Note de l'auteur : Tintintiiiiiiiin ! Bonne lecture !
Alessandro passa le reste de la journée avec Matthis, le dossier scolaire de son nouvel ami sagement rangé dans son sac. Il attendrait d'être dans sa chambre pour l'étudier. Mais le brun ne semblait pas cacher quoi que ce soit. Extrêmement timide et craintif, il n'osait pas trop le toucher et, en même temps, il ne semblait plus vouloir le quitter. Un véritable petit ange. Lui non plus ne voulait plus le quitter, lançant des regards noirs à quiconque esquissait le moindre mouvement dans la direction de son nouvel ami. Peut-être parce qu'au final, il aurait pu devenir comme lui, lui aussi. S'il n'avait pas eu Gaël sur qui se reposer, peut-être aurait-il fini ainsi ? Timide et craintif du monde entier…La pensée le fit frissonner d'horreur, ne pouvant s'imaginer une vie ainsi.
Il l'abandonna finalement lorsque le bus s'arrêta devant son immeuble. Rien à voir avec son ancienne maison. Mais il se fichait bien du confort, tant qu'il pouvait retrouver les murs réconfortant de son monde en binaire. Il salua à peine son père, s'enfermant dans sa chambre pour s'installer sur sa chaise. Il alluma son ordinateur par habitude mais repoussa le clavier afin de faire un peu de place sur son bureau, y posant le dossier qu'il avait subtilisé dans le bureau de la directrice. Il l'observa pensivement, se faisant à nouveau la remarque qu'il était bien épais pour un élève calme et gentil. Le seul moyen de savoir ce qui s'y trouvait était de l'ouvrir, pas vrai ?
Trois passages au tribunal…En tant que victime. Sept fois convoqué chez la directrice pour ne pas être venu se plaindre des mauvais traitements de ses camarades. Devoir non-rendu « n'a pas eu le temps de faire le sien après avoir fait celui de trois de ses camarades ». Agression sexuelle dans les toilettes. Une haine sourde monta en lui. Il savait très bien quels genres d'individus pouvaient faire ça, en ayant connus plus d'un. En en ayant tué plus d'un également. Imaginer le visage du petit brun aux yeux gris couvert de larmes et déformé de douleur lui était insupportable.
Matthis, comme à son habitude, se blottit dans les bras d'Alessandro, nichant son visage dans sa nuque. Il s'était épaissi depuis les sept mois qu'ils se connaissaient. Forcément, à force de se battre contre quiconque tentait de lui faire du mal, son pauvre châtain, bien que fort, s'était pris de bons coups de poings à travers le visage. Mais il en avait probablement donné plus qu'il n'en avait reçu. Aujourd'hui était spécial. Il allait enfin voir où vivait son ami. Et qui était ce fameux « Gaël » dont il avait tant entendu parler.
Le châtain l'embrassa doucement sur le haut du crâne. Ils ne sortaient pas officiellement ensemble. Enfin, il n'y avait pas eu de déclarations ou de rendez-vous romantiques. Les baisers et les caresses s'étaient seulement inscrits dans la suite logique de leur relation, comme une évolution naturelle de leur lien déjà fort.
Alessandro aussi avait hâte de présenter Matthis à Gaël. Son meilleur ami et lui étaient si différents, leurs intelligences ne s'étaient pas développés de la même manière… A eux deux, il formait un seul et même cerveau. Lui était la partie droite, froide, logique. Il apprenait, il appliquait. Le brun aux yeux rouges, lui, s'apparentait plus à la partie gauche, celle de l'imagination. Son esprit n'avait aucune limite ni contrainte et s'évadait dans tous les sens. Il fonctionnait à l'instinct. Il voulait voir ce que cet instinct penserait de son petit ami.
Le châtain regarda d'un œil critique son père faire des éloges sur la politesse de Matthis. Evidemment qu'il était poli, il était parfait. Il l'emmena jusqu'à sa chambre, la scène lui rappelant vaguement la première fois qu'il avait fait entrer Gaël dans son antre.
- Et voilà mon chez moi… Qui est évidemment aussi ton chez toi.
- C'est…Spécial, un peu.
