Hello ! New chapitre !
Je ne vous garantis pas la fréquence des suivants car mon voisin va me faire perdre la tête avec sa musique, vu que je suis incapable d'écrire une ligne quand je suis énervée ou stressée (ce qui a tendance à arriver quand on fait vibrer mes murs ou que j'ai l'impression qu'on tape dessus) et j'imagine pas ce que ça va donner ce soir. Ça me chagrine autant que vous parce que je n'aime pas ne pas écrire, mais voilà, il faut composer avec l'irrespect et l'immaturité des gens.
Ensuite, pour ce chapitre, je baigne dans l'OC en ce moment... vous avez remarqué que mon Sherlock est assez branché système solaire avec Newton et cie dans le dernier mais voilà, il n'est pas détective à plein temps, il faut bien lui donner matière à réflexion... et dans ce chapitre, pardonnez-moi juste l'immense OC que je fais avec un autre personnage, mais voilà, j'avais envie de m'amuser un peu avec lui ;) D'ailleurs je ne sais pas si j'ai été claire dans la première partie, quand je parle de « fortune », prenez-le au sens de « chance ».
J'espère aussi que je ne me noie pas dans le fluff...
Juste un petit mot d'actualité :
Je ne suis pas Charlie, je n'approuve pas forcément tout le travail de ce journal que je trouve parfois un peu irrespectueux, mais je ne peux concevoir qu'on vienne exécuter froidement de pauvres gens, sous prétexte qu'ils disent ce qu'ils pensent. J'estime que nos ancêtres se sont suffisamment battus dans le passé pour avoir ce droit et revenir en arrière serait totalement absurde et puis, je ne vois pas qui sont les djihadistes pour nous dicter notre loi. Sans parler du prétendu « courage » de ces gens qui viennent descendre des gens totalement désarmés. Voilà, que les journalistes de Charlie reposent en paix, ce sont eux les martyrs, pas ces djihadistes réactionnaires endoctrinés.
Un immense merci à mes revieweuses, vous me rendez heureuse : Nekonya-Myu, Blanche de Nuit, Danse et Quatre saisons, Elizabeth Mary Holmes, June C, Electre1964, Lafinada Scott, Clelia Kerlais, Butterflyellow, Dephtilopilus, Glasgow, Amelia theFujoshi, Angela rx, NoodleGleek et mayaholmes.
Bonne lecture !
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Le Bandana et le Fleuret : Chapitre 13
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John ne sut combien de temps il erra dans les profondeurs du navire, plongé dans une sorte de brouillard épais qui l'isolait totalement du monde extérieur. Titubant, il voyait à peine défiler les pièces, et son sens de l'orientation semblait l'avoir complètement laissé en plan. Sherlock Holmes. Attaquer Londres. Attaquer Londres. Sherlock Holmes. Qu'est-ce qu'il était censé faire face à ça ? Pouvait-il, devait-il faire quelque chose ? Son sens du devoir lui hurlait d'agir, d'arrêter Sherlock Holmes quoi qu'il lui en coutât, de protéger son Roi et sa patrie. Mais c'était sans compter la réalité qui était la sienne, celle d'un otage entouré d'une quarantaine d'éléments potentiellement hostiles et d'un ennemi implacable et rusé. Arrêter Sherlock Holmes, c'était s'opposer à lui certes il bénéficiait d'une certaine immunité vis-à-vis du bandit, mais cette fois, il ne s'agirait plus d'une puérile querelle de jalousie.
Sherlock Holmes le laisserait-il impunément entraver le projet de sa vie ?
Et en plus de cela, John serait-il assez déloyal pour trahir la confiance que le pirate avait désormais en lui ?
Il était toujours à tourner et à retourner la question lorsqu'il se retrouva il ne sut trop comment dans le dortoir du navire. Il ne sut pas non plus pourquoi ce fut cette pièce qui le fit émerger. Peut-être parce qu'à la différence des autres, celle-ci n'était pas tout à fait déserte.
