CHAPITRE XII

Le lundi matin, les élèves les plus âgés de la maison Serpentard commencèrent leur journée en rassurant leurs plus jeunes camarades, dont certains étaient tout bonnement terrorisés à l'idée de se rendre dans la Grande salle. De toute évidence, la violence psychologique pouvait parfois faire autant de ravages que la violence physique, et cela, les autres maisons l'avaient utilisés à merveille.

Drago, qui, pour une fois, ne s'était pas levé aux aurores pour échapper au petit-déjeuner en compagnie de ses amis, se tenait debout dans un coin de la salle commune, l'expression fermée, si bien que personne n'avait tenté de l'approcher. Le regard vide, le visage pâle et les joues creusés par la fatigue et l'angoisse, il était encore plus effrayant qu'à son habitude, et même certains Serpentard le regardaient avec un soupçon de crainte dans les yeux. Sûrement parce que tout le monde savait qu'il était le fils du déchu bras droit du Seigneur des Ténèbres, la progéniture d'un Mangemort aussi fanatique que sanguinaire, et forcément, cela ne lui faisait pas une bonne publicité.

Et quand il voyait tous ces gamins de onze ou douze ans, pétrifiés par la peur des insultes et des menaces qu'ils étaient susceptibles de recevoir en mettant un pied en dehors de la salle commune, tout en sachant pertinemment que c'était lui qui avait causé ce désastre, il avait envie de vomir. S'il y avait bien quelque chose qu'il avait toujours respecté, c'était l'unité de sa maison, et ce code d'honneur tacite selon lequel les Serpentard se serraient les coudes et se protégeaient, quoi qu'il arrive. Et voilà que par sa faute, tous ses camarades se retrouvaient accusés d'un crime qu'il était le seul à avoir commis.

Blaise s'était même battu, bon sang. Tous persuadés qu'ils étaient de défendre l'honneur de leur maison innocente, tous sûrs et certains que l'attaque ne venaient pas de l'un d'entre eux. S'ils avaient su, ses meilleurs amis, qui pointaient avec agacement la « stupidité » de leurs camarades qui pensaient que l'agression de Katie était le fait d'un Serpentard, qu'il était le coupable. Lui, en qui ils avaient toujours eu une confiance totale.

Il essayait bien se convaincre que la cause du Seigneur des ténèbres était ou serait bientôt, par définition, leur cause à tous, histoire de calmer la brûlure de la culpabilité dans sa poitrine, mais il ne pouvait se départir de cette impression détestable qui lui collait à la peau : celle d'être en train de les trahir.

Quand il était seul dans la Salle sur demande, il réussissait à oublier cette sensation, mais là, à regarder les visages angoissés des 1ère années, l'expression douce de Daphné consolant les plus jeunes, ou encore l'air sombre de Théo, qui devait certainement être révolté par la situation, il se sentait comme un traitre.

Il continua de se sentir ainsi quand ils sortirent dans le couloir pour se rendre dans la Grande salle, et ce sentiment ne le quitta pas quand il s'assit à la table des Serpentard en face de Goyle. Il faisait tout pour que ses amis ne lui adressent pas la parole, mais cela ne lui demandait de toute façon presque aucun effort : de toute évidence, ils avaient tous bien mieux à faire que de se préoccuper de lui, désormais. A les regarder, Drago avait l'impression de n'avoir jamais été l'un des leurs.

Ils étaient devenus tellement différents, depuis ce jour de juillet où ils s'étaient retrouvés chez Pansy, et avaient ri durant de longues heures sous le ciel bleu. A l'époque, il avait encore l'illusion que tout allait bien se passer, galvanisé par la chaleur des rayons du soleil et la force que lui procuraient ses amis autour de lui. Il ne l'aurait jamais avoué, mais toute sa vie, c'était eux qui l'avaient fait tenir, qui lui avait permis de goûter à la joie et à la liberté dans un monde qui souhaitait le voir impassible et enchainé. Eux qui avaient été l'origine de ses plus grandes joies et les pansements de toutes ses peines.

Mais à présent, plus prisonnier que jamais de la cage dorée dans laquelle il était né, tout avait changé, et il était seul pour faire face au cyclone destructeur dans lequel il était pris au piège.

A côté de lui, Théo discutait avec Pansy et Milicent du nouveau ministre de la magie italien, dont la nomination venait apparemment d'avoir lieu. Tracey profitait que la brune ait le dos tourné pour picorer dans son assiette, rien que pour le plaisir de l'asticoter, et Blaise était silencieux, contrairement à son habitude, semblant écouter distraitement la conversation de Daphné et Milicent.

Le petit-déjeuner suivait son cours dans une ambiance un peu plus tendue qu'à l'habitude quand une des portes du fond de la salle s'ouvrit, provoquant un grincement suffisamment bruyant pour interrompre momentanément les conversations. Dumbledore, drapé dans une robe de sorcier violette, apparut et rejoignit tranquillement son fauteuil à la table des professeurs, comme s'il n'avait pas été absent pendant des semaines.

Avec des yeux ronds, Drago le regarda s'asseoir à sa place et entamer une conversation avec le professeur McGonagall, tandis qu'autour de lui, les élèves de Poudlard reprenaient leurs conversations, habitués au comportement souvent inexplicable de leur directeur. Seul l'héritier des Malefoy garda le regard fixé sur le vieil homme, la gorge serrée, comme si son retour rendait douloureusement réel le fait que Drago allait devoir le tuer de ses mains.

