Chapitre II
Jean Valjean n'était pas un homme prompt à des réactions démesurées, à l'exception d'une situation où la vie d'une personne qui lui était chère se retrouvait en danger. Son désir de protéger la vie d'autrui pouvait provoquer en son sein des réactions de cette trempe. Néanmoins, en tout autre cas, il était normalement calme, posé, arrivant sans trop de souci à internaliser la plupart de ses émotions et pouvant de ce fait réagir de manière modérée. Après avoir passé aussi longtemps que lui en prison, où le moindre éclat d'émotion pouvait, soit être puni par les gardes, soit utilisé plus tard contre soi-même et par les autres prisonniers, il était plus sage d'apprendre.
C'était la raison pour laquelle il réussit à conserver son calme durant la totalité de la confession de Javert.
Il écouta l'homme très attentivement et, pour un œil sans entraînement, il aurait simplement paru accaparé par ce qui se disait mais sans rien ressentir de distinct par rapport au discours tenu. Non, il n'y avait rien sur son visage, rien dans son comportement, dans sa contenance, qui trahissait la moindre de ses émotions.
Pourtant, à l'intérieur, c'était quelque chose d'entièrement différent.
Premièrement, il y avait la complète et profonde incrédulité face au fait que Javert avait réellement écrit à la Préfecture à son sujet, après qu'il lui ait presque fait le serment qu'il ne dénoncerait pas Valjean. Sachant exactement combien l'homme estimait l'honnêteté – celle des autres et la sienne – et le poids qu'il mettait dans ses promesses, cela avait été un choc d'entendre qu'il avait rompu la sienne. Il comprenait que cela s'était passé dans un état d'émotions telles qu'il n'était pas du tout en possession de ses moyens au moment des faits. Cela était un début d'explication mais cela était tout de même difficile à digérer.
Deuxièmement, il y avait le sentiment de trahison. Qu'un homme en qui il avait confiance, de qui il était devenu si proche au fil du temps, avait pu le trahir d'une telle manière, à cause de si peu, le fit énormément souffrir. Depuis Toulon, il avait été incapable de faire confiance en qui que ce soit, pas de manière complète et spécialement pas avec toute la vérité à son sujet. Personne, jusqu'à Javert et maintenant, c'était comme cela que l'homme le repayait ?
La colère avait suivi rapidement. Pas seulement pour ce qu'il avait fait mais également le fait qu'il le lui ait caché pendant aussi longtemps. Si la Préfecture avait décidé de commencer une investigation sans d'abord envoyer une lettre à Javert pour l'en informer, Valjean aurait été pris de court et serait probablement, en ce moment-même, en chemin vers la prison, enchaîné par le cou. Il aurait pu au moins le lui dire pour qu'il se prépare à quitter la ville dès qu'il le fallait, pour garder sa liberté.
Il se rabattit finalement sur l'acceptation. Après tout, ce qui était fait était fait et il n'y avait absolument aucun moyen de revenir en arrière et de changer le cours des événements maintenant. La Préfecture avait été avertie et elle avait répondu avec ce qu'elle pensait être la vérité, c'est-à-dire que Jean Valjean avait déjà été recapturé et qu'il était en passe d'être à nouveau jugé très bientôt. La surprise et le quasi-soulagement qu'il avait ressenti face à la nouvelle avait bientôt laissé la place à la réalisation noire qu'il ne lui serait pas facile de vivre avec lui-même s'il gardait le silence sur la chose et qu'il laissait un innocent être condamné à sa place.
Il avait été si longtemps perdu dans ses contemplations, analysant ses sentiments en la matière et essayant déjà de décider de ce qu'il aurait à faire pour Champmathieu, l'homme qui était accusé d'être Valjean, qu'il ne s'était pas vraiment rendu compte que son interlocuteur avait fini de parler et attendait avec trépidation qu'il lui réponde.
« Valjean ? » demanda finalement Javert après un moment de silence, incapable de supporter l'attente, ayant étudié le moindre frémissement de l'expression de Valjean dans l'espoir de discerner une quelconque indication de ce que l'homme pouvait bien ressentir mais soit il était trop inquiet pour pouvoir le lire aisément, soit Valjean était encore plus doué qu'il ne le pensait pour ne pas trahir ses sentiments.
