Chapitre XII
Le retour en voiture se fit dans le plus grand silence. Ma mère n'était pas venue. Mon père conduisait, les mains crispées sur le volant. Lily et moi étions à l'arrière. Elle savait ce qui s'était passé. Elle savait qu'Hugo m'avait surpris avec Scorpius, dans une position fort compromettante. Elle savait qu'il avait immédiatement envoyé une lettre à oncle Ron qui avait montré celle-ci à mes parents... mes parents qui avaient sans aucun doute prévu un parfait interrogatoire.
Oncle Ron, tante Hermione, Rosie et Hugo nous suivaient, dans une autre voiture. Mon frère, rentré de ses études en Amérique pour les vacances, attendait à la maison. J'appréhendais le moment où tous les regards se tourneraient vers moi. Où j'aurais à tout expliquer. J'avais, durant les semaines qui séparèrent la lettre d'Hugo et les vacances, réfléchi intensément à la manière dont j'allais raconter l'histoire et n'avait rien trouvé de concluant. Aussi allais-je devoir improviser, ce qui n'était absolument pas mon fort.
[... ... ...]
J'étais assis sur le canapé. Rosie, Hugo, James et Lily étaient en retrait dans la pièce. Ma cousine en voulait toujours à Hugo de m'avoir dénoncé et n'adressait aucun regard à son frère. James m'observait, interdit, et Lily fixait mon bracelet, mi-souriante mi-grimaçante. En face de moi se trouvaient mes parents, mon oncle et ma tante. Mon père prit la parole le premier.
-J'imagine que tu sais pourquoi on en est là, Albus.
J'opinai du chef, déglutissant difficilement.
-Ton cousin nous a envoyé une lettre... Tu en connais le contenu. Alors je veux des éclaircissements... -son ton de fit plus doux-. Est-ce qu'il t'a forcé ?... Est-ce qu'il t'a fait boire quelque chose ?... Tu n'as pas à avoir honte, ce n'est pas de ta faute... mais il faut que tu nous le dises.
Je pris une profonde inspiration.
-Papa... je... Je n'ai jamais eu de petite-amie. Ce bracelet, c'est mon meilleur ami, qui est aujourd'hui mon petit-ami, qui me l'a offert. C'est lui que j'ai décrit lorsque James m'a posé des questions, et il est bien à Serpentard. Je suis ami avec lui depuis le jour de la répartition et nous nous sommes cachés depuis tout ce temps parce que nous avions peur des réactions. Et... il s'agit bien de Scorpius. Scorpius Malfoy.
Mon père était blême, sans doute autant que moi, ou que mon frère et mon cousin. Ma tante était restée de marbre et mon oncle se contenait à grand-peine, mais ma mère explosa.
-ET IL OSE LE DIRE SANS SOURCILLER ! IL OSE ! IL COUCHE AVEC LE FILS D'UN MANGEMORT, D'UN ASSASSIN, ET IL N'EN A MÊME PAS HONTE ! FILS INDIGNE ! TRAÎTRE A SON SANG ! IL NOUS MENT DEPUIS LE DÉBUT ET IL NE NIE MÊME PAS !
Je me levai d'un bond.
-C'est justement parce que je voulais éviter ce discours que j'ai menti ! Me défendis-je.
-INSOLENT ! TAIS-TOI ! TU PACTISES AVEC UN MALFOY ! TU LUI DONNES TON CORPS ! TU N'AS NI HONNEUR, NI DIGNITÉ ! ALORS RESTE A TA PLACE POUR UNE FOIS !
-A ma place ?! Criai-je. A ma place ?! Quelle place ?! Une place dans une famille qui laisse des rafles être faites contre des innocents ?! Je n'en veux pas !
-ÇA SUFFIT !
Avant même que quelqu'un ait eu le temps de réagir, ma mère me lança un maléfice dans lequel elle excellait et je me retrouvai attaqué par plusieurs dizaines de chauves-souris géantes. Je saisis alors ma baguette et lançai mon Patronus. Mes colombes réduisirent en miette les créatures qui m'attaquaient. Elles traversèrent ensuite la fenêtre se rendant je ne savais où. Tous les membres de ma famille avaient fait un pas un arrière mais ma mère ne se démonta pas.
