Bêtas : Archimède (mon hibou chéri), Mandala7338 (ma bichette, la seule et l'unique bichette au monde) et Mirabelle31 (ma carte maman préférée)

Note : Oui, j'ai dit que Sev était dans le déni. Et là, je pense que beaucoup vont adorer Bubus.

Mea culpa. Je suis désolée, pour la première fois depuis que j'écris sur ce site, je n'ai pas répondu aux reviews. Cela, je pense, mérite une petite explication. Je n'ai pas eu le temps. Sincèrement. Certes, je suis au chômage, donc, normalement, je devrais l'avoir, mais cette semaine, j'ai écrit un OS de 40 pages, corrigé mon roman, et corrigé des chapitres d'une fic pour laquelle je suis bêta. Il est vrai que j'aurais pu trouver du temps pour vous répondre. Mais je suis une adepte de la procrastination et c'est le mal. Je vois les reviews qui s'accumulent dans ma boîte mail et je me dis : j'ai le temps. Arrivée à mercredi, j'en ai plus de 40 (je ne m'en plaints pas) et j'ai vu la montagne de ce qu'il me restait à finir (écriture et correction) et là, au lieu de mettre de côté les deux, j'ai zappé les RAR.

Cela dit, sachez que toutes vos reviews ont été lues, certains m'ont faite exploser de rire. Elles m'ont toutes touchées et je tenterai, non pas de répondre à celles-là, mais de ne pas trop tarder à répondre à celles du 13.

Encore navrée. J'espère que vous ne m'en voudrez pas.

S'il reste des fautes, désolée et des mots qui manquent, c'est le site. Croyez-moi, ça lui arrive.


Chapitre 13

Severus fut le premier à se réveiller en ce dimanche matin. Le poids délicieux de la tête de Harry sur sa poitrine le fit sourire et il se fustigea. Le voilà qui devenait Poufsouffle. Il devait se reprendre.

Il jeta un sort de tempus. Dix heures six. Il n'avait jamais dormi aussi longtemps. Il fallait dire que les activités licencieuses de cette nuit avaient été épuisantes. Il avait perdu l'habitude d'utiliser son corps de cette manière.

Il regarda son amant qui dormait paisiblement contre lui, et ne put empêcher sa main de se glisser dans les mèches folles du jeune homme qui ronronna dans son sommeil. Malgré son envie de rester là, Severus estima qu'il était plus que temps de se lever. Mine de rien, le tapis ne valait pas un lit et son dos n'était plus tout jeune. Il allait avoir du mal à se relever.

- Harry, fit-il d'une voix douce.

Mais le succube ne réagit pas. Il ne bougea pas non plus. D'une main légère, le maître des potions caressa le dos nu et descendit jusqu'aux fesses fermes et galbées, parfaitement sculptées par le Quidditch.

Depuis cette nuit, Severus était plus rassuré par les sentiments de son compagnon. Harry lui avait montré ce qu'il ressentait vraiment, qu'il ne mentait pas. Malgré cela, l'homme allait attendre un peu avant d'accorder au jeune Potter sa confiance pleine et entière.

- Harry, l'exhorta-t-il plus fortement.

Sans plus de réaction. Severus sentait que son dos commençait à le faire souffrir. Il devait en plus de ça se lever, sa vessie demandait à être soulagée.

- Potter ! cria-t-il cette fois-ci.

Le jeune homme papillonna des yeux et les leva vers lui sans vraiment le voir. Il avait posé ses lunettes par terre, tout près d'eux juste avant de sombrer dans les bras de Morphée.

- Oui ? marmonna-t-il, encore endormi.

Severus se retint de renverser le gamin sur le dos et de lui faire subir les derniers outrages. S'il s'écoutait et s'il écoutait son élève, ils passeraient leur temps à ça. Ce crétin était bien trop sexy et désirable au réveil avec ses grands yeux verts ensommeillés et son visage aux traits doux.

- Debout.

- Non, ronchonna l'insolent Gryffondor. Veux pas.

- Je ne vous demande pas votre avis, Potter, grogna Severus. Levez-vous tout de suite !

- On avait dit que tu m'appellerais par mon prénom et que tu me dirais « tu ». Et je n'ai pas envie de bouger.

Ce morveux allait le rendre dingue, par Merlin.

- Harry, s'il te plaît, lève-toi. Je n'éprouve pas le désir de bouger non plus mais la nature étant ce qu'elle est, j'en ai vraiment besoin.

Harry sembla comprendre le message car il daigna se décaler un peu, non sans bougonner allègrement. Severus bondit sur ses pieds, se massant le bas du dos et s'étirant une fois debout, puis se dirigea vers la salle de bain dans le plus simple appareil. Il n'avait pas conscience du regard lubrique du succube posé sur ses fesses blanches.

