Yo !
D'abord, je tiens à m'excuser pour ce retard inexcusable – admirez la tournure de phrase – et à vous dire que je n'ai pas abandonné cette fic, loin de là. Simplement je manquais de temps et certains aspects de ce chapitre m'ont donné du fil à retordre. Vous verrez par vous-mêmes. Suite à la fin du dernier chapitre, j'imagine que vous vous doutiez que vous aurez droit à un Interlude sur les souvenirs d'enfance de Tony, non ? En tout cas, vous voilà prévenus. J'ignore quand je pourrais poster la suite, mais j'espère que ça ne tardera pas trop.
Sinon, en ce qui concerne les reviews, je suis désolé de ne pas y répondre, je manque de temps. Quoi qu'il en soit, elles font vraiment plaisir et merci beaucoup de les avoir écrites. J'espère que ce chapitre conviendra à tout le monde, et merci d'être venu lire.
Kael
Interlude souvenirs d'enfance
Juin 1981.
« Gibbs ! » appela la voix haut perchée du petit garçon en se précipitant sur le marine, alors qu'il venait à peine de pénétrer dans la maison. « Gibbs ! Viens voir, viens voir ce que j'ai fait ! »
L'homme n'eut même pas le temps d'embrasser sa femme avant de se recevoir un boulet de canon miniature dans les jambes, les cheveux d'un châtain clair totalement ébouriffés, le t-shirt tâché de terre et les genoux d'un beau marron gadoueux. Shannon secoua la tête en souriant, Peter dans les bras. On était samedi, et Ashley avait dû s'absenter pour le week-end pour allez tenir compagnie à DiNozzo Senior lors d'une réception mondaine avec ses plus gros donateurs, à presque deux cents kilomètres de là. Elle avait laissé les enfants à Shannon le matin même.
« Gibbs, allez, viens, viens ! »
« Deux secondes, La Terreur, laisse-moi arriver. »
« Mais viens, viens j'ai préparé une super surprise ! »
Gibbs échangea un regard avec Shannon tandis que le petit garçon lui tirait sur le pantalon.
« Tu ferais bien d'y aller » lui glissa-t-elle en l'embrassant furtivement, « il y a passé la journée. »
Gibbs soupira intérieurement, déposa les sacs qu'il avait avec lui devant le canapé en s'excusant d'un sourire de ne pas pouvoir les ranger et suivit Tony dans le jardin. Le petit garçon l'entraîna au fond, là où les arbres de la forêt toute proche avaient peu à peu repris leur territoire. Le marine discerna dans les arbres des branches bizarrement entrelacées, des bouts de bois ornés de morceaux de tissus de couleurs chatoyantes, et des planches qui devaient bien faire la taille de Tony avaient été disposées en cercle contre les arbres, créant une sorte de petite pièce dans laquelle Gibbs se trouva entraîné. Il dût pour cela se baisser et passer sous une arche de branches. L'intérieur de cette pseudo cabane étrange était tapissé de tissus et décoré par des t-shirts de foot, de base-ball et une veste de marine, le tout suspendu à des branches. Les planches étaient partiellement peintes de couleur rouge vif, avec pour l'une d'entre elles des bandes jaunes un peu tremblantes. Une couverture avait été placée au centre de cet espace, ainsi que deux coussins aux couleurs délavées et une boîte de gâteaux. Une pile d'images de films découpées dans des magazines était posée juste à côté, ainsi que des vieux clous et un marteau.
« Alors, que c'est que t'en penses ? » demanda le petit garçon, surexcité.
« Qu'est-ce que tu en penses » corrigea Gibbs en souriant. « C'est bien, c'est vachement bien La Terreur ! Mais dis-moi, tu ne vas pas clouer toi-même toutes ces images, non ? »
« Nan » répondit Tony en secouant la tête, « Shannon a dit qu'y fallait que j'te demande de le faire, mais qu'elle voulait pas que je m'en occupe, que c'était dangereux. »
« Et elle a parfaitement raison. Eh ben, ça va vous faire un sacré terrain de jeux, à tes copains et toi ! »
Le petit garçon secoua la tête à toute vitesse, et s'exclama en escaladant une branche pour s'y asseoir :
« Mais non, gros bêta, c'est pas pour les copains c'est pour nous ! »
« Nous ? » répéta Gibbs.
« Bah oui, nous deux ! » ajouta Tony en les montrant alternativement d'une main intégralement rouge pétante, un reste de sa séance de peinture, à n'en pas douter. « Comme ça on aura not' cabane rien qu'à nous, on pourra jouer aux cartes, et dessiner, et jouer au basket, et à pleins d'autres trucs ! Et Pete, et Shannon et maman y pourront pas rentrer, pace que ce sera qu'à nous et qu'y faudra un mot de passe pour rentrer et que le mot de passe, y a que toi et moi qu'on le connaîtra ! »
A mesure qu'il s'emballait, Tony agitait les bras, perdait ses mots et s'embrouillait dans des temps qu'il maîtrisait pourtant plutôt bien d'ordinaire, et Gibbs n'aurait pas été étonné de le voir employé des mots italiens. En effet, DiNozzo Senior parlant bien mieux sa langue natale que l'anglais, il ne s'exprimait pratiquement qu'ainsi chez lui, ce qui expliquait que le petit garçon parlât aussi bien anglais qu'italien.
