lasse dans ses cheveux. Je suis désolé de ne pas…

- Arrête Charlie, l'interrompit son frère, tu fais de ton mieux avec ce qu'on te donne. Alors ne commence pas à culpabiliser.

- Et puis, peut-être que notre témoin nous permettra de rétrécir le champ d'investigation.

- Un témoin, quel témoin ? demanda Charlie en relevant brusquement la tête, les yeux brillants de curiosité.

- Apparemment un voisin des Carpenter aurait aperçu un homme s'introduisant chez eux, lui expliqua son frère.

- Et tu penses qu'il pourrait s'agir de notre bomber ?

- Peut-être…

- Ce serait vraiment une coïncidence…, commença Mike.

- Mais la coïncidence est éminemment recevable en mathématiques, contra aussitôt Charlie. Et puis, ce qui serait vraiment improbable, c'est justement que cet homme ne se fasse jamais repérer. Les probabilités pour qu'il ne commette pas d'erreur s'amenuisent au fur et à mesure que ses forfaits se multiplient. Bien sûr, ses erreurs potentielles sont contrebalancées par l'expériences qui augmente et…

- Bon, ben je vais aller voir si le crible a donné quelque chose, dit Liz.

- Je t'accompagne, proposa Nikki.

- Dis donc David, on ne devait pas aller voir ce dossier sur un tueur arrêté en juillet à Norfolk ?

- Maintenant que tu le dis, c'est vrai qu'on aurait déjà dû se pencher dessus.

En quelques secondes, le mathématicien ne trouva plus devant lui que son frère qui le regardait, une lueur amusée dans l'œil, et Mike qui avait plongé le nez dans un dossier, histoire de cacher l'hilarité qui le secouait.

- D'accord, comprit Charlie. Visiblement ils ne sont pas très désireux de connaître les probabilités que le tueur ait été aperçu.

- Si, sans doute, tenta de temporiser son frère. Mais, ils sont aussi très pris par ailleurs.

- Ben voyons…, le ton de son cadet était légèrement amer et Don comprit aussitôt ce qui lui passait par la tête.

En bon grand frère il décida de se sacrifier. Poussant un profond soupir, il pris son frère par l'épaule et l'entraîna avec lui vers sa salle habituelle en lui disant :

- Mais moi ça m'intéresse, je serai vraiment curieux de savoir s'il est effectivement possible que notre maniaque ait été repéré.

- C'est vrai ? interrogea Charlie, soudain ragaillardi. Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?

- Voyons Charlie, tu m'as déjà vu parler juste pour te faire plaisir ?

Il planta son regard dans le sien.

- C'est vrai que ce n'est pas trop ton genre… hasarda le cadet. Mais je te crois capable de le faire quand même.

- Bon, et bien tu réfléchiras sur cette autre probabilité plus tard. Maintenant parle-moi donc de ton truc là.

A travers la cloison, Mike vit alors Charlie se lancer dans un vibrant exposé que son frère suivait stoïquement, ayant de temps en temps besoin de faire revenir son génie de frère en arrière pour réussir à suivre les méandres de sa pensée.

A nouveau le cœur de l'agent se serra : comme les choses avaient changé ! Jamais auparavant Don ne se serait soucié d'une petite blessure d'amour propre infligé à son cadet. Jamais il n'aurait eu la patience de l'entendre déblatérer pendant des heures sur un sujet hermétique dans un langage abscons. Décidément il commençait à avoir autant de mal à suivre l'aîné que le cadet !

(à suivre)