Le T-600 détacha le bandeau et Alisson ouvrit les yeux. Elle était assise sur une chaise de plastique rouge. Les murs de béton défraîchis semblaient indiquer qu'elle était dans un sous-sol. Devant elle, se trouvait une table de formica grise où il manquait bien des éclats et de l'autre côté, une vieille chaise de métal semblait attendre quelqu'un. Elle n'avait aucune idée où elle pouvait se trouver. On l'avait gardé quelques heures au camp central puis on l'avait fourré dans un blindé. Avant de sortir du véhicule, on lui avait bandé les yeux puis on l'avait transporté dans cette pièce. La jeune femme n'osait pas lever les yeux sur son escorte métallique qui semblait maintenant monter la garde près de la porte; comme si un regard pouvait l'encourager à se déchaîner contre elle. Clairement, elle était dans la merde jusqu'au cou. On allait l'interroger, rien de plus certain et après avoir vu de ses propres yeux ce qui arrivait aux prisonniers enfermés dans les camps, Alisson se sentait rien de moins que terrifiée.

Elle n'arrivait pas à comprendre comment elle avait pu se retrouver là. Elle avait beau repasser le fil des évènements, il n'y avait aucune logique. Comment ce réfugié avait-il pu l'étrangler, la sortir et trouver un T-600 … Un traître ? Pourquoi n'avait-il pas plutôt tué tout le monde ? La machine tourna soudain la tête et Alisson sursauta, certaine que son heure venait de sonner. Le terminator ouvrit la porte et un homme dans la quarantaine entra. Alisson se figea. Un homme ?! Un endosquelette entra à son tour derrière lui. La machine la plus petite et raffinée qu'Alisson ait jamais vue. Rien à voir avec les T-600. Un T-800 ?

- Vas-t-en, dit l'homme au T-600.

Alisson le dévisagea incrédule tandis que le T-600 sortait. Venait-il vraiment de donner un ordre à cette machine ? L'homme s'assit en la regardant d'un air amical, il tira sa chaise en la faisant grincer tandis que l'endosquelette de T-800, ou quoi que puisse être cette horreur, restait debout près de la porte, dans une posture terriblement humaine.

- Tu es ravissante, lui dit l'homme en souriant d'un air satisfait.

Charles Fisher avait craint de devoir se contenter d'un laideron et cela l'aurait grandement déçu. Il tenait à admirer son chef d'œuvre sous des traits dignes d'une telle création et il avait maintenant la certitude que Cameron serait parfaite. À condition bien sûr que ce rat d'égout connaisse assez bien Connor pour lui permettre de l'approcher. C'est maintenant ce dont il fallait s'assurer. Pour l'instant, elle se contentait de l'observer avec des yeux exorbités.

- Tu as .. tu as parlé avec cette …,

- VOUS, la coupa-t-il. Tu me vouvoies, la coupa-t-il.

- Vous … avez parlé avec … demanda Alisson qui n'arrivait pas à y croire.

- Oui. Les machines sont très intéressantes, dit Fisher d'un ton enjoué. Et celle-ci l'est encore d'avantage, ajouta-t-il en désignant Cameron debout entre eux.

Alisson la regarda avec crainte tandis que le terminator la fixait de ses yeux rouges sans expression.

- Nous allons faire une affaire toi et moi. Dis-moi ce que je veux savoir et cette machine ne te fera rien du tout. Tu as ma parole, dit-il du ton qu'aurait pu prendre un bon grand-père.

- Elle travaille pour vous ? demanda encore Alisson qui cherchait à comprendre.

Fisher fit un signe au cyborg qui saisit la jeune femme par les cheveux et la souleva de sa chaise. Elle la laissa crier et se débattre à un pied du sol puis la relâcha. Alisson se pressa contre le mur tandis que la machine ramassait la chaise renversée.

- Je n'aime pas les questions indiscrètes, dit Fisher en lui souriant. Assied toi et évites les impolitesses d'accord ? ajouta-il d'un ton presque affectueux.

Alisson le regardait paniquée.

- Assied-toi ou Cameron ici, devra intervenir à nouveau. Et ce n'est pas ce que nous souhaitons pas vrai ?

