Bonsoir... je te paye un verre ? :)
Coin reviews :
Traff Lamy : Merci beaucoup pour ton message ! Non je ne te spoilerais pas sur ma fic *^* Ok je viens de réussir à conjuguer le verbe spoiler... Donnez-moi une médaille ._. Bon déjà c'est sûr et c'est dit je ne fais pas de "dead end" comme avec Under the iron, ça m'a trop brisé le coeur ! Alors oui je pense que tu peux espérer une happy end, mais étant donné que l'auteur est lunatique... ben voilà quoi ^^
Ouji-chan0005 : Thanks ! Ha ha ça ne va pas durer si longtemps je crois :p Bientôt je sens que tu vas être dégoûtée !
Ic'ilver : Non non j'ai pas changé l'image depuis, et c'est pas moi qui l'ai dessinée non plus, malheureusement... Tu peux la trouver sur deviantart, ma soeur a juste changé la couleur des yeux pour qu'elle ressemble plus à notre cyborg. Mais qui sait, comme je m'habitue à utiliser la tablette graphique, un jour peut-être que j'arriverais à dessiner les personnages :D
Anw mais tu vas me faire pleurer twa TqT (smiley qui pleure et bave en même temps ?) Merci beaucoup ! Si tu as peur qu'elle retourne du côté obscur alors t'es pas au bout de tes peines xDD
anna : Merki à toi ! Yep j'essaie de maintenir le rythme sur cette fic. J'espère que la suite va te plaira ;)
nikkouyoku : Omg mais tout le monde est content qu'elle soit restée avec lui ! :o J'ai vraiment peur de vous décevoir tout d'un coup... Brefouille, merci pour la review !
Nocturnis-Lepus : Lol toi je te fais passer à la fin Bigben xD Mais ze t'aimeuh, tu le sais :3 Tiens, un slip usagé... Et oui bordel faut pas déranger les enfants quand ils font des trucs pas très catholiques ! Ça leur permet de s'épanouir ! Et voilà ma frustrée je te ponds un chapitre tout chaud, tout droit sorti de mon... de mon ordinateur enfin ! Bepo te fait un bisou.
Bonne lecture !
I will dream tonight.
La jeune fille se laissa plonger dans les vêtements comme dans un tas de feuilles d'automne. Ses jambes batifolaient elles-mêmes dans le vide, tandis qu'elle tenait fermement le long manteau noir du chirurgien. Le tissu imprégné de son parfum viril, mais doux à la fois, pénétrait agréablement ses narines et lui évoquait des souvenirs qui aujourd'hui paraissaient lointains. L'époque où il avait dans ses yeux l'image d'un homme à part, qu'elle ne devait ni blesser ni contrarier. Un homme visiblement supérieur aux autres car il avait l'immense pouvoir de changer sa vie. Évidemment, ça n'avait été que les croyances éphémères d'une cyborg dans le désespoir. Elle n'aurait d'ailleurs jamais pensé trouver refuge dans tout ce qui la dégoûtait.
Krys se recroquevilla sur le lit, pelotonnée dans tous ces vêtements qui le jonchaient (elle n'avait pu s'empêcher de fouiller son armoire). La jeune fille se cloîtrait dans la cabine du capitaine pour éviter de songer à ce monde extérieur qui l'attirait dangereusement. Avoir son odeur près d'elle, comme s'il l'enlaçait, lui donnait également le sentiment de devoir rester pour quelqu'un d'autre. Il avait tellement changé qu'elle ne savait plus ce dont il était capable… Ces instants d'ennui virèrent à la curiosité. Elle roula jusqu'au bord du matelas, atterrit sur les pieds, et se mouva agilement à la manière de son frère jusqu'aux tiroirs. Ses doigts y agrippèrent un étrange carnet aux coins brûlés. En l'examinant de plus près elle reconnut sa propre écriture. Le chirurgien n'avait finalement pas jeté son journal… pourquoi ?