Le Gryffondor comptait bien profiter du corps absolument désirable de son compagnon et paresser toute la journée au lit. Malheureusement, Severus ne fut pas du même avis. Quand il sortit de la douche, il dût esquiver un succube aguicheur qu'il envoya manu militari dans la salle de bain, et retourna dans le salon. D'un habile geste de baguette, il replia la couverture qu'il expédia dans la chambre et remit un peu d'ordre dans la pièce.

Il fut rejoint quelques minutes plus tard par son Gryffondor – il se morigéna de devenir aussi Poufsouffle et possessif alors que rien n'était certain entre eux – habillé de ses vêtements de la veille. Un gargouillement sonore le fit sourire et Harry eut la décence de paraître gêné. L'ancien Serpentard devait avouer que son propre estomac criait famine. Son dernier repas remontait au déjeuner de la journée précédente. Si pour le gamin, c'était pareil, pas étonnant que son ventre fasse un tel bruit.

Severus eut à peine le temps de commander un petit-déjeuner à un elfe de maison que quelqu'un frappa à la porte de ses appartements. Il grogna. Qui pouvait bien avoir l'outrecuidance de venir les déranger ?

Seul un nom s'imposa à son esprit. Il ne pouvait s'agir que de Dumbledore. Et ça ne manqua pas. Le vieux directeur entra après y avoir été autorisé.

- Severus, comment... Harry ? Mon garçon, je suis assez surpris de vous voir ici !

Soit le directeur était vraiment surpris, soit il mentait. Severus put affirmer en voyant le petit sourire et les yeux pétillants de son supérieur, qu'il mentait. Il était au courant de la présence de l'insupportable crétin qui l'avait choisi, lui, comme compagnon. Albus était au courant de tout dans le château.

- Je vous dérange ? s'enquit l'amoureux des sucreries et des moldus.

Severus fut tenté de dire que oui, en effet, il les dérangeait, que le professeur de potions était prêt à allonger le gamin sur la table et à le prendre sans autre forme de procès. Un mensonge éhonté juste destiné à faire fuir le directeur. Quoi que l'enseignant aurait parié sa solde que le directeur aurait pris une chaise et aurait regardé la scène. Et si Harry n'avait pas été aussi habillé, nul doute que c'est ce qui se serait passé. Du moins, sans l'intervention et la présence du centenaire à la longue barbe argentée.

- Non, Albus, répliqua Severus. Nous allions juste prendre le petit-déjeuner.

- Parfait, parfait. Comment allez-vous tous les deux ?

- Bien.

Severus, tout comme Harry, se demanda la véritable raison de la présence du vieil homme en ces lieux. Non pas que cela soit incongru, mais, un dimanche matin, sans s'être annoncé au préalable, il fallait que cela soit important.

- Je suis content de vous savoir tous les deux en bonne santé. J'avais craint un instant que notre jeune Harry ne se laisse emporter par ses pulsions et ne vous épuise.

Le succube piqua un fard. Il est vrai qu'il avait laissé certains de ses amants sur le carreau, il pensait notamment à Dean qui avait mis deux jours à se remettre de cette nuit-là, et à Diggory qui était resté inconscient quelques heures. Mais là, il n'y avait aucun risque pour Severus. La créature avait choisi le meilleur compagnon pour elle. Il était endurant et en redemandait. Plus important encore, il satisfaisait son amant, ce qu'aucun autre n'avait réussi.

- Ai-je l'air fatigué, Albus ?

- Non, mon garçon, j'avoue que je ne vous avais jamais vu si en forme.

Severus retint un commentaire acerbe. En forme ? ! Il l'avait toujours été. Cela dit, il avait l'impression que la phrase d'Albus était à double sens. Et le sourire malicieux du vieux fourbe le convainquit.

- Bien, venez-en au fait, exigea le sévère maître des potions.

Il avait très faim et n'avait pas toute la matinée.

- J'y viens. Je sais que vous êtes le compagnon de notre jeune Monsieur Potter.

- Et comment, par Merlin, le savez-vous ? s'étonna Severus.

- Severus, mon cher, les regards qu'il vous lançait étaient parfaitement déchiffrables et Harry est venu hier me demander l'accès à vos appartements.

La chauve-souris des cachots se tourna lentement vers Harry, les yeux étincelants de colère. Ce gamin avait osé aller voir le directeur pour soutirer des informations ? Et ce vieux cinglé avait osé les lui donner ? Rien qu'à voir le regard pétillant du mage, Severus sut qu'il s'amusait comme un fou. Et Harry, lui, jouait les parfaits petits innocents, ce qu'il était bien loin d'être à en juger par la rougeur traîtresse sur ses joues. Ils allaient avoir une bonne discussion tous les deux.