Derrière la forêt de hamacs, dans le coin opposé à la porte, un homme lui tournait le dos et était penché sur quelque chose que John ne voyait pas. Une bassine remplie d'eau, si l'officier en croyait le clapotis. Le blond s'approcha silencieusement. L'individu semblait occupé à laver et à récurer quelque chose.
Le parquet grinça.
- Eh !
L'homme, qui avait sursauté, s'était retourné en un mouvement. John le reconnut : c'était Louis, le pirate au turban et aux talents de guérisseur. Apparemment, il avait fini de purger sa peine d'emprisonnement puisqu'il pouvait se promener aussi librement que lui dans le navire.
Dès que le pirate le vit, il sembla effaré, comme si un fantôme venait de se matérialiser devant lui. Sa bouche, d'abord pendante, finit par se tordre de colère :
- Qu'est-ce que tu fiches ici ? T'as rien à faire là ! Dégage !
Mais John, à qui l'effarouchement étrange de l'autre n'avait pas échappé, ne se laissa pas démonter. Il avança encore pour constater le contenu de la mystérieuse bassine.
Il était sombre. Grenat.
- Dégage, je te dis ! s'échauffa le brigand, brandissant les poings.
- Vous êtes blessé ? interrogea l'officier.
- Va te faire foutre !
Et, comme le blond ne bougeait pas et que l'autre semblait sérieusement remonté, ce dernier décida d'en venir aux mains et se rua sur le soldat. Ce dernier n'eut aucun mal à maîtriser la hargne du brigand désarmé, qu'il attrapa par les poignets en faisant tomber par mégarde le turban déjà desserré.
Une longue chevelure rousse dévala alors de dessous le morceau de tissu et révéla à l'officier ce qu'il n'avait su voir auparavant. Les traits et le grain de peau anormalement fins. La voix décidément trop fluette par rapport à celle du reste de l'équipage. Le buste enserré sous des quantités de vêtements malgré la chaleur ambiante.
Et à présent, l'eau rougie où baignaient de longues bandes de tissu.
- Une femme ? dit-il.
Il la maintint encore un instant, comme pour s'assurer de ses propres paroles, puis la relâcha. Il devait reconnaître qu'elle était plutôt jolie, à présent qu'elle était ébahie et qu'elle ne tordait plus son visage dans d'hideuses grimaces. La chevelure rousse, même emmêlée, lui donnait un air rebelle absolument pas déplaisant.
La jeune femme reprit néanmoins rapidement ses esprits :
- Non, un homme avec des tétons ! dit-elle en lui arrachant le turban qu'il tenait toujours. Mais si tu veux plus de preuves..., fit-elle en prenant un air aguicheur inattendu que John trouva terriblement rafraîchissant après ces semaines vides de toute féminité.
- Assez ! coupa-t-il.
Le fait qu'il réussît à faire aussi facilement abstraction de son trouble le perturba encore plus. Quoi ? Fréquentait-il trop Sherlock Holmes au point de...
- Combien sont au courant ? interrogea-t-il, peu désireux d'aller jusqu'au bout de ses pensées.
- Juste une personne, et c'est tout, dit-elle en remettant la bande de tissu qui lui servait de couvre-chef. Personne d'autre, même pas le capitaine. » Sa fierté était palpable.
- Vous avez dupé Sherlock Holmes ? fit-il, incrédule.
Il ne croyait pas une seconde que cela fut possible. Tromper Sherlock Holmes, l'homme qui pouvait déduire aux plumes de ses volatiles le temps qu'il faisait à douze lieux au nord-est ? Non, non, ma jolie.
Pourtant, la femme semblait persuadée du contraire.
- Et haut la main, mon canard ! Parce que pour sûr que le fier Sherlock Holmes accepterait jamais une femme à son bord, vu comme il les méprise.
D'un autre côté, si on voyait la chose de cette façon... mais non. On ne bernait pas Sherlock Holmes aussi facilement. Mais ce ne serait pas John Watson qui allait s'évertuer à le lui prouver... quand il pouvait en tirer un si gros avantage.