Elle croisa ses jambes en tailleur et se pencha sur les petits mots griffonnés un peu partout à la suite de ses pages. Il ne semblait pas exister de réel lien entre chaque, mais elle découvrit peu après que chacun correspondait à une date. Krys plissa les paupières. C'était comme des marques à la craie sur un mur de prison. Un jour de plus ou de moins sur le béton et personne n'y verrait la différence : il avait plus souffert qu'elle ne l'aurait cru. Chaque moment passé dans le doute le rendait méfiant envers lui-même. Il ignorait quelle mauvaise pulsion le frapperait à tout instant. En somme le chirurgien avait été victime de sensations négatives, tout comme elle, de mélancolie, chagrin, et la liste serait trop longue. La cyborg serra son journal contre sa poitrine. Elle espérait intérieurement être cet espoir dont il avait besoin, et retrouver grâce à elle son estime de soi que la nuit Rouge avait entachée. Un élan de joie grimpa en elle à l'idée qu'elle puisse être à ses yeux d'orage un trésor inestimable son trésor. Krys rebondit sur le lit telle une enfant en embrassant fort les pages arborant l'encre du capitaine. Le grincement de la porte la fit frissonner puis tomber du matelas. Elle sauta sur ses jambes, cheveux sur les yeux et encore sa petite trouvaille dans les mains.
-… quoi ? s'écria-t-elle en remettant ses mèches à leur place.
Le pirate au seuil de la chambre fronça les sourcils face au désordre.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Huh… J-J'en sais rien ! Le vent peut-être !
Le jeune homme en combinaison repartit aussitôt, moyennement convaincu, en fait pas du tout. Elle souffla. Mais qu'est-ce qui lui avait pris d'agir comme une cinglée ? Hmm… Mais Law n'avait-il pas été pire de ce côté-là ? A la cajoler dès que le coeur s'y prêtait ! Il est pourtant conscient qu'elle est une arme contre lui et bien d'autres, mais ça ne semblait pas l'effrayer. Et elle ne savait d'ailleurs pas quoi faire pour l'écarter. Il était trop illusionné par son image pour se laisser faire si simplement ! Qu'importe elle s'empressa de plier et ranger à contrecœur les vêtements dans l'armoire : il ne devait pas savoir ça… C'était pour elle un peu humiliant d'avoir été séduite par l'odeur d'un banal t-shirt, juste parce qu'il l'avait porté. Lorsqu'elle s'allongea sur les coussins, ses yeux bleus s'écarquillèrent. Eux aussi avaient été embaumés par sa peau basanée et respiraient d'une senteur plus joyeuse encore. Elle frotta sa joue contre. Cette fois-ci ce ne fut pas un un homme du sous-marin qui toqua à la porte, mais le capitaine en personne.
-Tu n'aurais pas développé une addiction, n'est-ce pas ?
Krys bondit immédiatement sur ses jambes pour affronter son regard et faire mine de rien.
-Je vois pas de quoi tu parles.
-Tu peux le dire si tu adores ça. Approche.
-Retourne là-bas ! Sinon je m'en vais !
-Approche. Je ne te ferais rien.
Il tendit ses bras en avant et attendit patiemment qu'elle s'avance pas à pas, tel un animal craintif, pour doucement refermer son étau sur elle. Il l'entendit discrètement renifler son torse puis la vit sourire : avoir l'original devait être plaisant pour ses narines. Elle releva le menton.
-Encore combien de temps ?
-Jusqu'à ce que la nuit tombe… Tu peux y arriver ?
-Je suis pas folle du monde extérieur.
-Je sais, je pensais simplement à une réaction traumatique. Peut-être que tu as du mal à rester dans cette pièce.
-J'ai pas de séquelles. Ça me fait plus rien.
-Tant mieux alors… Dis-le moi si jamais tu te sens mal.
Son poing d'acier serra le bras du capitaine.
-Pareil pour toi.
-De quoi tu t'inquiètes ?
La jeune fille resta silencieuse. Elle aurait été plus compréhensive avec lui, et moins agressive, si elle avait su à propos du journal qu'il cachait visiblement aux yeux de tous. Law soupira.
-Il y a quelque chose que tu voudrais faire ?
-Oui. Mais toi tu ne voudrais pas.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Sortir en ville.
-A condition que je t'accompagne.
-Marché conclu. (Elle se détacha de lui et s'élança dans le couloir.) Essaie de tenir le rythme !
-Imbécile ta cheville…
Le supernova se retrouva malgré lui emporté dans sa course effrénée. Capuche sur le visage elle semblait voler au-dessus du sol. La jeune fille n'aurait normalement pas réussi à le faire, mais il ignorait bien comment elle avait pu effectuer un tel saut sans subir de plein fouet ses blessures à l'atterrissage. Moineau avait bien porté son surnom.