Comme s'il s'était senti observé, Dumbledore tourna légèrement la tête vers la table des Serpentard et croisa le regard de Drago, une étincelle malicieuse dans les yeux, comme s'il savait parfaitement ce que le jeune homme tramait, et que cela l'amusait beaucoup. Le blond détourna vivement le regard alors qu'un frisson de stupeur parcourait son dos, terrifié à l'idée que le directeur ait pu mystérieusement lire dans sa tête.

Quand il se risqua à nouveau à jeter un coup d'œil à la table des professeurs, Dumbledore écoutait attentivement le professeur McGonagall, et Drago eut presque l'impression d'avoir rêvé. Après tout, vu le niveau de tension qu'il faisait endurer à son corps, qu'il ait des hallucinations ne l'aurait pas plus étonné que cela.

A la fin du petit-déjeuner, alors que des soupirs de désespoir à l'idée de se rendre en classe résonnaient de tables en tables, le directeur se leva et se racla la gorge, faisait tomber instantanément le silence aux quatre coins de la pièce.

- Avant de vous laisser rejoindre vos cours, je souhaitais vous dire quelques mots à propos de l'incident de samedi, commença le vieil homme d'un ton calme. Comme vous le savez certainement tous à présent, une de nos élèves a été ensorcelée et conduite à St-Mangouste. Ses jours ne sont pas en danger. Je sais que beaucoup d'entre vous sont choqués et inquiets, mais je vous demande à tous de garder votre calme et de ne pas céder à la panique, à la colère ou au ressentiment. La lumière sera faite sur cet incident, mais d'ici-là, il n'est pas acceptable que vous vous accusiez les uns les autres et que le chaos règne dans cette école.

Le ton de Dumbledore s'était fait plus dur, et quelques Gryffondor se ratatinèrent en affichant des expressions coupables.

- Toute manœuvre d'intimidation ou de violence ainsi que tout manquement au règlement sera sévèrement punie. Nous ne pourrons vaincre de tels évènements qu'en restant unis. C'est pourquoi je vous demande de vous soutenir, par-delà les différences qui peuvent vous séparer. Je vous souhaite à tous et toutes une excellente journée.

Le directeur se rassit sur sa chaise après un léger signe de tête, et le brouhaha reprit dans la Grande salle alors que les élèves se levaient tous en même temps. Drago jeta un dernier regard au vieil homme, qui observait les adolescents d'un air scrutateur et indéchiffrable, avant d'empoigner son sac et de se faufiler au dehors, sans même que ses amis ne remarquent son départ.

Ceux-ci, bien loin de prêter attention à Drago, étaient bien trop occupés à commenter l'intervention de Dumbledore, et l'étonnement était l'émotion qui prévalait :

- Ça ressemble pas à Dumbledore de durcir le ton comme ça, fit remarquer Blaise en empoignant son sac.

- On a dû lui dire que la situation avait dégénéré hier, répondit Théo.

- Ouais, mais il est toujours si prompt à défendre et à privilégier les Gryffondor… Là, il les a carrément menacés de sanctions.

- Il a bien fait, dit Pansy avec dédain. Peut-être qu'ils vont enfin comprendre que cette école ne leur appartient pas.

- Dumbledore n'est quand même pas capable de produire des miracles. Tant qu'ils auront « l'Elu » dans leurs rangs, ils continueront à se pavaner comme des rois, lâcha Théo d'un ton méprisant.

Pansy roula des yeux avant de donner un petit coup de coude à Tracey, qui discutait avec Aliyah :

- On va être en retard, lui dit-elle avant de suivre Théo hors de la Grande salle.

Dans le hall, la petite bande se sépara : Théo, Pansy et Tracey prirent l'escalier en direction du 5ème étage pour se rendre en cours d'étude des runes, Milicent et Aliyah se dirigèrent vers la bibliothèque, et Blaise entama sa descente vers la salle commune, suivi par Daphné, qui marchait un peu plus loin derrière lui. Quelle ne fut pas sa surprise quand il entendit la jeune fille accélérer le pas et le rattraper, avant d'ouvrir la bouche :

- Tu ne m'as pas dit qui est l'ordure avec qui tu t'es battu hier.

Elle avait lâché ça avec calme et assurance, comme s'ils avaient l'habitude de papoter au détour d'un couloir, comme s'ils ne s'étaient pas insultés et détestés pendant cinq ans. De toute évidence, le fait d'avoir défendu Astoria avait fait gagner à Blaise beaucoup plus de points qu'il ne l'aurait cru.

- C'est pas important, il est hors d'état de nuire maintenant. Je t'assure qu'il ne recommencera pas.

Avec son air sûr de lui, ses yeux sombres et son pansement en travers de l'arcade, il avait l'air bien plus effrayant qu'à son habitude, et Daphné n'avait aucun mal à le croire.

- Certes, mais je voudrais quand même savoir qui c'est.

Blaise lui jeta un coup d'œil, étonné par son insistance.

- Pourquoi ?

Elle aurait pu lui rétorquer que ça ne le regardait pas, et encore quelques jours auparavant, elle l'aurait certainement fait, mais elle se dit qu'elle avait plus de chances d'obtenir ce qu'elle voulait en préférant la subtilité à la brutalité.

