CHAPITRE 13
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POV Sarah
Je n'y arriverai pas, c'est au dessus de tout ce que je peux supporter. Dés la porte de ma chambre fermée, je m'adosse à elle et me laisse lentement glisser sur le sol. J'ai laissé éclater parce que sur le coup c'est sorti tout seul, et je n'ai pas cherché à la minimiser pensant que lui dire ce que j'avais sur le cœur était la meilleure chose à faire. Mais ça n'a servi à rien du tout… je ne me sens pas mieux pour autant. Pire : je m'en veux de lui avoir parlé comme je l'ai fait !
Je me traîne jusqu'à mon lit et m'endors dessus, tant et si bien que j'ai l'impression de n'être allongée que depuis à peine dix minutes quand je me fais doucement réveiller. J'ouvre un œil et me retrouve en face de deux yeux cernés de noir qui me regardent comme si j'étais une bombe sur le point d'exploser… Bill.
- Ça va mieux ? T'as dormi presque deux heures.
- Deux heures ?!
Sur le coup, ça me parait énorme mais j'étais tellement épuisée entre le voyage, le fait que je me sois levée à l'aube ce matin sans avoir presque dormi de la nuit et Tom... Je m'étire les bras et le dos pour faire craquer mes articulations et demande au brun, histoire d'éviter un sujet plus fâcheux :
- Au fait, y'a pas moyen que je branche mon ordinateur pour avoir Internet ?
Nous voilà partis dans un délire qui nous prend une bonne demi-heure mais le cri de victoire que nous poussons prouve qu'on ne s'est pas si mal débrouillés que ça.
- BILL ! TOM ! Est-ce que votre amie est déjà arrivée ?
Bill relève ses grands yeux vers moi et me dit en un sourire taquin :
- Ah… tu vas faire connaissance de Madame Kaulitz mère. Je te préviens, elle est curieuse comme ce n'est pas permis.
Oh si c'est que ça, je devrais pouvoir survivre. Je referme l'écran de mon ordinateur et le suis à travers la chambre. Mais à peine avons nous fait quelques pas qu'il se retourne vers moi.
- Au fait, t'as perdu combien de kilos ?
Sa question me désarçonne. C'était devenu un sujet presque tabou à la maison et j'ai perdu l'habitude de devoir rassurer tout le monde sur mon état de santé.
- Laisse tomber tu veux. – Dis-je pour tenter de mettre un terme à cette conversation gênante.
Mais son regard me laisse clairement comprendre qu'il ne lâchera pas le morceau avant que je n'aie craqué la première. Je lui réponds donc rapidement le rouge aux joues, alors qu'il affiche un air plus que réprobateur.
- Bon, de toute façon ne t'inquiète pas. Ma mère va tellement te gaver comme une oie que tu vas très vite te remplumer.
Il m'entraîne ensuite vers le bas de la maison et je me retrouve rapidement devant une femme à l'air très aimable, les cheveux plutôt court de couleur auburn et… un piercing sur le nez. C'est de famille ou quoi ?
- Alors voici la fameuse Sarah dont me parlent tant les garçons.
Je ne pense pas que Tom ait spécialement parlé de moi, mais bon… faisons comme ci. Elle me claque deux grosses bises sur les joues avant de se présenter.
- Je m'appelle Simone. Ça me fait bien plaisir de te rencontrer enfin depuis le temps que j'entends parler de toi. Oh tant que j'y pense, je suis désolée mais tu ne verras pas mon mari, il est parti pour quelques jours en déplacement pour son travail.
- Enchantée Madame Kaulitz. – Je réponds timidement.
- Et surtout, mais surtout : je t'interdis de m'appeler Madame. C'est Simone ! Maintenant raconte-moi, comment as-tu rencontré mes petits démons ?
- Oh maman pitié ! Tu veux ruiner notre réputation ou quoi ? Et puis qu'est-ce que ça peut te faire ? – Se met à ronchonner Billou.
Je trouve sa réaction trop mignonne et je tente de maîtriser mon visage pour éviter qu'il ne voit que je me moque gentiment de lui.
- J'ai encore le droit de vous appeler comme je veux. Majeur ou pas ! De toute façon avec vous c'est toujours pareil, vous voyagez, vous rencontrez des tas de gens sympathiques et on ne peut jamais rien savoir.
Elle prend alors le même air boudeur que son fils tout en me fixant. Et bien, on ne doit pas s'ennuyer souvent chez eux. Je cherche un peu d'aide du côté de Bill, ne sachant pas réellement quoi dire à sa mère, mais il se contente de lever les épaules en signe d'impuissance.
Ok, il va donc falloir que je raconte quelque chose. Je ne vais peut-être pas rentrer dans les détails non plus… je dirais même qu'il est hors de question que je rentre dans ce genre de détails avec elle.
Finalement, rester flou est je pense, la meilleure des idées.
Je prends une petit inspiration et au moment où je m'apprête à répondre, je croise le regard de Tom une fraction de seconde… de trop, puisque sa mère m'a vu. Je tente de me ressaisir rapidement pour éviter les trémolos dans ma voix. Parler de cette période m'est toujours très douloureux.
- Heu… j'étais en retard à mon travail et j'ai heurté leur van alors qu'ils étaient sur Paris. A ce moment, je ne savais rien de leur existence. C'est comme ça que tout a démarré.
J'entends le guitariste pousser un léger soupire de soulagement, mais je ne suis pas la seule à remarquer sa petite moue soulagée.
- Qu'est-ce que tu as Tom. Y aurait-il quelque chose que je ferai mieux d'ignorer ?
Et pour une raison qui m'est totalement inconnue, je le défends. Des fois je me dis que je suis vraiment trop gentille.
- Oh non, votre fils à été très bien. C'est lui qui est resté avec moi après l'accident, sa bonne humeur était communicative et c'est ce dont j'avais besoin à ce moment-là.
Mais qu'est-ce qui me prend !! Je devrais laisser Madame Kaulitz lui couper la tête. D'ailleurs vue de la tronche que tirent les jumeaux, je ne dois pas être la seule à être surprise de mon comportement !
- Et bien, c'est quand même pas un secret d'état ! – Répond finalement Simone en direction de ses fils, puis elle se retourne vers moi. – Au fait pour ce soir, tu préfères un gratin ou du riz ?
- Oh heu… ne vous embêtez pas pour moi, je n'ai pas un très gros appétit.
Elle détaille quelques secondes mon pantalon trop grand avec une mine que j'ai du mal à identifier puis reprend :
- Oui ça je le vois bien, mais il n'est pas encore dis que les gens repartirons de chez moi en n'ayant rien mangé. Donc ?
