Résumé du chapitre : Du babysitting, du Johnlock et du fluff. Mary est-elle à New York ?

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Chapitre 13

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« C'est une église. »

Sherlock avait reçu le même message, provenant lui aussi du numéro de Mary. Une photographie et des instructions :

Demain. Midi.

« Évidemment que c'est une église. » rétorquai-je en faisant sautiller Maddie sur ma hanche. « Je suppose que cette église est ici, à Manhattan ?

- Possible. Probable, même, puisque je pense que nous pouvons considérer que nous sommes surveillés. Quelqu'un sait que nous sommes ici. »

Il était assis derrière l'énorme station informatique qui équipait l'appartement. Je déposai sans cérémonie Maddie sur ses genoux, et Sherlock haussa les sourcils :

« Qu'est-ce que tu fais ?

- Je rappelle Mary, bien sûr ! »

Sherlock ne répondit rien. Je pense que nous savions tous les deux qu'il n'y aurait aucune réponse au bout du fil. Je laissai tout de même sonner jusqu'à ce que le répondeur se déclenche. Cette fois-ci, je ne laissai pas de message. Je dus serrer les dents pour m'empêcher de balancer le téléphone à travers la pièce.

« Pourquoi est-ce qu'elle ne répond pas ?! »

Sherlock me regardait du coin de l'œil tout en prétendant jouer à « à dada sur mon bidet » avec ma fille ensommeillée.

« John, nous supposons que c'est Mary à l'autre bout du fil. Mais tant que nous n'en sommes pas certains, je pense que nous devrions éviter de tirer des conclusions. Parfois prudence est mère de sûreté.

- D'accord. » Je fourrai mon téléphone dans ma poche. « Surveille Maddie jusqu'au retour de Jonathan. »

Il se leva. « Où vas-tu ?

- Dehors ! » Je lui passai devant. Mon flingue était dans la poche de ma veste, que j'avais laissée en bas. « Je ne vais pas rester assis sans rien faire alors que Mary est peut-être en danger. Il y a forcément quelqu'un qui connait cette église. Tout ce que j'ai à faire, c'est demander.

- John. » Il bloqua efficacement ma retraite et je ne pouvais pas le pousser hors de mon chemin puisqu'il tenait ma fille dans ses bras. « C'est New York ici, pas Londres. Tu ne vas pas faire long feu. Donne-moi un peu de temps. Donne-moi le temps de définir un plan.

- Je n'ai pas survolé la moitié du monde pour rester le cul sur une chaise à me tourner les pouces ! Je veux ma femme !

- Parle moins fort. » m'ordonna Sherlock calmement. Maddie commençait à s'agiter. « Si nous sommes réellement surveillés, se jeter la tête la première dans les rues de la ville est probablement la pire chose que tu puisses faire. En outre, je peux te dire où se trouve cette église. »

Je m'immobilisai. « Vraiment ?

- Saint François d'Assise. Regarde les peintures au dessus de la porte. » Il me montra l'écran de son téléphone. « Et la personne qui a pris cette photo a été assez aimable pour y inclure la moitié d'un panneau de nom de rue.

- 31ième ouest. » Je dus plisser les yeux pour réussir à déchiffrer l'inscription.

« Exactement. Maintenant, prends une grande inspiration, John, et fais-moi confiance pour faire ce qu'il y a de mieux pour Mary. »

C'était un coup bas et il le savait. Il avait tué un homme pour sauver la vie de Mary, sachant qu'il serait envoyé en exil pour son crime. Je serais un vrai connard de ne pas lui faire confiance à présent.

« Très bien. » Continuant notre jeu de passage de bébé, je lui arrachai ma fille. « Maddie va aller prendre un bain. Toi, tu vas formuler un plan. Et une fois que Maddie sera propre et que ton drôle de petit cerveau sera lancé à pleine vitesse, j'irai nous chercher quelque chose à dîner. Qui que soient ceux qui nous surveillent, ils n'ont sûrement rien contre la bouffe à emporter. »

Il sourit, un de ces sourires rares, honnêtes, que Sherlock réservait à ceux qui étaient chers à son cœur.