Ce qui le dérangeait, par contre, c'était qu'elle semblait étrangement confiante pour quelqu'un qui venait de voir son secret percé à jour. Secret qui n'était pas des moindres. Elle aurait dû être furieuse, paniquée, elle aurait déjà dû être en train de ramper à ses pieds pour qu'il ne révèle surtout pas la vérité...
- Bien, si vous le dites... mais laissez-moi vous poser une question, par pure curiosité, euh... Louis ?
- Molly.
- Molly, oui. » John déglutit et fit mine de chercher ses mots. « Qu'arriverait-il si Sherlock Holmes venait à découvrir le pot aux roses ?
- Pas possible, jamais il le découvrira : je suis trop prudente. Je laisse rien passer.
- D'accord, mais imaginons, je dis bien imaginons, qu'il le découvre, comment pensez-vous qu'il réagirait ?
Molly plissa les yeux, soudain méfiante.
- Ben il serait furieux, parce quelqu'un aurait réussi à le tromper...
- Et ?
- C'est qu'une possibilité.
- Bien sûr. Et ?
Les traits de la jeune femme s'affaissèrent, avant de se crisper de haine :
- Ça vous rapporterait quoi de me dénoncer, hein ? Je me suis déjà pris trois semaines de cachot à cause vous, ça vous a pas suffi ? Et puis même, vous êtes son ennemi, il vous prendrait pas au sérieux.
- Vraiment ? Alors pourquoi croyez-vous que je sois libre de me balader comme bon me semble ?
Molly fronça les sourcils et resta muette.
- Même si, je dois le reconnaître, c'est parce que je ne représente pas un danger phénoménal, il m'accorde néanmoins beaucoup plus de confiance que vous ne le croyez.
Elle cligna des yeux, vraisemblablement partagée entre le scepticisme et l'effroi.
- Je ne vous crois pas, dit-elle finalement.
- À votre guise. Mais sachez seulement que cela pourrait ne pas plaire à l'équipage.
Cette fois, la peur prit le dessus, s'il en croyait le tremblement de sa main gauche.
- L'équipage ?
- Oui, l'équipage. Imaginez leur désarroi s'ils venaient à savoir qu'il y avait une femme à bord... Non pas qu'ils ne seraient pas insensibles à vos charmes, mais je nourris plus de doutes quant à leur loyauté envers vous, au point de vous sacrifier leur fortune.
- Et ils vous font aussi pleinement confiance que Sherlock Holmes peut-être ? railla-t-elle.
- J'ai trinqué avec eux, j'ai combattu avec eux, je les ai soignés. Si je n'ai pas leur confiance, j'ai au moins leur sympathie.
Il vit la jeune femme dévoiler ses dents, serrer et dessécher ses petits poings. Elle se rendait à l'évidence.
- OK, vous voulez quoi ?
- Suivez-moi.
Ils finirent par trouver Jacky qui se terrait dans un coin de la cambuse et qui profitait de la vigilance relâchée pour grignoter un bout de fromage.
- Tu détestes Sherlock Holmes ? lui lança l'officier sans préambule.
- Je ferais n'importe quoi pour voir cette pourriture se balancer au bout d'une corde, répondit-il en montrant les crocs.
- Parfait. Je crois qu'on va s'entendre tous les trois.
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John n'eut pas tôt fait de donner ses instructions qu'il était déjà assailli par le remords. Il avait beau se convaincre qu'il prenait la bonne décision, qu'il était préférable de privilégier le salut d'une ville entière à celui d'un brigand sans merci, rien n'y faisait. Parce qu'il était John Watson, et que malgré quelques erreurs de jeunesse, il demeurait un homme droit et honnête. Et que même trahir le plus vil des bandits n'était pas de sa trempe. Pour cette raison, ce qu'il venait d'accomplir lui devint vite insupportable. Et pour cette seule raison, évidemment.