On s'est alors tous très vite retrouvés autour de la table, à manger un bon gratin de pomme de terre que j'aurais tout fait pour éviter. Me retrouver dans la même pièce que lui me coupe l'appétit, alors imaginez lorsque je partage sa table.
Autant vous dire que le dîner a donc été pour moi un véritable calvaire. Je me suis forcée à avaler le contenu de mon assiette dés la quatrième bouchée pour ne pas attirer trop l'attention. Mais mon estomac se révoltait à chaque nouvelle intrusion. Pour faire bonne figure, j'ai tenté par tous les moyens de finir mon assiette… tant et si bien que pour éviter un drame, j'ai dû quitter la table de façon plus que rapide.
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POV Tom
On regarde tous Sarah sortir de la pièce après avoir bafouillé quelques excuses. Mais qu'est-ce qui lui prend ?
- Tom, va voir ce qu'elle a. – Me demande alors ma mère.
Mais je n'ai pas le temps de répondre que Bill se lève à son tour précipitamment.
- Non c'est bon, j'y vais.
Mais quand maman parle… c'est pire que David et les autres managers réunis : un vrai sergent-chef.
- Bill tu te rassois tout de suite et Tom tu vas la voir.
- Je ne suis pas sur que…
Mais je n'ai pas le temps de finir ma phrase qu'elle me montre le couloir du doigt de son air le plus impassible. Je laisse alors tomber mes couverts dans l'assiette pendant que mon jumeau se réinstalle à contre cœur. Ça m'énerve cette manie qu'elle a de ne jamais nous écouter. J'aurais préféré qu'elle comprenne que Bill avait moins de risques que moi de se faire envoyer chier comme un malpropre. Mais comme d'habitude, elle n'en fait qu'à sa tête.
Je sors à mon tour de la salle à manger avant de me stopper dans l'entrée… je ne sais même pas où est-ce qu'elle est. Mais des bruits provenant de l'étage me guident assez aisément… et le spectacle que j'y trouve me laisse avec plusieurs questions en tête.
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POV Sarah
Je monte les marches deux par deux histoire d'arriver dans la salle de bain à temps. Je lève l'abattant de la cuvette et dés que mes genoux touchent le sol, je commence à rendre tout le contenu de mon estomac. Les spasmes sont douloureux et mes yeux commencent à se brouiller peu à peu sous l'effet de la douleur. Je sens alors qu'on récupère mes cheveux en une queue de cheval improvisée tandis qu'une autre main se pose sur mon front en me levant la frange.
Une odeur bien particulière vient chatouiller mon nez et je reconnaîtrai ce toucher entre tous… non, pas lui. Tout, mais pas lui !
Mais je ne suis pas franchement en situation de le repousser et quand mon ventre se calme enfin, je m'écroule lamentablement par terre, vidée de toute force. Je ferme instinctivement les yeux pour ne pas croiser son regard alors qu'un sentiment de révolte s'empare de moi. Je refuse qu'il ne me voit dans cet état de faiblesse, et je me déteste d'être incapable d'esquisser le moindre geste. J'entends alors différents sons et sens un linge frais se poser sur le haut de mon visage qui me fait sursauter avant de m'apporter un léger apaisement.
- Tiens, bois un peu.
C'est la première fois que je l'entends me parler aujourd'hui avec ces intonations-là. En même temps, c'est aussi la première fois que je le laisse terminer une phrase. Je me laisse guider en aveugle puisque le linge recouvre toujours mes yeux puis je sens un liquide frais couler dans ma gorge dés que j'entrouvre les lèvres.
- Ça fait longtemps que ça dure ?
La question parait simple… mais ce qu'elle soulève comme supposition l'est beaucoup moins. Je lève le linge que j'ai identifié comme étant un gant de toilette, qui me procurait un semblant de bien être et mélange mon vert à son doré. La réponse quand à elle sort d'elle-même.
- Presque quatre mois.
Ses traits se durcissent légèrement et je m'en veux d'avoir parler sans réfléchir. Ce qu'il découvre à l'air de le blesser et je tente alors de le rassurer.
- Ce n'est pas ta faute.
Il ricane sarcastiquement avant de répondre d'une voix amère :
- Non tu as raison. Ça doit être celle du père Noël puisque ça a commencé après les fêtes. Ça doit être un pur hasard c'est vrai !
On continue de se fixer quelques secondes mais je ne vois pas quoi lui dire de plus. Effectivement, c'est à partir de cette période que je n'ai plus eue de nouvelles de lui et pourtant je reste convaincue que ce n'est pas sa faute. Je suis bien la seule responsable si j'ai décidé de ne plus me nourrir correctement.
Il sort finalement de la pièce et je suis soulagée de voir qu'il abandonne la partie. Sauf qu'au lieu de partir, je l'entends appeler son frère depuis le palier : La honte s'il me voit lui aussi comme ça ! Mais je ne peux rien faire ou dire pour arrêter ça. Des pas dans l'escalier puis des éclats de voix se font entendre.
- Tu le savais ça aussi ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ! Tu croyais vraiment que je ne m'en rendrais pas compte ?
- Mais de quoi tu parles bon sang ?
- Oh laisse tomber ! Viens m'aider à la coucher.
Ils arrivent alors dans la salle de bain et Bill fait un rapide tour de la situation. Il tire la chasse d'eau avant de se jeter sur moi.
- Merde, Sarah mais…
- Ne crie pas, s'il te plaît.
Je l'ai chuchoté et mon ton est suppliant. J'ai la réelle impression que mon crâne va éclater avec toute cette agitation alors s'il en rajoute en plus, ça ne va vraiment pas être possible.
Les jumeaux me prennent chacun un bras pour me remettre debout mais mes jambes refusent de me soutenir. D'habitude je reste un gros quart d'heure par terre avant de réussir à bouger de nouveau. Je sens alors mes pieds décoller du sol et deux bras me porter comme une enfant. Ma tête vient presque naturellement retrouver sa place d'antan, et c'est avec nostalgie que je me laisse bercer par les battements de son cœur tout en fermant les yeux.
Un courant d'air froid passe sur mes jambes lorsque mes chaussures et mon pantalon sont retirés sans que je ne demande rien et je me retrouve très vite sous une couette bien douillette. Je me laisse alors glisser dans les bras de Morphée pour oublier.
Oublier demain, oublier les explications qu'il me faudra fournir et oublier les regards de pitié qu'on ne manquera pas de me lancer.