Alisson s'assit à contre cœur et attendit en le dévisageant. Ce salopard travaillait pour l'ennemi. John avait-il tort ? Il semblait y avoir bel et bien des humains aux commandes. Alisson ne savait plus que croire mais le demander à ce psychopathe n'était certainement pas une bonne idée.

- Alors, où en étions-nous ? Ha oui ! Tu devais répondre à quelques questions. Dis-moi mon cœur, où te caches-tu ?

- Des ruines, le vieux centre d'achat …, mentit-elle.

Aussitôt, Cameron entoura sa gorge de ses doigts de coltan.

- Je vous le jure !

Cameron serra d'avantage tandis que Fisher souriait d'un air compréhensif.

- Cent…re d'ach…at, croassa Alisson.

- Je n'ai pas envie d'attendre. Je suis un peu impatient vois-tu. Cameron, dit-il avec un petit geste de la main.

Le cyborg la souleva de terre par la gorge et la plaça debout devant elle. Elle introduit son pouce dans sa bouche et passa son doigt de métal le long de ses molaires. Alisson se débattit en vain. Le métal raclait contre le côté de ses dents qui n'avaient jamais connu de dentiste. Des chocs électriques lui vrillaient le cerveau jusque dans la colonne vertébrale. Ses dents se mirent à l'élancer violemment alors que l'alliage de coltan frottait plus rudement contre l'émail. Elle sentit des éclats de dents sur sa langue. Du sang empli sa bouche tandis que le métal arrachait la gencive et raclait contre les racines des molaires mises à nues.

Fisher regardait travailler son cyborg avec émerveillement. La douleur semblait cuisante à voir ce rat se débattre et crier. De plus, les miettes de dents qui s'écoulaient au travers la salive sanguinolente qui ruisselait sur le menton de la jeune femme, lui garantissait des douleurs infinies pour le reste de sa vie; si elle avait la moindre chance d'en sortir vivante. De toute beauté. Cameron, sortir son pouce de sa bouche brusquement et la tourna sans ménagement dos à elle pour glisser sa main dans ses pantalons. Elle introduit un doigt dans l'orifice le plus près puis la souleva de terre en lui arrachant un hurlement déchirant. Fisher haussa les sourcils. Quel spectacle ! Cette technique habile et répugnante enlevait la moindre parcelle de dignité à la victime. Cette femme ne pouvait que se sentir traitée tel un déchet humain. Splendide. Alisson paralysée par la douleur criait à fendre les tympans.

- PARLER ! arriva-t-elle à crier.

Cameron la reposa sur le sol et retira sa main brutalement en lui arrachant un nouveau cri. La jeune femme s'effondra sur le sol et se roula en position foetale. Fisher se pencha par-dessus la table pour la dévisager.

- Où restes-tu ?

- Base … base centrale, gémit-elle.

- Tu connais John Connor ?

- Oui … oui.

Fisher sourit et regarda Cameron qui fixait sa victime effondrée à ses pieds.

- Tu peux l'approcher facilement ? demanda le cyborg de sa voix aigüe.

- Oui, pleura Alisson.

- Tu as couché avec lui ? demanda-t-elle encore.

- Non.

- Tu ne le connais pas très bien alors, dit Fisher.

- Il … il ne voulait pas. Il dit qu'il faudrait que je … que je l'aime. Je ne sais pas pourquoi, gémit la jeune femme.

- C'est un pré ? demanda Fisher.

- Non … il est jeune. Plus jeune que moi… Je crois, souffla Alisson en tremblant de douleur.

- Étrange …, murmura Fisher en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que tu en penses ?

- Aimer implique un rapprochement. L'envie d'être en présence de l'autre. Tenir à lui. Il la laissera l'approcher.

Fisher hocha la tête avec contentement. Il savait ce qu'il voulait savoir et qui plus est, son cyborg se révélait très divertissant dans ses techniques d'interrogatoire. Sûrement qu'elle avait menée l'affaire en fonction de ses préférences à lui.

- J'aime sa voix, dit Cameron qui fixait toujours sa victime gémissante.

- Quoi ?

- Elle est agréable, dit-elle en utilisant la voix d'Alisson cette fois.

- Tu peux trouver des choses agréables ? demanda Fisher si surpris qu'il en oublia aussitôt la prisonnière qui gémissait à ses pieds.