- Disons que je veux être sûre qu'il a compris à qui il a affaire.

Elle l'avait dit sur un ton mystérieux et bas de confidence, et Blaise perçut très bien la menace sous-jacente. Pourtant, quand il la regarda, elle avait l'air aussi impassible et inoffensif qu'à son habitude, avec ses cheveux noués en une tresse impeccable et son uniforme parfaitement repassé.

- Qu'est-ce que tu prépares, Greengrass ?

- Rien. Pour l'instant, ajouta-t-elle avec un instant de silence. Alors, c'est qui ?

- Jonathan Chambers. Il est poursuiveur dans l'équipe de Quidditch des Serdaigle.

Daphné roula des yeux.

- Pourquoi faut-il toujours que les joueurs de Quidditch soient des goujats de première ?

Si la jeune fille avait pu photographier sur le vif l'expression de Blaise à ce moment-là, elle l'aurait fait, avant d'encadrer le cliché.

- Tu es consciente que je suis poursuiveur dans notre équipe, fit remarquer l'afro-britannique.

- Bien sûr.

S'il n'y avait pas eu le mince sourire en coin plaqué sur les lèvres de la blonde, Blaise aurait cru qu'elle le détestait de nouveau. Mais non: Daphné Greengrass se moquait de lui ouvertement, une étincelle malicieuse dans son regard bleu, qu'il ne lui avait jamais vue auparavant.

- Tu viens de faire de l'humour, lâcha-t-il, abasourdi.

- Effectivement. Tu as le cerveau plutôt lent, Zabini, si je peux me permettre.

Il ne chercha même pas une réplique à lui rétorquer. Au lieu de ça, il éclata de rire dans ce couloir vide, presque malgré de lui, stupéfait par cette situation improbable. Que Greengrass la princesse de glaces qui lui adresse la parole sans le mordre, c'était déjà beaucoup, mais qu'elle se révèle être drôle, ça, c'était trop pour lui. L'hilarité du jeune homme arracha un sourire à la blonde, et elle se fit la réflexion qui finalement, ils étaient effectivement capables de passer plus de cinq minutes ensemble sans se hurler dessus. Pire, ils semblaient même être capables d'en faire un moment supportable. Décidément, cette année-là, Poudlard était vraiment sens dessus-dessous.

Plusieurs étages au-dessus d'eux, Théo ne riait pas autant, mais son cours d'étude des runes n'était cependant pas dépourvu d'action. Assise devant lui, Pansy ne cessait de chuchoter à l'oreille de Tracey, entrecoupé de rires qui se voulaient silencieux, et le jeune homme les observait, partagé entre l'amusement et la désapprobation.

Depuis que le cours avait commencé, sa meilleure amie n'avait pas dû écouter plus de deux mots, toute son attention étant portée sur sa camarade de dortoir. Pourtant, l'étude des runes était l'une des seules matières que la jeune fille appréciait vraiment, et elle y excellait, mais de toute évidence, Tracey était largement plus intéressante que leur vieux professeur et ses traductions de symboles obscurs.

Auparavant, la brune s'asseyait à côté de Théo, mais à force de voir la jeune Davis se retourner sans cesse vers eux pour discuter, ou Pansy s'escrimer à attirer l'attention de son amie, il avait fini par lui dire qu'elle pouvait aussi déménager au rang de devant, cela lui faciliterait la vie à tous. Théo se fichait pas mal d'être seul à sa table : c'était plus facile pour se concentrer, et surtout, ça faisait plaisir à Pansy. Il suivait le cours pour eux deux (ce qui était déjà le cas dans bon nombre des autres matières, alors ça ne le changeait pas beaucoup), et elle en profitait pour échanger il ne savait quelles confidences avec sa camarade.

Il n'avait jamais vue son amie ainsi, et même s'il devait avouer que ce rapprochement soudain avec Tracey était inattendu, il n'avait que des effets bénéfiques sur la brune. Elle semblait moins dure, moins cassée, moins cassante, et Théo ne l'avait certainement jamais vu aussi solaire. Bien sûr, aux yeux du reste de l'école, elle restait la vipère au sourire carnassier et aux remarques cruelles, mais à l'abri des regards, le jeune homme voyait bien le changement. Elle qui restait toujours sur ses gardes, même avec les Serpentard, faisait tomber le masque avec Tracey, lui offrait sans compter ses sourires sincères, pourtant réputés si rares, recherchait en permanence son attention et sa compagnie, comme si elle s'épanouissait dans le regard gris de son amie.

Théo avait le sentiment que Pansy faisait confiance à Tracey, instinctivement, sans se poser de questions, ce qui était si rare chez les Sang-pur que ça ne manquait de l'intriguer. Même avec lui, alors qu'ils étaient encore des enfants quand ils s'étaient rencontrés, elle avait été méfiante, comme lui l'avait été, comme ils l'étaient tous. Dans leur monde, la méfiance était une armure et la confiance une faiblesse, ce qui expliquait que la plupart de leurs relations restent superficielles. Pour qu'ils tissent de véritables liens, il fallait prouver cent fois sa valeur, et que chacun soit capable de se départir de ses suspicions et de ses doutes pour s'ouvrir à l'autre. Habituellement, cela prenait bien des mois, voire des années, raison pour laquelle ils avaient tous si peu de véritables amis.

