Chapitre 13 : Survivre au présent

Cher journal,

J'ai réfléchis depuis quelques jours et peu importe ce que j'essaye de faire pour penser à autre chose, je n'y arrive pas. Les souvenirs de l'autre monde, comme je l'appelle, me hantent chaque jour, chaque heure qui passe, chaque seconde qui s'écoule. Je compare sans cesse ma vie actuelle avec celle d'Alice et bien que les deux ne soient pas remplies de bons souvenirs, je ne veux pas continuer à être une moldue. Enfin, tu me comprends. Je me rappelle clairement les visions que j'ai eues, et tu sais quoi ? L'une d'elle s'est réalisée dans ce monde-ci. Quand j'étais chez Mary Collins et que j'ai feuilleté ce livre, j'ai eu ce sentiment de déjà vu et bien, c'est l'une des visions que j'ai eu ! Elle n'était pas exactement identique mais je n'ai aucun doute. Cela signifie que les autres sont vraies aussi ! J'ai vu Voldemort revenir le jour où Harry était dans ma chambre et je sais que c'est vrai car j'ai lu les livres, et pour le moment je n'ai pas de raison de douter que l'Histoire se déroulera différemment. J'ai relu les sept tomes et ai gravé autant de détails que possible dans ma mémoire. Ainsi quand je reviendrai, je pourrais sauver mon monde ! Je tuerai cet affreux rat de mes mains ainsi il ne retrouvera jamais son maître et le Seigneur des Ténèbres ne reviendra jamais ! Ne trouves-tu pas que c'est un bon plan ? J'ai cherché une solution pour y retourner, et je me suis demandé si ça marchait comme dans les films ? Tu sais une personne subit un grand choc et elle oublie qui elle est, tous ses souvenirs disparaissent ! Crois-tu que c'est ce qui m'est arrivé ? Après tout, je suis revenue dans ce monde après avoir été victime d'un sortilège. Et maman a dit que j'étais dans une sorte de coma, qu'elle ne pouvait pas me réveiller. Mais j'ai un peu peur car cela veut dire qu'il faut que j'ai un accident grave, n'est-ce pas ? Est-ce qu'il faut que je fasse une grosse chute par exemple ? J'ai le vertige, je n'ai pas envie de faire ça…

Je ne sais pas quoi faire…

Et il y a quelque chose qui me tracasse parce que tu vois, après que Snape m'ait fait boire ces potions anti-amnésie, ma vie ici est devenue floue et j'ai même fini par l'oublier ! Je ne comprenais pas ce qui s'était passé les jours précédents, ni les réactions que j'avais eu.

Ce qui est drôle ce sont les premiers souvenirs qui me sont revenus, des moments de bonheur avec mes parents. C'étaient sûrement ce que je voulais me rappeler en premier. Les meilleurs souvenirs sont aussi les plus rares. Je crois que je peux compter sur les doigts de mes mains ceux avec ma mère. Samantha ne m'a jamais accordée l'attention qu'une mère aurait due.

Enfin, le pire c'est que Severus me manque, je me sens perdue sans lui. Même si je lui en veux encore de m'avoir abandonnée, je veux être près de lui et le serrer dans mes bras, sentir son odeur si spéciale d'épices et d'herbes. Il me manque tellement…


Le faire… ou ne pas le faire ?

Assise sur une chaise dans la cuisine, j'observe le couteau que je tiens dans ma main droite depuis plusieurs minutes, la lame effleurant ma jambe doucement. J'ai relevé ma robe de sorte que ma cuisse soit à moitié découverte, laissant voir de fines cicatrices linéaires sur ma peau claire. Leur vue ne m'émeut pas le moins du monde, elles me laissent totalement indifférentes et je me sens prête à en refaire de nouvelles, fraîches, sanglantes.

Le faire.

Retenant mon souffle, j'appuie le côté tranchant du couteau sur ma cuisse et le glisse sans délicatesse, juste en dessous des cicatrices.

De la fine marque ainsi créée, se mettent à émerger lentement, trop lentement, de petites traces de sang.

J'enfonce la lame avec hargne, agrandissant la plaie, et une vive douleur me parcourt l'espace d'un très court instant, comme un électrochoc.

Le liquide rouge et chaud coule en un petit filet le long de ma jambe.

Alice n'aurait pas fait ça…

Un bruit de clé que l'on tourne dans une serrure se fait entendre et je sursaute, lâchant le couteau qui tombe par terre avec un léger clang.