- Oui.

- Tu éprouves du plaisir ? demanda-t-il franchement ébahi.

Cameron se tourna vers lui et le regarda un instant sans répondre.

- Je ne sais pas, finit-elle par dire. C'est une question complexe.

- Tu as aimé torturer cette fille ? demanda-t-il pour tenter de comprendre ce qu'elle voulait dire.

- Non.

- Mais tu aimes sa voix ?

- Oui, dit-elle en regardant à nouveau Alisson qui se tordait par terre en pleurant.

Fisher croisa les bras et s'adossa au dossier de sa chaise. Ce cyborg était mystifiant.

- Pourquoi l'aimes-tu ?

- J'aime utiliser cette voix.

- Ce n'est pas une réponse.

Elle cessa de fixer Alisson pour se tourner vers son créateur.

- Je ne comprends pas ce que vous voulez savoir.

- Je veux savoir ce que tu ressens, dit Fisher curieux de voir jusqu'où le cyborg pourrait se berner lui-même.

Elle le regarda sans répondre et Fisher renchérit.

- Tu viens de me dire que tu … TA GUEULE ! cria-t-il à Alisson qui pleurait trop fort. Tu viens de me dire que tu «aimais» sa voix. Aimer implique de ressentir quelque chose.

- Est-ce que je ressens quelque chose si je préfère cette voix à d'autres ? demanda l'endosquelette en penchant la tête.

- Je ne sais pas. C'est à toi de me le dire.

- C'est une question complexe. Je n'ai pas de réponse.

Non, elle n'en était pas à se duper à ce point. Pas jusqu'à croire qu'elle pouvait «ressentir». Cependant, elle semblait «éprouver» sous une forme ou une autre, du moins assez pour reconnaître les qualités de certaines choses. Peut-être pas en jouir mais les préférer. Cette aptitude se rapprochait d'une forme d'appréciation artistique. Cette capacité que les humains partageaient avec les dieux ou du moins, ceux qu'ils s'étaient plu à imaginer. Mais était-ce bien le cas ? Fisher se gratta le nez, en refusant de sauter aux conclusions. Il y avait peut-être aussi une raison logique pour expliquer cette préférence.

- Est-ce que cette voix est plus performante d'une façon ou d'une autre ?

Cameron resta immobile un instant, analysant si c'était bien le cas.

- Non.

Sans se soucier le moins du monde du rat d'égout qui rampait par terre en essayant de se terrer contre le mur, Fisher s'adossa à nouveau au dossier de sa chaise; cherchant comment il était possible qu'un cyborg puisse apprécier quoi que ce soit.

- Lorsque je t'ai entraînée, est-ce que je savais que tu pouvais apprécier et préférer des choses comme cette voix ?

- Oui.

- Qu'est-ce que j'en pensais ? demanda-t-il certain d'avoir trouvé la bonne voie d'accès.

- Que c'était un aspect intéressant.

- Oui. Bien sûr. Quel est … hum … quel est le l'adjectif que j'employais pour le qualifier ? tenta-t-il.

- Intéressant.

- Mais quelle conne ! Je sais que c'est intéressant ! cria-t-il soudain excédé.

Fisher passa ses mains sur son visage. Il n'arriverait à rien en lui criant dessus. Logique. Il fallait rester logique.

- Expliques-moi comment ça fonctionne ! Est-ce que c'est moi qui t'ai programmé comme ça ?

- Cette caractéristique n'a pas été programmée. Vous l'avez découverte et trouvé intéressante, répondit Cameron sans se soucier du désarroi de son professeur.

- Donc, j'ai découvert que tu pouvais préférer certaines choses à d'autres. Est-ce que tu peux me dire ce que je croyais que cette caractéristique pouvait impliquer ?

- Oui. Vous pensiez qu'elle était précurseur à la capacité de créer.

- Vraiment ? dit-il tout à la fois soufflé par cette réponse et soulagé d'avoir enfin trouvé une piste fertile.

- Oui. Vous soupçonniez également qu'elle indiquait une disposition à développer une forme d'imagination. C'est en étudiant ces caractéristiques sur moi que vous en êtes venu à développer le transfert de mémoire.