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Quand j'émerge de mon profond sommeil, mon réveil indique 12h19… J'ai fait le tour d'un cadran : Ça craint ! A peine ai-je le temps de me reconnecter à la réalité que toute l'horreur de la scène d'hier me revient en effet boomerang.
Oh merde… Ils vont tous croire que j'ai un problème alors que j'avais juste trop mangé. Ça va encore être super simple à gérer.
Je me dirige dans la salle de bain un peu au radar et les dernières images du scénario catastrophe de la veille disparaissent dans la vapeur de la douche bain. Je ressors dans le couloir en serviette et chausson un gros quart d'heure plus tard et c'est seulement à ce moment là que je me rends compte du calme qui règne dans la maison.
Une vieille angoisse me prend à la gorge : Ils n'auraient pas osé me laisser toute seule ici quand même ?
Je dépose ma trousse de toilette dans ma chambre, m'habille avec le premier pantalon et la première chemise qui passent et descends au rez-de-chaussée. Je retrouve alors Bill, des écouteurs sur les oreilles, en train de maltraiter une feuille anciennement blanche et couverte à présent de ratures. Il a surement dû apercevoir un mouvement dans son champ de vision puisqu'il retire son casque tout de suite et me sourit.
- Alors, bien dormi la marmotte ?
- Comme un bébé.
Il a lissé ses cheveux, mais je reconnais encore la star en lui. Il a un charisme qu'il ne suppose même pas avoir. Je profite qu'on ait l'air seul pour m'excuser de mon comportement de la veille.
- Je… Bill je suis désolée pour hier. J'ai dû faire très mauvaise impression à ta mère.
Il balaye ma phrase de la main, et fini d'écrire une phrase sur son carnet avant de le fermer.
- Ça arrive à tout le monde d'être malade, en tout cas c'est ce qu'on lui a dit. Et tu as fait très bonne impression si ça peut te rassurer, elle t'adore.
Elle m'adore ? Oh…
- Oui mais…
- Et même si elle savait ça ne changerait rien. Elle ne te tiendra jamais rigueur de ne pas avoir digéré son gratin.
Bon. Manifestement il fait le sourd à toutes mes tentatives d'excuses. Quel chieur ! Bon, admettons ! Je m'installe sur une à côté de lui et demande des explications quand à la présence de son lecteur mp3.
- Je ne voulais pas te réveiller. Il parait que j'ai tendance à écouter la musique toujours trop forte. Tu avais besoin d'une bonne nuit de repos.
Je me concentre sur le texte qu'il écrit et arrive à déchiffrer quelques mots mais il ne me laisse pas plus de répits avant d'attaquer sur ce qui doit lui brûler les lèvres.
- Tu veux en parler un peu ? Tom m'a vaguement expliqué hier soir…
Je relève alors la tête et vois de l'inquiétude emplir son regard. Il est vraiment trop gentil.
- Oui je veux en parler, pour vous rassurer. Je n'ai aucun problème avec la nourriture et je ne culpabilise pas de manger une grosse part de tarte bien sucré, d'accord ? C'est juste que… j'aie un peu perdu l'appétit.
- Attends, je t'ai vu de mes propres yeux dévorer une pizza à toi toute seule. Hier soir t'as avalée quelques bouchées avant d'être malade. Ne me dit pas que tu n'as pas de problème avec la nourriture.
Bon… il marque un point, mais je ne m'avoue pas vaincue pour autant !
- D'accord, j'ai peut-être un problème, mais je ne me fais pas vomir et je ne m'empêche pas de manger. C'est juste mon estomac qui n'en fait qu'à sa tête.
- Et depuis combien de temps est-ce que tu subis ça ?
Je l'ai bien dit à son jumeau… je peux bien lui avouer à lui aussi.
- Depuis janvier… et tu pourras en parler avec ton frère s'il te plaît ? J'ai peur qu'il ne culpabilise pour rien, ce n'est pas sa faute.
Son sourcil percé se lève de façon sarcastique puis il rajoute :
- Je vais avoir du mal à lui faire rentrer ça dans le crâne le connaissant. Surtout que pour le convaincre, je dois déjà moi en être certain. Hors… j'ai comme un gros doute sur le sujet.
- D'ailleurs il est où ? – Je demande rapidement pour lui calmer mon angoisse de le voir débarquer par surprise et, accessoirement, pour changer de conversation.
- Il est parti tôt ce matin, il ne m'a rien dit mais je suis sûr de le trouver chez Andreas. Tu te sens d'attaque pour rencontrer notre meilleur ami ?
C'est officiel : Ce jeune homme s'inquiète beaucoup.
- Arrête de me considérer en sucre. Si tu veux vraiment m'aider, fait comme si de rien, d'accord ?
Il acquiesce mais je vois bien que le sujet est loin d'être clos. Il enfile une veste en me tendant mon sac en toile puis met en place une casquette et nous voilà dans les rues de son lotissement, à pied.
- Heu… c'est normal que tu te balades à pied dans la rue ?
- Il habite à cinq minutes et puis, les gens du quartier nous ont vus grandir et ils ne nous considèrent pas du tout comme des stars. Y'a pas de risque d'émeute si c'est ça qui t'inquiète… ils nous évitent comme la peste
Malgré les mots qui pourraient être péjoratifs, il dit ça avec le sourire et je ne peux qu'imaginer les quatre cent coups qu'en bons jumeaux, ils ont du faire subir à leurs pauvres voisins.
- Ça doit être appréciable.
- Ouai, surtout que ça ne concerne que ces rues. Le reste de la ville, ça devient vraiment compliqué. On trouve encore quelques endroits pour être tranquille mais c'est rare.
Le reste du trajet se fait dans le silence et il toque à la porte d'une maison très semblable à la sienne. Elle s'ouvre alors sur un jeune homme blond avec une coupe de cheveux indéfinie et des yeux presque noirs. Son look rappelant beaucoup celui de Bill.
- Ah bah quand même ! Je me demandais quand est-ce que vous alliez arriver.
Il me prend immédiatement dans ses bras et me fait la bise de façon très énergique. Je reste un peu stupéfaite devant son entrain et lorsqu'il me relâche enfin, je lève timidement la main pour le saluer.
- Oh lala, soit pas si timide ! Les amis de mes amis sont mes amis. Sarah c'est ça ? Tu sais que tu me sauves la vie d'être venu, je n'aurais jamais pu y arriver tout seul. J'ai bien tenté mais je t'assure… avec tout ce qu'il y a à faire, et puis j'arrive pas à contacter les autres gérants de sites… c'est dingue, personne ne parle allemand sur cette planète !