- Allons, allons, Severus, ne soyez pas trop dur avec lui. Il ne voulait que retrouver son compagnon qui lui tournait obstinément le dos.

- Albus, siffla le locataire des cachots, venez-en au fait !

- Ah oui, merci mon cher, mon esprit a tendance à divaguer...

- Monsieur le Directeur, grogna Severus. Au fait !

- Oui, oui. Je suis venu ici dans le but de vous demander de garder votre relation secrète et de rester discrets, tous les deux, fit Albus, soudain très sérieux. L'école ignore tout de ta nature, Harry, et bien que l'homosexualité soit parfaitement tolérée, les relations élèves-professeurs ne sont pas bien vues par le Conseil d'Administration. Je préfère que tu gardes le silence sur ta vraie nature, sinon cela risque d'avoir des conséquences que nous n'envisageons même pas.

- Mais… couina le succube.

Comment allait-il pouvoir rester ici s'ils devaient garder leur relation secrète ? C'était impossible. Cela voulait dire que Harry allait devoir passer ses nuits seul, dans son dortoir. Il en était hors de question ! Il ne venait pas de s'unir avec son compagnon pour en être séparé !

- Je m'en doutais un peu, Albus. Je pense que garder cette... relation secrète ne devrait pas poser trop de problèmes.

Après tout, Harry avait réussi à tenir trois semaines sans lui sauter dessus, il pouvait bien continuer. Et Severus s'était passé de relations sexuelles depuis des années, le sevrage allait être dur, mais ce n'était pas insurmontable. Le gamin allait bien finir par se lasser et aller voir ailleurs, même si une voix au fond de lui affirmait le contraire. Ils s'étaient liés, l'homme était le compagnon d'une créature qui lui serait à jamais fidèle.

La chauve-souris des cachots préférait prendre les devants et rompre tout de suite. Ce n'était sans doute pas du goût du gosse mais, pour le maître des potions, c'était une aubaine. Il se disait que cette rupture serait un bon moyen de tester Potter, de savoir si ce dernier lui avait dit la vérité ou non. S'il était bel et bien le compagnon du Gryffondor, le gamin lui serait fidèle.

Severus lui faisait en partie confiance mais il ne pouvait s'empêcher de douter encore. La peur d'être trahi restait tapie au fond de lui. Malgré toutes les preuves apportées, il avait toujours cette impression que cette histoire n'était qu'une vaste blague.

Oui, il était dans le déni le plus profond, mais ses années en tant qu'espion avaient développé une certaine paranoïa.

- C'est parfait. Autre chose, vous avez été absents tous les deux durant le dîner et le petit-déjeuner. Aussi, je vous demanderai de bien vouloir faire acte de présence dans la Grande Salle au déjeuner.

- Cela ne me pose aucun problème, affirma Severus.

- Parfait, répéta le directeur de Poudlard. Alors, je vous dis à tout à l'heure.

Puis il sortit. Harry baissa les yeux, soudain mal à l'aise. Pourquoi Severus avait-il hésité sur le terme de « relation » ?

- Vous devriez retourner dans votre Salle Commune, Monsieur Potter, lui fit Severus de son habituelle voix froide qu'il utilisait durant les cours.

- Je pourrai revenir ici ce soir ? demanda Harry d'une voix pleine d'espoir.

Il espérait que oui, que la requête de Dumbledore ne serait pas un frein à leurs rendez-vous.

- Non.

Le cœur du garçon se serra douloureusement dans sa poitrine. D'accord, il ne viendrait pas ici, mais Severus pouvait toujours venir dans son dortoir.

- Tu viendras dans la tour ?

- Il en est hors de question, Potter ! Le meilleur moyen de conserver notre couverture serait de ne plus nous voir. Sauf pendant les cours et les repas !

Le jeune homme se figea. Il n'avait pas entendu ce que Severus venait de dire, n'est-ce pas ? Ce n'était pas possible... Mais après avoir passé de longues secondes à observer son compagnon pour y déceler le moindre signe de dénégation, son souffle se bloqua. Ce n'était pas une plaisanterie.

- Bien, Monsieur, marmonna Harry en essayant de rester digne. Je vous souhaite une bonne journée.

Il avait envie d'éclater en sanglots. Il quitta les appartements de son compagnon, le cœur en miettes, et courut jusque dans son dortoir sans se soucier du peu d'élèves qu'il croisa et qui le regardèrent étrangement. Là, il s'enferma dans son lit et laissa les larmes couler librement.

Il venait à peine de se lier avec son compagnon que celui-ci ne voulait déjà plus de lui. Le succube étouffa un hurlement de désespoir dans ses oreillers. Il se sentait trahi et abandonné.