« Probablement pas, en effet. Et je n'ai rien non plus contre du thé.

- Tu crois que les américains vendent du vrai thé ? »

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Maddie adora son bain. J'étais assis sur le sol de l'immense salle de bain en marbre noir et blanc du deuxième étage, et je la regardais éclabousser gaiement dans la baignoire noire et blanche assortie. J'avais trouvé une bouteille d'un savon rose qui sentait le fric à plein nez et je l'avais vidée dans l'eau pendant que le bain coulait. Les bulles étaient impressionnantes, mais je faisais attention. Je ne voulais pas qu'elle en ait dans les yeux.

Je rinçai ses cheveux avec de l'eau chaude du pommeau de douche puis l'enveloppai dans une moelleuse serviette blanche. Les seuls vêtements que j'avais emmenés pour elle étaient ceux que j'avais jetés dans mon sac de voyage, et nous étions presque à court de couches de rechange. Il fallait vraiment que j'aille faire les courses, tout du moins si j'arrivais à me concentrer sur l'instant présent et à empêcher mes pensées de dériver à tout moment en direction de Mary.

Sherlock apparut derrière moi.

« Pas de lit-cage, annonça-t-il. Je lui ai préparé un lit sur le sol de la plus grande chambre. Laisse-moi la coucher. Tu as encore mouillé ton bandage, John. »

Je soupirai mais ne le contredis pas. Il disparut avec Maddie. J'ôtai ma chemise humide et défis le bandage qui recouvrait mon avant-bras. On ne pouvait pas dire que la brûlure guérissait vite, mais au moins elle guérissait. Les antibiotiques se trouvaient dans la poche de ma veste, avec mon revolver. Et je n'avais pas pensé à prendre d'affaires de rechange pour moi.

Apparemment, Sherlock y avait pensé, lui, car quand il revint après avoir couché Maddie, il avait remplacé son habituel costume par un pantalon de survêtement gris et un T-shirt noir exhibant le logo de New York.

« Bordel, où est-ce que tu as eu ces trucs ? demandai-je.

- C'est un déguisement, John. Il ne me manque plus que des baskets et je serai le parfait touriste, tu ne crois pas ?

- Ça ne suffira pas à tromper Mary.

- Non, probablement pas, mais au moins je passerai inaperçu. »

Il attrapa mon poignet, tournant mon bras dans un sens et dans l'autre pour en examiner la brûlure. Ses doigts étaient frais contre ma peau.

« C'est encore douloureux, hein ? »

Il toucha ma blessure du doigt et je sifflai :

« Bien sûr que c'est encore douloureux ! »

Il s'arrêta, penché au dessus de mon bras de telle manière que je ne pouvais voir son visage.

« C'était idiot de faire ça, John. Tu aurais pu mourir.

- L'incendie ou le meurtre ?

- Les deux. » Son souffle chatouillait l'intérieur de mon poignet. Je souhaitais qu'il me lâche. Je souhaitais aussi qu'il ne me lâche plus jamais.

« Tu peux parler ! » Je libérai mon bras, puis jurai quand la blessure m'élança.

« Jonathan est en bas. » annonça Sherlock en ignorant mon regard mauvais. « Il a ramené des provisions. De la nourriture. Et quelques rumeurs. Viens manger, et écoute ce qu'il a à dire. »

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Jonathan avait pensé à acheter des couches, de la nourriture pour bébé, et du lait à ajouter à la bouteille déjà stockée dans le frigidaire.

Il avait aussi ramené du chinois à emporter, plus une poignée de ces espèces de cartes touristiques qu'on peut acheter dans la rue.

« Mangez. » Jonathan était déjà en train de s'empiffrer. Sherlock avait ouvert un sac et contemplait la nourriture pleine de graisse qu'il contenait avec une grimace de dégout.

« Et le thé ? s'enquit-il.

- Numi [1] ou Lipton [2] ? » Jonathan grimaça. « Si vous voulez du thé anglais digne de ce nom, il faudra attendre que je trouve un magasin correct, et pas juste une petite épicerie de quartier.