Mais Gibbs était trop touché par ce qu'impliquaient les paroles de Tony pour s'arrêter aux fautes qu'il avait put commettre.
« T'es d'accord, hein ? Ça va devenir (italien) not' cabane à nous (italien) ! Rien qu'à nous (italien) ! »
« Bien sûr » murmura Gibbs en lui ébouriffant tendrement les cheveux. « Bien sûr, La Terreur, ça va devenir notre cabane, rien qu'à nous. Et c'est quoi le mot de passe ? »
Tony se redressa fièrement :
« C'est Picsou ! »
Gibbs fronça légèrement les sourcils.
« Pourquoi Picsou ? Tu arrives à lire les BD, toi, maintenant ? »
« Nan » répondit Tony avec évidence, « mais Picsou c'est un peu comme Gibbsou, alors ça sera ça not' mot de passe ! »
1983.
L'année de la disparition d'Ashley, trois semaines après avoir récupéré Peter aux Gibbs, Anthony DiNozzo Senior le déposa devant la maison du marine, sans même avoir prévenu, avec un mot à l'encontre de Shannon (Gibbs étant reparti en mission) :
Je passerais le chercher dimanche soir.
On était lundi matin. Interdite, la jeune femme accueillit le garçonnet qui sauta au cou d'un Tony totalement désarçonné par ce revirement de situation. Senior n'avait-il pas dit qu'il voulait récupérer la garde définitive de Peter parce qu'il n'était pas encore trop tard pour lui, alors que Tony était déjà pourri ? Le garçon n'avait pas oublié ces mots, gravés en lui comme dans la pierre, porteurs d'une tristesse et d'une violence qu'il ne comprenait pas. Senior avait bien sûr toujours accordé plus d'attention à Peter qu'à lui, mais il avait su également passer du temps avec lui. Jusqu'à ce que…
Le garçon bloqua immédiatement le cours de ses pensées, refusant à chercher plus loin.
Son papa était méchant, il l'avait abandonné. Car c'était bien ça qu'il avait fait. Il avait voulu conserver la garde de Peter, mais pas la sienne.
Il avait été méchant.
…
Le dimanche soir, après une semaine excellente qui n'avait amenée aucune réponse quant au brusque changement de Senior, il vint chercher Peter et le ramena chez lui. Le mercredi suivant, sans crier gare, Peter téléphone au domicile des Gibbs pour parler à son frère. Interloqué, Tony discourra avec lui une quinzaine de minutes, incapable d'assimiler l'idée que Senior lui avait laissé se servir du téléphone pour l'appeler lui.
Le lundi suivant, en ouvrant la porte d'entrée pour aller chercher le journal, Tony tomba nez à nez avec son frère cadet, souriant, l'air plus heureux que jamais. A nouveau, il nota la présence du mot qui définissait le même jour de récupération.
Les semaines s'écoulèrent de la sorte, sans que jamais Senior n'aperçoive Tony, qui restait obstinément dissimulé derrière les rideaux de sa chambre lorsqu'il pénétrait dans le jardin pour venir chercher son fils cadet. Jamais il n'aperçut l'aîné.
Le 25 Décembre, sans prévenir, alors que Shannon et lui-même se trouvaient autour d'une lettre de Gibbs leur racontant qu'il pensait beaucoup à eux et serait de retour au début du mois de février, un petit ange sonna à la porte. Seul au milieu de la neige avec dans les bras un énorme paquet cadeau, Peter semblait être le plus heureux des enfants de quatre ans alors qu'il sautait au cou de Shannon, en oubliant au passage de donner le paquet à son frère, qui le reçut sur le pied. En le levant pour mieux le voir, Tony constata qu'une partie de l'emballage était déchiré et que plusieurs cassettes vidéo apparaissaient déjà. Il écarquilla les yeux devant les titres. Certains étaient ceux de cassettes que sa mère lui avait achetées, d'autres ceux des films qu'il cherchait.
« C'est le Père Noël qui a déposé ça pour toi ! » clama Peter en sautillant de joie. « Il s'est trompé d'adresse ! »
Tony ne prononça pas un mot. Cela faisait longtemps déjà qu'il ne croyait plus au Père Noël.
Lorsque Senior vint rechercher Peter le matin du 31 Décembre, il ne sortit pas pour le voir.
…
Le 8 Janvier, alors que Tony était en classe, Shannon fut conduite à l'hôpital où elle accoucha d'une fillette peu après son arrivée. Mme Marshall, la directrice de l'établissement, vint chercher le garçon en début d'après-midi pour lui annoncer la nouvelle. Mais il ne paraissait pas ravi. En effet : il n'avait aucun moyen de se rendre à l'hôpital, et aucun endroit où dormir si jamais Shannon ne pouvait rentrer !
Il en était là dans ses pensées lorsque Mme Marshall annonça que l'hôpital avait également fait prévenir DiNozzo Senior, à la demande de Shannon, et que celui-ci, en voyage d'affaires, avait envoyé son majordome chercher Tony à l'école. L'homme était déjà arrivé et s'était garé devant le parking. A l'arrière de la voiture on devinait Peter.
