Chapitre 13

Lorsqu'Harry reprit connaissance, il était ligoté et incapable de bouger. Un bandeau lui couvrait les yeux et un autre le rendait muet. Le pire était sans doute qu'il était balloté de droite à gauche. Harry se concentra sur sa respiration, il ne valait mieux pas être malade maintenant, pas avec le bout de tissu qui lui obstruait la bouche. Une autre secousse lui permit de savoir qu'il était dans une voiture et, à la vue du peu d'espace donc il disposait, il était sans doute dans le coffre.

Harry ferma les yeux un peu plus alors qu'un sentiment de panique lui tombait dessus. Sa respiration s'accéléra et il fut rapidement à la limite de l'hyperventilation. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus senti la peur aussi proche. Il fallait dire qu'il se sentait en sécurité au manoir et que le personnel faisait attention à lui.

Le jeune homme se tétanisa lorsque le véhicule s'arrêta et que le coffre s'ouvrit. On le sortit de la voiture et le força à marcher. Il était dans un endroit clos, et grand d'après les échos qu'Harry pouvait entendre. Puis il fut brutalement poussé. Déséquilibré il tomba violement sur un sol de béton. Le jeune homme retint un cri de douleur et de peur. Il serra les dents et attendit.

Il ne fallut pas longtemps pour qu'un homme approche et lui arrache le bandeau qu'il avait sur les yeux. Harry se figea alors, car devant lui était assis Mycroft. Et il n'était pas en très grande forme. Des ecchymoses commençaient à se former et il avait la lèvre inférieure fendue. On lui avait retiré sa veste et son gilet, le laissant en simple chemise. Ses mains étaient attachées dans le dos et il était bâillonné, lui aussi. Et il l'observait. En apparence, il semblait parfaitement maître de lui-même, mais Harry pouvait voir la lueur de peur dans son regard. Pas une peur pour lui-même, mais une peur pour son jeune ami.

-Bien, je vois que presque tout le monde est là ! Je me présente : Peter McFinn.

Harry tourna un peu la tête pour voir un homme, plutôt grand, s'avancer dans la salle. Le jeune homme eut un léger frisson de peur en voyant la lueur de folie dans son regard. Il fit signe à l'un de ses subordonnés qui ôta le bâillon de Mycroft.

-Ca n'est pas de cette manière que vous obtiendrez ce que vous voulez, remarqua calmement le politicien.

-Oh, mais je vais bientôt avoir ce que je veux. Votre frère m'a pris quelqu'un de très important, alors je vais faire de même.

-Je n'ai aucune importance aux yeux de mon frère, répondit Mycroft en haussant les épaules.

-Et bien, nous verrons comment il réagira lorsqu'il trouvera votre cadavre. Mais d'abord, je pense lui laisser un petit souvenir de vous.

À ce moment-là, une caméra fut placée juste en face de l'aîné des Holmes et fut allumée.

-Je vais vous briser avant de vous tuer, annonça Peter. Et votre frère pourra assister à votre déchéance.

Il fit signe à ses hommes. Mycroft fut alors levé et attaché au plafond par les mains et les coups tombèrent, le suivant plus violent et plus douloureux que le précédent. Et Harry était aux premières loges pour assister à cela. Il ne pouvait pas détourner le regard, ni fermer les yeux. Pas plus qu'il ne pouvait empêcher les larmes de couler silencieusement le long de ses joues. Il devait faire quelque chose, il devait le sauver comme il l'avait sauvé.

Il se débattit alors contre ses liens, essayant de les défaire sans succès. McFinn, qui avait remarqué les essais de son jeune prisonnier, s'approcha.

-Et bien ! Tu n'espères quand même pas pouvoir t'enfuir, hum ?

Et pour la première fois depuis qu'il était entré dans cette usine, il plongea son regard dans celui de l'homme responsable de tout ça. Un regard empli d'une colère si féroce et si grande, qu'elle avait pris la place de la peur. Il se débattit encore plus, tirant sur les cordes. Du coin de l'œil, il avait remarqué que les hommes qui s'occupaient de Mycroft avaient à présent leur attention dirigée vers lui. Parfait ! Il fallait que cela reste ainsi. Il chercha alors à ôter son bâillon. Comprenant cela Peter le lui enleva avec un sourire amusé.

-Aurais-tu quelque chose à dire ?

-Vous faites tout cela pour un homme mort ?

-Moriarty était un homme exceptionnel.

Harry eut un ricanement à cette réponse.

-Ce n'est pas vraiment le terme que j'aurais employé. J'ai lu les journaux et je sais tout ce qu'il a fait et comment il a fini.

-Donc tu reconnais le génie de cet homme.

-Un géni, sans doute. Mais un homme qui préfère se donner la mort plutôt que d'affronter les conséquences de ses choix, vous savez comment on l'appelle… un lâche.

Dans un rugissement de rage, McFinn donna un coup de pied dans le visage d'Harry. Le jeune homme cracha du sang provenant de sa joue coupée et replongea son regard dans celui de l'homme, le défiant avec toute sa rage et sa colère.

-Vous ne valez pas mieux que lui.

-Harry, tais-toi ! ordonna Mycroft.

-Pour quoi faire ? Il va nous tuer de toute façon, alors autant vider mon sac. Vous êtes un lâche, exactement comme lui. Je suis sûre que vous n'auriez pas le cran de me frapper comme vous venez de le faire si je n'étais pas attaché.