Mais Tracey Davis semblait être l'opposé de tout cela. En quelques semaines, elle avait gagné l'affection de Pansy sans sembler faire le moindre effort, simplement armée de sa confiance et de sa simplicité. Si cela étonnait tout le monde, cette alliance paraissait finalement être idéale, se dit Théo en observant le large sourire qui s'étirait sur les lèvres bordeaux de Pansy.

Au milieu de tout ce chaos et face à ce qui les attendait, la moindre des choses que le jeune homme pouvait faire, c'était se réjouir du bonheur de celle qui était comme sa sœur depuis qu'ils étaient venus au monde. Lui-même ne savait que trop bien à quel point leurs jours de paix étaient comptés.


Après cet épisode quelque peu agité dans la vie des Serpentard, ils s'aperçurent que le mois d'octobre était déjà bien entamé, et bientôt, Halloween fut au château. Pour les sorciers, c'était une fête particulière, et le moins qu'on puisse dire, c'est que Poudlard ne la fêtait pas qu'à moitié : dans toute la Grande salle trônaient des citrouilles évincées aux visages grimaçants, le feu des torches éclairants les couloirs était devenu noir, vert ou violet, et les armures avaient même été affublées de déguisements tous plus étranges les uns que les autres.

A l'extérieur, la neige tombait sans interruption, ce qui rendaient les entraînements de Quidditch laborieux et encore plus épuisants qu'à l'ordinaire, mais à l'approche du premier match de l'année, il était hors de question de ralentir la cadence. Le jour d'Halloween, Urquhart avait programmé un entrainement juste avant le déjeuner, à l'heure du cours d'étude des moldus (il avait ainsi l'assurance que tout l'équipe serait présente, car aucun Serpentard n'aurait suivi un enseignement pareil), et quand Blaise en revint et rejoint ses amis dans la Grande salle, il avait l'impression d'avoir été désartibulé et d'avoir laissé la moitié de ses membres sur le terrain de Quidditch.

- Vous auriez pu m'attendre, dit-il quand il s'assit à table, à côté de ses amis qui entamaient déjà leur dessert.

- On crevait de faim, tu peux comprendre ça, répondit Pansy en mordant dans une pomme. Comment s'est passé l'entrainement ?

- Abominablement mal. J'ai failli tomber de mon balai trois fois, avec toute cette neige, et Urquhart a passé une demi-heure à hurler sans interruption. J'en peux tellement plus que je crois que je vais faire une sieste avant la métamorphose.

- Je vois, répondit Pansy en riant.

- Et vous, vous avez fait quoi ?

- Rien de spécial, éluda la brune.

Pourtant, malgré son air innocent, Blaise voyait bien qu'elle mijotait quelque chose. Après tout, il avait grandi à ses côtés et avait bien souvent été la première victime de ses manigances, aussi avait-il vite appris à les repérer, par pur instinct de survie.

- Crache le morceau, Pans'.

- Mieux vaut que tu vois par toi-même, lâcha-t-elle avec un sourire perfide.

Elle jeta un coup d'œil à l'énorme horloge qui trônait au-dessus des portes et indiquait midi trente, avant d'adresser un bref regard à Daphné, dans les yeux de laquelle brillait une lueur rusée que Blaise ne lui connaissait pas. Le jeune homme se demandait ce que sa meilleure amie avait encore fait, quand des exclamations retentirent à la table des Serdaigle. Tous les yeux se tournèrent vers l'endroit d'où elles provenaient, et Poudlard découvrit Jonathan Chambers, encadré par ses amis aux visages horrifiés. Ce qui frappait n'était plus les épaules carrés ou la haute taille du 7ème année, mais les changements qui venaient d'apparaitre sur son visage : sa peau était devenue rose, ses oreilles avaient triplé de volume, et à la place de son nez trônait un énorme groin. Chambers avait été partiellement métamorphosé en cochon.

Inutile de dire que tous les élèves étaient stupéfaits, mais une fois que cette instant de stupeur fut passé, ce furent des hurlements de rire qui envahirent la Grande salle, sous le regard humilié du Serdaigle.

- Maintenant, tout le monde peut voir à quel point ce mec est un porc, dit Daphné à voix basse, si basse que Blaise pensa l'avoir rêvé.

Mais quand il tourna la tête vers elle, alors que son esprit commençait à assembler les pièces de puzzle, elle lui lança un sourire satisfait, si furtif qu'il fut le seul à le voir. Autour d'eux, leurs amis étaient au bord des larmes, et Blaise ne put que se joindre à l'hilarité générale quand il prit conscience du surréalisme de la situation. Daphné avait métamorphosé Chambers en cochon. Greengrass, si sage et irréprochable, avait orchestré dans l'ombre une humiliation digne des Serpentard les plus retors, et en plus de cela, il y avait fort à parier que personne ne la soupçonnerait jamais

L'afro-britannique ne pouvait être qu'impressionné, lui qui avait toujours pensé qu'elle avait simplement voulu connaitre le nom de Chambers pour mieux le surveiller à l'avenir. Il n'aurait jamais cru qu'elle serait capable d'organiser une telle vengeance, mais pourtant, après avoir scruté ses expressions pendant cinq années, il ne pouvait se tromper sur la signification de ce minuscule rictus de satisfaction qui trônait sur ses lèvres roses. Décidément, on pouvait s'en prendre à Daphné Greengrass sans craindre trop de représailles, comme lui-même l'avait souvent fait, mais si l'on s'avisait de toucher à Astoria… Mieux valait courir vite.


