Chapitre 13 : Tu étais mon amie !
Morgane et Bill s'avancèrent dans la pièce, et tandis que Morgane s'installait à côté de Chloé, Bill sortait son téléphone portable de sa poche.
Tom murmura doucement :
« - Je suis désolé que tu l'apprennes comme ça … »
Chloé, effondrée, ne répondit pas. Elle regarda simplement Bill, qui resta interdit quelques secondes, puis lui dit :
« - C'était un message de Milo l'invitant à venir le rejoindre dès qu'elle serait partie d'ici. Je pense qu'ils sont ensembles en ce moment même. »
Une fois de plus, Chloé ne trouva pas la force de répondre. Les larmes coulaient sur ses joues sans qu'elle puisse les en empêcher, et ses yeux rougis lui donnaient l'air d'une petite fille perdue.
Alors qu'elle essayait d'arrêter de pleurer, des bras forts s'enroulèrent autour d'elle, et reconnaissant Tom, elle se laissa aller contre lui, enfouissant son visage dans son tee-shirt.
Petit à petit, elle réussi à se calmer, sans doute grâce à la douceur avec laquelle le guitariste la berçait, murmurant doucement des mots d'encouragement.
Quand elle se redressa, la pièce s'était vidée. D'une petite voix, elle remercia Tom, qui la serra une fois de plus dans ses bras.
« - Je pensais que c'était fini avec lui. Pourquoi est-ce que ça me fait cet effet là ? » Demanda-t-elle à Tom.
« - Je ne pense pas que ce soit Milo qui te blesse le plus, mais plutôt de savoir que Elana a une relation avec ton ex, qui t'as tellement fait souffrir. » Répliqua-t-il sur le même ton.
Chloé lui lança un regard de remerciement. Il était tellement différent du play-boy décrit dans les journaux.
Il la respectait vraiment …
Peu à peu le silence s'installa. Tous deux étaient ravis que l'autre ne tente pas de le rompre : il est des silences qui expriment plus de choses que des grands discours.
Ce fut finalement Tom qui rompit le calme.
« - Dis … » Murmura-t-il, hésitant.
« - Oui ? » Répondit Chloé en le regardant, penchant la tête.
« - Tu trouves pas ça bizarre la réaction de Morgane tout à l'heure ? »
Chloé eut un sourire indulgent. Bien sûr qu'elle avait trouvé cela bizarre, mais connaissant Morgane, elle savait très bien ce que cela signifiait.
« - Elle a perdu contrôle d'elle-même, c'est tout. » Mentit-elle pourtant.
« - Excuse moi, mais Morgane ne m'a pas l'air d'être précisément le genre de fille à perdre le contrôle. » Répliqua Tom, sceptique.
Il l'avait grillée. Et merde !
« - C'est vrai que je ne l'ai vu perdre le contrôle qu'une seule fois… » Dit prudemment Chloé.
Elle ne voulait pas dire ce qu'elle avait en tête. Peut-être se trompait-elle après tout … Et si jamais elle avait raison ? Morgane ne lui pardonnerait jamais d'avoir fait par de ses doutes à un presque-inconnu (car si elle appréciait beaucoup Tom et le reste du groupe, elle ne leur pas encore donné son entière confiance, aucun doute la-dessus) plutôt qu'à elle même, principale concernée.
Chloé détourna le regard, gênée, ce qui bien sur n'échappa pas à ce renard de Tom. Il prit, d'un geste plein de douceur, le menton de la jeune fille entre ses doigts, et la força à le regarder dans ses yeux dorés.
Déjà, Chloé se sentit fondre. Comment pourrait-elle jamais résister à ce regard ? Et il le savait, le petit con !
Vexée de se faire avoir aussi facilement par un regard qui finalement n'avait rien de magnifique – bon d'accord il était exceptionnel et alors ? – elle poussa un grognement irrité.
Tom, amusé, haussa un sourcil. Il trouvait pourtant qu'elle résistait plutôt à son regard, qu'il avait déjà utilisé maintes et maintes fois avec son frère ou ses amis. Jamais avec sa mère : il le tenait d'elle, ce regard.