Et ce déplaisant sentiment n'alla en s'améliorant au fil des jours. Combien de fois l'officier s'était-il ravisé de justesse de tout dévoiler au bandit tant la culpabilité le pesait ? Il fallait aussi dire que Holmes ne l'aidait pas, surtout quand celui-ci se blottissait innocemment dans ses bras ou l'entretenait de tout et de n'importe quoi sur l'oreiller ou avec la ferme intention de toujours, toujours capter son attention. Simplement. Le pirate agissait de la manière la plus désintéressée, demandant seulement un peu de reconnaissance en retour, absolument inconscient de la terrible menace qui pesait sur sa tête. C'était cela qui était terriblement pathétique.
Le plus ardu restait de ne pas éveiller les soupçons du bandit, ce qui relevait de l'exploit face à un cerveau tel que Sherlock Holmes. La chose lui était apparue alors qu'il retournait dans la cabine après avoir pris congé de Molly et de Jacky. Lorsque le bandit reviendrait, il ne fallait pas, au grand jamais pas qu'il remarquât quoi que ce soit, pas même la minuscule ride anxieuse sur son front, sans quoi ce serait tous ses plans qui tomberaient à l'eau – et il ne donnerait pas cher de la peau de ses deux complices. Il avait alors fait demi-tour pour tenter de remettre de l'ordre dans les documents compromettants qu'il avait convulsés, bien conscient qu'une parfaite reconstitution relèverait du miracle, avant de se regarder longuement dans le miroir du capitaine pour se composer une face totalement neutre. Sherlock Holmes avait débarqué une demi-heure plus tard, passablement énervé, comme s'il n'avait pas trouvé ce qu'il voulait à terre, mais il se radoucit sensiblement à la vue du blond étendu sur son lit. Lorsqu'il le rejoignit, le militaire ne manqua pas de remarquer qu'il sentait l'homme, la femme, et dans une moindre mesure l'alcool. Le pirate lui donnait l'impression d'avoir couché avec tout ce qui passait pour une obscure raison. Il était tendu, comme lorsqu'il avait été frustré lors de l'abstinence de John, à moins qu'il ne le soit tout simplement.
La suite avait été une véritable torture pour John. Pour lui, faire l'amour à l'homme qu'il allait détruire constituait la pire des hypocrisies. Et surtout, le bandit ne devait rien remarquer. Rien. Et John devait endurer la même chose les jours suivants, être convaincant, ne rien laisser transparaître, avoir l'impression de faire l'amour à un cadavre, se réveiller en sursaut parce qu'il en rêvait. Et Holmes qui ne remarquait rien. Et lui qui aurait souhaité le contraire. Et de se traiter de sentimental irresponsable parce que fictivement coupable de lèse-majesté et de traître à son pays. Et tout cela de recommencer chaque jour, de se cacher, de regretter.
Ça le tuait. Lentement.