- Tu as les dispositions nécessaires pour créer ? … Tu peux imaginer ? …

- Sous une certaine forme, oui.

- Tous simplement renversant, murmura-t-il.

Alisson se mit à trembler. Elle ne pouvait pas comprendre tout ce qui se disait mais elle en avait assez saisi pour se douter que s'ils ne faisaient aucun cas de sa présence, c'est qu'elle ne risquait pas de sortir de là vivante. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle dû se faire violence pour étouffer ses sanglots. Elle ne voulait pas mourir … pas maintenant… Fisher se tourna vers elle, le regard brillant.

- Je crois que nous avons assez parlé de tout ça pour l'instant. Il ne faudrait pas que ces emballantes perspectives nous fassent oublier notre invitée, n'est-ce pas ? Viens t'asseoir mon cœur. Nous avons encore beaucoup à nous dire tous les trois, dit-il d'un ton invitant.

Alisson resta prostrée un instant puis, n'ayant nulle envie que le cyborg lui fasse un nouveau traitement de canal, elle se leva et s'assit sur la chaise en jetant un regard terrifié à l'endosquelette.

- Bien, tu vas nous parler un peu de John Connor d'accord ? Vas-y, dis-nous un peu comment tu l'as rencontré, commença Fisher.

Comme il s'avérait vain de résister, Alisson leur dit ce qu'ils souhaitaient savoir. De l'apparition de John au milieu de la base 32, en passant par la découverte des armes au plasma, jusqu'à la démolition en chaîne des camps de travail. Fisher fut extrêmement déçu d'apprendre que ses T-800 avaient échoués dans leur mission. En fait, ils n'avaient pas vraiment échoués. Ils avaient bel et bien réussi à berner leurs sauveteurs, seulement Connor était intervenu. Nul ne savait d'où il tenait ses informations mais il avait reconnu ces machines aussi facilement qu'un zèbre reconnaît un lion. Fisher ressentait une haine toute viscérale envers ce fouteur de merde qui avait osé contrecarrer ses plans et le faire passer pour un incapable. Alisson perdit trois ongles d'orteils, question de s'assurer qu'elle n'avait bien aucune idée d'où Connor pouvait tenir tout ça puis, enragé, il laissa à Cameron le soin de terminer l'interrogatoire.

Alisson fut d'abord terrifiée de se retrouver seule avec l'endosquelette mais après quelques questions, elle dû s'avouer que de ne pas avoir à supporter le regard méprisant du traitre, ne lui occasionnait que peu de regrets. L'interrogatoire dura soixante-douze heures entrecoupées de pauses où il lui était permis de s'allonger dans un coin pour dormir. Les questions étaient d'une précision à donner le tournis. La machine voulait tout savoir jusque dans les moindres détails, jusqu'au contenu des conversations dont elle pouvait se souvenir. Particulièrement celles avec John. De nombreuses heures furent également dévolues à cibler les personnages importants de la base, leur fonctions et de qu'elle façon les reconnaître. Le jeune femme se montra plus réticente à lui donner satisfaction sur ce point et elle perdit trois ongles d'orteils de plus. À la suite de quoi, le cyborg sut à peu près tout de sa misérable vie dans le camp central.

La machine la mena ensuite au travers un dédale de couloir qui faisait penser à une base de réfugiés abandonnée. Elle ouvrit une porte dans laquelle Alisson entra. Elle lui apporta un costume de gros tissus synthétique blanc qu'elle dû enfiler et le cyborg repartit avec ses vêtements en fermant la porte. Par une petite trappe, on lui donna de l'eau et une assiette de pâtée blanchâtre puis Alisson resta seule dans le noir. Elle resta seule longtemps.