- Rappelle-moi de toujours bien me comporter avec ta sœur.

Daphné releva la tête de son parchemin et croisa le regard rempli de malice de Blaise qui la regardait par-dessus ses livres. Elle esquissa un sourire et répondit :

- J'ose espérer que tu le sais déjà.

- Je le sais, rassure toi, répondit le jeune homme en s'asseyant en face d'elle. Et je vais continuer à être exemplaire avec elle, parce que le groin de cochon ne m'irait pas du tout, je crois.

La blonde fit une petite moue innocente, qui aurait sûrement pu tromper la police, la justice et même Dieu, et Blaise ne put s'empêcher de rire.

- C'était vraiment très bien joué, dit-il avec un sourire.

Une étincelle amusée dansa dans le regard de Daphné, mais elle resta silencieuse, et son camarade comprit qu'elle n'avouerait pas son méfait aujourd'hui. Peut-être qu'un jour, il saurait comment elle avait tout manigancé, mais pour le moment, il se contentait très bien du fait qu'elle ne lui ait pas encore lancé de sort.

- T'as fini ton devoir de défense contre les forces du mal ?

- Je suis en train de le terminer, répondit la blonde en lui montrant son parchemin, couvert d'une écriture cursive impeccable.

Le jeune homme hocha la tête et sortit son propre devoir pour le professeur Rogue, dont il avait à peine rédigé la moitié, avant de se mettre au travail. Pendant une demi-heure, ils travaillèrent ainsi en silence sans que la moindre tension ne s'installe, ce qui ne manqua pas d'interpeller certains Serpentard présents dans la salle commune. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'on voyait Blaise Zabini et Daphné Greengrass réviser sagement l'un à côté de l'autre.

Blaise avait couvert 35 centimètres de parchemin, quand il fut déconcentré par de grands éclats de rire venants de l'entrée de la salle commune, éclats de rire qui appartenaient à nulle autre que sa meilleure amie. Un instant plus tard, Pansy s'écroulait dans un fauteuil à ses côtés, suivie par Théo et Tracey, tous aussi hilares qu'elle, nullement désolés de perturber les révisions en cours.

- On peut savoir ce qu'il vous arrive ?

- J'adore Halloween, finit par lâcher la brune quand son rire se fut calmé. C'est la seule fête qui permet de voir Eleanor Branstone cracher des fleurs et Dean Thomas pendu au plafond par les pieds sans avoir besoin de leur jeter un sort moi-même.

- Comment ça, Branstone crache des fleurs ?

- Apparemment, Owen Cauldwell lui a fait boire une potion qui lui fait cracher des fleurs à chaque fois qu'elle essaye de jurer. A ce qu'on dit, il y en a partout dans la salle commune de Poufsouffle tellement elle est furieuse, expliqua Tracey.

- Putain, Cauldwell a beau être un parfait abruti, là, il a tout mon respect !, s'exclama Blaise en riant, visualisant mentalement la scène. Si seulement j'y avais pensé, je te l'aurais fait, Pans'…

- Alors tu aurais pu dire adieu à ce qui te sert de bijoux de famille. Pas besoin de parler pour te les arracher et les donner à bouffer au calamar géant.

La menace ne fit que redouble l'hilarité de Blaise, tandis que Daphné demandait :

- Et comment Thomas s'est retrouvé pendu à un plafond ?

- Aucune idée, répondit Théo. Sûrement un piège qui avait été mis là. Quand on est passé en revenant de l'étude des runes, Finnigan essayait de le décrocher et ils étaient à moitié en train de s'engueuler, on a bien failli mourir de rire.

- Je suis tellement déçu d'avoir raté ça.

- T'inquiète, il y en aura d'autres… Il y a des pièges dans tout le château, Rusard sait plus quoi faire.

Chaque année, pour Halloween, c'était la même chose : les élèves se surpassaient dans l'ingéniosité et la ruse pour se faire des blagues à coup de sortilèges, de potions et de farces et attrapes, et l'on avait intérêt à être sur ses gardes pendant toute la journée du 31 octobre. Si le reste de l'année, les maitres des blagues restaient les Gryffondor, à Halloween, les Serpentard laissaient parler leur sournoiserie naturelle, et ils étaient incontestablement les meilleurs à ce petit jeu, car ils ne se faisaient jamais prendre.

L'année précédente, une dizaine d'élèves avaient fini à l'infirmerie avec une branche leur sortant du front après que les vert et argent aient fait circuler des bonbons ensorcelés dans l'école, et Miles Bletchley avait fait boire à son meilleur ami Adrian Pucey un filtre d'amour qui l'avait persuadé d'être fou amoureux du professeur McGonagall pendant trois bonnes heures. Il avait écopé de trente heures de retenue après avoir lourdement poursuivie la directrice adjointe de ses assiduités, et depuis, tout le monde se méfiait de sa nourriture et de sa boisson quand les Serpentard étaient dans les parages.