- Harry ? Tu es là ? l'appela la voix de Ron.

Il avait dû voir les rideaux tirés.

- Harry ?

Mais le jeune homme refusa de répondre. Il ne voulait voir personne. Il voulait juste être dans les bras de son compagnon.

Les rideaux s'écartèrent – Harry n'avait pas pensé à apposer un sortilège de protection – et le visage de Ron apparut, inquiet de le voir roulé en boule au milieu du lit, en larmes.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

Le rouquin s'assit près de son meilleur ami et referma les tentures. Il lança un sort de silence et se concentra sur le brun recroquevillé sur lui-même.

- Imalaissétomber, pleura le succube en avalant tellement ses mots que Ron, malgré toute sa bonne volonté, ne comprit rien du tout.

- Quoi ?

- Il m'a laissé tomber. Il ne veut plus de moi ! hurla presque Harry en relevant la tête, les yeux brillants de larmes.

- Attends, explique-moi toute l'histoire, je n'ai rien suivi.

Harry lui raconta en sanglotant, ce qui rendit le récit difficilement compréhensible. Mais Ron tint bon. Il n'avait pas le choix, se refusant à interrompre le succube. Qui sait comment la créature pouvait réagir.

- Il ne veut plus qu'on se voit, acheva enfin Harry en se redressant.

Il s'essuya les yeux sans retirer ses lunettes. C'était à se demander comment il voyait avec les traces qu'il y avait sur les verres.

- Tu as essayé d'en parler avec lui ?

- Non. Il a été très clair, on ne se verra que pendant les cours et les repas. Mais je ne veux pas moi, je veux le voir tout le temps, dormir avec lui et...

- Par Merlin, Harry ! Je tolère cette relation parce que tu es mon ami, mais je ne veux pas entendre les détails !

0o0

Cela faisait une semaine que Harry n'avait pas vu Severus, sauf durant les repas – pendant lesquels l'homme ne lui jetait même pas un regard – et durant les cours de Potions. Le succube était fatigué et cela se voyait. Il dormait mal la nuit et des cernes étaient apparus. Ses rêves ressemblaient à des cauchemars où il voyait son compagnon lui faire l'amour et le rejeter ou le tuer, au choix. Il se réveillait en hurlant, alertant Ron qui finit par s'inquiéter grandement pour lui, son ami ne lui cachant rien, au contraire. Le rouquin faisait son possible pour l'apaiser mais, plus les jours passaient, plus il le voyait dépérir.

Le succube avait l'impression de revenir un an en arrière, lors des vacances de Noël, quand il avait dû aller sur le Chemin de Traverse pour trouver quelqu'un. Là, ce n'était pas possible. Il était avec Severus et il refusait d'aller voir ailleurs. De toute manière, même avec toute la bonne volonté du monde, il en aurait été incapable.

Il se contentait de dévorer du regard son compagnon lorsqu'il se trouvait sous ses yeux, mais Severus ne le regardait pas. Il semblait faire comme s'il n'existait pas et, pour le succube, c'était insupportable.

Harry tint une semaine avant d'aller voir son professeur à la fin d'un cours. Il attendit patiemment que tous les élèves sortent pour entrer dans la salle de classe et s'approcher du bureau.

- Que veux-tu ? grogna Severus, froidement.

- J'ai besoin de toi, supplia Harry.

Il n'aimait pas le ton qu'il entendait dans la voix de son amant. En étaient-ils revenus au même point qu'avant ? Une simple relation entre un élève lambda et son professeur ?

- Tu sais qu'on ne peut pas. Notre relation doit rester secrète, Harry, lui répéta Severus.

- Ça ne veut pas forcément dire que nous ne devons plus nous voir, riposta le Gryffondor. On doit juste faire attention !

- J'ai cours dans quelques minutes, et je suis certain que c'est également ton cas, éluda l'homme.

- Non, j'ai une heure de pause.

Severus esquivait la conversation. Harry était presque certain qu'il refusait d'être le compagnon d'une créature magique.

- C'est moi le problème ? s'enquit le succube, inquiet. C'est parce que c'est moi qui t'aie choisi ?

- Que vas-tu inventer comme bêtises ? Qui a bien pu te mettre une telle idée dans la tête ?

- Ton attitude. Tu refuses de me voir. On ne peut pas se parler. J'ai besoin de toi, moi, répéta la créature.

- De moi ou d'autre chose ?

- Quoi ?

- Tu as besoin de moi pour mon corps, l'accusa presque Severus.

- Oui mais...

Il n'eut pas le temps de répondre que ce n'était pas que pour ça. Severus se leva et le toisa méchamment.

- Je pense que vous pouvez quitter cette salle, Monsieur Potter, ordonna-t-il d'une voix lente et froide.