Les passants les regardaient courir comme des guépards jusqu'à perte de vue. Ce jeu du chat et de la souris imprimait un large sourire sur leur visage. Elle tournait parfois le regard au-dessus de son épaule en espérant gagner le jeu haut-la-main, mais il n'avait rien perdu de son endurance et parvenait sans mal à grimper derrière elle les escaliers de pierre, traverser les foules du marché... le sol d'Arwen semblait les porter d'un bout à l'autre. Il n'avait jamais senti de telles bourrasques sur son visage, rien qu'en courant. Le vent se glissait agréablement sous ses vêtements et pénétrait chaque pore de sa peau. Était-ce donc ça qui lui manquait tant ? Si ça n'était pas les plaisirs superficiels entre les mains de Joker, alors ça ne pouvait être que la Liberté. Il le voyait à son corps infatigable, elle le ferait jusqu'à s'épuiser car elle croyait en un tortionnaire qui la briserait si elle refusait de s'abandonner. Mais ça n'était pas lui ! Bien qu'il ne puisse prévoir sa propre réaction, il préférait se dire que la cyborg avait le choix devant elle et qu'il ne lui ferait pas le moindre mal si elle voulait le quitter pour de bon. Or ils étaient bien placés pour savoir que rien n'est comme on le veut. Il était même fort possible qu'un drame survienne, encore.
Leurs poumons commençant à s'enflammer ils s'arrêtèrent au beau milieu d'un parc. La jeune fille se laissait tomber à terre tandis qu'il avait le dos plié en deux : elle l'avait complètement essoufflé ! Lorsque Krys eut assez récupéré elle lui ria au nez.
-Tu n'as même pas réussi à m'attraper !
-Je n'ai pas essayé, rétorqua-t-il.
-J'étais trop rapide pour toi.
-Pas à ce point.
-Ha ha… Tu ne veux pas avouer ? Je suis devenue plus forte.
-Je ne cherche pas à déterminer qui de nous deux est le plus fort, petit chiot. Mais si tu t'attends à une réponse je suis plus fort puisque tu n'as pas pu exercer ton contrôle mental sur moi.
-Y crois pas trop ! Tu pourrais être surpris !
-Je le suis déjà.
Il s'accroupit et fit lentement glisser ses doigts dans sa chevelure couverte. Elle le poussa dans l'herbe.
-Tu veux qu'on me démasque ou quoi ? Écarte-toi !
-Je ne laisserais personne t'approcher.
-Law…
-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu parais de moins en moins distante. Je me trompe ?
-T-Tu aurais dû me dire ce qu'il t'était arrivé… j'ai lu le carnet. Est-ce que quelqu'un est au courant ?
Son dos se raidit brusquement lorsqu'elle évoqua son journal. Il plissa lentement les paupières. Son ton se durcit.
-C'est amusant de fouiller mes affaires ?
-Ce carnet était à moi je te signale ! Qui est au courant ?
-Personne. Alors tu n'as pas intérêt à ébruiter ça.
-T'es qu'un putain de dépressif. Je me ferais un plaisir de le leur dire !
-Je ne suis pas dépressif Krys-ya…
-Ah oui ? Ben ça expliquerait bien des choses ! Et si c'est juste pour te sentir mieux que tu t'accroches à moi alors t'es qu'un imbécile !
-Ce n'est vraiment pas pour ça… Fais-moi confiance, ce que tu as lu n'a plus rien à voir avec la réalité.
-J'y crois pas une seconde.
Elle saisit son visage entre ses mains.
-Ne me mens pas ! Tu te sens toujours aussi mal. Pour la première fois t'es incapable de le surmonter seul.
-Avec un peu de temps…
-Le temps il est passé Law ! Qu'est-ce qui t'as pris de rester comme ça ? T'es pas un fantôme, tu peux pas juste disparaître ! T'es là, avec moi, alors tu dois te reprendre en main ! T'es le capitaine bon sang ! Et t'as laissé ton équipage se charger de tout.
-J'en ai déjà parlé avec eux aujourd'hui. Les choses reviendront à la normale.
-Je te surveillerais quand même, dit-elle en levant le menton.