Les jours passaient. Avec eux, l'enthousiasme de John de voir arriver la journée fatidique dont, à présent, il ne voulait même plus entendre parler. Il la redoutait, tout simplement. Il ne voulait pas voir l'expression trahie sur le visage de Sherlock Holmes, celle qui hanterait ses rêves, au moment où... Bref. C'était au-dessus de lui. Et de toute façon, ce n'était pas comme s'il était mis au pain sec et à l'eau. Il eut du mal à se l'avouer, mais il se sentait bien sur ce navire. Il n'était plus enfermé, les pirates ne constituaient plus une menace directe pour lui, et Sherlock Holmes... Sherlock Holmes n'était même plus envahissant. Il était juste, oui, il fallait le dire, doux comme un agneau, sauf peut-être dans ses élans luxurieux où il faisait montre d'une possessivité pour le moins particulière. Il ne faisait plus le paon, il tentait juste d'être digne de l'intérêt de John. Il ne supportait vraisemblablement plus que le blond le lâchât du regard, alors il agissait en conséquence, tantôt lançant une petite pique, tantôt resserrant son étreinte sur lui. Peut-être espérait-il ainsi attendrir l'officier pour le faire changer d'avis, le convaincre de rester avec lui. Peut-être aussi était-il assez vicieux pour se douter de quelque chose et tourner le couteau dans la plaie. Watson avait de sérieux doutes parfois. Alors, tétanisé de l'intérieur, il tentait d'amener la conversation sur un terrain moins suspect, quitte à se montrer complètement maladroit, comme la fois où il avait fait mine de s'intéresser à la fortune de Sherlock Holmes. Se trouvait-elle regroupée sur le navire ? Non, bien sûr que non. Était-elle dissimulée quelque part ? Oui, bien sûr, John, elle se trouve enterrée sur une petite île déserte en plein cœur des Açores et je me rends chaque premier mercredi du mois pour la dénombrer scrupuleusement et pour l'enrichir éventuellement... Non, bien sûr que j'ai un compte en banque, je ne peux pas être ringard à ce point, et sous un faux nom, évidemment. Holmes avait pris un malin plaisir à le voir s'enfoncer avec ses questions, et John n'avait pu lui en vouloir de se divertir de sa stupidité.
Toutefois, il avait immédiatement trouvé moyen de se rattraper.
- Mais au fond, ce n'est pas l'argent qui vous intéresse.
- Et qu'est-ce que c'est, s'il te plaît ? avait demandé le forban en bourrant sa pipe d'un air discret.
- Ce qui vous fait vibrer, c'est la traque. C'est les défis, votre génie et tous les moyens que vous mettez en œuvre pour atteindre vos objectifs. Au fond, le butin, les richesses, ce ne sont que des prétextes pour gagner la partie et humilier tous les perdants.
Holmes l'avait regardé avec un intérêt tout particulier et ne l'avait plus traité d'idiot depuis ce jour-là, pas même en plaisantant.
Ce qui était moins réjouissant, par contre, c'était que ce petit incident n'avait pas passé le crible du génie du pirate, qui avait jugé celui-ci révélateur d'une trop grande nervosité. « Tu me caches quelque chose, John... » avait-il chantonné un soir alors qu'il rampait sur John et lui léchait consciencieusement les tétons. L'officier, pris de court, s'était raidi, ce qui avait confirmé Holmes dans ses convictions. « Mais quelle importance... je finirai par le découvrir. » Autant dire que John dormit très mal cette nuit-là même si, sur le moment, vite ressaisi, il avait fait mine d'être confiant et même de s'en amuser.
De toute manière, Holmes ne trouva rien – John étant désormais rôdé dans l'art de la dissimulation, et la question fut réglée. Ce qui ne manqua pas de l'étonner en passant comment un génie de l'observation tel que Sherlock Holmes avait pu manquer le désordre relatif qu'il avait causé ? Il ne voyait que deux réponses à cela : soit il avait une chance inouïe et le pirate, aveuglé par l'irritation avec laquelle il était rentré ce soir-là, n'avait rien remarqué soit le bandit avait parfaitement reconstitué la scène et se plaisait à le laisser dans l'ignorance, guettant le moment où l'officier baisserait sa garde. Toutefois, l'expérience de soldat de John le mettant en permanence sur le qui-vive, ajouté à l'importance des enjeux de ce qu'il avait concocté, tout cela fit que Holmes eut bien du mal à déceler quoi que ce soit.