- Mais, non ! Severus.

- Sortez tout de suite, Potter ! Ou je vous mets en retenue...

Harry sourit, persuadé que son amant tenait un peu à lui et qu'ils allaient enfin pouvoir discuter ce soir.

- Avec Rusard, termina le professeur. Sortez !

- Non !

- DEHORS, POTTER ! beugla Severus. Je ne veux plus vous voir !

Harry sentit son cœur exploser en morceaux dans sa poitrine. Entendre ça lui fit plus mal qu'il ne l'aurait pensé. Il ne pouvait plus respirer. Son compagnon venait de dire les mots qu'il redoutait depuis une semaine. Le succube ne pourrait rien faire d'autre que lui obéir. Désormais, il ne viendrait plus en cours ou dans la Grande Salle puisque Severus venait de lui ordonner.

Il quitta la salle lentement et trouva un endroit proche mais assez loin pour s'écrouler et hurler sa peine sans être dérangé.

Harry sécha son dernier cours de la journée. Il ne se rendit pas non plus dans la Grande Salle, il n'avait pas faim. Son cœur était en miettes.

Les jours suivants, il resta confiné dans son dortoir, refusant de sortir, même pour aller manger, malgré les suppliques de Ron.

- Harry, tu ne peux pas rester toute l'année ici, descends au moins manger.

- Il ne veut plus me voir, pleurnicha Harry. Il est toujours là. Je...

- Viens manger ! Tout de suite ! Ce n'est pas en restant là à te morfondre bêtement que tu vas le récupérer ! Alors bouge-toi !

Le succube se tira de son lit dans lequel il avait passé le week-end et soupira.

- Va prendre une douche, grimaça Ron en voyant les cheveux de son ami commencer à graisser.

Harry s'exécuta de mauvaise grâce mais, après quelques minutes sous le jet d'eau, il devait bien avouer que ça lui faisait du bien. Durant le week-end, il n'avait pas quitté son lit. Il n'avait pris la peine de se lever que pour aller se soulager, le reste n'étant qu'accessoire. Le rouquin lui avait ramené des biscuits et un peu d'eau pour qu'il ne meure pas de faim.

Lorsqu'il se présenta la seconde fois devant Ron, son ami hocha la tête. Ils descendirent enfin dans la Grande Salle déjà pleine. Harry jeta un regard vers la table professorale, son compagnon s'y trouvait et mangeait, concentré sur son assiette.

- Viens, lui souffla le fils Weasley en l'attirant vers deux places libres.

Manque de chance, elles étaient toutes les deux tournées vers Severus et étaient le plus proche de la table des professeurs. Harry passa donc son repas à fixer son amant qui ne daigna pas à lui accorder un regard. À croire qu'il avait totalement oublié sa présence.

Attristé, le Gryffondor se contenta de chipoter sa nourriture, ne mangeant en tout et pour tout qu'une bouchée de petit-pois. Quand les desserts apparurent, il sut qu'il ne pourrait rien avaler de plus, alors il se leva et quitta la salle, le cœur plus lourd qu'à son arrivée. Il fut rapidement rejoint par Ron qui s'était empressé de terminer son dessert en voyant la mine déconfite de son meilleur ami.

- Tu as déjà eu envie de mourir ? souffla Harry.

- Non.

- Moi si. J'ai envie de mourir.

Ron n'était pas quelqu'un de tactile, il prenait rarement dans ses bras, que ce soit sa mère ou sa sœur ou bien ses amis proches. Il avait toujours l'impression qu'il allait les broyer. Cela dit, il ne réfléchit même pas en voyant Harry au bord des larmes et le serra contre lui.

Son meilleur ami n'était vraiment pas bien.

0o0

Severus était bien loin de se douter des turpitudes de son amant. Il avait d'autres sujets plus préoccupants, notamment son nouvel assistant qu'Albus lui avait collé dans les pattes et qui était arrivé peu de temps auparavant.

Il avait reçu une lettre du directeur, il y avait de cela quelques jours, lui disant qu'il devait prendre un assistant et qu'il n'avait pas le choix.

Tibérius Woolwright. Il s'agissait de l'un de ses anciens élèves de Serpentard qui avait quitté Poudlard sept ans plus tôt et s'était lancé dans la maîtrise des potions. Pour valider son diplôme et devenir un maître en potions, il devait passer un stage pratique de quelques semaines.

Le jeune homme avait toujours été doué dans la conception et le brassage de potions, il avait même eu un Optimal lors de ses ASPICs, Severus s'en souvenait car il avait reçu une lettre de son ancien élève qui le remerciait chaudement pour son enseignement.