Le son de son nom, prononcée d'une voix si étranglée, si petite, sortit Valjean de ses pensées en sursaut et ses yeux, qui pourtant étaient resté fixé sur Javert pendant toute sa confession, semblèrent finalement le voir à nouveau.
Il détailla les traits de l'homme et, contrairement à lui-même, Javert ne cachait en rien ce qu'il ressentait. Dans toute autre situation, il aurait probablement essayé – si ce n'était réussi – essayer d'avoir l'air impassible, mais il avait apparemment décidé qu'il le devait au maire d'être honnête, pas seulement dans ses mots, mais également dans ses actions et émotions aujourd'hui et Valjean pouvait voir, clair comme le cristal, la culpabilité, le désespoir, l'appréhension et la résignation, tous mêlés ensemble.
Il aurait dû être en colère, encore maintenant, mais depuis l'Evêque, il ne s'était jamais autorisé à se morfondre dans de telles émotions et la multitude de sentiments, si facilement lisibles sur le visage de Javert, achevèrent de tuer les derniers restes d'ire dans son cœur. Même après ce qu'avait fait l'homme, il ne voulait plus jamais voir un tel anéantissement sur ce faciès.
« C'est bon, Javert. Tout va bien, » dit Valjean, essayant de sourire mais incertain de sa réussite ou de son échec. « Est-ce que je peux voir cette lettre, s'il vous plait ? »
Javert lui tendit la lettre, extrêmement froissée puisqu'il l'avait tenue enfermée dans son poing pendant toute la durée de la conversation et il resta silencieux, attendant que Valjean la lise par lui-même, incertain de ce qui allait se passer maintenant.
Valjean replia la lettre une fois qu'il eut terminé sa lecture et la posa précautionneusement sur la table. Il regarda de nouveau Javert et décida qu'il lui faudrait attendre d'être seul pour pouvoir penser plus fermement à ce qu'il allait décider de faire. Il savait bien ce qui lui était requis de faire, mais n'était pas certain d'avoir le courage de passer à l'action, pas maintenant, pas quand il avait fait de cet endroit son paradis sur terre.
« Je ne suis pas en colère, » commença-t-il, tendant la main pour prendre celle de Javert dans la sienne.
Ils ne se touchaient plus vraiment avec affection, depuis que Javert était redevenu un adulte physiquement, excepté pour le baiser que Valjean avait posé sur son front ce jour où ils étaient partis ensemble en direction d'Arras. Le maire n'avait jamais été certain que de telles marques d'affection seraient acceptées et non rejetées mais, à l'instant présent, il avait décidé de s'y risquer. Cela semblait bien plus aisé de le rassurer de cette manière.
« Je sais que vous ne vouliez me faire aucun mal, n'avez jamais pensé à mal. Vous étiez blessé par mon comportement, » continua-t-il et Javert déglutit, baissant les yeux alors qu'il réalisait que Valjean avait correctement interprété l'émotion qui l'avait forcé à commettre l'impardonnable, alors que toute autre personne aurait attribué son acte à la colère Valjean avait deviné juste. « Vous avez agi sans y penser et vous le regrettez depuis, n'ai-je pas raison ? »
Javert acquiesça. Bien entendu qu'il le regrettait depuis lors. Combien de fois avait-il souhaité ne jamais avoir écrit cette lettre ? Combien de jours avait-il passé à prier pour qu'un accident survienne et que sa lettre soit perdue à jamais au lieu d'arriver à destination ? Mais cela ne changeait rien. Si, si, si… avec des si, on mettrait Paris en bouteille.
« Je voulais vous le dire plus tôt, » murmura-t-il. « Je voulais vous le dire depuis le matin où vous êtes venu vous excuser mais je ne savais pas comment ! Je ne savais pas ! Je vous l'aurais dit immédiatement si j'avais su trouver les mots. Je suis désolé, Valjean, je suis si désolé. S'il vous plait… »
Valjean avait serré la main de Javert dès le moment où ses mots s'étaient emballés, avaient commencé à se bousculer pour sortir mais cela ne semblait pas être assez pour calmer l'homme qui ne savait pas lui-même ce pourquoi il priait. Lorsque le flot de paroles cessa abruptement et que Javert le regarda avec des yeux brillants de larmes qu'il se refusait à laisser couler, ressemblant tellement, à cet instant précis, à Etienne qui l'avait regardé avec le même regard une fois sorti de son cauchemar, il tira sur sa main, essayant de le faire basculer, et ouvrit ses bras.