Par contre, il ne put dire la même chose de la sympathie toujours grandissante qu'il éprouvait pour le bandit, pour ne pas dire ce réel attachement qui lui faisait considérer le pirate endormi d'un regard bienveillant, ou qui lui vrillait les entrailles à la pensée de ce qui arriverait inévitablement. Le fait était qu'il appréciait cet homme, sinon qu'il l'estimait, peut-être parce qu'il avait l'intuition que malgré tous ses méfaits il n'était pas fondamentalement mauvais. Ça n'était pas nouveau, mais la culpabilité ne faisait qu'exacerber ce sentiment. Était-ce parce qu'il se sentait en quelque sorte redevable qu'il démultipliait les marques d'affection envers le bandit, qu'il cédait au moindre de ses caprices ou que, plus grave, il se faisait violence pour ne pas aller le rejoindre tous les quarts d'heure ? Il sentait qu'une sorte d'osmose naissait entre Holmes et lui, qu'ensemble, ils se complétaient et éprouvaient ce sentiment de plénitude que Watson avait si peu connu auparavant. Ils s'admiraient mutuellement, l'un pour le génie ou la loyauté de l'autre, tout en laissant leur regard s'égarer un peu trop longtemps sur l'autre pour être purement appréciatif. Holmes aimait entraîner Watson dans son cabinet de travail pour lui faire une démonstration de ses expériences ou des curiosités qu'il possédait et lire l'admiration dans ses yeux John aimait voir sa fierté pour des choses aussi ingénieuses que pacifiques. Ils se mirent désormais à dîner ensemble à la simple lueur d'un chandelier et, à un certain moment, les deux hommes devinrent même capables de se comprendre en un regard, comme des amis de longue date. C'était inquiétant. Comment John Watson, l'officier haut gradé et loyal de la Marine Royale pouvait-il entretenir pareille complicité et même se languir d'une telle fripouille ? Pourquoi ne pouvait-il se contenter de faire ce qu'il avait à faire et de surtout, surtout, ne pas laisser le forban monopoliser ses pensées toute la journée ?
Et Holmes qui avait vraisemblablement des sentiments envers lui n'arrangeait rien...
Cette spirale infernale trouva son paroxysme la veille du jour fatidique. Le soir, quand Holmes poussa la porte de la cabine, John l'attendait. Le pirate referma le battant avec un faux calme, les yeux au sol puis, se retournant, il les leva lentement sur John qui était assis sur le lit. Ils restèrent ainsi à se fixer pendant un moment indéfinissable, le temps étant soudain devenu élastique, fragile. Le silence vibrant était à peine rompu par les légers halètements de Holmes. Aucun des deux ne prononça un mot, ils n'en avaient pas besoin. C'était leur dernière nuit, ils le savaient alors d'un même mouvement, ils brisèrent la tension.
Se précipitant l'un sur l'autre, ils s'embrassèrent à pleine bouche, chacun tentant de prendre le dessus et se défendant encore plus furieusement. Une bataille acharnée s'engagea, un combat sans victoire, la seule règle étant de s'emparer du maximum de butin. Watson donna, Holmes prit et rendit de plus belle, les mains crispés sur leurs vêtements qui d'ailleurs ne firent pas long feu. Nus, ils méprisèrent le lit pendant un premier temps, trop occupés à étreindre et à posséder l'autre. John finit par faire prendre au pirate la direction désirée et ils tombèrent sur le matelas, ne prenant même pas la peine de défaire les draps car cela supposait une séparation inacceptable. Ils se retrouvèrent étendus côte à côte, à s'embrasser et à s'étreindre sans fin, puis Holmes fut sur John, John sur Holmes, et finalement Holmes sur John. Le pirate, ne perdant pas de temps, attrapa la main de l'officier qui fourrageait dans ses cheveux et la fit glisser le long de son dos souple pour la plaquer sur ses fesses. Puis, saisissant ses doigts, il manoeuvra pour les introduire dans son intimité.
John ne se fit pas prier et, resserrant son bras libre derrière les épaules du pirate, progressa lentement, tandis que Holmes se cambrait et appuyait ainsi sur son entrejambe. L'officier se fit violence pour ne pas lâcher sa bouche, ce qui de toute manière n'aurait pas été chose aisée tant le bandit était emballé. Ce dernier, après quelques tressautements qui firent penser à John qu'il eût touché sa prostate, l'abandonna de lui-même pour s'étendre sur le ventre. L'officier honora le message et, se postant contre ses cuisses écartées, s'introduisit doucement en lui.