Maman qui rentre !

Ramassant immédiatement le couteau, je le passe en vitesse sous l'eau du robinet et le remet hâtivement dans le tiroir.

La porte s'ouvre et à ma grande surprise, je n'entends aucun appel de ma mère.

Etrange.

Quelques secondes plus tard, le grincement caractéristique de la porte d'entrée qui se referme se fait entendre et le silence revient.

Je sors de la cuisine à pas de loup et à peine parvenue dans le couloir, j'aperçois mon détesté beau-père en train de fouiller dans le meuble de l'entrée.

- Qu'est-ce que tu fais ? m'écrie-je d'un ton de surprise de le voir ici seul.

Il se retourne dans un mouvement brusque et me jette un regard haineux.

- Pourquoi tu n'es pas à l'école toi ?

- Et toi pourquoi tu n'es pas à ton travail ? réponds-je sur le même ton.

Il grogne et me toise méchamment, avant de s'avancer vers moi l'air menaçant.

Surprise par cette soudaine agressivité, je recule de quelques pas et me trouve bien vite acculée au mur.

- Je te ferais payer pour tout ce que tu m'as fait, sale peste, murmure-t-il son visage à quelques centimètres du mien.

Malgré la peur qui s'insinue en moi, je lui réponds insolemment :

- Pas avant que je te fasse payer pour ce que tu m'as fait endurer, sale brute.

Ma réponse ne le déstabilise aucunement et ses lèvres s'étirent en un mince sourire sur son visage hideux.

L'homme a beau faire la même taille que moi, sa stature imposante et rondelette fait bien le double de la mienne et je me rends compte que je ne fais pas le poids contre lui.

- Qu'est-ce que tu veux ? demandé-je.

- Tu le sais très bien Harmonie, ne fais pas l'innocente.

- Tu n'auras jamais ma mère, elle est trop bien pour toi, craché-je. Qui voudrait d'un vieux con bigleux, obèse et chauve, si laid qu'il se fait peur lui-même en se regardant dans la glace ? Tellement en manque qu'il passe son temps à se masturber devant des films porn…

Je ne finis pas ma phrase car Daniel vient de m'asséner une gifle monumentale. Portant la main à ma joue, je le regarde d'un air hébété, c'est la première fois qu'il ose faire une chose pareille.

- Cette fois s'en est trop, je vais t'apprendre à te calmer tu vas voir, siffle-t-il dangereusement, ses petits yeux brillants de rage derrière ses lunettes.

Déconcertée par la situation, je l'observe détacher la ceinture de son pantalon et ne réagit que quand il m'agrippe le bras férocement.

- Lâche-moi ! crie-je en paniquant.

Me débattant furieusement, je parviens à lui faire légèrement lâcher prise et tente de fuir vers la porte, m'apercevant cependant qu'elle est fermée à clé.

Où est la clé ? Où est la clé ?

Daniel me tire en arrière et me fait tomber par terre, heureusement sur le tapis qui amortit ma chute. Il m'a accidentellement lâché dans le mouvement et je me retourne vivement sur mes genoux, me retrouvant à quatre pattes. Sans réfléchir, je me glisse entre ses jambes ce qui n'est pas sans me rappeler une certaine scène de mon enfance, et allait réussir à lui échapper quand je sens une main m'agripper la cheville.

- Où est-ce que tu comptes aller comme ça, gamine ? ricane l'homme que je déteste plus au monde.

Il tire ma jambe ce qui me fait retomber à plat ventre sur le sol. Sa force m'impressionne et me fait soudainement très peur.

Sans attendre que je sois plus à sa portée, il lève son bras tenant la ceinture et l'abat sur mes jambes, me coupant le souffle. A peine a-t-il fini qu'il recommence, visant juste derrière mes genoux.

Il faut que je me sorte de là !

Ses propres chevilles étant à la portée de mes mains, je remonte le bas de son pantalon et m'apprête à faire la seule chose envisageable sur le moment, sauf qu'au même instant la ceinture frappe durement le derrière de mes cuisses et stoppe net mon mouvement.

Voyant Daniel lever à nouveau son bras, je n'attends pas une seconde de plus et je mors sa jambe aussi fort que possible, ce qui lui fait pousser un cri de surprise.

Me relevant d'un bond je cours vers la porte, qui malheureusement est toujours fermée à clé.

Que faire ? Si seulement j'avais une baguette dans ce monde-ci !