Cet Halloween 1996 ne fut pas différent, et fut tout aussi synonyme de fous rires incroyables et de bonnes histoires à raconter que les autres années. Le professeur McGonagall eut toutes les peines du monde à canaliser ses élèves durant le cours de métamorphose commun aux Serpentard et aux Serdaigle, qui était pour beaucoup le dernier cours de la journée. Daphné et ses amies remarquèrent avec une joie perfide l'absence de Jonathan Chambers, qui s'était probablement réfugié à l'infirmerie, mort de honte, et personne ne prêta beaucoup d'attention à Drago, qui avait été introuvable depuis le matin et qui semblait à présent sur le point de piquer un somme sur sa table. D'autres élèves étaient absents, sûrement victimes de blagues de leurs amis, et ceux qui étaient présents étaient si agités que le professeur McGonagall dut hausser le ton et leur rappeler qu'ils risquaient bien de redoubler leur 6ème année s'ils se comportaient de la sorte, pour que le calme revienne quelque peu.

Quand ils purent enfin sortir de la salle de classe, Milicent se rendit en trainant des pieds en cours d'histoire de la magie, alors que ses amis redescendaient joyeusement à la salle commune. Elle était une des seules élèves de toute l'école à apprécier cette matière, mais là, elle devait avouer que c'était franchement pénible de s'y rendre en sachant que tous les autres avaient déjà fini leur journée. En plus, malgré l'ambiance joyeuse qui régnait dans le château, elle se sentait fatiguée, faible, laide et misérable, et n'avait qu'une envie : aller se coucher. Non pas que cette humeur lui soit étrangère, elle était même sa plus fidèle compagne, mais aujourd'hui, elle était épuisée, et la perspective de devoir encore subir l'épreuve du banquet du soir avant de pouvoir sombrer dans le sommeil ne faisait que la déprimer davantage.

Elle se sentait horriblement seule, et pas seulement parce qu'elle se rendait en histoire de la magie sans ses amis. Depuis la rentrée, elle avait le sentiment que tout avait changé : Pansy était en permanence collée à Tracey, au point de délaisser ses autres amies, Aliyah s'éloignait, comme si elle était préoccupée par on ne savait quoi, Théo était encore plus concentré sur ses études qu'auparavant… Merde, Daphné adressait même la parole à Blaise sans lui hurler dessus ! Ils avançaient tous et Milicent, elle, avait l'impression de stagner, de prendre du retard, sans qu'aucun de ses amis n'y fasse attention. Coincée dans ce corps qu'elle détestait autant que le reste de l'école la haïssait, la jeune fille regardait ses amis évoluer, devant toujours plus beaux, plus brillants, plus confiants, tout ce qu'elle leur enviait et aurait tant voulu être. Après tant d'années à leurs côtés, elle avait encore du mal à accepter le fait qu'elle ne serait jamais aussi belle que Daphné, aussi intelligente que Théo, aussi charismatique que Pansy, aussi sûre d'elle qu'Aliyah ou aussi appréciée que Tracey. Elle devait se contenter d'être Milicent, l'acolyte grosse, disgracieuse et inutile que personne ne remarquait.

Malgré ce qu'elle pensait, l'adolescente n'était cependant pas la seule à traverser des jours difficiles : dans la Salle sur demande, Drago connaissait un désespoir désormais familier, assis par terre devant l'armoire à disparaitre, entouré de piles d'objets tout aussi brisés que lui. Cela faisait maintenant deux mois qu'il travaillait à la réparation de l'armoire, se focalisant sur cela pour ne pas devenir fou, même si, depuis le fiasco impliquant Katie Bell, il n'avait plus aucune idée concernant sa mission principale, l'assassinat de Dumbledore. Malheureusement, l'objet ne fonctionnait toujours pas, malgré les instructions que M. Barjow lui avait envoyées par hibou, dissimulées dans une bouteille de gel pour les cheveux. Il se sentait chaque jour plus stupide, incapable de réparer cette maudite armoire, lui qui avait toujours été habitué à ce que tout lui réussisse.

Il se lamentait sur le sol froid, tombant à moitié de fatigue car il était resté éveillé une bonne partie de la nuit précédente, quand un bruit le fit bondir. Ce bruit, c'était celui des portes de la Salle sur demande qui s'ouvraient, bien qu'il soit incapable de les apercevoir derrière les immenses piles d'objets entreposés partout. En un instant, Drago fut sur ses pieds et se précipita derrière un miroir d'argent à la vitre brisée, le cœur battant à tout rompre. Si quelqu'un le trouvait là, c'en était fini de lui : Dumbledore découvrirait immédiatement ce qu'il préparait, il serait arrêté et conduit à Azkaban, et le Seigneur des Ténèbres tuerait ses parents sans hésiter en guise de représailles. Terrifié par cette éventualité, il retint son souffle et resta parfaitement immobile, la main serrée autour de sa baguette.

Au bout de quelques instants, il entendit des pas et une voix marmonnant des paroles indistinctes, qui semblait venir vers lui. Il risqua un coup d'œil de l'autre côté du miroir, et aperçut avec stupéfaction le professeur Trelawney et son imposante chevelure blonde qui s'avançait dans l'allée, une pile d'objets à la main, se parlant toute seule. Elle ne prêta aucune attention à l'armoire ni à l'endroit où il était caché, et il l'observa poursuivre son chemin, aussi étrange et excentrique que lorsqu'elle lui faisait cours les années précédentes.