- Merci. » dis-je, car les couches de rechange étaient un cadeau du ciel.

Il agita une main. Il s'était changé, remplaçant son absurde costume de clown par un T-shirt touristique assorti d'un jeans. Il portait aussi des tennis blanches.

« Mon Dieu. » J'attrapai un sac de nourriture au hasard et m'installai devant la cheminée à gaz qui continuait de brûler, m'effondrant dans l'un des élégants fauteuils blancs. Du riz frit, des brocolis et du bœuf mariné dans un carton. Je séparai les baguettes et commençai à manger.

Sherlock décida d'ignorer la nourriture. Je fus vaguement étonné quand il prit une Guinness dans le frigo. Sherlock ne buvait généralement pas d'alcool. Mais je ne pouvais pas lui reprocher de ne pas vouloir s'essayer au Lipton.

« Si tu veux boire ça, mange un peu. » ordonnai-je, la bouche pleine de riz. « Je ne veux pas avoir à te ramasser quand tu t'effondreras. »

Il m'ignora, tout comme il avait ignoré la nourriture graisseuse.

« Jonathan a reçu un message. » annonça-t-il.

Je m'interrompis, les baguettes suspendues à mi-chemin entre le carton et ma bouche. « De Mary ?

- De qui que ce soit. » Sherlock avala une gorgée de Guinness, fronça le nez et reposa la bière. Il quitta la cuisine américaine et s'affala dans le canapé, boudant à moitié. « Exactement le même message.

- Comment Mary pourrait-elle avoir le numéro de Jonathan ? » Je regardai le garde du corps.

Ce dernier secoua la tête. « C'est pas à moi de le deviner, mon pote. Moi je suis juste chargé de m'occuper du bébé. Mais je peux vous dire que Saint François d'Assise est fermée pour rénovation depuis trois mois. Ça bloque la circulation tout le long de la sixième avenue. Tous les chauffeurs de taxi sont furax que les travaux ne soient pas encore terminés. »

Sherlock joignit les mains sous son menton et ferma les yeux.

« Comme je te l'avais dit, John, des rumeurs, murmura-t-il. Et des rumeurs très intéressantes. »

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Lorsque Maddie s'éveilla, Jonathan lui donna un nouveau bain. Apparemment, le savon que j'avais utilisé irritait sa peau, et il fallait le rincer. Mes compétences de père célibataire échouaient dès la première épreuve.

Étonnamment, Sherlock s'était endormi sur le canapé. Pour la deuxième fois en 24 heures, je le regardais somnoler, de plus en plus inquiet. Confronté à un défi, la stratégie de Sherlock Holmes consistait à foncer dans le tas sans s'arrêter, et il ne prenait normalement jamais le temps de laisser du repos à son corps pendant une enquête.

Au moins il n'avait pas réclamé de cigarette. Pas encore.

Il dormait sur le côté, à même le cuir blanc, roulé en boule comme un enfant, un bras dépassant du bord du canapé. Ses longs doigts se crispaient dans son sommeil. Je me demandai s'il était en train de faire un cauchemar.

Je m'installai doucement sur le sol, adossé contre le canapé. J'attrapai cette main crispée pour l'apaiser. Son index et son majeur s'enroulèrent instinctivement autour de mon pouce. Avant même que j'eus réalisé ce que je faisais, je déposai un baiser sur le dos de sa main.

« John. » Le sommeil rendait sa belle voix encore plus grave.

« Rendors-toi, idiot. » Sans me retourner vers lui, je tins sa main contre ma joue. « C'est encore l'après-midi. Rendors-toi, je veille sur toi. »

C'était un vieux truc de soldat, archaïque et cliché, mais qui marchait très bien. Si l'esprit sait qu'un ami surveille vos arrières, alors le cœur se détend, et le corps lui emboîte le pas.

Sherlock soupira, se détendit et dériva vers des rêves plus sereins.

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Notes :

[1] Numi : marque de thé américaine. (NdlT)

[2] Lipton : marque de thé internationale. (NdlT)