Elle s'en voulait intérieurement d'éprouver une certaine empathie à son égard, car contre toute attente c'était lui qui continuait de souffrir et espérer qu'elle soit son remède. Ses lèvres le furent en tout cas à cet instant où elle l'embrassa adorablement puis se retira. Ses yeux pétillaient de lui, elle le prit dans ses bras et le serra fort. Il se joignit à son étreinte. Si elle voulait enfin de lui il n'allait pas s'en plaindre. Un baiser aimant vint le caresser et enduire sa peau d'un peu de salive. Law ne se refusa pas à sa prochaine tentative pour le faire craquer, car c'était bien ce qu'elle recherchait dans ses sourires malicieux, et il choisit lui aussi de la prendre par surprise. Le chirurgien jeta sans prévenir la cyborg sur son épaule. Il ricana silencieusement : elle était toute survoltée ! Mais aussi furieuse de ne pas l'avoir vu céder et se jeter sur elle. Trafalgar tenait bien à lui prouver maintenant que sept mois ne lui avaient rien retiré de son self-contrôle, et accessoirement, qu'il savait la combler comme avant.
Au bout d'un moment, long moment, elle cessa de lui donner des coups de pied, finit même par se calmer devant les passants au risque de passer pour une petite sauvageonne qu'on tentait d'apprivoiser. Ne sentant quasiment plus ses bras gesticuler il serra sa cuisse. Le petit chiot s'était endormi… Un soupir franchit la barrière de ses lèvres. Le ciel arborait déjà des teintes chaudes. Comme promis il n'allait pas la laisser attendre plus longtemps. Le capitaine lui tapota doucement les fesses pour la réveiller.
-… hm ?
-On va rentrer Krys.
-Pose-moi… marmonna-t-elle en se frottant les yeux.
-Tu t'es assez amusée à courir partout. Maintenant reste sage.
-Mais tu vois pas comment les gens nous regardent ? chuchota Krys. Imagine si quelqu'un découvre notre identité…
-Ici on se fiche des pirates. Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais.
-Bah bien sûr… Et elle est où ma surprise ?! Il va faire nuit je te signale !
Law poussa un grognement. Pire qu'un gosse impatient ! Il n'aurait même pas dû la réveiller tout compte fait.
Lorsqu'ils arrivèrent au sous-marin la lune les saluait du haut des cieux, et elle ignorait pourquoi le supernova tenait ce sourire doux qu'il arborait si rarement. Des Heart s'affolaient d'un bout à l'autre du submersible. Elle fronça les sourcils, mais que fabriquaient-ils tous ? Penguin se paralysa face aux revenants, plus particulièrement face à la revenante, avec qui il n'avait pu partager de retrouvailles comme les autres. Le même phénomène de choc s'appliqua visiblement à la cyborg, elle resta immobile et muette. Leur silence commun fut rompu par le pirate lui-même.
-Tu… Est-ce que tu vas bien ?
Le jeune homme se mordit la langue de colère et de honte. Après une telle horreur, était-ce donc tout ce qu'il était capable de lui dire ? Des bras réconfortants l'étreignirent.
-Je vais bien… chuchota-t-elle.
-Krys. Je suis désolé.
-C'est bon… Tu as fait ce qu'il fallait.
Elle le gratifia d'un beau sourire avant de le laisser à ses tâches et repartir avec le chirurgien. Ce dernier plissait les paupières. Krys jugeait définitivement qu'il était le seul responsable, et ainsi elle continuait d'entretenir de bons liens avec ses hommes. Dans sa tête c'était cruel, mais mieux valait subir sa haine à lui seul que la voir jeter la faute sur le monde entier. Il l'emmena jusqu'à la salle à manger et la fit s'asseoir. Son coeur de cyborg se mit à battre plus fort : cette pièce lui rappelait tant de souvenirs. Notamment ce premier jour avec les Heart, où elle avait fait la bêtise de provoquer le chirurgien de la mort à l'heure du repas, mais aussi ce moment, où elle lui avait enfin avoué ses sentiments. Il s'était passé tant de choses entre ces murs qu'elle en deviendrait presque nostalgique. Law alluma les quelques bougies au centre de la table.
-Que dirais-tu d'un dîner aux chandelles ?
-J'espère que tu plaisantes ! s'écria-t-elle en pouffant.
-Oh je sais, j'ai oublié les fleurs. Mais ça reste un dîner. Prends-ça comme… je ne sais pas…
-Une excuse ?