- C'est cela que tu cherches Harmonie ? sourit narquoisement mon beau-père en sortant la fameuse clef de sa poche.

Ni une ni deux, je me jette sur lui pour récupérer le précieux objet. Bien qu'il se soit visiblement attendu à cette réaction de ma part, ma rapidité a dû le surprendre car je réussis à lui voler la clef des mains. Néanmoins, il a enserré mon avant-bras gauche dans le même temps et avant que je puisse faire quoi que ce soit, je sens la ceinture frapper le haut de mes cuisses à deux reprises.

- Aïe ! Lâche-moi !

Me débattant de nouveau, je me tourne vers lui en me contorsionnant légèrement et fait quelque chose de profondément déloyal, tirant sur mon bras de toutes mes forces pour atteindre son entre-jambes.

Tu l'auras voulu tête de gland !

Atteignant mon objectif, sa réaction est immédiate et il se met à crier de douleur. Profitant de ma liberté, je ramasse hâtivement la clé tombée au sol et me rue vers la porte d'entrée.

- Ça va te coûter très cher ma petite, gronde Daniel qui me rattrape malgré son inconfort visible.

Je tourne la clé dans la serrure mais au moment où je pose ma main sur la poignée, je me sens enserrée par la taille et entraînée bien trop loin de ma seule échappatoire.

Une pluie de coups s'abat alors sur moi sans que je ne puisse rien faire, n'ayant rien à portée de mes mains. Je tente de donner des coups de pieds, qui manquent leur cible une fois sur deux et qui ne lui font que peu d'effet.

Que faire ? Ça commence à faire vraiment mal…

Je cesse de me débattre et réfléchis aussi vite que je peux pour trouver une solution.

- On fait moins la maligne maintenant, n'est-ce pas petite peste ? se félicite mon beau-père, interprétant mal ma soudaine soumission.

Je décide alors de changer de stratégie.

- S'il-te-plaît arrête Daniel…, pleuré-je.

- Oh non, je n'en ai pas encore fini avec toi, crois-moi, répond-t-il d'un ton sadique sans même cesser de frapper.

- Je ferais ce que tu voudras, d'accord ?

- Et tu crois que je vais avaler ça, hein ?

- Daniel, je t'en supplie…

La lanière assène un coup si violent sur mon genou que je ne peux retenir un cri de douleur et me met à trembler.

- Et que va dire maman ?

- Ta mère n'en saura rien du tout car tu vas tenir ta langue.

- Tu peux toujours rêver espèce de sadique dégoûtant !

Enragée, je me remets à me débattre si brusquement qu'à ma grande surprise, j'échappe à son emprise.

Ne perdant pas une seconde, je cours aussi vite que mes jambes le peuvent et réussis enfin à ouvrir la porte et à sortir dans la rue.

Tremblante, je regarde la maison où j'aperçois mon beau-père, toujours dans le couloir, tenant encore sa maudite ceinture dans sa main droite.

Je sais qu'il n'osera pas franchir la porte, mais le regard qu'il me lance ne me rassure en rien.

Haletante, je me mets à marcher aussi loin que possible de la maison. J'ignore où je vais et comme la rue est déserte en ce milieu d'après-midi, personne ne se préoccupe de mon sort.

Quelques rues plus loin, je décide de m'arrêter car mes jambes me font souffrir et ma tête commence à tourner.

C'est alors que j'aperçois une habitation familière et un sourire se dessine sur mon visage.

Mary Collins !

Je marche vers la maison en boitant et frappe à la porte, espérant de toutes mes forces que la vieille dame soit chez elle.

Après une bonne minute, la porte s'ouvre et laisse apparaître Madame Collins vêtue d'une élégante robe pourpre qui la rajeunit étrangement.

- Bonjour Madame, dis-je timidement.

L'intéressée me regarde d'un air un peu surpris et me détaille des pieds à la tête.

- Bonjour Harmonie. D'où sors-tu comme ça ? On dirait que tu viens de te faire battre !

Le ton est amical et je me demande si elle dit ça pour plaisanter ou si elle le pense vraiment.

Ne sachant que répondre, je la regarde l'air hébété puis baisse la tête pour cacher mon embarras.

- Serais-ce le cas ? demande-t-elle.

Voyant que je reste silencieuse, elle me fait entrer et asseoir sur le canapé avant d'examiner mes jambes nues sur lesquelles se dessinent de nombreuses marques rouges dont certaines commencent à bleuir et d'autres saignent.