- Laisse-lui en placer une et tu entendras peut-être même le son de sa voix.
Tom… il vient d'apparaître dans le couloir et son intervention coupe immédiatement le flot de paroles ininterrompues de son meilleur ami qui me regarde de façon impatiente.
- Heu… Andreas je présume. Salut !
Quoi, vous trouvez ça banal ? En même temps je ne vois pas ce que je peux dire d'autre dans une situation comme celle là. J'ai toujours eue tendance à m'écraser devant les gens trop extraverti.
- Ok. Lui Andreas et toi Sarah. On peut rentrer dans la maison maintenant ou on fait un setting dans ton jardin ?
Et sans attendre la réponse, Bill finit d'ouvrir la porte d'entrée et s'engouffre dans le couloir. Je le suis de près et on finit notre marche dans ce que je suppose être la chambre du blondinet.
- Fais comme chez toi. – Me dit-il en me poussant sur le lit pour que je m'y asseye. Alors, t'as des idées, t'as eu le temps d'y réfléchir un peu ?
- Espèce de mal poli, tu pourrais proposer un truc à boire quand même ! – Entends-je persifler Bill.
Andreas relève la tête et lance aux jumeaux qui sont restés côte à côte :
- Quoi vous êtes encore là vous deux ? Vous n'avez pas un album à enregistrer, un concert à préparer… ou simplement un truc à faire, y'en a qu'on du boulot ici ! – Puis il se retourne vers moi : – Tu veux boire quelque chose petite Sarah ?
La vache… il est toujours aussi speed ?
- Heu… un soda ou heu… N'importe quoi. Ce que t'as dans le frigo fera très bien l'affaire.
Il se lève, sort de la chambre et y revient aussi sec en pointant les frères du doigts.
- Et vous deux : cassez-vous ! Je vous la ramène ce soir en un seul morceau c'est promis – puis il repart.
Je regarde Bill et Tom se diriger vers la sortie également mais je fais une piètre tentative pour qu'ils se joignent à nous. Je ne suis pas spécialement rassurée.
- HEU… vous êtes sûrs de ne pas vouloir rester ? Il me fait un peu flipper votre copain.
Ils s'échangent un regard complice puis éclatent de rire.
- C'est pas drôle ! – Dis-je vexée de leur hilarité soudaine.
- Arrête de paniquer. Dans cinq minutes tu ne pourras plus te passer de lui. Allez, à ce soir ! – Annonce Bill.
Je suis donc obligée de les laisser partir en silence alors qu'intérieurement je suis en train d'hurler au scandale. Mais la tornade blonde refait surface, m'empêchant de m'apitoyer comme je le souhaiterais.
- Je t'ai trouvé un coca, ça ira ?
- Heu oui, oui… c'est parfait.
J'ouvre la canette plus pour m'occuper les mains que par réelle soif, et avale une gorgée…
- Alors comme ça, c'est toi l'ex de Tom ?
… gorgée que je recrache immédiatement. Je m'essuie la bouche avec la manche de mon pull et une fois que je suis certaine de ne pas faire d'arrêt cardiaque, je m'exclame :
- Pardon ?
Devant mon air stupéfait, il se sent obligé de préciser sa pensée.
- Il est revenu de Paris dans un sal état. Tu arrives directement de France et son regard change de couleur à nouveau. C'est pas mon meilleur pote pour rien, je le connais un peu.
Très bien. Il est juste… hors de question que je parle de ça avec lui.
- Ok… heu, on peut changer de sujet s'il te plaît ?
Je ne me sens pas assez proche de lui pour évoquer cette période de ma vie… peut-être plus tard. En tout cas, il ne s'en formalise pas et on se lance dans le projet qui nous concerne tous les deux : le site du groupe.
Il commence par me montrer la page web et on dialogue sur les choses qui pourraient être améliorées. L'après midi passe à une vitesse ahurissante entre crises de fou rire et passages sérieux pour évoquer notre travail.
- Oh merde ! Il est super tard, Simone va me tuer !! Viens, je te raccompagne tout de suite.
J'ai à peine le temps de relacer mes chaussures qu'il me prend pas le bras pour me traîner dehors. Le trajet de retour se fait au pas de course et nous arrivons en un rien de temps devant chez la famille Kaulitz. Il me dépose une bise sur la joue en me souhaitant une bonne nuit et en me faisant promettre de revenir le voir dés le lendemain. Son empressement à me quitter me parait démesuré en comparaison de la journée qu'on vient de passer.
- Je préfère partir avant qu'elle n'ouvre, sinon je vais vraiment passer un sal quart d'heure. C'est pas contre toi… mais je tiens à mon service trois pièces. A demain petite Sarah !
Je le regarde s'éloigner vers chez lui en courant et frappe à la porte de ma maison d'accueil. Et comme ce qu'avez prévu Andreas, c'est Madame Kaulitz qui ouvre avec un air plus que glacial au fond des yeux. Pourtant elle se radoucit immédiatement en me voyant. Je crois savoir d'où est-ce que les garçons tiennent leurs regards si expressifs.
- Bonsoir Sarah. Cette espèce de garnement ne t'a pas laissé rentrer toute seule quand même ?
Je la rassure sur ce point pendant qu'elle referme la porte et que je retire mes chaussures puis elle rajoute :
- Il a eu de la chance de filer, ou alors il me connaît trop bien. Au fait, tu peux venir avec moi à la cuisine avant de monter, je voudrais te parler un peu.
Je la suis les jambes toutes tremblotantes et me repasse les moments où j'aurais pu faire une bêtise tout en priant le ciel de ne rien avoir fait de trop répréhensible. Elle me tire une chaise et s'installe au bout de la table puis me tend un petit tas de documents divers.
Je suppose que je dois avoir l'air étonné car elle reprend le tas et commence à m'expliquer chaque feuillet.
- Alors voila le plan de la ville et celui-ci, c'est celui du centre ville. Là tu as les horaires des bus qui pourront te redéposer dans le quartier. Les lignes 12, 15 et 21 te déposent même au bout de la rue. Je sais que les garçons t'ont fait venir pour travailler mais profites un peu aussi de ton séjour. Après tout, qui sait quand est-ce que tu reviendras en Allemagne.
Elle ne croit pas si bien dire. Déjà qu'à la base, je n'étais même pas censée être là. Je détaille machinalement les différents papiers, mais elle pose en plus, un trousseau de clés dessus.
- Et voici les clés de la maison. Il est hors de question que tu attendes qu'on vienne t'ouvrir comme une étrangère. Tu es ici chez toi, d'accord ?