Le forban se crispa et grogna, supportant l'absence momentanée de John entre ses bras, dégageant l'oreiller faute de quoi. John progressa lentement dans le trou étroit que ses doigts étaient à peine parvenus à élargir, se retenant de ne pas le traverser égoïstement d'un seul trait, se fiant aux grognements et aux à-coups du souffle du bandit. Quand il s'enfonça enfin jusqu'à la garde, il glissa un bras en-dessous de sa gorge pour lui attraper l'épaule, l'autre en travers de son ventre et aussitôt, Holmes libéra une main de l'oreiller pour attraper cette dernière. Il la serra et se souleva pour se coller davantage à l'officier, qui rapprocha ses jambes du mieux qu'il put pour le satisfaire. Il commença peu à peu à se mouvoir, attrapant la bouche du pirate qui se tordait pour réclamer un baiser.
Il dosa d'abord sa libido, pressant le bandit contre lui et se mordant la lèvre, mais il ne tarda pas à perdre pied. Holmes était si réceptif, allant parfois jusqu'à aller chercher voire provoquer le plaisir par des moyens qui lui échappaient totalement, que le combat était perdu d'avance. Alors, par force coups de reins et morsures qui arrachèrent des gémissements à Holmes à faire pâlir la fille de joie la plus dissolue, il déchaîna ses ardeurs et emmena Sherlock Holmes loin, loin de ce navire et de cette réalité qui lui brûlait les entrailles.
Peut-être était-ce parce que ce retour fut si dur que le pirate fut aussi quémandeur. Loin de se laisser exténuer par cette « mise en bouche », il se retourna presque aussitôt que l'officier se fut écarté et se remit à l'enlacer et à l'embrasser férocement, faisant fi de son propre essoufflement qui n'était apparemment qu'un détail. Partant, et se disant qu'il ne pouvait lui refuser cela, John le suivit pour le prendre de nouveau et crut s'évanouir quand, appuyant ses coudes de chaque côté de la tête du bandit, ce dernier, au bord de la jouissance, l'attira à lui et qu'il respira son odeur affolée. Essoufflé, il resta suspendu à quelques centimètres du visage du forban et, ouvrant les yeux, il demeura plusieurs secondes à contempler celui qu'il venait de faire sien. Il sentit son cœur faire un bon vertigineux dans sa poitrine pour la simple raison qu'il le trouva terriblement beau, tout en étant incapable de déterminer exactement ce qui le faisait chavirer. Ses joues écarlates et luisantes, ses yeux clairs troublés, ou encore le fait qu'il vînt de réduire le pirate le plus redouté à une telle vulnérabilité. Mais Holmes, même s'il semblait éprouver la même fascination pour lui, glissa une main derrière sa tête et mit fin à cette inaction inutile. Ils recommencèrent une fois, deux fois, quatre fois, autant que le bandit le réclamait par un simple « Encore. ». Ils firent l'amour éperdument, presque sauvagement, comme si leur vie en dépendait, parce qu'ils n'avaient plus rien à perdre, pas même la fierté de se dire détachés de tout cela, du corps de l'homme ou des sentiments.
John, étourdi par toute cette folie, mit du temps avant de réaliser que quelque chose clochait. Normalement, Holmes se contentait de trois voire quatre fois, et il s'endormait dans ses bras, repu. Et là, malgré la sueur et sa respiration désordonnée, il semblait bien partant pour une sixième – ou une septième, le blond ne savait plus. L'officier, lui-même, sentait ses forces s'amenuiser mais n'avait pas le cœur de refuser. Il puisa alors dans ses dernières ressources et prit le pirate étendu sur le dos.
- Vas-y, John...
Et le militaire donna, donna tout ce qu'il était en mesure de donner, força...
- Vas-y... répétait le bandit entre ses dents, la mâchoire serrée, les yeux clos, comme s'il se concentrait.