L'homme, dans un cri de rage, se jeta sur lui et le roua de coups. Harry ne bougea pas, il ne cria pas et ne supplia pas. Il avait l'habitude de recevoir des raclées. Son oncle lui en donnait tout le temps lorsqu'il était enfant. Et il savait d'expérience que ce genre de pluie de coups ne durait jamais bien longtemps. En effet quelques minutes plus tard, McFinn s'arrêta, à bout de souffle. Harry toussa et cracha un peu de sang, puis il réussit à se redresser légèrement et à se mettre assis. Et lorsqu'il regarda Peter, ce fut avec du mépris.

-Mon oncle frappait plus fort que vous.

Furieux, l'homme sortit une arme et la posa contre le front du jeune homme. Mais tout à sa colère, celui-ci n'arrivait pas à ressentir de peur. Ce fut une main posée sur le canon de l'arme qui fit reprendre ses esprits à Peter. Il baissa son arme et prit une grande inspiration pour se calmer. Puis il rengaina son arme.

-Tu mourras, morveux, mais pas maintenant. Tu sembles avoir de l'importance pour Holmes. Alors, je te garde pour plus tard, tu pourras m'être utile.

-Utile en quoi ?

-Une fois que ce cher Mycroft se briser physiquement, je me servirais de toi pour le briser mentalement. Tu sembles avoir de l'importance pour lui.

Puis il se tourna vers Mycroft, toujours attaché.

-Moriarty avait raison, les sentiments sont une faiblesse. Vous n'auriez pas dût vous attacher à ce jeune homme.

Peter bâillonna de nouveau Harry et d'un simple regard, les hommes de McFinn s'attaquèrent de nouveau à Mycroft. Le jeune homme continua alors à se débattre, si bien de deux costaux l'attrapèrent et le ligotèrent à une poutre métallique. Harry se retrouva alors spectateur de la torture du politicien. Peu à peu l'adrénaline quitta son système et la peur reprit sa place.

Les hommes de main de McFinn ne s'arrêtèrent que deux heures plus tard. Ils relâchèrent Mycroft et celui-ci s'effondra avec un léger gémissement. Ce fut le premier signe de douleur qu'il laissa passer entre ses lèvres depuis le début de la séance. Il reprit sa respiration et essaya de se lever. Il y parvînt au bout de trois essais et marcha vers Harry. Les deux hommes laissés dans la pièce pour les surveiller ne cherchèrent pas à l'arrêter. Le politicien se laissa doucement glisser près du jeune homme et lui ôta son bâillon.

-Ce que tu as fait tout à l'heure était stupide, souffla Mycroft, mais merci d'avoir quand même essayé.

-Je connais la douleur, répondit Harry. Je vis dedans depuis que je suis petit. La douleur m'affecte moins que le commun des mortels.

-Quelle arrogance, lâcha le politicien avec un léger rire amusé.

Rire qui se transforma en toux. Ses côtes cassées se rappelant à lui. Harry se tendit et chercha une nouvelle fois à se débarrasser de ses liens, sans succès. Mycroft se calma peu à peu et posa de nouveau son regard sur le jeune homme.

-Je suis désolé, souffla le politicien.

-De quoi ?

-De t'avoir entrainé dans toute cette histoire.

Harry eut un léger rire suite à cette phrase.

-L'un des amis de mon père m'a dit un jour que j'avais hérité d'un certain talent pour ce qui est de m'attirer des ennuis. Vous n'y êtes pour rien, Mycroft.

-C'est à ce point-là ?

-À un point que vous n'imaginez même pas, soupira le jeune homme.

La conversation était légère ente les deux parce qu'ils avaient passé des moments difficiles et qu'ils savaient qu'ils en vivraient d'autres.

Une petite heure plus tard, Peter revint les voir. Mycroft fut de nouveau pendu par les mains et la torture recommença. Et de nouveau Harry ne put fermer les yeux, tout comme il ne put s'empêcher d'entendre les os être brisés. Finalement, le politicien fut relâché et il s'effondra, ne pouvant plus bouger.

-Bien, lâcha Peter, maintenant passons à la seconde étape.

Harry fut détaché de sa poutre en acier et fut traîné vers l'aîné des Holmes et jeté près de Mycroft. Le jeune homme fut placé à genou et sa chemise fut déchirée. Le politicien réussit à lever un peu la tête pour plonger son regard dans celui du jeune homme.

-Tout va bien se passer, rassura Harry dans un murmure.

Et le premier coup de fouet tomba, rapidement suivi des autres. Mais Harry ne bougea, ni ne montra un quelconque signe de douleur. Ce qui rendit McFinn furieux. Le jeune homme lui jeta un regard goguenard.

-Vous ne me briserez pas. D'autre, plus féroces que vous ont essayé et ont échoué.

-Très bien, lâcha Peter. De toute façon, ça n'est pas toi que je cherche à briser.

Il se redressa et sortit une arme, puis la posa sur la tempe d'Harry. Celui-ci ne bougea pas, mais il plongea son regard dans celui de Mycroft. Et pour la première fois depuis qu'il avait décidé de prendre le jeune homme, il ne vit pas une once de peur dans son regard. Le politicien vit alors au ralenti le chien de l'arme bouger. Il plongea de nouveau son regard dans celui d'Harry.

Et là, il sut. Il sut quel choix, il devait faire. Peu importe qui il était pour Harry, il refusait de le perdre. Et qu'importe qu'il soit le vrai compagnon d'Harry ou pas, il ne le laisserait pas partir, plus maintenant.

Il offrit alors tout son amour à Harry dans un regard allumant une lueur dans celui du jeune homme.

Le chien de l'arme se rabattit et une détonation se fit entendre.