Javert n'eut qu'un instant d'hésitation. Un instant où il se demanda s'il pouvait vraiment faire cela, s'il pouvait vraiment se permettre un comportement aussi puéril. Ses instincts reprirent le dessus rapidement et il se glissa de lui-même, si facilement, si aisément, dans l'étreinte qui lui était offerte. Il savait qu'il ne le méritait pas, mais il se laissa simplement être bercé pendant un moment, laissa la main de Valjean tracer des cercles invisibles, lents, sur son dos, comme s'il cherchait à tarir une rivière de larmes inexistantes. Javert ne commenta pas sur cette attention inutile.
« Je suis désolé, » répéta-t-il à nouveau, comme s'il n'avait pas été entendu la première fois, comme s'il attendait une réponse spécifique, réalisa Valjean et il ferma les yeux parce que c'était une réponse qu'il pouvait lui donner.
Il pouvait l'absoudre de tout.
« Vous êtes pardonné, Javert. Je vous pardonne. »
Javert laissa sortir un sanglot étranglé et, sa tension se relâchant, prit une grande inspiration. Seigneur ! Merci, il était pardonné. Il était si soulagé d'entendre ses paroles qu'il ne se rendit pas compte de l'étrangeté de la voix de Valjean, tout comme il ne s'était pas rendu compte que l'homme était calme, bien trop calme, et que ses réactions étaient beaucoup trop étudiées, minutées, pour être complètement honnêtes. C'était visible mais dans sa détresse émotionnelle, il ne put rien déceler de tout cela.
Finalement, Valjean desserra son étreinte et le regarda avec tendresse.
« Vous n'avez pas bien dormi ces derniers temps, » dit-il parce qu'il avait bien remarqué le manque de sommeil de Javert, même s'il avait préféré ne pas commenter dessus, l'ayant attribué à des problèmes à son travail il n'avait pas voulu interférer plus qu'il ne l'avait déjà fait.
Peut-être qu'il aurait dû. Peut-être que s'il avait essayé d'en savoir plus dès le début, Javert aurait cédé face aux interrogatoires et lui aurait tout dit. Ils auraient pu éviter de se retrouver dans une telle situation. Néanmoins, il n'avait rien fait de tout cela et il était maintenant complètement inutile d'y songer.
« Pas vraiment, non, » répondit honnêtement Javert. « J'avais trop de choses à l'esprit. »
« Alors vous devriez aller vous coucher maintenant. Vous avez besoin de repos et je suis certain que cette soirée a été bien assez stressante pour vous. »
Javert hocha la tête en signe d'assentiment. Oui, ça ce n'était rien de le dire, pensa-t-il avec raillerie. Stressé ne commençait même pas à le couvrir et il supposait que Valjean avait raison, il avait besoin de sommeil. Avec un peu de chance, maintenant qu'il avait soulagé sa conscience en confessant toute l'histoire à Valjean, son esprit le laisserait en paix et lui offrirait une nuit de repos.
Il se leva de sa place sur le sofa et avec un 'bonne nuit' à l'attention de Valjean, il se rendit dans sa chambre, avec l'intention de passer une bonne nuit de sommeil, bien reposante, pour se remettre de celles qu'il avait passées à se tourner et retourner sur le matelas.
Valjean l'observa s'en aller, maintenant sa façade de calme jusqu'à ce que l'homme disparaisse de son champ de vision et, finalement, tout ce qu'il pouvait bien ressentir apparut sur ses traits. Il cacha son visage dans ses mains, sa respiration devenue saccadée, pas certain qu'il soit capable d'accomplir son devoir. Sur un coup de tête, il reprit la lettre que Javert avait laissée derrière lui lorsqu'il était monté à l'étage et la relut encore une fois, comme si les mots avaient changé dans le laps de temps qui s'était écoulé.