- Je me doute que tu ne t'es pas fais cela toute seule.

Puis se levant, elle déclare :

- Reste ici, je vais te chercher de la pommade.

Comme si j'allais aller quelque part…

Je tente de m'asseoir plus confortablement mais grimace sous la douleur que cela me cause.

Il était obligé de frapper partout l'abruti !

Mary revient avec un gros pot de crème et se met à l'appliquer sur mes jambes avec douceur.

- Tu veux bien te mettre à plat ventre que je fasse l'autre côté ? demande-t-elle après avoir tartiné tout le devant et les côtés de mes jambes.

Je hoche la tête et m'allonge sur le moelleux divan qui me cause moins de mal dans cette position.

- C'est mon beau-père, dis-je finalement sur un ton neutre.

- Il n'y est pas allé de main morte à ce que je vois.

Je renifle dédaigneusement.

- De toute façon je me vengerai.

- La vengeance n'est pas toujours la solution Harmonie, crois-en mon expérience…

Tournant la tête vers la vieille dame, je constate qu'elle est plongée dans ses pensées.

- … même si elle peut être teintée de réconfort parfois, finit-elle après quelques secondes.

Je m'attends à une explication, qui ne vient pas et je n'ose pas demander d'en savoir davantage.

Mary, qui applique à présent la crème sur le haut de mes cuisses, me demande sur un autre ton :

- A ce que je peux voir ça ne s'arrête pas là, mais j'ai peur que ce soit un peu gênant pour toi si je continue. Préfères-tu le faire toi-même ?

Je rougis, mais je songe que je suis bien dans cette position et que ce ne sera pas pratique pour moi de la mettre toute seule.

- Ça… ne me dérange pas, dis-je timidement.

- Très bien, fait Mary en continuant son travail sans faire de remarque.

Puis, comme pour dissiper la gêne, elle continue son histoire.

- J'ai eu un mari violent, il y a longtemps. Et, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce. Mais, je me suis rendue compte que cette vengeance ne m'apportait pas autant de soulagement que je l'aurais souhaité, et trop de problèmes qu'il n'en valait la peine.

Elle remonte mon sous-vêtement et demande si j'ai d'autres marques de coups.

Je lui montre mon bras droit et ma tempe, qui ont par hasard pris un coup lorsque je me débattais.

- La crème te soulage-t-elle ?

- Un peu, dis-je. Merci, Mary.

- Elle t'évitera surtout d'avoir des bleus. Veux-tu du thé ?

J'acquiesce et elle s'en va en direction de la cuisine, d'où elle revient quelques minutes plus tard avec un plateau.

- Alors, veux-tu bien me raconter ce qui t'es arrivée depuis que nous nous sommes vues la dernière fois ?

Je me mets alors à conter tout en détails et sous son insistance, je finis par dévoiler également ce qui concerne l'autre monde, en gardant cependant beaucoup de choses pour moi, comme je l'ai fait avec ma mère.

Mary me regarde avec des yeux brillants, l'air d'une enfant excitée, buvant la moindre de mes paroles.

Ce comportement me semble étrange mais je me sens en confiance avec elle pour une raison que je ne parviens toujours pas à déterminer.

Je vois très bien qu'elle meurt d'envie de me poser des questions, mais qu'elle se retient.

- Et c'est pourquoi je veux absolument y retourner, conclue-je.

- Hum, je comprends oui, déclare l'autre en prenant une nouvelle bouffée de la cigarette qu'elle avait allumée pendant le récit.

- Mary, vous savez comment je peux faire ?

La vieille dame paraît réfléchir en me regardant fixement, ce qui me met mal à l'aise.

- Veux-tu un biscuit ? demande-t-elle soudainement sans répondre à la question.

Surprise, je la regarde sans comprendre.

- Harmonie, je t'ai demandé quelque chose, gronde-t-elle.

- Pardon, dis-je. Oui, avec plaisir Mary.

Je me relève en position assise, qui est bien moins confortable que la précédence et prends l'un des biscuits, que je mange en trempant dans mon thé.

La vieille dame m'observe l'air compatissant et sort de la pièce sans un mot.

J'espère que je n'ai rien dit qui l'aie contrariée, elle est tellement susceptible !

Madame Collins revient bientôt avec une petite bouteille contenant un liquide transparent et me la remet.