Il resta là, longtemps, trop pour qu'il sache combien de temps exactement, à attendre d'entendre à nouveau le bruit des portes s'ouvrant et se refermant. Il ne pouvait pas prendre le risque d'essayer de s'échapper et de tomber sur l'enseignante, ou même qu'elle l'entende sortir de la salle, aussi il patienta donc, tendu comme un arc, parfaitement alerte alors qu'il se sentait épuisé quelques dizaines de minutes auparavant. Finalement, il entendit le son tant attendu, et quand l'entrée de la Salle sur demande se referma, il poussa un soupir de soulagement, réalisant seulement maintenant à quel point son rythme cardiaque s'était emballé. La bonne nouvelle, c'était qu'il l'avait échappée belle. La mauvaise, c'était qu'il devait, de toute urgence, trouver une solution pour qu'une telle situation ne puisse pas se reproduise. Si n'importe qui pouvait entrer dans la Salle sur demande pendant qu'il y travaillait, il y avait fort à parier qu'il ne survivrait pas assez longtemps pour exécuter sa mission.


Après le banquet d'Halloween, les Serpentard repus rejoignirent leur salle commune, plein d'une bonne humeur légère et contagieuse. Malheureusement, même cette ambiance allègre ne put enrayer les pensées noires qui polluaient l'esprit de Milicent, et dès qu'elle eut mis un pied dans les cachots, ce fut pour se diriger vers son lit, sans qu'aucun de ses amis ne tente de la rattraper. Drago, lui, n'avait fait qu'une apparition éclair au banquet avant de re-disparaitre on ne savait où, et c'est ainsi que Théo, Blaise, Pansy, Tracey, Daphné et Aliyah se retrouvèrent dans la salle commune, assis sur les canapés, au coin du feu ronronnant dans la cheminée. La pièce ne mit guère de temps à se vider, tout le monde ayant bien trop mangé pour veiller très longtemps, mais les 6ème années semblaient vouloir profiter encore un peu de cette journée si spéciale, et passés 22h30, ils étaient les derniers encore debout.

- Aliyah, lis-nous l'avenir, réclama Pansy au bout d'un moment, affalée contre Tracey sur le canapé de droite.

- Si tu veux, accepta celle-ci en sortant sa baguette.

Elle lança un « Accio thé », et en une seconde, une théière pleine vola vers la table, suivie par six tasses. Il y avait toujours du thé dans la salle commune des Serpentard, car ils étaient si habitués à en boire dans leurs familles que ne pas en avoir en permanence à l'école était impensable. Aliyah rempli les tasses du breuvage brûlant et les distribua à ses amis, qui se mirent à les boire dans un silence seulement troublé par le crépitement des flammes.

La jeune sorcière était la seule à avoir choisi de continuer la divination après les BUSES, et elle avait toujours été la meilleure d'entre eux dans cette discipline, même si tout le monde soupçonnait que cela était seulement dû à une imagination débordante. Aucun d'eux ne croyait vraiment à ses prédictions, considérant la divination comme une discipline loufoque et absurde, mais c'était toujours amusant de s'imaginer de quoi serait fait leur avenir, et Pansy adorait croire que son amie pouvait vraiment lui prédire comment se déroulerait son futur.

Quand tout le monde eut fini sa tasse, Aliyah les récupéra, et jeta un coup d'œil au fond de la tasse de l'héritière des Parkinson.

- Alors… Je vois un cœur, ce qui signifie que tu vas sans doute trouver l'amour, ma chère Pansy, informa la jeune fille en souriant.

Sous les regards amusés de ses amis, la principale intéressée roula des yeux, comme pour leur rappeler à quel point elle méprisait les relations amoureuses, et attendit qu'Aliyah poursuive, ce qu'elle ne tarda pas à faire :

- Et… Aie, des ciseaux. Querelle familiale.

- Tu ne m'apprends pas grand-chose, Ali, railla Pansy.

Les querelles familiales étaient son quotidien depuis toujours, pas besoin de posséder un troisième œil pour le savoir.

- Je fais ce que je peux avec la tasse que tu m'as donné !, protesta Aliyah.

Avec un léger rire, elle s'empara ensuite de la tasse de Daphné, qui était silencieusement enroulée dans une couverture et assise dans un immense fauteuil en velours vert.

- Daphné… Il y a un homme et un cœur, je crois. Tu vas recevoir de l'aide d'une personne inattendue, apparemment, et tomber amoureuse aussi.

- Il y a trop de guimauve dans tes prédictions, ça va pas du tout, commenta à nouveau Pansy.

- Tais-toi et laisse-moi continuer, tu veux. Blaise, ta tasse me montre… Une cloche et un bébé ? Tu vas te marier et avoir un enfant, informa Aliyah avec un grand rire.

- Ta mère va faire une syncope, se moqua Théo.

- Qui tu as foutu enceinte, Blaise ?, questionna Pansy.

- Mais personne ! Vous êtes vraiment cons, répliqua le principal intéressé, qui ne pouvait cependant s'empêcher d'être amusé par cette prédiction délirante.

- C'est pas moi qui le dis, c'est la tasse !

- Je serais toi, je vérifierais quand même que je n'ai engrossé personne…

Blaise répondit à la remarque de Théo d'un geste du majeur, et tandis qu'Aliyah observait le fond de la tasse de Tracey.