« - Chloé … tu sais que je me fais du soucis pour Bill. Je te jure que je le répèterai pas ! Allez … » Soupira-t-il.
Mais Chloé ne sut quoi répondre. Elle était hypnotisée par son souffle chaud qui caressait ses lèvres. Quand elle se rendit compte qu'elle le fixait sans la moindre gène, elle se gifla mentalement, et sa colère commença à bouillonner en sentant ses joues devenir bouillantes.
« - Je … je ne peux pas te le dire, Tom ! Et puis peut-être que je me trompe ! » Tenta-t-elle faiblement.
Tom haussa de nouveau un sourcil, et Chloé vit avec inquiétude une lueur de malice apparaître dans ses yeux.
« - Tu sais que je veux la vérité, je sais que tu la connais. Maintenant, que les choses soient claires : si il faut que j'emploie la manière forte, je ne me priverai pas ! »
Chloé, convaincue de sa capacité à user de la manière forte, et surtout inquiète de savoir en quoi elle consistait, se recula vivement.
« - Aurais-tu peur ? » Chuchota Tom en s'approchant un peu plus.
« - Peur ? De toi ? Jamais ! » Répliqua-t-elle d'un ton plein de défis.
Tom ne répondit pas, mais s'approcha un peu plus encore. Chloé, par réflexe, tenta de s'écarter, mais bien vite le dossier du canapé bloqua sa progression.
Tom sourit de façon plus franche ; elle était à sa mercie.
Affichant un sourire carnassier, il glissa ses mains sur les hanches de Chloé, et se mit à la chatouiller légèrement.
Aussitôt, Chloé commença à rigoler, assaillie par les assauts répétés de son ami. Celui-ci, ravi de constater que sa manœuvre fonctionnait, accentua ses chatouilles, et son rire rejoint rapidement celui de Chloé.
Morgane tournait en rond dans la cuisine. Bill était assis sur le comptoir, ses longues jambes pendant dans le vide. Gustav et Georg étaient partis s'entraîner sur des morceaux qu'ils avaient mis au point récemment.
« - Est-ce tu vas me dire ce qui ne me va pas ? » Demanda Bill pour la énième fois.
« - Non. » Fut la seule réponse de Morgane, comme les fois précédentes.
Bill se sentait étrangement bien, rassuré. Il savait qu'il venait de se faire avoir comme un débutant, mais curieusement, savoir que Morgane lui avait pardonné le rassurait.
Cependant, une chose était certaine : maintenant, c'était Morgane qui n'allait pas bien. Elle était stressée, faisait les cents pas depuis qu'ils avaient quitté le salon, et pire que tout, refusait de lui dire ce qui la tracassait.
Morgane regardait ses mains, gênées. Elle haïssait ses longs doigts, si fins qu'on pouvait deviner ses os sous la peau.
Face à elle, Bill la fixait, intrigué.
Elle avait enfin décidé de lui dire ce qui lui posait souci.
« - Alors ? » S'impatienta doucement Bill.
« - Je … »
« - Quoi ? »
« - Le message … »
« - Et bien ? »
« - Je trouve ça étrange. Je veux dire que je suis sûre que ce n'est pas si récent que ça. »
« - Je ne te suis pas là. Qu'est-ce qui n'est pas si récent ? »
« - La relation entre Elana et Milo. » Souffla Morgane.
« - Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » S'étonna Bill.
« - Je ne sais pas, c'est une intuition. »
Bill n'insista pas. Cette histoire lui paraissait abracadabrante. Morgane avait-elle raison ou tort ?
Ils virent Elana arriver de loin. La première à l'apercevoir fut Chloé, qui recommanda à ses amis de faire comme si de rien était. Ils avaient prévu de la laisser venir jusqu'à eux. Et ensuite seulement de lui dire … qu'ils i savaient. /i
« - Bill, qu'est-ce que tu fais ? » Demanda Elana en s'arrêtant devant lui.
L'androgyne la regarda fixement, un air de mépris encré sur le visage.
« - Si j'étais toi, je m'en irai rapidement avant de regretter quoi que ce soit. » Conseilla sèchement Tom en se plaçant aux côtés de son frère.
« - Je peux savoir ce qui ce passe ? Bill, ils t'ont monté la tête. Ne les écoute pas … Bébé … »
A ces mots, Bill se sentit plus insulté que quand il avait découvert la vérité.
« - Ne m'adresse plus ja-mais la parole ! JAMAIS ! Ils n'ont pas eu besoin de me monter la tête pour que je comprenne à quel point TOI tu m'as pris pour un con ! »
« - Mais de quoi tu parles ? » Demanda la jeune fille, soudain paniquée.
« - Mais de quoi tu parles ?! » Imita Bill. « Je parle du message que Milo t'as envoyé samedi soir, grognasse ! Je parle de ce message ou il te demandait de le rejoindre une fois que tu en aurais fini avec, je cite, cet enfoiré de pédé. Tu te souviens maintenant ? » Poursuivit-il ironiquement.
Elana se mordit la joue. Oui elle se souvenait. Bien sûr qu'elle se souvenait de ce message. Elle avait d'ailleurs passé une excellente nuit … Mais ! Comment avait-il su ?
« - Tu as lu mes messages ? Mais de quel droit ? Pour qui tu te prends espèce d'enfoiré ? » S'écria-t-elle.
Ce ne fut pas Bill qui répondit.
« - Ca suffit maintenant. Tu t'en vas, tout de suite. » Intervint froidement Chloé.
« - Oh, comme c'est mignon ! Tu voles au secours de ton ami ! Mais, tu ne m'en veux pas ? Après tout, je me suis tapé ton ex-petit ami … Enfin je me le suis aussi tapé quand c'était ton petit ami, mais bon … » Rétorqua Elana avec un sourire mauvais.
Chloé s'avança, et la gifla de toutes ses forces, si rapidement que l'autre ne vit même pas le coup venir.
Autour d'eux, les conversation s'interrompirent, les regards curieux se tournèrent d'un même mouvement, regardant la giflée comme la gifleuse.
Bientôt, Elana releva la tête, et avant qu'elle ait pu dire un mot, la conseillère d'orientation arrivait, suivie de Eliot qui avait l'air paniqué.
« - Il y a rien à voir ! » Lança-t-il aux curieux qui avaient formé un cercle autour des deux jeunes filles.
« - Chloé, Elana, suivez moi. Quand à vous, dépêchez-vous d'aller en cours, ça ne va pas tarder à sonner. » Ordonna la CPE en attrapant Chloé par le bras, la pinçant au passage.
« - C'est totalement inadmissible ! Vous donner en spectacle de cette façon, en frappant une de vos camarades qui plus est ! J'aimerai savoir ce qui vous est passé par la tête pour agir aussi stupidement ! » S'écria la CPE.
Chloé regardait le plafond. Elle soupira. Cela faisait un bon quart d'heure que la femme tentait d'éveiller en elle le regret. Peine perdue.
« - Ecoutez, je sais que j'aurai pu le faire ailleurs qu'au lycée, mais quel que soit l'endroit, si c'était à refaire, je le referais. » Lâcha Chloé, lassée de l'insistance de la CPE.
Cette dernière se laissa tomber sur sa chaise. Elle connaissait Chloé depuis trois ans, et à part un mauvais caractère évident, c'était une excellente élève. Cependant, aujourd'hui, elle n'avait pas le choix : elle devait prévenir son père.
« - Chloé, je suis désolée, mais votre comportement ne me laisse pas le choix : je vais devoir prévenir votre père. » Annonça-t-elle, se préparant à des supplications …
… qui ne vinrent pas. Chloé haussa les épaules : elle savait que les choses devaient se passer comme ça, et elle connaissait suffisamment son père pour savoir qu'il chercherait à savoir ce qui avait poussé sa fille à agir de la sorte.
i Elana, chérie, tu m'avais promis que tu passerais me voir ce soir. Tu n'es pas là, j'imagine que tu es avec cette pédale de Bill. Viens vite, je n'arrête pas de penser à la dernière fois . . . M. /i