-On peut dire oui. Et un dîner pour cette étrange coïncidence, aussi. Mais je t'avoue que je commence à aimer les coïncidences.
-D'accord et qu'est-ce que tu as prévu ? gloussa la jeune fille.
-Est-ce que ça te dérangerait de ne pas gâcher ma surprise ?
-S'il te plaît, ne me sors pas une de tes vieilles conserves de légumes…
Il passa derrière elle avec un sourire mutin.
-Le but d'un dîner aux chandelles, c'est que ça soit romantique miss.
La porte s'ouvrit sur deux hommes aux bras chargés d'assiettes et le visage… agonisant ? Krys poussa un rire sordide. Elle ignorait que Law avait débuté de l'esclavage en cuisine. Les pirates déposèrent les plats et les couverts à table comme des automates à l'effigie des serveurs dans les restos de luxe et s'en allèrent aussitôt dans un silence des plus polis.
-Tu devrais leur filer une prime ! railla-t-elle.
Il toussa dans sa manche pour lui faire comprendre qu'il y avait des curieux à la porte.
-Oh, je vois…
Ses yeux se mirent à briller devant toutes ces assiettes pleines de nourriture, tous ces plats qu'elle n'avait jamais vus ni goûtés ! Elle se mordit la lèvre pour se retenir de sauter dessus. Quelle torture… c'était trop alléchant mais elle ne voulait pas passer pour une gamine facile à appâter.
-Krys. Tu ne veux pas manger ?
-Hein ? Si, si…
Elle baissa immédiatement la tête. Avait-il eu besoin d'une si délicate attention ? Surtout envers elle. Et elle jugeait qu'il n'y avait rien de plus inutile que d'enjôler ainsi la créature redoutée. Mais même en lui criant haut et fort qu'il risquait sa vie chaque seconde dans ses bras il ne l'écouterait pas. Toujours faute de conscience. Sa passion le tuait malheureusement.
Elle engloutit sa fourchette pleine. Comme à son dernier repas tout ce qui n'était pas sang et protéines sur sa langue prenait un goût immonde. Elle abandonna vite le combat. Le tintement des couverts contre l'assiette attira le chirurgien.
-Un problème miss ?
-Je… Non. Tout va bien.
-Pourquoi tu me le caches ? Si tu n'aimes pas dis-le.
-Non, ce n'est pas que je n'aime pas ! Je suis sûre que c'est bon mais… je peux plus le sentir.
-Comment ça ?
-C'est dur à expliquer… j-je mangeai de la viande crue des fois et…
-Krys. Je suis médecin, tu aurais pu m'en parler bien avant. Passe-moi ton assiette.
La jeune fille s'exécuta. Elle le vit enduire ses légumes de sauce, il lui rendit son plat.
-Ça devrait masquer le goût. Essaie de t'habituer comme ça.
-Merci.
Il hocha la tête en guise de réponse, même si sa réelle envie était de contourner la table pour venir l'embrasser et lui dire qu'il ferait tout pour mettre un goût de paradis dans sa bouche rosâtre. Il était satisfait de la voir maintenant dévorer son assiette sans avoir la mine déconfite. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour nettoyer la porcelaine et le fixer d'un air adorable. Trafalgar poussa un long soupir et finit par lui tendre une sucrerie qu'elle déballa aussitôt d'un air curieux. Ne se souvenait-elle pas ? Krys passa un coup de langue méfiant sur la petite sphère orangée, un peu transparente entre ses doigts. Cette saveur sucrée et acidulée la prit par surprise et chatouilla son palais. Elle lécha le bonbon une deuxième fois sous le regard moqueur du capitaine puis l'engloutit définitivement. Alors la mémoire lui revint, encore une fois, ainsi que son amour pour le goût des surprises à l'orange, mais aussi pour l'homme qui lui faisait de si douces offrandes. Et c'était sans compter sur ce dernier pour l'inviter à danser.
-Tu ne peux pas me le refuser, c'est ton souhait je te rappelle.