Au début, terrifiée, elle attendit à tout moment qu'on vienne la chercher pour l'exécuter mais ses geôliers ne semblaient pas si pressés d'en finir. Après ce qui lui sembla quelques jours ou des semaines, elle n'en put plus de rester seule dans le noir. Elle tapa dans la porte, hurla, pleura. Rien. Une fois par jour la trappe s'ouvrait et on lui donnait de l'eau et une assiette de pâtée au goût de carton. Elle eut ses règles et pu ainsi compter qu'il y avait plus d'une semaine qu'elle se trouvait là. Elle saigna dans son costume blanc sans que personne ne s'en soucie, puis un jour, au réveil, elle s'aperçut qu'on avait changé ses vêtements. Elle sut alors qu'on la droguait pour une raison obscure. Que pouvait-il se passer durant son sommeil ? Ses dents cessèrent soudain de la faire souffrir et de l'élancer. Pourquoi ? Mystère. Elle chanta, elle courut de long en large, elle fit des pompes, elle pleura et s'inventa même un ami imaginaire. Le temps passait dans les ténèbres, interminable. Le temps lourd et gras. Sans substance. Elle en venait à souhaiter qu'on l'interroge encore. Qu'on lui arrache toutes les dents. Qu'on la tue. Oui. Qu'on en finisse. Puis elle eut ses règles à nouveau et pleura sur le temps qui passait, qui passait sur elle, immobile au fond d'un trou. Le sang se tarit et ses vêtements furent changés pendant son sommeil. Elle ne mangea plus, écrasant ses assiettes contre le mur, puis elle mangea à nouveau. Elle chanta, elle courut de long en large, elle fit des pompes, elle pleura et donna même un nom à son ami imaginaire. Soudain, il y eut un bruit d'explosion

Alisson se leva et écouta avec l'impression qu'elle avait hallucinée. Une autre explosion. Plus près. Une alarme assourdissante retentit. Elle se boucha les oreilles et se tassa contre le mur. Soudain, une explosion fit trembler sa porte et elle cria en se tournant contre le mur.

- Elle est là !

Une lumière lui blessait les yeux et elle leva la main pour se protéger des rayons agressants.

- Young ! C'est toi ? cria une voix au travers l'alarme.

- Oui ! C'est elle ! cria une autre.

Quelqu'un se jeta dans la cellule et lui empoigna le bras. Elle le repoussa brusquement en criant et tenta de lui échapper.

- C'est moi ! Phil !

L'homme illumina son visage en tournant sa lampe vers lui et Alisson reconnu Phil le rouquin, l'ami de John, une recrue de la 132em ! Il lui fourra une mitraillette dans les mains.

- Bouge ! cria-t-il en l'entraînant par le bras.

Elle suivit la compagnie, ils étaient six ou sept mais il faisait trop noir pour distinguer leurs visages. Ils filèrent dans le dédale de couloirs tandis que l'alarme leur vrillait les oreilles. Soudain, un éclair violet les frôla et le plafond explosa au-dessus de leurs têtes. L'ennemi avait des armes au plasma ! Ils bifurquèrent dans un passage tandis que des T-600 derrière eux tiraient en faisant tout exploser. Un homme se retourna pour répliquer et Alisson reconnut Abi un autre soldat de la 132em. Il prit l'arrière garde tandis que la troupe courait vers un mur sur lequel était fixé une échelle de fer noir. Ils y grimpèrent en toute hâte puis, arrivés en haut, ils passèrent par une bouche d'égout et coururent derrière des ruines où un des blindés qu'ils avaient dérobé dans les camps de travail attendait. Trois soldats grimpèrent sur le toit tandis qu'un autre tirait au plasma sur le trou pour le faire s'effondrer. Ils enfilèrent dans la boîte d'acier et Phil s'empressa de fermer la porte tandis que le camion démarrait en trombe.

Alisson fut projeté au fond et se serait sûrement cassé la gueule si Phil ne l'avait pas retenue. Il l'aida à s'asseoir sur les bancs de fer soudés à l'habitacle blindé et prit place près d'elle tandis que les soldats faisaient de même. Tous écoutaient attentivement.

- Mets ça, c'est un émetteur GPS. On en a tous maintenant dit Phil en lui mettant un pendentif métallique autour du cou. On te perdra plus.

- Mais qu'est-ce que vous foutez là !? cria Alisson qui n'arrivait pas à croire que tout cela se produisait réellement.

- On est venu pour toi beauté. Connor. Tu te souviens ? dit Abi.

- Mais comment il savait que … où j'étais .. c'est …

- Tu connais Connor non ? On sait pas comment il sait tout ça, mais il le sait, dit Phil.