- Pour l'instant, fit Severus, je ne vous demanderai rien, juste de voir comment se déroulent les cours et faire vos propres recherches.

- Bien Monsieur.

- Vous commencerez à m'assister à partir de la semaine prochaine. Je ne veux aucun commentaire sur ma façon de faire mes cours. Aucune distribution de points ni de retraits dans mon dos. Vous ne corrigerez les copies que si je vous le demande.

- Je n'y vois aucun inconvénient.

- Bien. Voilà mon emploi du temps, déclara Severus d'une voix sèche. Si vous avez une question, vous savez où me trouver. Vous pouvez vous installer à cette paillasse, lui montra l'enseignant en désignant une table vide au fond de la salle.

Severus le laissa s'y diriger et ouvrit la porte à la volée, faisant bondir les pauvres Première Année. Il adorait le lundi matin et les cours en commun avec les Gryffondor et les Serpentard. Terroriser cette bande de cornichons incapables et pleurnichards était jubilatoire. Il aimait voir les airs dépités des Lions lorsqu'il ne leur attribuait pas de points à chaque bonne réponse, mais qu'il en donnait aux Serpents pour des motifs futiles. Les gamins allaient vite s'y faire et prendraient le pli. Il suffisait de voir les élèves des années suivantes qui ne disaient plus rien.

Il donna ses cours tout le reste de la journée en pensant au lendemain. Il n'avait pas envie de voir son amant.

Lorsqu'arriva le cours des Septième Année, Severus devait avouer qu'il était tendu. Il se souvenait de ce qu'il avait dit – hurlé serait plus juste – à Harry le vendredi. Il avait vu le regard vert se remplir de larmes et le brun tourner les talons, mais il n'avait pas bougé. Il s'était refusé de lui courir après. Cette séparation était nécessaire. Certes, Harry avait raison en disant qu'une relation secrète ne voulait pas dire qu'ils devaient se séparer, mais c'était le mieux pour eux. Personne ne pouvait ainsi se douter qu'ils étaient un couple.

Il avait aperçu le succube une fois durant le week-end dans la Grande Salle, mais s'était efforcé de ne pas le regarder. Il n'avait de ce fait pas remarqué que l'état du jeune homme était plus que déplorable.

Severus fit entrer ses élèves et les laissa s'installer pendant qu'il s'asseyait à son bureau. Il embrassa la salle d'un rapide coup d'œil. Le compte des présents et des absents était vite fait, ils n'étaient que huit, enfin sept, puisque Potter était absent.

- Où est Potter ? Parlez ! siffla-t-il mécontent.

Le gamin n'était pas malade, il l'aurait su car Poppy Pomfresh lui aurait demandé de faire des potions qu'il aurait dû lui apporter séance tenante. Ce qui n'avait pas été le cas.

Les élèves haussèrent les épaules en se regardant. Seule la jeune Granger aurait pu savoir mais Severus n'était pas dupe, la brunette ignorait où le garçon pouvait être. Ils n'étaient plus amis depuis un an.

- S'il n'a aucune excuse valable, je retire vingt points à Gryffondor !

Il se laissa tomber sur sa chaise lorsque la cloche, annonçant la fin des cours, retentit. Il vit Tibérius se rapprocher de lui. Le stagiaire avait été silencieux durant toute la matinée.

- Avez-vous besoin de moi ? demanda-t-il.

- Non, Tibérius, vous pouvez y aller.

Lui, il devait aller rendre des comptes au directeur sur l'absence de Harry à son cours. Qui sait, peut-être que le Survivant avait été absent à son premier cours de la journée, qu'il n'y avait donc aucune corrélation entre le moment où il avait rejeté Harry et le fait que ce dernier ne soit pas présent en Potions.

Le professeur quitta ses cachots chéris pour se rendre chez Dumbledore. Il se dirigea vers la statue de la gargouille avec une certaine réticence, comme à chaque fois qu'il y allait. Il prononça le mot de passe et monta l'escalier de pierre. Après avoir frappé contre le panneau de bois, Severus pénétra dans le bureau directorial.

- Un problème, mon ami ? s'enquit le directeur.

- Un élève ne s'est pas présenté à mon cours, je venais juste vous prévenir.

- Ah ? Et de qui s'agit-il ?

- Potter.

- Étonnant.

Albus tira de son bureau un exemplaire de l'emploi du temps des Gryffondor de Septième Année.

- Voyons, j'ai vu Minerva et elle ne m'a rapporté aucune absence durant les cours qu'elle avait avec les Septième Année de Gryffondor.

Malgré lui, Severus s'inquiétait de cette absence. Harry n'avait jamais séché sciemment le moindre cours, enfin, pas un des siens. Les autres, le professeur s'en moquait royalement. Qu'est-ce qui avait pu pousser le Gryffondor à ne pas aller en potions ? Cette année était importante pour lui, il avait ses ASPICs.