En dépit de l'évènement, Gibbs n'eut pas le droit de rentrer plus tôt, la mission qu'il effectuait alors étant de bien trop grande importance, et Tony se serait retrouvé à la rue le soir même si le majordome de son père n'avait pas ordonné que son ancienne chambre lui soit préparée. Pendant les trois jours où il revécut sous le toit de sa petite enfance, Tony n'osa questionner les rares adultes qu'il croisa, et il ne vit jamais Senior.
…
Durant la permission de Gibbs, Senior fit amener Peter par son majordome, et le marine ne put jamais échanger avec lui le moindre mot, l'homme faisant en sorte de ne jamais l'entr'apercevoir plus de trois secondes. Rageur, Gibbs chercha à joindre au téléphone Senior, afin de s'expliquer avec lui et de bien comprendre une bonne fois pour toutes « à quoi il jouait », mais il n'y parvint pas.
Senior continua de faire comme si les Gibbs et lui avaient la garde partagée de Peter, ne cherchant pas davantage que cela à voir Tony qui, chaque fois qu'il entendait la voiture approcher courait se cacher derrière les rideaux pour voir si c'était bien son père qui amenait Peter et, lorsque c'était le cas, il gardait les yeux fixés sur sa silhouette jusqu'à ce qu'il ait disparut de son champ de vision. Lorsque c'était le majordome, le garçon se détournait de la fenêtre avec une certaine déception.
…
Au mois d'août, quelques jours après l'anniversaire de Peter, que le majordome de Senior leur avait amené pour l'occasion, Tony se cloîtra dans sa chambre en refusant obstinément de sortir. Ni Shannon ni Gibbs, qu'il joignait alors par téléphone, ne parvint à le convaincre de profiter du beau temps du dehors. Occupée à gérer Kelly, la jeune maman ne pouvait lui accorder toute l'attention qu'elle aurait voulue, et se sentait horriblement impuissante face à la situation. Lorsque le petit Peter lui fut amené, le 25 août, conformément à l'organisation de Senior, Tony refusa tout net de quitter sa chambre. Il y était depuis vingt-quatre heures et rien ne paraissait capable de la lui faire quitter.
Après une dizaine de minutes de négociations inutiles, Shannon redescendit avec Peter, au bord des larmes. Moins d'une minute plus tard, un coup sec frappait la porte d'Anthony.
« J'ai dit que je ne sortirais pas ! » cria le garçon avec colère.
Il y eut un bref silence, puis :
« Junior. »
Le ton était ferme, mais également las, et ne sonnait pas comme un appel ou un ordre. Interdit, Tony quitta le plafond des yeux et se redressa à demi sur son lit. Cette voix, il ne l'avait plus entendu depuis près d'un an.
« Qu… qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-il d'une voix tremblante, sans bouger.
Nouveau silence, et à nouveau ce ton las, comme fatigué d'une interminable bataille qui ne trouve pas de fin.
« Sors, Junior. Ça ne sert à rien. Sors de là. »
Les larmes aux yeux, Tony se leva brusquement, empli d'une telle colère qu'il n'en avait encore jamais éprouvée.
« Laisse-moi tranquille, t'as rien à faire ici d'abord ! Je veux pas te voir et je veux pas que tu me parles ! Fiche-moi la paix ! »
Le silence s'installa à nouveau, uniquement ponctué par les sanglots étouffés du petit garçon. Puis par le bruit de pas de Senior dans l'escalier, et celui du moteur de la voiture qui redémarrait.
« Le premier anniversaire de maman sans maman » hoqueta Tony à travers ses larmes, en regardant la voiture s'éloigner dans la rue.
Septembre 1984.
« Jethro ! » appela Shannon depuis la cuisine. « Téléphone ! »
Le marine la rejoignit en achevant d'enfiler sa chemise. Il était tôt, à peine neuf heures, et lorsqu'il était en permission, l'homme ne se gênait pas pour faire la grasse matinée, mais aujourd'hui il avait dû se réveiller à six heures pour calmer les cris et les pleurs de Kelly. Gibbs prit le téléphone que lui tendait sa femme.
« Allo ? »
« Mr Gibbs ? C'est la directrice de l'école élémentaire. C'est à propos d'Anthony. »
En moins de dix minutes, Gibbs avait raccroché le téléphone, bondit dans la voiture et parcourut le chemin jusqu'à l'école en commettant pas moins de trois infractions. Il rejoignit Mme Marshall au milieu de la cour de récréation où elle l'attendait, et suivit son bras qu'elle tendait vers le haut. Au-dessus de la cantine, adossé contre le toit, le petit garçon de neuf ans semblait à demi endormi, les yeux à peine entrouverts. Il n'avait ni sac ni manteau, on aurait dit qu'il était juste sortit de sa salle de classe pour escalader le toit vieillot du bâtiment le plus mal en point de l'école.
« Depuis combien de temps est-il là-haut ? » demanda Gibbs.
« Presque vingt minutes. Il n'a rien dit, mais je me doute bien qu'il n'y a qu'à vous qu'il acceptera de parler. »
Le marine remercia la vieille femme d'un hochement de tête et, tandis qu'elle retournait à son bureau, prit l'échelle qu'elle avait sortie et entreprit de rejoindre le jeune DiNozzo. Durant son ascension et son installation près de lui, le garçon ne cilla pas, ne sembla même pas remarquer qu'il approchait. Une fois bien installé, Gibbs leva les yeux vers le parc qui s'étendait devant eux.
« La vue est pas mal » commenta-t-il.
Silence radio.
« Dis-moi la Terreur, tu n'as pas séché d'interro au moins ? »
Le petit garçon secoua la tête de gauche à droite, le regard toujours fixe. Gibbs soupira.
« Ecoute, je sais que c'est dur… »
« La première rentrée sans maman » dit Tony d'une voix atone.
Le marine soupira. Finalement, il passa une main dans les cheveux du garçon, les lui ébouriffant machinalement. Bien des années plus tard, il se ferait la réflexion que, peut-être, les choses entre Tony et lui avaient commencées à se compliquer à cet instant, lorsque le petit avait vécu le premier anniversaire de sa mère après sa mort, seul parce qu'il n'était pas sorti de la journée et que lui-même n'était pas présent. Peut-être, oui, était-ce à ce moment qu'avait commencé leur éloignement mais l'ex-marine ne savait pas, ne saurait probablement jamais, puisque Tony et lui n'en parleraient pas par la suite. Tout ce qu'il aurait, ce sont des suppositions.
Mais pour l'heure, il ne voyait que le petit garçon impassible, au regard perdu sur le parc.
« Ecoute, Tony… » Gibbs n'alla pas plus loin, non seulement parce qu'il cherchait ses mots, mais surtout parce que le petit avait pris sa main dans la sienne, sans toutefois le regarder. En fait, il n'avait pas bougé, rien exprimé, sinon ce simple geste qui en disait pourtant si long.
Gibbs regarda l'enfant avant de refermer sa main sur la sienne, la faisant presque disparaître.
Il n'y avait rien à dire.
Noël 1984.
Ce soir-là, il n'était pas d'actualité que Peter se rende chez les Gibbs, Senior ayant préféré le garder pour ce jour et ne le leur envoyer que pour le Jour de l'An. Néanmoins, Tony eut la surprise de découvrir sr le rebord de sa fenêtre une toute nouvelle cassette vidéo, agrémentée d'un mot bref :
Il n'est pas si difficile de se glisser dans la maison d'un marine, particulièrement lorsqu'il est sortit au cinéma. Ton père a acheté ceci pour toi, mais n'a pu te l'apporter en main propre,
Alfonso, le majordome
Tony referma les doigts sur l'objet avec des gestes mécaniques et, sans plus le regarder, le fourra sous son lit. Il y jetterait un œil chaque soir pendant des mois sans jamais l'utiliser.
Avril 1985.
Une violente dispute opposa Gibbs à Senior, alors que celui-ci venait rechercher Peter. Le marine, en permission depuis moins d'une journée, était parvenu à surprendre l'homme d'affaires qui n'avait pas eu le temps de s'esquiver. Cloîtré dans sa chambre, Tony capta quelques brides :
« … voir ton fils ? »
C'était la voix de Gibbs.
« Il ne veut pas m'adresser la parole ! »
« Et il a bien raison, tu n'en as jamais voulu ! »
« Je t'interdis… »
Tony referma la fenêtre en silence et s'allongea sur son lit en se bouchant les oreilles.
A partir de cet instant, Peter ne vint plus chaque semaine.
Seulement, de temps en temps, le bambin de cinq ans semblait « rencontrer » Tony de manière providentielle, lorsqu'il était au parc, ou rentrait de l'école, par exemple. Senior n'était jamais là, se bornant à envoyer son majordome chercher Peter partout et le forçant à le trimballer dans toute la ville en fonction des déplacements de l'aîné des enfants.
Septembre 1986.
Il faisait gris, comme un jour de rentrée d'automne, un de ses jours où personne, et encore moins les enfants, ne voulaient se rendre en classe pour leur rentrer. Tony broyait du noir, taciturne, les mains enfoncées le plus profondément possible dans ses poches, le regard balayant les environs avec indifférence, il était appuyé contre la grille. Personne ne le remarquait, et il semblait ne remarquer personne. Gibbs l'avait déposé quelques minutes plus tôt et l'avait laissé, embarrassé de devoir rejoindre la base alors qu'apparemment le garçon ne se sentait pas très bien. Une nouvelle année, de nouveaux problèmes, d'après ce que le marine pouvait en juger. Deux semaines plus tôt, Senior avait à nouveau refusé que Peter ne passe quelques jours de vacances chez les Gibbs, et cela ferait bientôt deux mois que les garçons ne s'étaient pas vus. Bien sûr, personne ne pouvait empêcher Tony de se faufiler jusqu'à la classe de Peter lorsque tous avaient le dos tourné, mais voir le petit garçon seul à seul plus d'une poignée de minutes était presque impossible, en dehors des quelques rencontres « providentielles » qui s'étaient considérablement espacées ces dernières semaines. Tony n'en avait pas parlé à Gibbs, de crainte que celui-ci ne s'énerve après Senior et de fasse accidentellement cesser ces rencontres.
Maussade, le garçon se traîna mollement jusqu'à le rang que formait sa nouvelle classe devant un homme de haute stature, qui devait avoisiner la quarantaine et avait déjà des cheveux presque entièrement gris, qui surmontait un visage taillé à la serpe.
2 Décembre 1986.
En quatre mois, Keyes avait appris à connaître les Gibbs et l'environnement de Tony. Le garçon lui parlait encore assez peu et préférait ne pas trop se confier, mais il n'avait encore jamais rencontré DiNozzo Senior, que Gibbs lui avait vaguement décrit lors d'une brève entrevue, et ce qu'il en avait compris ne lui rendait pas le père de Tony très sympathique. Néanmoins, il s'était juré de rester en-dehors de cette histoire. Cela ne le concernait nullement, et il estimait déjà en faire beaucoup pour son élève, qui, il devait s'en souvenir, n'était que l'un des enfants de cette école.
Il en serait sans doute resté là si Mme Marshall, la directrice de l'école élémentaire, n'avait pas passé un coup de fil un après-midi pour lui signifier qu'elle avait un « léger problème d'ordre de présence » concernant un certain garnement de onze ans.
« Elle veut vous parler » annonça la standardiste en tendant le téléphone à Keyes, qu'elle avait fait appeler.
Surpris, l'enseignant prit l'appareil tandis que la femme quittait la pièce pour vaquer à ses occupations. C'était la récréation et il comptait bien profiter des quinze minutes de paix que lui offrait cette pause salutaire. Visiblement, il s'était fourvoyé.
« Mr Keyes ? »
« Oui » confirma l'enseignant. « Que puis-je faire pour vous ? »
A l'autre bout du fil, Mme Marshall demanda d'un ton banal :
« Je me demandais si par hasard vous n'aviez pas un certain absent dans votre classe. Un élève qui serait parti déjeuner et aurait oublié de revenir en cours, par exemple. »
Keyes ferma les yeux, atterré.
« Il est chez vous ? »
« Parfaitement, et depuis midi, si je puis me permettre » signala la directrice. « J'ai cru comprendre qu'il est devenu un expert en escalade des toits et des arbres, en tout cas suffisamment pur faire le mur de chez vous et rentrer dans mon domaine. D'après ce que j'ai compris, il voulait voir son frère à tout prix. Si vous pouviez avoir l'extrême amabilité de venir le chercher en fin de journée, je vous en serais infiniment reconnaissante. »
Tout d'abord, Keyes crut à une plaisanterie. Pour quelle raison irait-il chercher Tony ? Les Gibbs ne pouvaient-ils le faire eux-mêmes ? Il n'avait pas souvenir d'être devenu la nouvelle référence du garçon. Mais malgré son désir de le signaler, il ne parvint pas à prononcer ces simples mots. Il ne fallait pas oublier que c'était lui, que la directrice venait d'appeler. Lui, et personne d'autre. Pourquoi, d'ailleurs ? Shannon était bien à la maison, et Gibbs devait rentrer cette semaine, d'après ce qu'il avait crut comprendre. Alors pourquoi…
« Il ne veut parler qu'à vous » ajouta alors Mme Marshall, comme si elle avait lu dans ses pensées.
Machinalement, Malcolm passa une main dans ses cheveux avant de lâcher, résigné :
« Très bien, gardez-le jusqu'à 17h, je passerais le chercher. »
« Aucun problème » assura la vieille directrice avant de raccrocher.
A cet instant, Malcolm Keyes songea que le jeune Anthony DiNozzo allait constituer l'un des plus gros problèmes de sa carrière. La seule chose qu'il ignorait encore, c'était à quel point.
Car lorsqu'il vint le chercher à l'heure prévue, le garçon parut tellement soulagé de le voir que cela lui serra le cœur. Que lui était-il donc arrivé pour qu'il en arrive là ? Calme, l'enfant lui désigna le bureau de la directrice alors qu'il achevait de dire au revoir à un bambin d'environ sept ans, aux cheveux clairs et au visage poupin. Se faisant la réflexion que ce visage lui disait vaguement quelque chose, Keyes frappa à la porte du bureau et entra sans attendre la réponse. La vieille directrice était assise derrière un imposant meuble de chêne, l'air un peu absent.
« Mr Keyes, je suppose ? » fit-elle en lui serrant la main.
L'homme se contenta d'un hochement de tête, et Mme Marshall se rassit en soupirant.
« Fermez la porte, je vous prie. »
Sans mot dire, Malcolm s'exécuta. Il ne savait pas ce que la directrice allait lui dire, mais il y avait de fortes chances pour qu'elle ait quelque chose de très important à lui communiquer. Il connaissait ce type de regard, de soupir, cet air un peu fatigué et anxieux à la fois, propre aux gens d'expérience : ceux de sa grand-mère avaient bercé son enfance et il en gardait un souvenir très précis.
Après un ultime soupir, Mme Marshall leva enfin les yeux vers lui.
« J'ai pas mal discuté avec Anthony, et j'ai cru comprendre que vous vous étiez particulièrement investi auprès de lui. Une initiative pour le moins surprenante, au degré qu'il parait. » Elle fit une brève pause pour le détailler, et Malcolm se surprit à se sentir particulièrement mal à l'aise. « Je connais bien son histoire, et j'avoue que voir qu'on lui porte de l'attention me rassure, mais je dois vous signaler tout de même que vous risquez de le tenir à l'écart des enfants de son âge et que cela pourrait encore porter préjudice à son développement en classe, comme cela a pu être le cas, pour d'autres raisons, lorsqu'il était dans mes classes. »
Nouvelle pause. Malcolm ne comprenait plus grand-chose à cette situation, mais il ne parvenait pas à prononcer le moindre mot, comme un enfant prit en faute qui se trouve trop nerveux pour assurer sa défense.
« Bref » poursuivit Mme Marshall, imperturbable. « Là n'est pas la question. Si je vous ai appelé, c'est parce que, quel que soit votre comportement auprès d'Anthony, il n'y a qu'à vous qu'il souhaite s'adresser pour le moment. Et même si je réprouve catégoriquement le fait de trop se mêler des affaires de mes élèves, je ne vois pas très bien comment les choses pourraient évoluer sans un minimum d'investissement. » Elle darda son regard inquisiteur sur un pauvre Keyes totalement perdu. « Je crois que vous avez-vous aussi eu droit à un petit spitch à la rentrée, concernant la séparation pour le moins étrange des frères DiNozzo ? »
Soudain, cela lui revint. Evidemment que le gamin aux cheveux clairs lui était familier, il l'avait déjà croisé, et sa photo figurait dans le carnet de correspondance de Tony !
« Quoi que puisse penser les Gibbs » poursuivit Mme Marshall, « et quand je dis 'les', je pense surtout à Mr Gibbs » précisa-t-elle avec un regard appuyé, « Anthony ne peut pas continuer ainsi. C'est la troisième fois qu'il fait le mur en une semaine et que je le retrouve devant l'une de mes classes, à attendre son frère. Quoi que puisse en penser les intéressés, il faut organiser une rencontre afin de dissiper les conflits. »
Les yeux de Malcolm s'écarquillèrent alors qu'il comprenait lentement où sa confrère voulait en venir.
« Vous n'espérez quand même pas que je vais… » commença-t-il, avant d'être coupé abruptement.
« Non. Je vous demande simplement de contacter les Gibbs » expliqua la directrice. « Je ne peux pas décemment les appeler pour leur parler de cela, dans la mesure où je n'ai presque plus le moindre contact avec eux. Donc, je requiers votre aide, Mr Keyes. »
…
Même si Mme Marshall avait seulement demandé son aide à Malcolm, celui-ci avait très rapidement compris qu'il irait beaucoup plus loin qu'elle ne l'avait imaginé en le contactant. En effet, le soir même il téléphona à Mr DiNozzo.
D'abord il ne sut que dire. Comment devait-on s'adresser au père d'un élève que l'on avait jamais vu et qui semblait si peu s'investir auprès de son fils ? C'était une expérience assez nouvelle et… un peu dérangeante, aussi. Comme l'était de se charger de Tony comme il le faisait, au fond.
« Ecoutez, monsieur, je suis l'instituteur de votre fils Anthony et je… en fait j'ai remarqué un certain nombre de problèmes avec lui, et il m'inquiète. »
Alors que son interlocuteur ne semblait pas réagir à sa présentation – qu'il venait tout de même, dans le stress, de répéter trois fois – il semblait que le mot « Anthony » ait éveillé son attention.
« Junior ? Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Malcolm en soupira presque de soulagement. Finalement, DiNozzo ne lui compliquait pas autant la tâche que les dires des Gibbs avaient pu le lui laisser présager.
« Eh bien, il n'arrête pas de faire le mur pour aller voir son frère, et il parait morose… Il ne parle presque pas, et c'est de pire en pire. Il… enfin je crois que cela lui ferait du bien de discuter avec vous et de voir son frère plus souvent, et je me disais que peut-être vous accepteriez de rencontrer Mme Gibbs avec moi et Tony, et P… »
« Non » coupa Mr DiNozzo d'un ton qui n'était pas trop sec pourtant. « Pas avec les Gibbs. Si vous voulez me rencontrer, cela sera seul, ou avec Junior. Mais ça m'étonnerait qu'il veuille me voir. Il refuse de m'adresser la parole et… »
Même s'il fit beaucoup d'efforts pour que cela ne s'entende pas, l'homme d'affaires ne put totalement masquer la fêlure dans sa voix. Cela acheva de mettre Malcolm profondément ml à l'aise, aussi s'empressa-t-il de reprendre, sans laisser à DiNozzo Senior l'occasion de finir sa phrase.
« Très bien, si vous voulez, je le ferais venir, il acceptera sans problème… »
L'autre ne sembla pas convaincu, mais Malcolm obtint tout de même un rendez-vous pour le samedi suivant, à quatorze heures.
En raccrochant il songea qu'il venait de faire une grosse bourde. Et pour une bonne raison : il n'avait aucune raison de convoquer Tony à une heure pareille, et Shannon risquait d'avoir des doutes. Sans compter qu'il allait devoir convaincre Tony, ce qui à son avis ne serait sans doute pas le plus simple…
…
En fait si. Le garçon se laissa convaincre avec réticence, mais cela fut néanmoins plus facile qu'il ne l'aurait cru. Il devrait juste faire croire à Shannon que le garçon participait à une sortie scolaire et ne rentrerait pas avant la fin de l'après-midi. Il se força à contacter Mme Marshall pour lui dire que cela avait marché, puis passa des heures à se demander si c'était une bonne idée. Il savait que s'impliquer de la sorte était une erreur, et qu'agir dans le dos des Gibbs était une manière peu sympathique de parvenir à ses fins. Rendez-vous fut donc pris devant la grille de l'école, et le jour J, Malcolm et Tony se tenaient debout devant les portes du hall. Ils avaient mangé dans la classe, puis tournés en rond en faisant semblant de s'occuper.
Mais à présent il était 14h15 et Senior n'était toujours pas là. Maussade, les poings serrés au fond de ses poches, Tony faisait mine de s'en moquer, les yeux pourtant rivés sur le virage au bout de la rue, d'où devait arriver la voiture de son père.
« Il y a de la circulation, ce n'est pas sa faute… » tenta Malcolm du bout des lèvres, mais le garçon le coupa sèchement.
« Il a oublié, vous voulez dire. »
Incapable de prononcer le moindre mot, Keyes s'enferma dans le silence. C'est à cet instant précis qu'une interminable limousine s'avança dans la rue, faisant immédiatement sursauter Tony. Le véhicule se gara juste devant la grille et DiNozzo Senior en descendit.
Il avait peu changé depuis la dernière fois. Les cheveux sombres, soigneusement coiffés au-dessus de sa tête large qui n'avait rien à voir avec le visage fin de son fils, il était vêtu d'un costume hors de prix et tenait un dossier ouvert à la main. Les yeux rivés dessus, il les leva à peine vers son fils et Malcolm sentit le garçon se crisper. Oh non, par tous les saints, faites que Senior ne gâche pas tout…
« Junior » dit enfin Mr DiNozzo en refermant son dossier pour accorder toute son attention à son fils. « Tu as grandi. »
Les poings serrés à l'extrême, Tony hocha vaguement la tête.
« Vous avez déjà mangé ? » s'enquit l'homme d'affaires.
« Oui » confirma simplement Malcolm en gardant un œil attentif sur son élève.
« Dans ce cas, où voulez-vous aller ? »
L'enseignant crut d'abord à un mirage auditif. L'autre se fichait de lui, ou quoi ? Comment pouvait-il envisager de reprendre contact avec son fils s'il ne faisait pas davantage d'efforts ? Ce qui leur était arrivé n'était pas banal, et il allait bien falloir qu'ils recollent les morceaux. Ce qui exigerait un minimum de bonne volonté de leur part.
« Fête foraine » finit par dire Tony d'un ton un peu trop dur.
« Très bien » approuva Senior en faisant signe à son chauffeur. « Montez. »
Une fois installés dans la voiture, l'enfant et l'enseignant eurent droit à toutes sortes de questions qui sonnaient malheureusement un peu faux, comme un numéro répété par un acteur de seconde zone. Il apparut très vite que l'adulte était au moins aussi mal à l'aise que son jeune fils, et ne savait pas très par quel bout prendre le problème. Ils ne s'étaient pas parlés depuis si longtemps ! Mais, alors que se succédaient les questions banales sur la scolarité de Tony, ses amis, ses hobbies, le garçon se dérida un tout petit peu, et l'échange prit un tour plus détendu.
Ils arrivèrent à la fête foraine après quelques minutes, et avec le recul Malcolm songerait qu'il s'agissait là du véritable atout de cette sortie : en payant les participations de Tony à toutes sortes de jeu, du train fantôme en passant par le tir à la carabine et les fléchettes, le garçon se détendit peu à peu, allant même jusqu'à sourire avec franchise lorsque Malcolm, qu'il avait convaincu de monter avec lui dans le train fantôme, fit un bond à la vue d'un homme grossièrement déguisé en loup-garou, qui leur sauta dessus dans un virage.
Senior se renseigna sur les récents progrès de Tony au basket, et approuva même la décision de l'entraîneur de l'incorporer à l'équipe de juniors de l'école.
« Peut-être pourrez-vous venir le voir en match un jour » glissa discrètement Keyes alors que les deux DiNozzo s'étaient lancés dans un débat sur la meilleure équipe d'amateurs de l'Etat.
Senior hocha imperceptiblement la tête, en lâchant du bout des lèvres :
« S'il veut, pourquoi pas. »
Tony, qui avait fait mine depuis l'intervention de l'enseignant de ne pas écouté, frémit. Il leva rapidement les yeux vers son père, sembla évaluer la situation le plus brièvement possible, puis, comme une réaction honteuse qu'il se devait de dissimuler au maximum, acquiesça d'un infime mouvement de tête. Un sourire discret mais sincère s'étala sur le visage de Senior, et Malcolm sut alors qu'il venait de réussir la première étape de ce pari totalement fou que Mme Marshall et lui s'étaient fixés.
Et lorsque, une heure plus tard, Senior se risqua à ébouriffer les cheveux de Tony après que celui-ci ait gagné une cassette de Magnum au tir à la carabine (un des lots les plus difficiles), l'enseignant esquissa malgré lui un sourire emprunt de fierté. Fierté devant ce garçon qui finalement était parvenu à aller au-delà de ses espérances. Plus tard, alors que Tony était parti s'acheter une glace payée par son père, celui-ci se tourna vers Malcolm.
« Merci de ne pas le laisser tomber » dit-il simplement, de but en blanc.
Désarçonné, l'homme ne sut que répondre, mais déjà Senior enchaînait :
« Junior n'a pas eu beaucoup de chance ces dernières années, et j'y suis pour quelque chose, ça je n'en doute pas. Il a besoin que l'on s'occupe un peu de lui pour réussir à grandir, et vous avez fait semble-t-il un bon travail de conseiller jusqu'à présent. Mais quoi que vous puissiez penser de moi, quoi que l'on ait pu vous dire, je vous suis très reconnaissant d'être passé outre. » L'homme d'affaires fit une pause brève, le temps de reprendre son souffle, avant de poursuivre : « J'aimais sa mère. Je l'aimais sincèrement, mais ce n'était pas réciproque. Vous comprenez, je n'étais qu'une solution pour que son fils ne soit pas un bâtard. Oh, je ne dis pas qu'à sa place je n'aurais pas agis de la même façon, mais vous comprenez, cette situation a fait que nos rapports se sont dégradés assez rapidement. J'admets qu'au début je ne voulais pas vraiment de Junior, et c'est pourquoi j'avais tellement envie d'avoir un enfant avec elle… Mais ça n'a rien arrangé. Vers la fin, nous nous détestions avec acharnement, et si vous ajoutez à cela le fait que je n'ai jamais pu m'entendre avec Gibbs… Peut-être me prenait-elle vraiment pour le méchant de l'histoire, peut-être voulait-elle juste s'assurer que je n'influe jamais vraiment sur les garçons, mais elle lui a fait promettre de me les retirer. »
Senior inspira profondément, les yeux brillants. Debout à côté de lui, frissonnant dans l'air glacial, Malcolm ne savait quoi dire. Il s'était refusé à se laisser influencer par les propos des Gibbs, mais devait reconnaître que le portrait fait par le marine ne l'avait pas tellement motivé de prime abord pour être sympathique à l'encontre de Senior. Mais la vérité lui revenait soudain avec la puissance d'un boulet de canon : il n'existe jamais une seule vérité. Le point de vue du parrain de Tony n'était pas objectif, ne l'avait même jamais été tout à fait, car il avait toujours eu une dent contre l'homme d'affaires. Alors peut-être qu'au fond, DiNozzo Senior n'était-il pas aussi horrible que ça… Peut-être avait-il véritablement de l'affection pour ses garçons…
Comme s'il avait capté ses pensées, Senior reprit, les yeux rivés sur Tony qui faisait toujours la queue :
« Vous savez ce que je lui ai dit lorsque je suis venu reprendre son frère ? Qu'il n'était pas mon fils, que je pouvais encore sauver Peter mais que lui était pourri, irrécupérable. Et le pire c'est que j'étais sincère ! Tony avait tellement été influencé par Gibbs et Ashley qu'il ne voulait déjà plus me voir, et moi, j'étais persuadé qu'il était trop tard pour regagner sa confiance. Alors je n'ai même pas essayé. »
Malcolm ouvrit la bouche pour intervenir, mais le garçon venait enfin d'obtenir sa glace et revenait vers eux.
« J'ai eu tort » acheva Senior dans un souffle. « Sur toute la ligne. »
« Vous n'êtes pas… » tenta désespérément Malcolm alors que Tony n'était plus qu'à quelques mètres d'eux.
« Il l'ignore » murmura Anthony DiNozzo. Puis, plus bas encore : « S'il vous plaît. »
Et alors que le garçon les rejoignait pour poursuivre la conversation interrompue lors de son départ, Malcolm adressa un regard fugace à Senior, pour lui faire comprendre qu'il se tairait.
Ils se séparèrent quelques minutes plus tard, il était temps de rentrer. Les DiNozzo se saluèrent d'une poignée de mains presque formelle qui détonnait avec leur lien, mais peut-être pas tant que ça. Il restait tant de choses à reconstruire… ! Malcolm et Tony prirent le bus pour rentrer, et alors que le garçon admirait la cassette qu'il avait gagné, l'enseignant, le regard perdu dans le paysage, songeait que Senior lui apparaissait étrangement plus sympathique en dépit de ses révélations sur comment il avait perçu Tony à son arrivée dans sa vie. Malgré lui, Keyes comprenait. DiNozzo était un homme, il avait couru pendant des années après un rêve qui n'avait jamais vraiment abouti, s'était sentis trahi et désespéré, et avait alors agi de manière dramatique, certes, mais humaine.
Et quoi qu'il ait pu en dire, il n'en restait pas moins le père de Tony.
16 Décembre 1986.
« Monsieur Gibbs ! » appela Keyes depuis la grille, en faisant signe au marine de le rejoindre.
L'homme fronça les sourcils en s'approchant. