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Le chant des oiseaux composait le fond sonore de mon lieu de travail. Installée à la table de bois derrière la maison, j'avais pris une journée de congé, mais m'étais finalement mise à travailler. C'était inévitable… J'avais beau être en repos, cela ne changeait rien… Je continuais de fournir un effort pour le CIS, alors que je n'aimais pas tant mon travail que ça.. Il était vrai que travailler au sein de cet organisme était tout à fait intéressant. Mais deux ans avaient eu beau être passés, cela n'avait que peu enlever le goût de l'amertume. Diriger Atlantis avait été le poste de ma vie. Et aujourd'ui, loin de Pégase et de ce poste, je me sentais inutile, comme si on m'avait employée pour un travail que je n'étais pas capable d'accomplir… Ou plus capable… Plus de missions, plus de négociations interplanétaires… Des dossiers et des dossiers… Toujours des dossiers.
Je me souvenais encore de mon état après notre retour sur Terre. Durant de nombreuses semaines, je n'avais pas voulu reprendre un travail, je n'avais pas voulu recommencer à vivre. On m'avait enlevé la chose qui – après John – était la plus importante pour moi. J'étais peut-être trop concentrée sur mon travail. Mon mari me l'avait fait plusieurs fois remarquer sur le ton de la plaisanterie, et il n'avait pas tort… Mais je me sentais alors tellement impuissante et inutile… Insignifiante… Finalement, heureusement que mon mari avait été là, jamais je n'aurai pu tenir sans lui et à présent, je m'étais installée dans cette routine, essayant d'être heureuse avec ce que la vie voulait bien m'offrir… Mais elle n'avait pas été tendre avec moi ces deux dernières années.
J'avais toujours décliner l'offre de John d'avoir des enfants. Bien sûr, nous en avions plusieurs fois parlé, mais nous en avions conclut tous les deux, que tant que nous serions sur Atlantis, la vie serait trop dangeureuse pour un bébé. Et lorsque nous étions revenus sur Terre, alors que j'étais prête à devenir mère, à élever un enfant, que je le désirais finalement plus que tout, je me retrouvais dans l'incapacité d'en avoir… Triste ironie du sort.
Et aujourd'ui, j'étais séparée de mon mari depuis un mois, et même si j'avais pris du temps pour moi, ma vie me semblait bien dénuée de sens, sans lui à mes côtés. J'avais perdu l'habitude de vivre seule, et si dans un premier temps cela m'avait fait du bien, j'étais aujourd'ui en manque de John, s'était aussi simple que ça. Alors pourquoi ne l'avais-je pas appelé pour le revoir, lui parler ? Pourquoi l'évitais-je toujours au SGC ? Je pensai que j'avais peur. Lorsqu'une soudaine envie d'aller à sa rencontre me prenait, je me retrouvais dans l'incapacité de savoir quoi lui dire. Ce n'était pourtant pas les sujets de conversation qui manquaient. A commencer par nous… Mais ni l'un ni l'autre ne semblions enclins à amorcer cette discussion que nous savions pourtant essentielle.
Mais plus les jours passaient, plus je me disais qu'il faudrait que je trouve le courage pour lui parler. Cette situation devenait vraiment difficile à vivre, la solitude me pesant un peu plus à chaque instant. Il fallait que j'y réfléchisse sérieusement, que je trouve une sorte de plan, que je me projette face à lui pour trouver les mots justes. Il fallait que je me prépare à cette conversation. Ainsi 'aprée' je me sentirai plus confiante et plus à même de parler de sentiments, moi qui avait cela en horreur.
Je ne pus poussé ma réflexion plus loin, interrompue par la sonnette de la porte d'entrée. Je m'interrogeai sur l'identité de mon visiteur. Il ne pouvait s'agir que de Teyla, puisque ses cours ne commençaient qu'à seize heures. Je posai mon stylo, et retirai mes lunettes avant de les poser sur la tablle et d'aller voir qui pouvait bien venir en ce lieu. Je traversai le salon d'un pas rapide, et ouvrit la porte d'entrée. Je fus surprise de trouver John sur le seuil, affichant un petit sourire qui me sembla au premier abord timide.
« Bonjour Ely. » me salua t'il, avec un ton mêlé de joie et d'apréhension.
« Salut. » réussis-je à articuler, essayant de me remettre du choc.
« C'est Teyla qui m'a dit que tu ne travaillais pas aujourd'hui. » expliqua mon mari en réponse à la question que je m'apprêtais à lui poser. « Je me suis donc dis… pourquoi pas passer te voir. »
« En effet. » approuvai-je à demi-sourire. « Mais entre, je t'en prie. » l'invitai-je en m'effaçant pour le laisser faire.
Il haussa les épaules en signe d'approbation et pénétra dans notre maison alors que je refermai la porte derrière lui.
« Tu veux boire quelque chose ? » lui demandai-je ensuite, voulant garder le moins de silence, de peur que la gêne déjà existante ne grandisse encore plus.
« Avec plaisir. » acquiesça John. « Un café, tu as ? »
« Oui, je vais chercher ça tout de suite. » affirmai-je. « J'étais dehors à l'arrière de la maison… Tu n'as qu'à aller m'attendre là bas. »
« D'accord. »
Je me dirigeai vers la cuisine alors que John avait pris la direction du jardin. Je m'activai préparer un café, tout en songeant à la venue de mon mari. Il n'y avait qu'une raison qui pouvait le pousser à venir me voir ainsi… Il était venu pour parler. Pour avoir cette 'fameuse' discussion. Je sentis mon cœur s'accélérer à cette perspective… Je n'étais pas prête pour cela… Mais alors pas du tout. Pourtant un désir inconscient me soufflait d'encourager la discussion. Car malgré ce sentiment d'angoisse, le fait de revoir John entrer à nouveau dans ma vie restait mon désir le plus grand. Alors, je finis de préparer le café et rejoignit mon mari sur la terrasse. Je disposai les deux tasses de café, et m'assis face à lui, rangeant machinalement mes dossiers. John me regarda faire avec un petit sourire sur le visage.
« Qu'y a-t-il ? » lui demandai-je, surprise par cela.
« Jour de congés hein ? » questionna t'il, taquin.
« Tu me connais. » répondis-je simplement, souriant à demi à mon tour.
« Alors, comment vas-tu ? » demanda mon mari, engageant la discussion.
« Et bien… Ca va. » répondis-je simplement, hésitant à poursuivre.
Devais-je lui dire tout ce que j'avais sur le cœur ? Devais-je lui avouer que, même si cette séparation m'avait aidé à y voir plus clair, il me manquait aujourd'hui affreusement ? Sans doute fallait-il. Après tout, nous avions cette discussion pour tout recommancer… L'idée que cela ne fusse pour rompre définitivement me passa par la tête un seul instant. Mais je refoulai bien vite cette vision d'horreur, la refusant catégoriquement.
« Mais… La solitude commences à me peser. » ajoutai-je, sortant de mon interrogation muette. « Tu me manques. » répondis-je avec un petit sourire triste.
Je vis le regard de John se voiler à cette annonce, il baissa la tête, fuyant mon regard.
« Toi aussi tu me manques. » déclara t'il, en échos à ma précédante déclaration.
« Je suppose que tu es venu pour avoir cette discussion, n'est-ce pas ? » m'enquis-je auprès de lui, buvant ensuite une gorgée de café.
« En effet. » assura t'il. « Mais si tu n'es pas prête pour cela, je te laisserai le temps nécessaire. »
« Je suis prête. » répondis-je rapidement, ne voulant plus reculer maintenant qu'une bouffée de courage s'était emparée de moi.
« J'ai beaucoup réfléchi Elizabeth. » m'avoua finalement mon mari au bout de plusieurs secondes de silence. « J'ai passé un mois à ne faire que ça, pour tout te dire. » plaisanta t'il.
« J'espère quà trop penser, cela n'a pas atteint ton cerveau. » lâchai-je, mine de rien.
John éclata de rire à cela, et m'adressa un regard malicieux. C'était étrange, car nous n'étions plus ensemble mais notre complicité n'avait pas disparu. Cette perspective me rassura alors… Nous allions devoir parler.
« J'ai beaucoup réfléchi à nous aussi. Lui déclarai-je. « Mais j'ai aussi pris du temps pour moi, et cela m'a fait le plus grand bien. »
« C'était l'un des buts de cette… séparation. » grimaça John à l'évocation de ce terme. « Et alors ? Qu'as tu fait ? J'ai vu que tes cheveux étaient un peu plus courts… Ravissant. » remarqua t'il, mutin.
Je lui adressai un sourire et sentit le rose me monter aux joues… Quel homme remarquait dont que sa femme était allée chez le coiffeur ? Jamais aucun mari ou amant ne remarquait ça… Il fallait passer de blonde à brune ou l'inverse pour qu'ils daignent s'apercevoir de quelque chose… Et encore, cela ne concernait que les plus perspicaces. Mais John avait tout fait attension à ses petits détails, et il me le prouvait encore aujourd'ui. Il avait raison, mes cheveux m'arrivaient désormais un peu en dessus des épaules, étant avant au milieu de mon dos.
« Merci. » soufflai-je, sincèrement touchée. « J'ai aussi fait les magasin et lu deux livres que je mourrais d'envie de lir depuis des mois… Et de ton côté ? »
« Rien de bien original. » répondit John. « J'ai passé quelques soirées avec Evan et Dan… Sinon, j'ai dîné un soir avec Teyla et Satia, mais elle a du te le dire… Et je suis parti un week-end à San Diego, je suis rentré hier soir. »
« Cela devait être agréable en cette saison. » songeai-je au souvenir de la Californie à la fin de l'été.
« Tout à fait. » approuva mon mari. « Et le grand air m'a permis de trouver le courage pour venir te parler. »
Je souris, n'ajoutant rien, ne trouvant rien d'autre à dire après son explication. Il dut le voir, puisqu'il prit l'initiative de débuter réellement le sujet épineux de notre couple. Dés que cela fut chose faite, je l'en remerciai silencieusement.
« Ely… Je sais que cela n'a pas été facile… Et je dois bien t'avouer qu'accepter le fait que nous en soyons venus à la rupture n'a pas été simple… Mais je sais aujourd'hui que je veux te retrouver… Je veux que l'on recommence tout, notre vie à deux… Et je veux être sûr que c'est ce que tu veux. »
« Il n'a jamais été question de mettre fin à notre mariage, je peux t'assurer que d'aucune façon que ce soit j'y ai pensé. » le rassurai-je, confiante.
« Alors, tu penses qu'on peut recommencer ? » demanda t'il, pour une dernière confirmation.
« Oui, mais il va falloir repartir sur de nouvelles bases. » lui certifiai-je. « Il faut que l'on se réhabitue à se parler. Les non-dits ont une grande place dans notre séparation. »
« Je suis d'accord avec toi. » m'assura John. « Il faut que l'on se donne du temps, il faut que l'on sache faire la part entre notre mariage, le travail et nos amis, trouver du temps pour chacun d'eux. »
Je fus surprise par la similitude des pensées de mon mari avec les miennes. Alors s'était vrai, cette faculté de nous comprendre en un regard, cette si saisissante ressemblance qu'il éxistait entre nos pensées, nos souhaits, nos peurs et nos espoirs n'avait pas disparu. Elle n'avait pas été ébranlée par ces semaines de séparation… Notre amour et nos cœurs étaient intacts, sortant sûrement plus forts de cette épreuve.
« Tu as raison. » assurai-je, affirmant ses précédantes paroles. « Je pense que nous devons faire des choses pour nous, avancer. »
« J'ai peut-être une idée là-dessus. » déclara John, soudain sérieux.
« La quelle ? » demandai-je, intriguée.
« Je pensais… » Hésita-t-il un instant .« Que nous pourrions déménager. » Répondit-il, plongeant son regard vert dans le mien.
Je fus étonnée par cette déclaration. Démanger ? Nous y avions déjà pensé auparavant… Mais une fois encore, en y repensant cela était une mauvaise idée à l'époque… Et maintenant ? Est-ce que cela aurait pu être la solution à nos problèmes ? Laisser derrière nous notre vie ici ?
« Mais notre couple n'est-il pas encore trop fragile pour tout changer d'un coup, perdre tous nos repères ? » me risquai-je à lui demander.
« Je pense justement que cela pourrait nous rendre plus forts. » m'exposa John, convaincu de ses dires, semblant y avoir réfléchi de longues heures. « Je sais que nous pouvons le faire Elizabeth, nous pouvons tout recommencer, mener la vie dont nous avons toujours rêvé, construire ensemble ce bonheur que nous méritons et peut-être même une famille... »
Émue par ses dires, je ne sus que répondre. Il dut voir mon trouble, manifestant son soutien en posant une main sur la mienne. J'entrelaçai inconsciemment mes doigts aux siens et songeai à ce qui serait peut-être une des décisions les plus importantes de toute ma vie.
« Ely ? » m'interrogea John, sûrement inquiété par mon silence.
Je ne répondis rien et me contentai de lui sourire…