Je ne sais plus où me mettre et je sens un afflux de sang colorer mes joues. Cette femme est adorable et la confiance qu'elle a en moi me fait halluciner.
- Je… merci beaucoup.
- De rien, c'est naturel. Maintenant que la partie administrative est faite, évoquons les sujets plus délicats : tu étais malade hier soir, ça va mieux ?
Je la rassure immédiatement mais son œil de mère ne s'y trompe pas.
- Ecoute, je ne prétendrai pas savoir ce qu'il t'arrive exactement, après tout on ne se connaît pas plus que ça. Mais… disons que parfois, il est plus facile de confier certaines choses à une inconnue.
Elle a raison, pourtant il n'y a pas grand-chose à dire. Qui plus est, je ne peux décemment pas lui parler de son fils.
- Hmm, disons que… on va dire que j'ai eu…
J'arrête là mon explication tentant de justifier mon état d'une autre façon qu'en avouant un pathétique chagrin d'amour. Je suis toujours en train de réfléchir lorsqu'elle me demande :
- Un garçon qui t'as brisé le cœur ?
Raaah… l'intuition féminine, ça devrait être interdit ! J'acquiesce piteusement, plus honteuse que jamais. Mais ce qu'elle ajoute me remet directement sur les rails.
- J'espère que ce n'est pas un de mes garçons, sinon ça va barder pour lui.
- Non, non, rassurez-vous ! – Dis-je peut-être avec un peu trop de conviction. – En fait, le chagrin est vieux mais… disons que j'ai perdu l'habitude de manger, je me nourris juste du nécessaire pour ne pas m'écrouler à chaque coin de rue. Et dés que je mange trop, mon ventre fait des siennes et recrache tout. Excusez-moi pour hier soir, votre gratin était excellent.
- Laisse, je t'en referais si tu veux. Et je te propose qu'on remédie ensemble à ton problème, d'accord ?
Ce n'est pas ma mère et je suis peut-être trop polie mais je ne peux pas lui refuser l'aide qu'elle souhaite m'apporter. Je fais juste un signe de la tête qui la réjouit automatiquement.
- Tu peux allez prévenir les garçons que nous passons à table dans une vingtaine de minutes s'il te plaît ?
Elle se relève déjà en enfilant un tablier, mais je ne peux m'empêcher de lui proposer mon aide. Je n'ai pas vraiment grand-chose à faire dans un futur proche.
- Vous êtes sûre de ne pas avoir besoin d'aide ? Je n'ai rien de particulier à faire.
- FILE ! – M'ordonne-t-elle sans même se retourner.
Je pars sans demander mon reste mais le cœur un peu plus léger. Parler avec elle a été beaucoup plus facile que prévus, même si tout a plus ou moins été dit à demi-mot. Mais c'est important pour moi, parce que demi-mot ou pas, c'est la première fois que j'évoque ce qu'il s'est passé.
Je grimpe donc l'escalier et vais directement toquer à la porte de la chambre de Bill pour pouvoir passer le message de Simone.
- Oui !
J'ouvre la porte confiante, m'attendant à retrouver un panda aux yeux noirs vautré dans son lit et me trouve… en face de Tom, assis sur le lit et guitare à la main. Là pour le coup, je n'étais pas franchement prête et j'avoue être complètement prise au dépourvu !
- Je… heu…Tom… Bill… heu…
Très bien ! Je dois juste être en train de passer pour une idiote incapable d'aligner trois mots, magnifique. Je secoue alors la tête avant de retenter une formulation de phrase complète.
- C'est… c'est pas la chambre de ton frère ?
Il me lance son petit sourire en coin qui ferait hurler toute une salle de concert et qui me broie simplement le cœur.
- Il est dans la salle de bain. T'as qu'à l'attendre si tu veux. – Me dit-il en me montrant la chaise de bureau.
- Non c'est bon ! – Dis-je précipitamment. C'était juste pour vous dire de descendre dans vingt minutes pour le dîner, salut !
Je bas en retraite rapidement lorsque j'entends Tom murmurer :
- Tu vas me fuir encore longtemps ?
J'avais déjà un pied dans le couloir, j'y étais presque ! J'aurais pu ne pas entendre ça… je pourrais peut-être même faire semblant de ne rien avoir entendu. Mais je préfère être honnête avec lui… au moins un peu. Je rouvre donc légèrement la porte, juste de quoi le voir et lui annonce en le regardant dans les yeux :
- Aussi longtemps que je serai là… oui je crois.
Il écoute ma réponse stoïquement puis baisse le visage vers le manche de sa guitare. Il y joue une note avant de se redresser subitement.
- Sarah écoute, je suis vraiment…
- Je t'ai dit que je ne voulais pas entendre ce genre de conneries !
Et je claque la porte brutalement pour descendre supplier Simone de me donner un truc à faire afin de l'aider histoire de m'occuper les mains au moins et dans le meilleur des cas, l'esprit. A ma grande surprise, elle m'accueille cette fois sans grandes protestations et nous nous mettons à la préparation d'un énorme plat de pâtes à la carbonara.
Rien que la vue du plat débordant de crème m'écœure. Alors quand l'odeur vient chatouiller mon nez, c'est carrément mon estomac que j'ai au bord des lèvres.
J'arrive pourtant à faire avec, et le dîner se passe plutôt bien en dehors des innombrables taquineries des jumeaux concernant mon assiette de soupe. C'est une idée de leur mère qui pense qu'il faut réhabituer mon estomac petit à petit. Je n'ai pas voulu la contrarier et ai donc accepté docilement mon maigre repas, mais je n'ai pas souhaité expliquer tout ça aux garçons.
Il a fallut aussi répondre aux nombreuses questions que Simone me posait. Je crois que si j'avais pu lui raconter toute ma vie depuis la naissance, elle aurait été à peine comblée. Bill a tenté à plusieurs reprises de lui signaler qu'elle était bien indiscrète mais tout ce qu'il s'est entendu répondre quand elle évoquait un potentiel petit ami en France c'est :
- Ce n'est pas parce que vous traversez un désert affectif en ce moment que c'est le cas de tout le monde. – Puis elle s'est retournée vers moi l'air espiègle. – Je t'assure qu'entre un fils complètement débauché et l'autre qui a fait vœux de chasteté, des fois je voudrais bien un juste milieu.
Les jumeaux ont alors hurlé d'une seule et même voix un « MAMAN » qui, il y a quelques temps, m'aurait fait hurler de rire.