Elle plissa les paupières avant de tout à coup se remémorer ces détails sans exception et rougir jusqu'aux oreilles. Au départ ce n'était qu'une pensée, une petite rêverie qu'elle s'autorisait, mais elle n'avait un jour pas pu s'empêcher de l'écrire dans son journal, comme si le papier allait garder ce secret. Visiblement non. Il avait fallu par un inextricable enchevêtrement de faits qu'il atterrisse dans ses mains indiscrètes ! Elle rêvait auparavant d'un dîner en sa compagnie, un dîner aux chandelles, et qu'à la fin du repas, il se lève pour lui tendre la main et la fasse danser dans ses bras. Maintenant elle se rendait compte avoir été une bien naïve fille. Cédait-il vraiment au caprice d'une enfant ? Ses doigts de chirurgien épousèrent les siens. Malgré ce sourire indélébile sur son visage, Law ne savait pas danser. Elle non plus d'ailleurs. Et ils faisaient ensemble un bien piètre couple.
-Marche encore sur ma botte et je te tue, cracha-t-elle comme du poison.
-Miss, tu as écrabouillé ma chaussure et pas le contraire. Sois reconnaissante que je ne t'arrache pas ton joli pied pour ça.
-Quel gentleman !
Il souffla de colère. Mais quel genre de soirée romantique est-ce que c'était s'ils n'étaient même pas fichus de danser ensemble sans se sauter à la gorge ? Le capitaine avait beau faire de son mieux, avec une partenaire si petite, ce n'était pas chose aisée pour lui. Il la souleva sans prévenir entre ses bras et lui demanda de croiser les jambes autour de lui pour se tenir.
-C'est mieux comme ça, susurra-t-il à son oreille qui était maintenant à une parfaite hauteur.
-Tu sais que là ce n'est même plus une valse ?
-Est-ce qu'un dîner dans un sous-marin est un dîner aux chandelles ?
-Je n'en sais rien…
-Exactement. Moi non plus.
Ils se sourirent. Leurs lèvres se caressaient allègrement et se provoquaient sous les murmures de derrière la porte. Elle plongea le nez dans la chaleur du brun, tandis qu'il la faisait tournoyer sur une douce mélodie imaginaire, qu'ils pouvaient tous deux entendre, lorsque leur langue se joignait à la danse nuptiale. Sentant faiblir et se desserrer ses jambes autour de sa taille, il l'assit sur la table et poursuivit ses baisers mouillés contre ses clavicules, et ce jusqu'à son cou, où il abandonna une petite trace violacée. Contrairement à ce qu'il aurait pensé, elle ne lui reprocha rien ni ne chercha à lui faire du mal en représailles, mais poussa un silencieux grognement lorsqu'il la laissa se languir entre deux embrassades. Une magie noire semblait opérer sur les mains du supernova. Elle se disait que c'était trop intense pour n'être que les caresses amoureuses d'un humain. Le monde tournait tout autour, mais où était passé la porte ? Elle ne voulait plus partir ! Son souhait le plus cher en ce moment serait de s'enfermer quelque part avec lui, et faire une croix sur le reste. Exactement comme si le monde tel qu'elle le connaît venait à disparaître pour ne rester que sa bouche divine, ses mains aimantes et son corps en flammes. Son esprit se troubla soudain : les voix derrière les murs les dérangeaient. Trafalgar serra les dents. Pour une fois que c'était parfait ! La table chancela sous sa colère, il ouvrit la porte en coup de vent. Son second s'écrasa le museau par terre et les autres suivirent dans sa chute.
-C-Capitaine !
Ils se relevèrent à vitesse grand V.
-Mais qu'est-ce que vous fichez ? grogna le supernova.
-On venait juste débarrasser les assiettes !
-Oui, les assiettes…
-Évidemment ! Juste les assiettes, renchérit Shachi.
Les yeux tournèrent et les pommettes rougirent en voyant cette marque traîtresse dans le cou de la cyborg qui leur révélait évidemment à quel genre de passion ils s'adonnaient en privé. Mais sous le regard meurtrier de Law ils n'eurent pas le temps de s'en réjouir. Bepo s'occupa des verres et les autres des couverts. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire les pirates s'étaient enfuis loin des éclairs que leur jetaient les yeux gris du capitaine. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres lorsqu'ils furent tous partis, et elle poussa un rire de fouine.
-Les espions aussi, c'était prévu ?
-C'est ça, moque-toi.
-Si tu me disais plutôt pourquoi ils s'inquiètent autant à ton sujet… Ils savent pour Joker ?
-Je leur ai tout dit. Du moment que tu ne te retournes pas contre moi, ils ont toujours confiance.
