13.

« Faudra que je dise deux mots à tous ceux qui prétendent que c'est une veine de pendu que de parvenir à se sauver in extremis ! ».

Suspendu dans le vide, se raccrochant à un enchevêtrement métallique qui avait été un des composants de la carcasse de soutien des dalles du square désormais ravagé, Alérian ne voyait guère d'issue à sa fragile position.

« Reculer, ou plutôt se raccrocher pour retarder le moment de tomber… Oui, j'ai vraiment trop de chance, moi ! ».

Alérian leva d'abord les yeux, constatant à nouveau la fragilité des traits de métal auxquels ils se retenaient, solides eux, mais le béton qui avait été coulé autour ayant été explosé par la torpille, et les explosions qui se poursuivaient continuaient de les faire se libérer de cette gangue.

Il regarda ensuite en bas, n'apercevant que la poussière soulevée par la chute de tous les débris, et qui continuaient leur descente en cascade.

« Je ne sais pas remonter sans finir de tout faire s'effondrer, et je n'ai pas trop envie de savoir la profondeur de cette crevasse ! ».

La structure de métal oscillant de plus en plus dangereusement, le faisant encore glisser de plusieurs centimètres, le jeune homme serra les dents.

« Je ne peux même pas t'appeler, Zunia, nul ennemi surnaturel ne me menace – quoi que les Ghéoriens inconnus s'en apparent assez ! Quant à toi, Shimonkeu, j'aimerais connaître tes arguments pour estimer que les Tyréniens ne sont pas menacés ? ! A moins que tu ne défendes que le sol, pas ceux qui y vivent… ».

Alérian resserra sa prise, mais c'était l'amas de métal qui cédait.

- Et si sur ce coup tu faisais confiance à quelque chose de plus naturel ? fit une voix télépathique qu'il n'identifia pas.

- De quoi ?

- Lâche tout !

- Je vais tomber…

- Oui, d'une façon ou d'une autre. Moi je suis plus bas, je t'attends !

- Ne bougez pas ! intima une voix venant du dessus et, qu'elle, le jeune homme connaissait !

- Kropion, qu'est-ce que tu attends pour venir me chercher ?

- J'étais juste derrière vous, colonel, mais l'explosion m'a envoyé valdinguer bien loin. Je suis là. Je me fonds dans l'environnement, je ne traverse pas les matières. Je reviens, je vous ramène un cordage pour vous remonter !

- Ramener ? Ce sera trop long…

- Que voulez-vous dire ?

Avec un soupir résigné, Alérian lâcha tout.


- Nymiel ! Je ne pensais pas que j'apprécierais un jour de finir dans les bras d'un Ergul. Bien que je ne comprenne pas un instant d'où tu puisses surgir !

- Dites à votre garde du corps de nous rejoindre, pria le jeune chef des Erguls. Ika et les Tyréniens ont toujours eu raison : la solution est sous le sol !

- Tu avais trouvé refuge ici ?

- Non, sur une des lunes de la planète. Je suis seul venu, en foreuse terrestre quand j'ai vu pour les bombardiers, te sachant ici, je devinais bien que tu allais sortir ! Je me suis tenu prêt !

- Je ne vais pas me plaindre.

Alérian appuya sur son oreillette.

- Kropion, sautez dans cette crevasse, c'est un ordre !

- Vous êtes en vie, colonel !

- Sautez !

- Bien. Mon frère Warius m'a dit de vous faire une confiance aveugle !

Et quelques instants plus tard, l'Ergul recueillait au passage le géant Caméléon.

Du doigt, Alérian tapota la coque de la foreuse.

- Elle peut nous ramener dans l'espace ?

- Oui. Son bouclier occulteur ne peut être percé par les scans des Ghéoriens, au contraire de…

- Quoi ? ! glapit le jeune homme.

- Au contraire de vos boucliers d'invisibilité ! Il y a longtemps que les Squales connaissent la position de l'Arcadia et du Karyu ! Ils sont d'ailleurs en train de les attaquer et de les pilonner !

- De quoi ! ? Mon père et Warius…

- Ils ont toujours été à proximité. Mais l'attaque du Firestarter et du Géroboar n'était qu'une diversion pour que vous ne puissiez leur venir en aide, Destrovelk ou toi !

- Raison de plus pour que je revienne mon Destroyer ! gronda Alérian. Nymiel, s'il te plaît, tu veux bien m'aider ?

- Je ne peux rien refuser à celui qui a sauvé tous les miens ! Embarquez, je vous ramène.

- Merci, Nymiel.

Et bien que son intuition lui souffle que tout allait empirer, Alérian ressentit une chaude émotion au cœur à la démarche de Nymiel !