- Je prends note de son absence, concéda le vieil homme.

Mais il ne ferait rien de plus, il ne pouvait rien faire de plus, tout comme Severus.

- J'ose espérer qu'il sera là vendredi, grogna le potionniste.

Severus en avait parlé aux autres professeurs qui avaient Potter en cours, mais tous avaient noté sa présence. À croire qu'il ne séchait que les potions. Le directeur des Serpentard eut l'impression d'y être pour quelque chose mais, même en réfléchissant, il ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire pour faire fuir son compagnon. Était-ce son attitude ? Non, Harry avait été plus malmené que ça.

Severus prit sur lui d'envoyer une lettre au jeune homme afin d'exiger un entretien avec lui. Il voulait comprendre ses motivations à refuser d'assister à ses cours.

« Monsieur Potter,

Au vu de vos absences répétées à mes cours alors qu'ils sont obligatoires, je vous prierais donc de faire acte de présence vendredi, dix-sept heures trente. Toute absence entraînera une sanction.

S.R »

Mais Harry ne daigna pas se montrer durant le cours du vendredi, ni même après. Severus savait que le gamin avait lu sa lettre, il avait envoyé son hibou personnel qui était revenu sans rien dans les serres.

Le maître des potions vitupéra en patientant durant une heure sans voir l'ombre d'une tignasse ébouriffée ni deux yeux verts. Il envoya proprement paître Tibérius lorsque celui-ci vint s'enquérir de sa santé.

Severus soupira en sachant qu'il allait à nouveau devoir se rendre dans le bureau directorial. Et rien que l'idée de devoir annoncer au directeur que son petit protégé n'était pas venu à sa convocation, ni à aucun de ses cours de potions de la semaine, l'agaçait prodigieusement. Il sentait poindre une conversation dont il se passerait bien.

Ça ne manqua pas. Aussitôt assis, Albus lui demanda des nouvelles de Harry.

- Il n'a pas daigné se montrer à mes cours, avoua-t-il d'une voix sèche. Je l'ai convoqué mais il a été absent, une fois encore.

- Mon cher, y a-t-il eu un problème entre vous depuis votre union ? demanda soudain Dumbledore.

- Un problème ? De quel ordre ?

Il avait rompu avec Potter. D'accord, il avait peut-être un peu trop anticipé les choses. Mais, entre eux, il n'y avait aucun souci, enfin, il n'en voyait pas. Il ne comprenait non plus pourquoi le succube refusait d'assister à ses cours. Qu'avait-il bien pu faire pour que le gamin déserte sa salle de classe ?

- Dans votre couple, bien entendu.

- Il me semblait que vous aviez été clair à ce sujet. Notre relation se doit de rester secrète.

- Certes, mais pourquoi ai-je l'impression que Harry vous fuit ?

- J'ignore pourquoi. Je lui ai juste signifié qu'en dehors des cours et des repas, nous ne nous verrions pas !

- Severus, claqua Albus d'une voix polaire, je vous ai demandé d'être discret, pas de le laisser tomber, par Merlin !

L'homme cligna des yeux, surpris par le ton glacial de son supérieur. Dumbledore n'était pas du genre à s'emporter de la sorte.

- Vous... je ne comprends pas, gronda le vieil homme. Vous avez la chance d'être heureux avec une personne qui vous aime et vous la mettez de côté ! Êtes-vous stupide ?

- Je ne vous permets pas Albus !

- Croyez-moi, Severus, je me moque totalement de vos états d'âme ! Maintenant, expliquez-moi ce qui a bien pu se passer entre mon départ et aujourd'hui.

- Rien Albus, se défendit Severus qui sentait la colère le gagner.

Il avait été dans son bon droit en congédiant un peu brutalement Harry. Le gamin venait de lui avouer qu'il était en manque de son corps.

- Ne dîtes pas qu'il ne s'est rien passé. Harry ne se montre pas depuis une semaine. Il ne met plus les pieds dans la Grande Salle ni lorsqu'il devrait être en classe avec vous ! Que s'est-il passé ? ! tonna Dumbledore.

- Il ne veut pas de moi comme compagnon, il n'est intéressé que par mon corps, il me l'a dit. Je lui ai juste signifié de sortir.

- Les termes exacts, Severus !

- Quelle importance les termes peuvent-ils avoir ?

- Un succube fait tout ce que son compagnon lui dit... Ô Merlin, dîtes-moi que vous n'avez pas osé ? Vous mériteriez des gifles mon ami et, aujourd'hui, je n'ai jamais eu autant envie de vous en coller une !