Les yeux gris de Matthis suivirent les câbles qui partaient dans tous les sens. Afin de combler le trou laissé par l'amour qu'il n'arrivait pas à lui donner, Andriu le laissait acheter à peu près ce qu'il voulait. Et n'y connaissant rien en informatique, il n'avait aucune idée de ce que son fils avait fait de ce simple ordinateur. Pour lui, tout cela n'était qu'un amas de câbles.
- Tu viens ?
Le châtain s'assit sur sa chaise et invita l'autre à venir s'installer sur ses genoux alors qu'il allumait l'ordinateur.
- Je te préviens, Gaël est assez froid. Ca ne veut pas forcément dire qu'il ne t'aime pas.
- D'accord…
Quelques instants plus tard, le visage pâle du brun aux yeux rouges apparaissait à l'écran, pixélisé par sa caméra. Il les salua puis se mit à observer Matthis, le concerné voyant très bien les deux orbes sanglantes l'examiner. Quelques minutes plus tard, il arrêta pour parler avec Alessandro. Et se tut immédiatement pour reporter son attention sur le brun aux yeux gris.
- Je te fais peur ?
- Uhm…Euh…C'est juste impressionnant de…
- Tu es crispé à nouveau. Tu as peur de quoi ? Que je dise à Alessandro ce que je pense sérieusement de toi ? Et pourquoi en as-tu peur ? Lève les mains.
Désemparé, il obtempéra, déglutissant lorsque l'autre plissa les yeux.
- Ta main droite était dans ta poche ? Tu as mis plus de temps à la lever. Ton attitude n'est tellement pas naturelle. Tu as quelque chose dans tes poches ?
- Gaël, je crois que tu lui fais peur…
- Alessandro, je crois surtout qu'il se moque de toi depuis le début. Alors ta poche ?
- Je…Je n'ai rien dans ma poche et je ne me moque pas d'Alessandro…
- Aless', fais lui les poches, il m'énerve.
Le châtain fronça les sourcils et pencha la tête pour aller embrasser la joue de Matthis, le rassurant tandis qu'il glissait ses mains dans les poches du jean de son petit ami. Il sentit nettement les cuisses du brun se crisper sous ses doigts. La seule chose qu'il trouva fut un mouchoir un peu humide qu'il sortit. Il était vert. Et il s'en échappait une odeur qui lui fit froncer les narines.
Il bloqua son brun aux yeux gris contre lui d'un bras et, de l'autre, alla couper la communication en remerciant Gaël.
- C'est du chloroforme, ça, Matthis.
- Je sais.
- Tu voulais m'endormir ?
- Non…Je…J'ai toujours du chloroforme sur moi au cas où je…
Alessandro se détendit. Oui, évidemment, ça semblait logique comme réflexe. Et il avait dû instinctivement poser sa main près de son « arme » devant l'attitude agressive de Gaël. Il le relâcha et alla embrasser sa nuque en s'excusant. Le brun aux yeux gris remit le mouchoir dans sa poche et se leva, entraînant son petit ami jusqu'au lit avec un sourire timide.
- Tu veux qu'on le fasse… ?
- Ou…Oui…
Le châtain sourit doucement et alla fermer la porte à clef, ne voulant pas être interrompu par son père. Il vint ensuite allonger tendrement Matthis sur les draps, caressant inlassablement ses cheveux et son visage.
- Si tu sens que ça ne va pas, tu m'arrêtes, hein…
- Promis…
Ils échangèrent un baiser qui leur laissa les lèvres gonflées et les joues rouges. Le châtain aux yeux clairs déshabilla l'autre, retenant son souffle. Il n'avait jamais remarqué qu'il était aussi bien fait, l'imaginant sous sa veste ample soit maigre soit dodu. Mais il ne pensait pas trouver deux aussi belles rangées d'abdos. Pareil pour ses bras, il pouvait suivre du bout des doigts les fines lignes des muscles. Bah, certaines personnes avaient un organisme leur donnant un corps musclé mais sans aucun force, après tout…
Alessandro se mit à déposer toute une ligne de baisers papillons sur l'épaule gauche de son amant, descendant avec malice sur tout son bras. Puis se stoppa une fois arrivé au pli du coude. Il se redressa légèrement et posa ses mains sur la peau, pâle, écarquillant les yeux. Matthis le remarqua et plia son bras, le ramenant à lui en détournant le regard.