-Oh… Mais alors pourquoi ils te surveillent ? Est-ce que c'est ma faute ?
Il croisa machinalement les bras sur sa poitrine. Lui-même ne savait pas ce qu'il leur avait pris tout d'un coup, mais avait une petite idée en tête. Ses hommes, et particulièrement son second, s'étaient sûrement inquiétés à propos de… leur relation ? Ou leur santé mentale. Il fallait avouer qu'ils étaient sérieusement atteints pour avoir tous les deux vu un fantôme de l'autre. Mais il n'allait certainement pas dire à Krys la vraie raison, et qui était pour lui très gênante : il n'avait vraisemblablement eu aucun rapport durant ces sept mois, en clair, il n'avait pas touché à une seule femme. Non, aucune n'avait eu ce privilège ! Pourtant, il avait souvent ressenti ce besoin d'oublier, et tout le monde sait bien que ce genre d'acte peut être réconfortant dans de tels moments. Mais son subconscient l'en avait fermement empêché, alors que tout le poussait à connaître l'aventure de trop. Il ne regrettait pas ce choix quand il voyait son regard perdu entre la colère qu'elle était censée ressentir à son égard et une candeur attendrissante qui ne demandait qu'à grandir dans ses bras. La jeune fille assise sur la table balançait ses jambes d'avant en arrière, dans l'attente d'une réponse.
-Ce n'est pas à cause de toi qu'ils agissent comme ça.
-Alors c'est quoi ?
-Je n'en sais rien…
-Mais dis-le !
-Crois-moi, ce n'est pas intéressant !
-Law… bougonna-t-elle.
-Ça fait sept mois…
-Hm, ça je le sais ! Mais encore ?
-Je n'ai pas touché à une femme depuis sept mois ! Contente ?
-Ah...
Il tourna la tête en crispant la mâchoire. Mais qu'est-ce qu'elle allait s'imaginer maintenant !
-Je… Moi je t'avais oublié, avoua-t-elle tout bas. Joker a tout fait pour. Si je pensais à toi je… je savais pas vraiment ce dont il était capable. J'ai pas osé risquer ça, je t'ai oublié le jour, et la nuit t'était que dans mes cauchemars.
Krys posa sa main de chair contre sa joue.
-J'ai choisi la facilité. Pourquoi pas toi ?
-Comment le saurais-je ?
Il mordit et maudit sa langue. Pourquoi n'avait-il pas pu s'abandonner dans la chaleur d'une autre personne, et la remplacer comme un bibelot dans une étagère ? Il ne voulait même pas le savoir ! Il ressentait juste de la fierté à ne pas avoir sombré dans l'alcool ou un autre de ces plaisirs malsains. Et ces magnifiques yeux bleus avec des reflets de texte apparaissant de temps à autre, si près des siens, semblaient le féliciter de ne pas s'être comporté comme n'importe quel homme. La cyborg plaqua ses mains de part et d'autre de son visage.
-Merci.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne me croyais pas capable d'abstinence ? Je ne suis pas un animal…
-Le prends pas comme ça, ricana-t-elle.
Elle frotta affectueusement son nez contre le sien.
-Depuis le temps, je sais que tu es capable de tout Law ! Et des plus belles choses.
-Tu n'en penses pas un mot.
-Mais parfois… il t'arrive aussi de commettre des erreurs. Les humains sont faits comme ça.
-Si c'était une erreur…
-Pour moi s'en sera toujours une.
-Je dois comprendre que tu réfléchis à mon sort ?
-Puisque tu m'as attendue, je crois que c'est à mon tour de te le prouver.
La cyborg et le chirurgien ne purent retenir deux trois rires. C'était plus fort qu'eux ! Ces mois de folie pure allaient prendre fin. Il se sentait déjà soulagé. Plus jamais il ne regarderait cette pâle illusion, cette usurpatrice qui hantait autrefois les couloirs du submersible, car en cette nuit, il ne désirait rien de plus que son large sourire authentique. Cette fois-ci, et à sa grande surprise, c'est elle qui se pencha pour l'embrasser. Une moquerie glissa le long de sa gorge : elle n'était pas bien douée pour les simples baisers. Mais sa bouche lui criait pourtant que c'était délicieux. Trafalgar l'emmena jusqu'à sa chambre et la renversa sur le lit. Ce rêve n'allait certainement pas s'arrêter après une valse.