Finalement le repas s'est terminé de façon plus calme qu'il n'avait commencé jusqu'à ce que l'on commence à débarrasser la table. La sonnette a retenti dans toute la maison, et après avoir regardé rapidement l'heure qu'il était, Simone a disparu dans le couloir pour en revenir quelques secondes plus tard.
- Sarah tu peux aller voir ? Il y a un beau jeune homme qui souhaite te parler. Et Tom tu restes où tu es ! Je n'ai pas dit que cette personne avait demandé à te voir !
Effectivement, Tom avait déjà amorcé un mouvement pour se lever mais il se rassoit automatiquement d'un air boudeur après l'ordre de sa mère. Je me dirige donc vers l'entrée, la tête pleine de questions et me retrouve tout bêtement en face d'Andreas. Je suis vraiment une idiote. Ce n'est pas comme si je connaissais beaucoup de monde dans le coin.
- Andreas ? Heu… mais… qu'est-ce que tu fais là ?
Vu la vitesse à laquelle il a détalé tout à l'heure en me ramenant, je ne comprends pas bien sa présence ici ce soir.
- Salut petite Sarah. Désolé du dérangement mais je te ramène ça – dit-il en me rendant mon sac en toile. Tu l'as laissé dans ma chambre quand on est partie en catastrophe tout à l'heure.
J'ai à peine le temps de le remercier avant qu'il ne se mette à hurler dans l'entrée un « BILL, TOM » qui fait rapatrier les garçons dans la seconde. A croire qu'ils étaient derrière la porte en train de nous espionner.
- Je me demandais si ça vous seriez d'attaque pour sortir, on pourrait présenter Sarah aux autres ! Si ça te dit de venir bien sûr… on a prévus une soirée picole chez des potes.
Des potes ? Mais encore…
- Y'auras des filles à ta soirée ou je dois m'attendre à y voir que des mecs dégénérés comme vous ? Aïe !
Je viens de me prendre une claque amicale par Bill à l'arrière du crâne et c'est d'ailleurs lui qui me répond, tout en rigolant, qu'il y aura bien entendu des garçons mais surtout, des filles dégénérées comme eux.
- Et ben ça promet ! – Je lâche alors plus pour moi que pour les garçons.
Cependant leurs ricanements me fait penser que j'ai du parler en allemand plutôt qu'en français. Peut importe. Le temps d'enfiler un manteau et une paire de chaussure qu'on se retrouve tous dans la voiture d'Andreas dans laquelle raisonne des sons des plus désagréables.
- C'est quoi cette musique de sauvage ?
Je suis désolée, mais je ne peux pas me taire plus longtemps : cette musique est vraiment trop atroce. Tom et Andreas se consultent du regard avant que le premier ne se retourne vers moi.
- Donc, tu n'aimes pas le rap, annonce-t-il.
J'évite son regard et répond en fixant le siège :
- Humm, disons que je peux facilement m'en passer.
- On est d'accord sur ce point, me soutient alors Bill. Si on pouvait trouver une musique qui puisse satisfaire tout le monde, ça m'arrangerai aussi.
Son meilleur ami appuie alors sur un bouton de l'autoradio ce qui a pour effet de tout simplement l'éteindre. Dés que les premières jérémiades sortent de la bouche de Tom, il s'explique :
- Ça sert à rien… on a des goûts trop différents. Mieux vaut le silence à une bataille qui va durer jusque chez Viktor.
Du silence, ça pour y en avoir il y en a eu. Personne n'a ouvert la bouche du quart d'heure qu'à duré le trajet. On descend tous du véhicule et un frisson parcours l'ensemble de mon corps. Nom d'un chien, ça caille dans ce pays ! On entre dans le hall, montons deux étages à pied et toquons à la porte indiquée par le numéro 273 qui s'ouvre presqu'instantanément.
- Saluuuuuuuuuuuuuuuuut !
Une blonde se jette littéralement sur les trois garçons que j'accompagne et j'avoue me sentir un peu en trop pour le coup. Faut dire qu'au milieu de trois mecs qui mesurent entre trente et quarante centimètres de plus que moi, je passe un peu inaperçu. Elle se rend quand même vite compte de ma présence et reprend une attitude un peu plus normale.
- Oh ! Bonsoir !
Elle s'efface pour nous laisser entrer et Andreas fait directement les présentations.
- Salut les gars !! Je vous présente Sarah, une amie qui vient de Paris. Sarah, voici Anke, Eva, Olli, Viktor et Helena.
- Je déteste mon prénom et tu le sais espèce de blonde décolorée.
Andreas rigole avec elle puis je les regarde, médusé, se faire un câlin. La jolie brune se tourne ensuite vers moi.
- Ici, tout le monde l'appelle Lena. Enchantée.
Et bien, ça va en faire des prénoms et des nouvelles têtes à retenir. Je réponds par un petit sourire à cette fameuse Lena puis m'installe entre elle et Anke qui vient de se décaler pour me faire une place sur le canapé.
- Alors comme ça tu viens de Paris, capitale de la mode. Ça doit être génial. – S'exclame ma nouvelle voisine qui s'adresse à moi pour la première fois.
Paris… la mode… Mon dieu mais quel stéréotype. Tentons quand même de faire bonne impression.
- Oh tu sais, je ne suis pas dans Paris même et puis… je ne suis pas spécialement férue de mode alors…
- Tu veux boire quoi ? – Me coupe Viktor.
Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche que Tom répond pour moi :
- Tequila.
Certains visages se tournent vers lui et il lève les épaules comme si ce qu'il venait de dire était une évidence.
- Sers-lui de la Tequila, c'est ce qu'elle préfère.
Mon cœur rate un battement lorsque je perçois des intonations de regrets dans sa voix, mais je préfère ne pas m'attarder dessus. Au lieu de ça, j'accepte le verre que Viktor me tend, et écoute Billou. Il m'explique que tous les gens présents ici sont des amis de très longue date et que leurs relations n'ont jamais changé malgré les salles combles et les disques d'or.
- On se connaît depuis une éternité et je crois que tous ensemble, on a dû a peu prés faire les quatre cent coups.
Les conversations reprennent doucement et il s'éloigne afin de se rapprocher de Tom pendant que Lena le dévore des yeux. Aurait-elle un faible pour notre beau chanteur ?
En tout cas, les gens se font peu à peu à ma présence et moi à ce nouveau lieu inconnu. J'enchaîne aussi quelques verres de boisson pour me dérider mais ça a aussi un peu tendance à me faire perdre mon vocabulaire, ce qui fait beaucoup rire les filles. L'ambiance est plutôt bonne et je ne sais plus trop dans quel contexte je fini assise par terre à discuter avec… c'est qui déjà lui, Olli peut-être ?
Mais je suis sortie de ma conversation, oh combien intéressante, par Andreas qui me balance de façon extrêmement peu discrète un :
- Très joli dessous !
C'est quoi ce délire ? Qu'est-ce qu'il a dans la tronche pour gueuler ça aussi fort ? Je croise le regard amusé de Bill qui descend dans mon dos et… oh merde, mon pantalon taille basse. Pitié, dites-moi que ce n'est pas ça !
Je pose automatiquement ma main entre mes reins et… putain de merde ! Mon string ! Qui dépasse de mon pantalon… non ! Bon surtout on ne se démonte pas, puisque Andreas a l'air de vouloir m'afficher devant tout le monde, autant rentrer dans son jeu.
- Pourquoi ? T'en as jamais vu des si mignons de ta vie ? C'est dommage, tu dois vraiment mal choisir tes copines !
On se défit du regard puis éclatons de rire en même temps. Je le vois traverser la pièce puis une fois calmés, il se penche vers moi.
- Fais attention quand même, parce qu'entre ça et Olli qui n'arrête pas de te monopoliser, notre pauvre Tomy va faire une attaque.
Mon hilarité soudaine se stoppe tout aussi abruptement qu'elle n'est arrivée. Pourquoi tout ça l'affecterait-il de prés ou de loin après tout ?
- Et bien tu sais quoi : je m'en contre fous mais alors à un point que tu ne peux même pas imaginer.
Je n'ai malheureusement pas le temps d'approfondir d'avantage la question que Lena et Anke me prennent chacune un bras en me traînant vers la cuisine, et je vois déjà venir la conversation.
- Désolé les filles, le coup du string n'était vraiment pas volontaire.
Elles ont l'air un peu déçue d'avoir étaient découvertes si rapidement mais Anke retente sa chance.
- D'accord mais tu préfères qui, Andreas ou Olli ?
La vache ! Elles ont cogité à tout ça bien plus que ce à quoi je m'étais attendu. Si seulement elles savaient.
- Ni l'un ni l'autre. Les filles, je suis là pour dix jours à peine. Vous croyez vraiment que je suis venue pour m'enticher d'un mec ?
Et du coup, elles ont l'air doublement déçue, alors je décide de changer de cible.
- Et toi Lena, qu'est-ce qui se passe avec Bill ? Il te plaît… avoue-le !
Elle écarquille les yeux d'effroi, et je ressens une légère satisfaction de la voir baisser le regard.
- T'es forte dis donc, s'exclame Anke. Elle garde ça secret depuis qu'elle a été dans sa classe au collège. Et je crois bien que je suis la seule à être au courant.
- Tu parles ! Et tu voudrais que j'en parle à qui d'autre hein ?
Je suis assez étonnée de l'intervention de Lena et je réponds la première chose qui me passe par la tête.
- Bah… au premier intéressé peut-être ?
- Tu rigoles ! Il ne me voit que comme sa petite sœur. Bon d'accord il m'appelle dés qu'il a un peu le blues mais… ça veut pas dire grand-chose.
- De toute façon si tu lui en parles jamais, c'est sûr que ça ne risque pas de changer. – Réplique alors son amie agacée.
Je suis prête à parier tout ce que j'ai que cette petite conversation doit revenir très souvent sur le tapis.
- Non mais attend, tu me vois, avec lui ? Il peut avoir qui il veut, je ne vois pas pourquoi il perdrait son temps avec moi. Je ne veux pas gâcher notre amitié, tout est très bien comme ça.
J'ai l'impression de me voir il y a six mois lorsque je me posais des questions par rapport à Tom, et c'est sûr que ce n'est pas simple à vivre. En plus, vu la catastrophe que ça a été, je préfère ne pas lui faire part de mon expérience.
- Bah écoute, fait comme tu le sens. – Dis-je platement.
Pourtant cette situation à l'air de lui peser. Je ne sais pas depuis combien de temps ça dure, mais si je peux faire évoluer un peu les choses avant de partir, je le ferai. Non pas que je veuille absolument m'immiscer dans sa vie, mais sa détresse me fait vraiment mal au cœur.
On retourne dans le salon après ces quelques minutes d'absence, où nous sommes accueillies par un :
- Eh ben quand même, on s'inquiétait de savoir qui s'était noyé dans la cuvette !
- Je reconnais là toute ta délicatesse Andreas, mais qu'est-ce qui te fait seulement croire que nous étions aux toilettes ? – Répond Anke avec le même aplomb.
- Bah c'est facile ! Vous les filles vous y allez toujours à plusieurs. – Renchéri Olli.
Et ben… ça pu la testostérone ici !
- En plus on vous attendait. – Dit-il en montrant une bouteille de bière vide.
J'entends alors Lena s'écrier
- Ah non !! Vous ne pensez pas qu'on a tous passé l'âge de ces jeux débiles ?
- Pourquoi, tu as peur ? – Tente de l'intimider Andreas.
- De qui, de toi ? Certainement pas !
J'essaye de suivre la conversation tout en ne comprenant rien à rien, mais trop, c'est trop !
- STOP ! Est-ce que quelqu'un pourrait prendre deux secondes pour m'expliquer ?
Et je vois toutes les têtes se tourner vers moi puis un « tu ne connais pas le jeu de la bouteille ? » fuse de la pièce, mais je serai bien incapable de dire de qui il vient. Le jeu de la bouteille… je n'ai jamais eu l'occasion d'y jouer et je ne m'en portais pas plus mal.
Non mais sans déconner, je ne vais quand même pas embrasser des mecs que je connais depuis deux heures à peine ! Et je refuse de prendre le risque de tomber sur… Non, même pas en rêve.
- Toi aussi t'as peur ? – Me lance le blondinet de service.
Peur ? Oh oui… si seulement il pouvait sentir la panique qui fait trembler mes organes, peut-être qu'il ne sourirait pas autant. J'échange un regard apeuré avec Bill qui voit bien ma détresse mais que voulez vous expliquer sans raconter toute l'histoire ? Et sans explications, à moins de passer pour la coincée de service, je ne vois pas pourquoi je refuserais de me joindre à eux. J'expire un bon coup et m'installe alors par terre pour compléter le cercle du jeu tout en jouant avec mon piercing pour évacuer le stresse, ce qui à l'air de particulièrement plaire à Olli. Andreas n'était peut-être pas si loin de la vérité le concernant.