- Et il faut croire qu'il laisse jamais tomber ses hommes, ajouta un autre qu'Alisson ne connaissait pas. C'est plutôt rassurant je trouve, ajouta-t-il en riant.

- Vous êtes venus pour moi ? demanda la jeune femme ahurie.

- Ouaip. Ça fait des semaines qu'on monte ce coup. Je crois bien que Connor en pince pour toi parce qu'il s'est presque battu avec Perry pour le convaincre. En fait, il a réussi que dalle et Perry ne sait rien de tout ça. John et les autres n'ont pas pu en être pour sauver les apparences alors tu la fermes quand tu verras le chef d'accord.

Raphaël, un nouveau qui avait réussi à intégrer le bataillon, la regarda en souriant.

- T'inquiète, on a monté une super histoire pour expliquer ta disparition, dit-il.

- Vos gueules ! dit Abi en collant l'oreille contre la cloison.

Tous les soldats se mirent instantanément aux aguets.

- Ils ont peut-être des CT. Ils sont équipés avec des plasmas maintenant, chuchota Phil en serrant nerveusement son arme. Les blindés ne peuvent pas résister.

Soudain, le véhicule se mit à trembler et le hurlement caractéristique des réacteurs de CT passa au travers le blindage du camion jusqu'aux oreilles de la résistance.

- MERDE ! Cramponne-toi ! cria Phil en agrippant le banc.

Des explosions éclatèrent tout autour d'eux et le camion fit une embardée. Il secoua les passagers comme des pruneaux puis on entendit les soldats répliquer sur le toit et un vacarme d'explosion épouvantable leur vrilla les oreilles. Abi ouvrit la meurtrière de la porte et y planta le bout de son plasma. Il se mit à tirer comme un enragé tandis que les lumières aveuglantes du CT se faufilaient par la petite ouverture en illuminant les occupants terrifiés. Soudain, les lumières de la machine volante se mirent à rouler dans tous les sens et les soldats entendirent clairement le CT s'effondrer sur le sol si violemment que le blindé en trembla.

- Ils l'ont eu ! Ils l'ont eu ! cria Phil.

- OUAIS ! cria Raph en riant.

Les cahots se firent moins brusques, indiquant que le camion avait repris la route. Les soldats s'assirent sur le banc et Alisson éclata en sanglots, soulagée au-delà de toute description. Elle n'arrivait pas à croire que John l'avait sauvé. Qu'il avait monté cette mission suicide et qu'il avait réussi à la sortir de ce merdier. Tout ça juste pour elle. Parce qu'elle était spéciale à ses yeux. Qu'il ne pouvait pas supporter de la voir crever. C'était donc ça aimer ? Si oui, alors elle l'aimerait ce foutu cinglé. Elle l'aimerait… Elle lui ferait même un putain de couple s'il y tenait. Phil mit son bras autour de ses épaules et elle s'appuya contre lui, secouée de sanglot. Infiniment reconnaissante envers ceux qui venaient de risquer leurs vies pour elle.

Assis devant les écrans de contrôle de la pièce d'où il dirigeait son domaine, Charles Fisher regardait avec satisfaction la scène touchante que lui renvoyaient les caméras dissimulées dans l'habitacle. Il y avait des semaines qu'il préparait cette mise en scène, il n'avait rien laissé au hasard et par conséquent, tout s'était déroulé à merveille. Il se tourna vers l'écrans de gauche qui montraient le garage où était entré le camion en sortant du vaste décor de ville en ruine. Le chauffeur l'avait fait rouler sur une plateforme mouvante, un simulateur qui imitait parfaitement les chaos de la route ou secouait le blindé si nécessaire. Les immenses hauts parleurs qui l'entouraient permettaient de reproduire parfaitement le son des attaques de CT, jusqu'aux basses qui rendaient fidèlement les tremblements que provoquaient les réacteurs hurlants. Perchés sur des échafaudages derrière le véhicule, les T-600 tenaient toujours les puissantes spots lights qui imitaient les lumières aveuglantes que les CT braquaient sur leurs victimes.