- C'est une boisson à base de plantes pour éviter les courbatures, ce genre de choses. Tu la boiras plus tard, elle t'aidera à détendre tes muscles. Je l'ai dosée assez forte pour toi, n'en donne pas à quelqu'un d'autre, cela pourrait lui faire l'effet inverse. Tu as compris ?

- Oui, merci beaucoup Mary.

Celle-ci acquiesce en souriant et me tend à nouveau l'assiette de biscuits.

Nous discutons encore pendant un bon moment, quand la vieille dame déclare qu'il est peut-être temps de rentrer chez moi.

- J'ai peur que mon beau-père y soit encore…

- Dans ce cas, je vais t'accompagner, propose gentiment Mary.

Je souris et accepte. Normalement, ma mère devrait être rentrée.


Nous marchons sur le trottoir le long des habitations en silence et parvenons enfin à ma maison. Je constate avec soulagement que la voiture de Daniel n'est plus là et que la porte d'entrée a été refermée.

Mary m'accompagne jusqu'au portail et affirme qu'elle attendra quelques minutes que je ressorte lui confirmer que tout va bien.

Inspirant un grand coup, je tourne la poignée de la porte et entre, en faisant un petit signe de la main à la vieille dame qui me sourit.

A l'intérieur, j'entends la télévision et le bruit de casseroles dans la cuisine.

J'entre prudemment et vois ma mère occupée à préparer le diner.

Ouf !

Je sors discrètement et monte à ma chambre afin de confirmer à Mary que tout va bien par la fenêtre et pour me changer car j'ai décidé de ne rien dire à ma mère.

Pas tant que je ne me serais pas vengée du vieux gland !

Avec quelques grimaces j'enfile un pantalon qui cache toutes les traces laissées par la ceinture de mon beau-père et redescends en bas.

- Salut maman !

- Harmonie chérie, comment a été l'école ?

- Bien, mens-je sans scrupule.

Je sors la bouteille donnée par Mary et en verse un peu dans un verre.

Ça ne fait rien du tout…

Je m'en ressers donc et j'avale le tout d'un trait, m'attendant à un effet immédiat, qui ne vient malheureusement pas.

C'est un pauvre remède de grand-mère moldu, pas une potion, andouille !

Je soupire et songe qu'il est plus que temps de mettre mon plan à exécution. Seulement, je ne sais pas encore très bien comment faire.

Dans l'intention d'aller me planter devant la télévision, je me dirige vers le salon et passe de nouveau dans le couloir de l'entrée, en frissonnant.

Et si Daniel revient ?

Si auparavant, je pensais ce vieux schnoque faible et incapable de se défendre, je le voyais à présent comme un monstre sanguinaire armé de sa redoutable ceinture prêt à se jeter sur moi à tout moment, sortis d'un sombre recoin de la maison.

Fuyant finalement le couloir, je m'assois avec précaution sur le canapé et écoute distraitement les informations nationales.

« … et on leur souhaite d'obtenir le score des précédents candidats. Cet après-midi, deux jeunes garçons fauchés par une voiture alors qu'ils sortaient du lycée, sont actuellement dans le coma. On estime cependant que leurs jours ne sont pas en danger, le conducteur de la voiture, Mr Lorenzo… »

Je lève subitement les yeux vers le poste de télévision, réalisant la révélation qui m'était faite.

Un accident de voiture, idéal pour provoquer un coma…

Tenant une bonne solution, j'ai tout de même un peu peur, et si jamais ça ne marche pas comme prévu ?


Allongée sur mon lit, je réfléchis à mon plan de retour dans l'autre monde, faisant abstraction des douleurs que je ressens toujours dans les jambes et le bas du dos.

De temps en temps, je jette des regards inquiets vers la porte de ma chambre, de peur de voir arriver Daniel et que l'envie lui prenne de continuer ce qu'il a commencé.

Ne réussissant ni à préparer un plan quelconque ni à dormir, je décider d'aller voir ma mère.

Entendant toujours la télé en bas, je suppose qu'elle n'est pas encore couchée.

Je descends l'escalier et entrant dans le salon, je vois ma mère assise dans son fauteuil, une bouteille de vin bon marché dans une main.

- Harmonie ? C'est toi ? demande-t-elle d'une voix rauque.

Je m'approche de ma mère et la vois porter avidement le goulot de la bouteille à sa bouche. Ses traits sont tirés et elle sent fortement l'alcool. Je recule et une profonde tristesse m'envahit, accompagné d'un sentiment fort dérangeant de déjà-vu.