Le jeu débute sans plus de cérémonie et je regarde avec appréhension Anke embrasser Viktor, puis notre petit blond crier au scandale quand sa bouteille s'arrête devant Olli. Je cache un petit sourire quand Lena tombe sur Bill puis tourne la bouteille à mon tour, la main tremblante. Je pousse un léger soupire de soulagement quand elle se stoppe devant Eva… ça va être la première fois que j'embrasse une fille, et forcément les garçons s'en donnent à cœur joie en hurlant comme des déments. Je ne comprends vraiment pas ce qu'il y a de si excitant pour un mec de voir ça.
Eva et moi nous embrassons rapidement et je comprends encore moins ce qu'il y a de si palpitant, parce que franchement… ce n'est pas très différents des mecs !
Un nouveau tour commence, et on change les règles. Cette fois, c'est celui qui est embrasser qui relance la bouteille. Bill échange donc un rapide contact avec Anke qui elle-même tombe sur Olli qui tombe sur Eva qui tombe sur… Tom. Et là, je dois dire que malgré la présence d'un taux d'alcool plus qu'élevé dans mon organisme, je suis obligée de fermer les yeux tellement la vague de tristesse s'écrase sur moi. Je ne peux pas voir ça !
J'entends le frottement du tissu que fait son pantalon lorsqu'il se déplace sur le parquet lisse ; un ricanement dont je ne reconnais pas l'auteur monte de mon côté gauche puis le bruit particulier que font deux bouches qui se rencontrent. Mais je n'autorise mes yeux à se rouvrir que lorsque je perçois le bruit que fait la bouteille qui tourne.
Moi qui pensais que je venais de vivre le pire, je manque de ricaner nerveusement quand la bouteille s'arrête sur moi… Seigneur, tout mais pas ça !
Notre dernier contact physique remonte à il y a six mois. On ne s'est même pas fait la bise quand je suis arrivée dans sa maison. Et je me suis bien arrangée pour le croiser le moins de fois possible… tout ça pour en arriver là ? Je dois vraiment être maudite.
Nos regards s'accrochent alors qu'il se déplace vers moi et j'ai l'impression de voir toute la scène au ralenti. Je ne vois sur son visage ni trace de joie, ou d'amusement et encore moins de taquinerie. Au contraire de tout ça, on dirait qu'il se concentre le maximum possible alors que sa langue joue naturellement avec son piercing. Je me mordille sans vraiment y faire attention la lèvre inférieure mais je vois son visage bouger imperceptiblement de gauche à droite. Je me rappelle alors ce qu'il m'avait dit sur l'effet que ce genre de tic pouvait produire sur lui.
Je n'ai toujours pas bougé un cil, complètement figée dans cette angoisse de le voir encore et toujours se rapprocher. Il n'est plus qu'à deux centimètres de mon nez lorsqu'il décide enfin à s'arrêter. Je sens alors son souffle s'écraser sur ma bouche, rendant ma respiration hors de contrôle. Je n'arrive pas à détacher mes yeux des siens alors qu'il me demande un accord silencieux. Accord que je suis dans l'incapacité totale de lui donner ou de lui refuser. Sa tête se penche légèrement pendant que mes yeux se ferment et je sens enfin ces lèvres effleurer les miennes avant de se poser plus franchement. Ce contact est pour moi comme un billet d'avion direct pour le passé. Je revois en une seconde toutes les fois où j'étais dans ses bras, toutes les fois où nous avons partagé un regard ou simplement les fois où je sentais ses mains sur moi.
Ce baiser n'a duré que quelques secondes… ou peut-être qu'une seule mais ce temps, même infime, me rappelle pourquoi ça a été si dur de survivre après son départ. Je sursaute et mes yeux se rouvrent instantanément en sentant son doigt essuyer délicatement une minuscule larme qui commençait à couler sur ma joue. Il se retire aussi lentement qu'il n'est venu puis retourne à sa place sans l'indifférence générale. Les gens autours de nous n'ont rien eue l'air de remarquer… aurais-ce été encore plus court que ce que je ne m'imaginais ?
Je recherche un point d'appuie dans tout ce qu'il vient de se passer, et me plonge dans les yeux de Bill qui me fixent alors que je retiens comme je peux d'autres larmes. Le jeu devrait reprendre et je n'ai toujours pas bougé d'un centimètre quand Olli, à mes côtés, me donne un coup dans le bras pour me signaler que c'est à mon tour de tourner la bouteille. J'approche ma main mais suis coupée dans mon élan par l'intervention de Tom.
- Bill, il faudrait qu'on y aille. Demain on doit aller au studio super tôt.
Et s'est sous les cris de tous que je me fais embarquer, ainsi qu'Andreas, pour rentrer à la maison. On prend quand même quelques minutes pour dire au revoir à tout le monde et Lena en profite pour se saisir de mon portable en me disant que si je n'hésite surtout pas à l'appeler en cas de besoin, quel qu'il soit.
J'ai vécu le retour à la maison comme si je le vivais de l'extérieur. Tom et Andreas étaient devant en train de blaguer à propos de je ne sais quoi alors que mon front reposait contre la vitre arrière du véhicule, écouteurs sur les oreilles. J'ai simplement sentie la main de Bill se poser sur la mienne en un geste réconfortant. Sachant tout ce que j'ai pu lui raconter par mail interposés après leur départ, il doit se douter des sentiments qui m'habitent à l'heure actuelle.
Dés que la voiture d'Andreas s'arrête devant chez les Kaulitz, j'en sors sans dire au revoir à personne et m'engouffre dans la maison silencieuse. Les marches de l'escalier sont gravies deux par deux et en à peine quelques secondes, je me retrouve en train de mordre un de mes oreillers pour camoufler mes sanglots.
J'entends aussi les jumeaux traverser le couloir, et je distingue le bruit des portes qui s'ouvrent et qui se ferment. Tout dans la maison est calme quand un morceau de guitare se fait doucement entendre. J'avais oublié que ma chambre était accolée à la sienne et je l'écoute jouer cette musique encore et encore, sans me rendre compte que mes pleurs se calment. Les notes paraissent tristes mais la composition se termine sur des accords plus positifs. Ça fait un doux mélange… apaisant.
Il doit se lasser de jouer le même morceau depuis presqu'une demi-heure, parce qu'il s'arrête soudainement en plein milieu. Trente seconde plus tard, mon portable se met à vibrer.
« Je suis désolé, T. »
Mot pour mot ce qu'il m'avait déjà envoyé le soir où l'on s'était croisés au bar. Une série de souvenirs se bousculent dans ma tête, mais tout ce que je constate c'est que ce soir là, j'avais ma Julie pour me réconforter alors qu'aujourd'hui, je suis plus seule que jamais.