Les décors et équipements améliorés des studios Paramount étaient bien sûr une source d'enchantement continuel mais surtout ils avaient eu une chance incroyable de capturer Abi Debouk et ce Philippe Rodan. Membres de la résistance et de la 132em, connus de Connor et de Young mais plus important encore, le genre de types prêts à vendre leurs âmes pour survivre. Il fallait dire que le choix était simple entre devenir collaborateurs ou se faire écraser la tête par une main de métallique à la force herculéenne. Ils avaient fait un travail très satisfaisant si on se fiait au sujet qui pleurait actuellement sur l'épaule du rouquin. Fisher regarda la console de contrôle où clignotait des centaines de voyants lumineux et appuya sur la touche où il avait inscrit Rodan au crayon impermanent.

- C'est bon, laisses-lui de l'air, dit-il dans le petit micro qui descendait contre sa joue.

Phil la repoussa doucement et lui donna une tape d'encouragement sur l'épaule. Alisson le regarda en souriant et s'essuya les yeux.

- On devra débarquer à la base 43, c'est là qu'on te retrouvera officiellement, dit le rouquin. On restera là quelque temps. C'est notre mission de couverture.

Alisson hocha la tête pour signifier qu'elle avait compris et Fisher sourit. C'était certainement le projet le plus foutrement excitant auquel on puisse rêver. Il se tourna vers la droite et regarda Cameron. Superbe dans sa nouvelle peau, elle se tenait debout, immobile dans son costume de prisonnier savamment salit et observait avec attention les neuf écrans THD qui lui renvoyaient en temps réel, neuf images d'Alisson Young sous neuf angles différents. Elle était en tout point parfaite à l'exception du bout de son majeur où il manquait la dernière phalange.

Maintenant qu'il savait comment fonctionnait sa technique de transfert, il n'en finissait plus de s'émerveiller de sa propre habilité. De son génie. Il regrettait quelque peu cependant de sauter tant d'étapes. Découvrir et élaborer cette méthode avait dû se révéler terriblement excitant. D'un autre côté, il se trouvait maintenant devant des possibilités infinies. Il pourrait mener ses découvertes beaucoup plus loin que s'il devait partir à zéro.

- Tout se déroule bien ? demanda-t-il à Cameron.

- Oui, répondit-elle le regard toujours fixé aux écrans.

- Tu veux que je leur fasse faire quelque chose ?

- Non. Pas pour l'instant.

Charles Fisher revint à ses écrans et observa son joli rat d'égout qui retrouvait un peu de calme dans le blindé tandis que les soldats feignaient de monter la garde. Il fit signe au T-800 en poste près du mur.

- Prend ma place et surveille. Tu communiques avec moi si quoi que ce soit d'inhabituel arrive.

Fisher se leva pour aller se chercher un petit café synthétique, question de se dégourdir un peu les jambes tandis que Cameron, debout devant les écrans, analysait minutieusement la posture, les expressions et la production d'agents chimiques du sujet. Ses réactions aux récents évènements se révélaient extrêmement complexes. Elle démontrait principalement de la joie, de l'incrédulité, du soulagement, de l'excitation mais aussi une dizaine d'émotions secondaires entremêlées. Le cyborg estimait que l'ensemble laissait une impression d'hystérie et de vulnérabilité mais elle pouvait se tromper à 45%. Son attitude générale comportait beaucoup de subtilités et son niveau de sérotonine jouait au yoyo. Ce neurotransmetteur normalement très fiable, ne pouvait garantir la justesse de son analyse émotionnelle. Les réactions du sujet bouleversé pourraient tout de même s'avérer utile lorsqu'elle prendrait sa place. Par exemple, dans le cas où elle se retrouverait dans une situation intense apte à provoquer de la confusion.

Fisher revint et le T-800 reprit sa place contre le mur. Le gris s'assit confortablement dans son fauteuil ergonomique et sirota son café sucré. Il leur restait une heure de «route», une heure ou deux pour installer le sujet dans la «base 43», quelques heures de plus si elle refusait de manger tout de suite les boulettes d'asticots judicieusement droguées. Charles Fisher soupira en se disant qu'une fois de plus, la patience serait de mise. Le temps allait lui sembler bien long avant de pouvoir passer aux étapes les plus intéressantes du transfert, celles qu'il avait attendues depuis exactement un mois et deux semaines en peaufinant ses mises en scènes les plus machiavéliques.