Rien n'avait changé, cependant.
Il y avait toujours un homme emprisonné à Arras, dans l'attente de son jugement. Un homme qui serait condamné pour un crime qu'il n'avait pas commis. De toute façon, son vol serait puni, peu importe l'intervention de Valjean. C'était juste, bien entendu. Mais s'il était envoyé en prison en tant que récidiviste ayant violé, de plus, sa conditionnelle, il n'y aurait aucune possibilité pour qu'il ressorte un jour de cet enfer. Est-ce que le vol d'une branche de pommes méritait réellement une vie entière gâchée à Toulon.
Non, bien sûr que ce n'était pas le cas. Et Valjean ne pouvait pas, en toute bonne conscience, le laisser aller au bagne à sa place.
Mais qu'allait-il donc arriver aux gens de Montreuil-sur-Mer, aux travailleurs de l'usine, s'il était arrêté ? Ils se retrouveraient probablement bientôt à la rue, une fois encore, et tout le bien qu'il avait pu faire pour la ville, tout ce qu'il s'était efforcé de construire pour améliorer les conditions de vie des plus démunis serait pour rien.
Est-ce qu'il pouvait réellement considérer soulager sa conscience une plus grande priorité que leur bien être ?
La réponse aurait été non s'il s'était seulement s'agit de sa paix d'esprit et pas non plus de la vie d'un innocent, qui pesait également dans la balance.
Néanmoins, il n'avait pas le droit de prendre la place de Dieu. Ce n'était pas à lui de décider si c'était Champmathieu ou les travailleurs qui méritaient le plus d'être sauvé. Non, la seule chose qu'il pouvait faire était d'agir de la façon dont sa conscience le dictait et celle-ci lui disait qu'il devait se rendre de toute urgence à Arras et arrêter le jury avant qu'ils ne commettent l'erreur d'envoyer un homme qui n'avait rien fait que de commettre un petit vol à l'étalage servir la sentence d'un récidiviste, violeur de conditionnelle, qui avait déjà passé dix-neuf années en prison.
Etant donné la date du jugement, il n'avait pas une seule minute à perdre. Il lui faudrait être parti bien avant le lever du jour mais il avait encore beaucoup à faire en préparation. Il avait tant de responsabilités mais il savait qu'il n'y avait rien qu'il puisse faire en si peu de temps pour s'assurer que tout serait fait au mieux. De plus, il doutait réellement que ses souhaits seraient respectés une fois qu'il serait identifié comme fugitif. Il en doutait réellement.
S'assurant de ne pas faire trop de bruit, ne voulant pas risquer d'alerter Javert que quelque chose d'inhabituel se passait, il commença ses préparations. Il y avait beaucoup à faire avant qu'il ne soit près pour la prison. Il était peut-être sur le point de se dénoncer, cela ne voulait pas dire qu'il avait oublié la promesse qu'il avait faite à une femme très malade, la promesse de lui ramener son enfant et, puisque l'aubergiste ne semblait pas sur le point de céder à ses missives, il n'y avait que l'option d'y aller par lui-même ou d'y envoyer quelqu'un de confiance. Il lui faudra quitter Arras avant qu'ils ne l'arrêtent.
Quelques jours de plus en cavale et ensuite il se laisserait arrêter sans poser de résistance. Oui, c'était un bon compromis.
Ensuite, il y avait tout l'argent qu'il avait réussi à engranger en tant que Monsieur Madeleine. Il n'en aurait plus l'utilité là où il allait, maintenant qu'il ne reverrait plus jamais le monde extérieur. Il savait toutefois que s'il ne faisait aucune provision pour cet argent, ce seraient les plus riches qui en profiteraient et non ceux qui en avaient le plus besoin. Non, il le prendrait avec lui et le cacherait quelque part. Ensuite, il pourrait donner les instructions pour le trouver à Cosette, la fille de Fantine, pour s'assurer qu'elle ne souffrirait pas de la même façon que sa mère.
Oui, c'était la meilleure des choses à faire.