- J'ai eu une mauvaise période…
- Ce sont des marques de piqure ça, Matthis. Tu…
Il fut interrompu par la sonnerie de son portable et jura en allant décrocher, gardant un œil sur le brun aux yeux gris.
- Alessandro, ça va ? Tu n'es pas revenu…
- Oui, ça va Gaël, merci, mais je suis occupé je…
- Tu l'as foutu dehors l'autre ?
- Non, il…
- Mais j'y crois pas, tu es complètement aveugle ou quoi ?! Tu es complètement dingue de lui, après tout, ça doit être pour ça…Mais regarde le en face ! Effectivement, toute son attitude crie qu'il est gentil, maltraité et craintif ! Mais justement, c'est beaucoup trop flagrant ! Les humains sont complexes, Alessandro, ton Matthis là, il est beaucoup trop simple, on dirait un copié-collé d'un chapitre d'un bouquin de psychologie ! Aless', c'est toi qui te rends compte de ces choses-là, d'habitude ! Regarde-le bien, listes tout ce qui ne colle pas à la personnalité qu'il essaye de prendre ! Il est hypocrite, toute son attitude est fausse !
Les yeux bleus clairs du châtain glissèrent sur son petit ami qui s'était assis en tailleur, observant ses ongles sans plus lui prêter attention. Ca n'avait pas l'air de le déranger tant que ça d'être délaissé… Son regard se déplaça jusqu'au pli de son coude où il avait vu les piqures. Certaines n'étaient pas très vieilles. Matthis lui avait assuré qu'il ne fumait pas, ni rien pourtant. Cependant, il avait parfois senti une odeur de nicotine sur lui le matin. Et il était plutôt bien bâti pour un type maltraité à longueur de temps, sans défenses. Il n'avait pas tant de cicatrices que ça en y repensant…Certaines qu'il lui avait montré des fois n'apparaissaient même plus, comme si elles avaient été faites…Au maquillage. Et il se rappelait d'une fois où il était arrivé en retard, il avait vu un élève plus jeune s'approcher de son brun aux yeux gris, échanger quelques mots avec lui et déguerpir sans demander son reste.
Merde Gaël avait raison. C'était flagrant. Ca crevait les yeux même. Mais à chaque fois qu'il avait surpris un détail qui n'allait pas au personnage, il s'en était tenu à l'explication de Matthis. Il s'était fait avoir.
- …Merci, Gaël, vraiment. Je crois que je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
- Je n'en mène pas large sans toi non plus. Enfin, bonne chance.
Alessandro raccrocha et inspira, regardant Matthis dans le blanc des yeux.
- On a pas vu passer l'heure, je pense qu'il faut que tu rentres chez toi.
- Ah bon ? Mais…
Sans l'écouter, le châtain l'aida à se rhabiller et l'embrassa tendrement, son cœur se serrant au goût amer du mensonge traînant sur les lèvres si douces du brun aux yeux gris.
- On se revoit demain, d'accord ?
- D'accord…Quelque chose ne va pas Alessandro ?
- Si, si, ça va, je suis juste un peu patraque, je vais dormir un peu. Allez…(il le raccompagna jusqu'à la porte) A demain Matthis !
- A demain, Alessandro…
Alessandro referma la porte sous le regard surpris d'Andriu. L'homme se leva et s'approcha doucement de lui.
- Alessandro, ça ne va pas ? Vous vous êtes disputés ?
- Ca ne te regarde pas !
Il remarqua sans peine la voix tremblante et se mit à caresser gentiment les cheveux de son fils. Le châtain ne chercha même pas à se dégager, baissant la tête pour cacher les larmes qui envahissaient ses yeux. Il se sentit attiré contre le torse de son père et l'enlaça avec force dans un geste désespéré, se laissant pleurer tout son saoul contre lui. Son père n'était peut-être pas parfait, mais au moins, il était à lui, et ce, sans mensonges ni tromperies.
En fait Alessandro et Gaël appliquent le "Bros before Hoes" code XDD
Review ? :3