Le blond tenta, accéléra, s'efforça, essuya même quelques gouttes d'orgasme.
En vain.
- C'est inutile, haleta-t-il en s'immobilisant. Vous... vous ne jouissez même plus.
- Vas-y, je te dis ! s'exclama soudain Holmes.
Il fut stupéfait du changement d'expression du pirate. Celui-ci s'était à moitié redressé. Ses muscles étaient contractés à l'extrême, sa figure écarlate et déformée par la colère. Ses yeux, tout comme ceux du serpent sur sa poitrine, semblaient lancer des éclairs. Il était hors de lui. Watson ne l'avait jamais vu comme ça, pas même le soir où il lui avait passé un savon pour sa fantaisie avec le pauvre Jacky. Là, il y avait quelque chose de plus profond. De plus personnel.
- Continue !
Holmes ne voulait qu'aucune fois ne soit la dernière. Il voulait que cela ne finisse jamais.
- Non, ça suffit, décréta John. Vous êtes épuisé.
- Balivernes, fit-il en se rallongeant. J'en ai vu d'autres, vas-y.
- Vous ne tirerez rien de ça dans un état pareil, dit le militaire d'un ton ferme. Reposez-vous, vous devez être en forme pour demain.
- Je te dis que je me sens bien, repartit le bandit en se redressant. Allez !
- Du calme, fit John, cherchant à toute allure une solution.
- Je suis prêt ! Fais-le ou bien...
- Sherlock !
John avait longtemps sous-estimé le pouvoir des prénoms. Depuis qu'il avait été promu lieutenant, puis capitaine, il en avait rarement usé. Les prénoms, ça remontait à cette lointaine époque des jeunes recrues, mais plus sûrement à son adolescence, voire son enfance, car beaucoup de soldats s'interpellaient par leur patronyme ou par des sobriquets. C'était pratique, ça permettait de se moquer des autres, d'avoir une distance, de feindre le respect pour un supérieur. Et de toute façon, John n'avait pas grand monde à appeler par son prénom. Sa sœur n'était plus, quant à ses amis qu'il pouvait compter sur ses doigts, ils ne lui étaient pas suffisamment proches. Il y avait bien les prostituées, mais allez savoir s'il ne s'agissait pas de pseudonymes. Il n'était jamais convaincu lorsqu'il les appelait par leur prénom, quand bien même les connaissait-il et puis, ça ne leur faisait ni chaud ni froid.
Mais là, l'effet fut immédiat.
Le pirate s'était figé, comme si John l'avait giflé. Toute trace d'énervement sur son visage s'était évaporée, et ses traits s'étaient radoucis. Il semblait surpris, sinon intrigué.
- Bien, c'est mieux comme ça, marmonna l'officier, maladroitement.
Que venait-il de faire, au juste ? Il l'avait appelé Sherlock, comme il aurait appelé son ami, ou son am...
Comme Holmes ne bougeait pas, il se mit en devoir d'arranger le drap pour qu'il les recouvre tous deux.
Le pirate ne lâchait pas des yeux.
- John, finit-il par dire.
- Ne dites rien, le coupa l'officier, redoutant qu'il ne revienne à la charge.
Alors il fit quelque chose qu'il n'aurait jamais pensé faire à un homme – bon, comme tout le reste, mais certainement pas ça. Il savait que ça marchait avec les femmes, alors pourquoi pas avec l'homme qui partageait son lit ? Il se rapprocha et, saisissant le visage étonné du bandit entre ses deux mains, il commença à le baiser doucement. Partout. Sur la bouche, sur le front, sur les yeux, sur les joues... Simplement. Et effectivement, ça marcha. Holmes se détendit peu à peu, la main qui serrait le bras de l'officier le lâcha, et le féroce bandit s'endormit comme un bébé dans les bras de son ennemi.
Mais cela, il ne le savait pas encore.
Quand John se leva pour éteindre les chandeliers, il fut soulagé que Holmes dormît pour ne pas voir son expression de pierre.