- Tu avais promis que tu arrêterais, dis-je d'une voix faible.

En prononçant ces mots, je rends immédiatement compte de la raison.

C'est l'une de mes visions !

Je sens mes yeux devenir humides mais les larmes ne coulent pas.

- Daniel a appelé, dis ma mère, l'air ailleurs.

- Da…Daniel ?

- Oui il m'a demandé si tu étais rentrée et si tu m'avais parlé. Je n'ai pas très bien compris de quoi il s'agissait, il avait l'air bizarre.

- Qu'est-ce qu'il a dit, maman ?

- Qu'il passerait tard dans la soirée et… je ne sais plus trop quoi.

Je pousse un petit cri et regarde la grosse pendule au-dessus de la cheminée.

Minuit et demi !

- Maman, dis-je en m'accroupissant près d'elle en tremblant. Maman…

- Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-elle de sa voix lointaine.

- Tu ne peux pas le laisser venir ici, il va me faire du mal.

- Allons Harmonie, de quoi tu parles ?

- Il… il a… tu ne sais pas mais je…

Je ne trouve plus mes mots et regarde anxieusement la pendule.

- Il va venir et… me frapper avec sa ceinture, dis-je en frissonnant.

- Qui ? Daniel ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? Ne dis pas de bêtises, ton beau-père ne ferait jamais une chose pareille, je le connais et…

Entendant un moteur de voiture près de la maison, je panique et me rue vers la porte d'entrée.

Pas question que je reste une seconde de plus dans cette maison ! Maman est trop ivre, elle ne peut pas me protéger et Daniel est si fort.

J'ouvre la porte le cœur battant, m'attendant à voir mon beau-père sur le pallier.

Mais non, il n'est pas là et la voiture que j'ai entendue s'est garée chez le voisin.

Cependant sur le trottoir d'en face, je vois une silhouette, petite et ronde dont les lunettes reflètent les phares de la voiture du voisin.

Terrorisée, je cours droit devant moi comme si le diable en personne me poursuivait.

Je ne m'aperçois pas que je dévie sur la route dans ma hâte et soudain une grosse voiture noire apparaît devant moi, me fonçant droit dessus. D'autres arrivent par une rue perpendiculaire et klaxonnent à tout va à mon encontre, leurs phares m'aveuglent et des passants m'interpellent, me hurlant de quitter la chaussée.

La berline noire qui roule à vive allure ne s'arrêtera pas et pour la deuxième fois de la soirée, je revois l'une de mes visions.

Des lumières éblouissantes et des bruits assourdissants, des cris… Tout est là.

La scène se déroule en moins de cinq secondes, la voiture noire freine au dernier moment en émettant un crissement à glacer le sang et me percute de plein fouet.

La douleur est affreuse, un liquide chaud coule sur mon front et devant mes yeux et je sens que je vais m'évanouir sans tarder.

Juste avant cependant, j'ai le temps d'entrevoir le conducteur de la berline noire, qui ouvre sa portière.

Je savais que c'était toi, tu arrives trop tard, Daniel…

Je souris légèrement dans mon délire et tombe sans connaissance.


Une douce chaleur m'enveloppe et je sommeille dans une profonde sérénité.

J'entends ma propre respiration, lente et régulière.

Gémissant, je me retourne dans mes couvertures et sent mes paupières tressaillir légèrement, du fait d'une lumière allumée près de moi.

Difficilement j'ouvre les yeux et aperçois une forme noire devant moi, aux contours imprécis.

Au bout de quelques secondes, je prends conscience de mon environnement et une odeur très familière me chatouille le nez.

Je tends les bras devant moi, comme un petit enfant qui demande à ce qu'on le prenne, ne sachant vraiment pourquoi je fais ce geste.

C'est alors que je sens qu'on me touche les mains et je m'agrippe à ce contact, chaud et réconfortant.

Et soudain je me retrouve serrée contre la forme noire, des bras m'entourant et me berçant lentement. Je referme mes mains sur le tissu doux et léger de la forme noire et soupire d'aise.

C'est alors que je replace cette odeur dans ma mémoire, ce mélange d'épices et d'herbes que je reconnaitrais entre mille.

Mon cœur s'emplissant de bonheur tout à coup, j'enlace encore plus fort celui me tient dans ses bras et qui m'a tant manqué.

Je ne te quitterai plus jamais ! Jamais…