-PEU IMPORTE CE QUE TU EN PENSES ! TU NE LE REVERRAS PAS ! JE TE L'INTERDIS ! LES MALFOY NE SONT PAS FRÉQUENTABLES !
Cette fois, j'étais fous de rage. Mon Animagus forçait mes barrières magiques et mes cheveux commençaient à se décolorer. Ma magie explosait, commençant à soulever les objets qui m'entouraient.
-Ah oui ?! Tu ne veux pas que je le revoie ?! Tu ne veux pas lui laisser sa chance ?! Alors écoute-moi bien, maman ! Durant six ans des élèves ont tenté de faire de moi leur souffre-douleur, de m'exploiter ! Et qui était là pour me défendre ? Scorpius ! Quand les gens se moquaient de moi parce que j'étais à Poufsouffle, qui était là pour le leur faire regretter ? Scorpius ! Qui m'aidait dans mes cours quand j'avais du mal ? Scorpius ! Qui m'envoyait des lettres tout le temps parce qu'il voulait prendre de mes nouvelles, parce que je lui manquais ? Scorpius !
-ET TU EN ES FIER ?! Hurla mon oncle en retour.
-Oui ! Oui, j'en suis fier ! Et vous voulez savoir quoi ? A chaque fois que j'allais chez ma pseudo-petite-amie, j'allais chez lui ! Même que son petit frère m'adore, que sa mère me considère comme un membre de la famille, que sa grand-mère est juste une femme admirable et que son père est bien des choses mais pas l'ignoble Mangemort que vous l'accusez tous d'être ! Il travaille à Sainte Mangouste et tous les jours il sauve des vies sans jamais rien attendre en retour qu'un peu de tranquillité ! Il m'a accepté le jour même où il m'a rencontré ! Il a mis de côté le passé parce qu'à ses yeux le bonheur de son fils compte plus que n'importe qu'elle autre querelle ! Lui, il en est capable, mais pas vous ! Pas ma propre famille !
-IL A TUÉ MON FRÈRE !
-Un Mangemort a tué oncle Fred ! Pas lui ! Vous ne cherchez même pas à comprendre ce qui l'a poussé à porter la Marque ! Vous croyez que c'est facile de se dresser contre ses propres parents ?! Vous pensez que Lucius et Narcissa ont accepté la Marque de gaité de cœur ? Non ! Ils l'ont fait uniquement pour protéger leur fils ! Mais ça, tout le monde s'en fiche ! Et je ne renoncerai pas à Scorpius simplement parce que vous ne voulez pas voir la vérité en face !
Un nouveau silence pesant prit place, et c'est moi qui le délogeai.
-Voilà... on n'a plus rien à se dire...
Je pris ma forme d'Animagus et fonçai droit vers la fenêtre que je brisai en la traversant. Je jetai un dernier regard à ma famille. James serrait Lily contre lui. Rosie me regardait, mortifiée. Hugo était tombé à la renverse. Tante Hermione avait plaqué ses deux mains sur sa bouche. Mon oncle et ma mère me regardaient comme on regarde un étranger. Je m'élançai lorsque je vis mon père courir vers la fenêtre. Je l'entendis m'appeler mais l'ignorai.
[... ... ...]
La porte du manoir s'ouvrit sur monsieur Malfoy. Il était tard et je le vis à peine écarquiller les yeux devant les miens rougis, ma peau blafarde et mes habits en lambeaux.
-Est-ce que... Est-ce que je p-peux... dormir chez vous quelque temps, s'il vous plaît ?
Pour toute réponse, il retira la veste qu'il portait pour la poser sur mes épaules, puis il me porta jusqu'à un canapé où étaient déjà assis Scorpius, Tom et Isabelle. Mon petit-ami et sa mère se levèrent lorsqu'ils me virent ce qui permit à monsieur Malfoy de me déposer. Visiblement, je les interrompais en pleine discussion. Isabelle courut me chercher une couverture et Scorpius prit une de mes mains dans les siennes.
-Al... qu'est-ce qui s'est passé ? Me demanda-t-il mais se doutant de la réponse.
-Ma famille... a v-voulu d-des explications... et on s'est emportés. J'ai fini p-par partir. Mais j'ai utilisé m-mon Animagus t-trop longtemps et j'ai repris f-forme humaine alors q-que je traversais d-des ronciers... Je crois q-qu'ils me détestent...