Il cacherait les chandeliers avec l'argent. Ils étaient les seuls objets de valeur qu'il possédait et il supposait qu'il pouvait également en faire cadeau à Cosette. Pourquoi donc les laisser ici, dans cette maison ? Il n'y avait personne à Montreuil qui pourrait les apprécier à leur juste valeur, pas parce qu'ils étaient en argent, mais parce qu'ils étaient le cadeau d'un saint.
Il gribouilla une lettre à son contremaitre afin de l'avertir de son absence, sans en dire plus. La vérité allait éclater assez rapidement comme cela, il n'y avait aucune raison pour que l'usine ne puisse pas continuer de fonctionner à plein régime aussi longtemps que cela était encore possible.
Il griffonna également un document pour son notaire, lui donnant ses propres suggestions de quoi faire avec l'usine, avançant quelques options pour qu'elle puisse continuer à fonctionner après son arrestation. Il savait que cela n'arriverait très certainement pas, que le document perdrait toute sa valeur lorsque sa vraie identité serait connue, mais il pouvait au moins essayer. Il devait faire un choix qui, il en était certain, condamnerait des centaines de personnes, la moindre des choses était d'essayer d'amortir le coup autant qu'il le pouvait.
Il prit les lettres avec lui, y ajouta une petite bafouille à l'attention de la gouvernante, pour les donner à l'office de poste lorsqu'il serait en chemin à destination d'Arras et il commença à préparer un bagage avec une partie de ses vêtements – il ne savait pas exactement combien de temps il allait prendre pour retrouver Cosette – mais s'assura à ce que cela ne soit pas vu comme étrange, qu'il aille seulement l'air de quelqu'un ayant un voyage à faire et non d'un home sur le point de commencer une cavale. Il cacha son argent au milieu de tout cela.
Finalement, il était prêt – ou tout du moins aussi prêt qu'il pouvait l'être, considérant le fait qu'il était sur le point de se condamner de son plein gré à l'enfer.
Il y avait tout de même une dernière chose…
Silencieusement, il monta à nouveau les escaliers et se rendit tout droit dans la chambre de Javert. Il ouvrit la porte, sans un bruit et avança à pas feutré dans la pièce. Il pouvait être reconnaissant que l'homme soit un si profond dormeur malgré sa profession. Ou, maintenant qu'il y pensait, à cause de sa profession. Après tout, lorsqu'il fallait parfois être réveillé à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et parfois passer des jours entiers sans dormir, il valait mieux être capable de se reposer dès qu'il y en avait l'occasion et ne pas se réveiller au moindre son.
Il s'arrêta à côté du lit, le clair de lune se déversant par la fenêtre de la chambre grâce aux rideaux tirés, rendant tous les détails de ses traits facile à observer. Il semblait dormir paisiblement et Valjean laissa un sourire tendre illuminer son visage malgré la triste occasion. Il n'en voulait pas à Javert pour ce qu'il avait fait, mais il était néanmoins affligé que cela doive se terminer de cette façon.
Espérant ne pas le déranger, incertain de la manière dont il réussirait à expliquer sa présence et ses actions si l'homme se réveillant, il balaya ses cheveux de son front, ses doigts frôlant à peine la peau de l'inspecteur. Il prit une inspiration tremblante, sachant ce qu'il avait à faire, mais la nécessité ne rendait pas les choses plus aisées. Toutefois, il ne pouvait pas rester plus longtemps et repousser l'inévitable n'aiderait en rien.
Ignorant le picotement des larmes dans ses yeux, il se baissa et embrassa tendrement la tempe de l'homme endormi, arrivant à peine à garder ses émotions sous contrôle pendant son geste.
« Adieu, Javert, » murmura-t-il dans son oreille et Javert remua légèrement, se tournant pour lui faire face mais sans sortir du sommeil, semblant seulement rechercher le contact entre eux, même dans son état d'inconscience.
S'accordant une dernière caresse sur la tête de Javert, Valjean se redressa précipitamment, avant qu'il ne retrouve dans l'incapacité de le faire, pour quitter la pièce aussi silencieusement qu'il y était entré. Il ferma la porte derrière lui et quitta cette maison pour ce qui était très certainement la dernière fois.
