« Du hors programme, répondit Aisu de manière évasive, et toi ?
Du programme tout court, ce sera déjà bien ! »
Mina eut un rire nerveux, toutes deux savaient qu'elle avait des difficultés plus ou moins sérieuses, que ce soit pour les cours théoriques ou pour les cours pratiques. Aisu avait déjà essayé de l'aider mais, piètre professeur qu'elle avait découvert être, elle avait rapidement abandonné lorsqu'elle s'était rendue compte qu'elle ne faisait qu'emmêler les pinceaux de son élève. C'est donc dans le silence ambiant de la bibliothèque que les deux adolescentes se mirent sérieusement et une bonne fois pour toutes au travail. Chacune voulait plus que tout réussir la scolarité qu'elle avait choisie, peu importe les difficultés que celle-ci comportait et qu'il faudrait surmonter.
Quelques heures plus tard, Mina repartit de son côté rejoindre des camarades de classe et proposa à son amie de les rejoindre, mais cette dernière refusa. Si Aisu connaissait une bonne partie du programme, certaines notions lui semblaient toujours sorties de nulle part.
Aisu ne sortit de ses livres qu'à l'heure maximale à laquelle elle pouvait partir si elle voulait être à l'heure pour le dîner. Ses parents ne lui firent aucune remarque quant à son temps de travail mais la jeune femme, loin d'être idiote, voyait bien qu'ils souriaient plus que d'ordinaire. Ils auraient un bien autre sourire, s'ils savaient ce qui était réellement en train de se passer.
Le lendemain, dernier jour de ce week-end, le même scénario se répéta, si ce n'est que Shoto ne parla pas avec sa sœur, mais bien avec son père qu'il trouva, sans surprise, dans son bureau.
« J'ai besoin de toi. »
Penser ces mots était une chose, mais les dire à voix haute et être entendu en était une autre. Enji Todoroki, ou Endeavor, avait au moins l'air d'apprécier, il s'en délectait presque.
« Une fille est à Yuei contre son gré. Elle veut étudier les Alters. J'ai besoin de toi pour convaincre son père fan de super-héros de la laisser faire la scolarité qu'elle souhaite. »
Contrairement à la veille, la voix de Shoto s'était faîte plus faible, moins assurée. Il avait l'impression que, plus il parlait, plus les bêtises qu'il débitait étaient énormes. Jamais son père n'accepterait de l'aider dans de telles conditions.
« Cette fille, c'est qui ?
Aisu Hadasamu.
Et pourquoi veux-tu autant l'aider ? »
Les réponses que Shoto pouvait apporter étaient multiples mais il savait qu'aucune ne correspondrait réellement à ce que son père voulait. Bien sûr, le jeune homme pouvait répondre que c'était parce qu'Aisu était une amie et qu'elle comptait pour lui, que c'était parce qu'il avait vu dans ses yeux la passion qui l'animait pour les sciences et la tristesse de devoir faire quelque chose qui ne l'intéressait pas, mais le grand Endeavor ne donnerait jamais de crédit à ce genre de chose, ou en tout cas jamais assez pour qu'il accepte d'aider son fils.
« Aisu est une adversaire redoutable, commença prudemment Shoto. Si je veux être le numéro un, elle peut devenir un obstacle de taille alors autant s'en débarrasser tout de suite non ? »
Shoto releva la tête et regarda son père dans les yeux. Il fallait simplement espérer que cette réponse inventée sur le fil soit la bonne.
« Je vois. »
Qu'est-ce que ça voulait dire ? Etait-il d'accord ? Etait-il contre ? Allait-il lui rire au nez avant de lui demander de sortir de la pièce et d'arrêter de l'embêter avec ce genre d'enfantillages ?
« Tu as prévu autre chose, que simplement me demander de faire tout le boulot ? »
Shoto lui expliqua ce qui avait déjà était fait, autant de son côté que de celui d'Aisu : la discussion avec Fuyumi pour obtenir ses contacts avec les différents professeurs, la jeune femme qui travaillait d'arrache-pied pour réussir les futurs tests qu'elle allait devoir passer. Le jeune homme parla même du « mois d'essai » qui avait fait pencher la balance.
« Cette gamine, à quel point est-elle puissante ?
Beaucoup, répondit directement Shoto avant de continuer. Comme moi, elle est née d'un mariage d'Alter. Elle peut se rendre immatérielle et lancer un souffle glacée. Elle est aussi très inventive et combattive. Avec de l'entraînement et quelques années de plus, elle peut largement arriver dans le top cinq des super-héros. »
Maintenant que son fils lui expliquait cela, Endeavor comprenait mieux la menace que cette jeune femme représentait l'éloigner du monde héroïque n'était peut-être pas une si mauvaise idée et peut-être que cette entreprise dans laquelle Shoto semblait s'être lancé allait donner des choses encore plus intéressantes que simplement avoir une concurrente en moins.
« Je vais t'aider. Dit simplement à ta sœur de se dépêcher un peu. »
Shoto comprit qu'il était temps pour lui de repartir prévenir Fuyumi et Aisu que tout était bon. Quelque chose l'inquiétait cependant : son père n'avait pas dit ce qu'il voulait en échange de son aide et il ne faisait aucun doute qu'il finirait par demander quelque chose. Le jeune homme n'avait pas vraiment d'idée précise sur ce que cela pourrait être. Peut-être quelque chose en rapport avec l'agence que son père avait créée ?
De : Shoto
A : Aisu
« Mon père est d'accord »
Quoi dire de plus ? Il n'était pas vraiment utile, pensa Shoto, de l'embêter avec une possible contrepartie future, il serait toujours temps d'y penser plus tard. Le jeune homme traversa la maison à la recherche de sa sœur qu'il trouva, cette fois, dans la cuisine et en pleine préparation d'un dessert. L'adolescent lui expliqua rapidement le déroulement de l'entrevue qu'il venait d'avoir avec leur père avant de partir pour la bibliothèque.
L'après-midi suivit son cours sans que Shoto ne reçoive de réponse et, si Aisu ne répondait pas à son message, c'était qu'elle devait être, encore une fois, à la bibliothèque, et la nouvelle qu'il voulait lui annoncer ne pourrait que lui faire plaisir, surtout qu'elle lui avait confié, la veille, se sentir bloquée dans ses révisions.
La partie de la bibliothèque qui était ouverte était quasiment vide puisque seules deux personnes y étaient et, parmi elles : Aisu. Shoto la rejoignit rapidement et lui mit la main sur l'épaule, la faisant paniquer, sursauter et presque crier de surprise. La jeune femme, trop absorbée dans son travail, ne l'avait ni vu ni entendu arriver. Elle mit quelques secondes, les yeux fermés, à retrouver un rythme de respiration normal.
« Mon père est avec nous. »
Shoto avait voulu attendre un peu pour lui dire, peut-être la faire mariner un peu mais il n'avait pas tenu, et voir le sourire se dessiner sur le visage de son amie était l'un des plus beaux cadeaux qu'il puisse reçevoir.