Voir Albus s'énerver était un exploit en soit pour Severus, mais l'entendre le menacer était plus dérangeant encore. Le maître des potions se rappela que le directeur n'était pas n'importe quel sorcier. Lorsqu'il était en colère, comme en cet instant, il émanait de lui une certaine aura de puissance.

- Que Harry ne vienne pas à vos cours ne m'étonne qu'à moitié, surtout vous connaissant. Vous avez dû lui hurler de déguerpir lorsqu'il a voulu vous demander des explications. Et après, vous vous étonnez ? Il ne fait que vous obéir ! Je comprends maintenant pourquoi il n'est pas présent dans la Grande Salle, vous vous y trouvez ! Et je ne parle pas de vos classes !

Autant dire que Severus en était bouche bée. Il n'avait pas osé s'avouer être responsable de l'absence de Potter. Mais Albus n'avait pas tort. Il avait en effet clairement dit à Harry qu'il ne voulait plus le voir. Le succube avait-il pris cela au pied de la lettre ? À l'évidence, oui.

- Je pense que vous avez fait assez de bêtises comme ça, Severus. Vous allez retourner dans vos appartements et me laisser régler ça !

Le professeur savait reconnaître lorsqu'on le congédiait. Il se leva dignement et quitta le bureau dans la ferme intention d'aller se noyer dans un verre de whisky.

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Harry refusait de manger depuis près d'une semaine, malgré les suppliques et les remontrances de Ron. Il était dans une routine qu'il n'avait pas l'intention de quitter.

- Bon, Harry, je commence à en avoir marre, s'énerva le jeune Weasley, le vendredi soir. Tu as une mine d'inferius en décomposition et crois-moi, ce n'est pas beau à voir. Alors tu vas bouger ton joli fessier et descendre au moins dans les cuisines pour manger ! Sinon, je te préviens que j'envoie un courrier à Maman qui se fera une joie de t'incendier proprement tout en t'envoyant des bonbons. Tu n'es déjà pas très gros à la base, mais à ce rythme, tu vas finir décharné !

- Tu ne comprends rien, Ron ! Je me fiche de tout ça ! Severus m'a rejeté, il m'a... sans lui je...

Une claque sonore retentit dans le dortoir. Ron n'était pas violent, mais là, la coupe était pleine. Il en avait plus qu'assez des lamentations – qu'il comprenait parfaitement – de son ami. Certes, Harry était un succube et il était en manque, de sexe et de la présence de son compagnon, mais il n'allait pas se laisser dépérir. Et le voir dans cet état inquiétait le fils de Molly et Arthur.

Le brun regarda le rouquin, ahuri.

- Ce crétin de Rogue t'a clairement dit qu'il ne voulait plus te voir, fit Ron d'une voix plus dure qu'il ne l'aurait voulu. Mais t'a-t-il seulement dit de mourir ? J'en doute ! Alors bouge tes fesses et on va manger !

La mort dans l'âme, Harry se leva de son lit dans lequel il venait de se jeter et suivit son ami jusqu'aux cuisines. Il n'avait pas faim mais allait se forcer à manger un peu. Il craignait les beuglantes de Madame Weasley et n'avait aucune envie d'en recevoir une.

Ron commanda un plat pantagruélique qu'il commença à manger et désigna d'un doigt autoritaire la part de Harry. Apparemment, c'était pour deux.

Ils ne s'attendirent pas à voir Dumbledore pénétrer dans les cuisines. Étonnant qu'il soit là précisément le jour où les garçons avaient décidé de descendre.

- Je me doutais de vous trouver là, Messieurs. Permettez que je me joigne à vous ?

Un elfe de maison s'empressa de servir la même chose au directeur avant de retourner vaquer à ses tâches.

Une fois que Ron eut avalé sa pitance gargantuesque, Dumbledore lui demanda s'il voulait bien les laisser seuls quelques instants. Le roux n'y vit aucune objection, et quand bien même il en aurait, il n'avait d'autre choix que d'obéir.

- Harry, mon garçon, je vais te demander une faveur, commença le vieux sorcier. Je sais que c'est beaucoup te demander mais pourrais-tu, demain, aller manger dans la Grande Salle ?

- Non, gémit le succube pitoyablement. Il...

- Je sais ce que Severus t'a demandé de faire. Il n'aurait pas dû et je le lui ai signifié. Mais tu te dois d'être présent dans la Grande Salle à chaque repas. C'est le règlement de l'école et personne ne peut s'y soustraire.

Harry, vaincu, hocha la tête. Il n'avait pas le choix et devait se soumettre à l'ordre directorial.


À suivre.

Alors? On aime ou on déteste l'auteur? Comme vous étiez prévenus, vous n'avez pas le droit ni de vouloir me tuer ni de me maudire. Et toc!