- Il y a une porte et un bateau, je crois. Ça veut dire une opportunité, et un voyage ou la fin d'une amitié. Et le meilleur pour la fin, annonça Aliyah avec un sourire malicieux, Théo. Tu traverseras des épreuves et des dangers, selon ta tasse.

Ça, il n'avait pas besoin de feuilles de thé pour le savoir. Il avait appris il y a bien longtemps que son avenir n'était certainement pas fait de sérénité, d'oiseaux chantants et de plages de sable fin.

- Bien, maintenant que Pans' a eu ses prédictions, on peut passer aux choses sérieuses, annonça Blaise en se redressant dans son fauteuil. Qui gagne le concours de l'histoire la plus terrifiante ?

C'était une tradition entre eux, depuis leur première année : le soir d'Halloween, ils se racontaient des contes effrayants jusqu'à ce que quelqu'un en invente un si effroyable qu'ils décidaient d'arrêter le jeu, terrifiés, ce qui désignait du même coup le gagnant. Blaise adorait ce jeu, parce qu'il y excellait et parce qu'il adorait se faire peur, et c'est lui qui se lança en premier :

- Il était une fois une petite sang-pur dans le manoir de ses parents, par une nuit noire d'hiver…

Plusieurs heures plus tard, la voix du jeune homme résonnait encore aux oreilles de Pansy, qui fixait le haut de son lit à baldaquin d'un œil mauvais, comme si elle le défiait de l'attaquer. Ils étaient tous allés se coucher une vingtaine de minutes auparavant, après avoir largement dépassé l'heure de minuit, mais la jeune fille était incapable de trouver le sommeil, comme par toutes les nuits d'Halloween. Ce n'était pas sa faute si elle était terrifiée par ces stupides histoires de fantômes et d'assassins que Blaise et les autres adoraient raconter. Elle y jouait quand même, parce qu'elle était une grande fille et qu'elle ne voulait pas perdre la face devant ses amis, mais par Salazar, la nuit blanche qui était le prix à payer pour conserver sa fierté était un véritable supplice.

Dans le lit voisin, Tracey entendait son amie s'agiter tous les quarts de seconde, et elle finit par se redresser et écarter le rideau de son lit pour observer la brune.

- Qu'est ce qui t'arrives ?

- J'arrive pas à dormir, marmonna Pansy dans un chuchotement.

- Ca j'avais deviné, répondit la sorcière aux cheveux bouclés avec un sourire. Viens là.

Elle ponctua sa phrase d'un petit signe de tête, et la brune sortit de son lit pour grimper sur celui de son amie, tandis que celle-ci refermait le rideau.

- T'as peur, dit Tracey.

- N'importe quoi.

- Bien sûr que si. Les histoires d'horreur, ça te fait flipper.

Face aux grands yeux gris scrutateurs de son amie, Pansy fit la grimace.

- Peut-être un peu, avoua-t-elle d'une voix boudeuse.

- J'en étais sûre. Depuis qu'on se connait, je me disais bien que t'aimais pas ça. Tu tires toujours des têtes pas possibles quand Blaise veut y jouer.

La brune croisa les bras sur sa poitrine et marmonna :

- Maintenant que je suis bien humiliée, je peux retourner me coucher ?

- Sois pas bête. T'as qu'à rester là, si ça te rassure. Quand j'étais petite, j'avais peur du noir et ça m'aidait de dormir avec… Ça me rassurait que quelqu'un soit avec moi, dit Tracey, alors qu'une expression coupable passait furtivement sur son visage.

La bienséance aurait voulu que Pansy refuse et retourne se coucher. Chez les Sang-pur, la proximité physique était à éviter, et la brune avait déjà dépassé beaucoup de limites avec Tracey. Mais elle était si fatiguée, et la présence de son amie l'apaisait tant, qu'elle esquissa un léger sourire et répondit « Je vais prendre mon oreiller », ce qui aurait fait dresser les cheveux de sa mère sur son crâne. Mais après tout, Moira Parkinson n'avait jamais été là pour calmer ses peurs par les nuits froides et noires qu'elle passait seule au manoir pendant que ses parents voyageaient ou assistaient à des soirées mondaines. Elle ne lui avait jamais appris comment maitriser ses angoisses, ne l'avait jamais rassurée ni même prise dans ses bras. Alors que cela avait été le premier réflexe de Tracey, avec son grand regard plein de bienveillance et son sourire désormais si familier. Ce soir-là, Pansy n'eut aucun scrupule à choisir l'affection de son amie contre la bienséance si chère à sa mère, et elle s'endormit paisiblement, la tête dans la chevelure bouclée de la jeune Davis, l'esprit bien loin de toutes ces histoires d'esprits et de morts lentes et douloureuses.


Un jour de retard, c'est mieux que ce que j'ai pu faire ces dernières semaines, alors j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Et surtout, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Il n'était pas du tout censé se dérouler comme ça, mais que voulez-vous, mes petits Serpentard n'en ont fait qu'à leur tête et j'ai bien été obligée de les laisser. Je n'ai pas beaucoup de temps donc je me contenterais de vous dire que comme d'habitude, tout commentaire, positif ou négatif (pour peu qu'il soit un peu constructif) sera grandement apprécié. J'ai vraiment envie de faire en sorte que cette fiction soit aussi bonne que possible, et vos avis me sont infiniment précieux. Merci à ceux qui prennent le temps d'en laisser, ça compte énormément.

Merci de me lire, je vous embrasse.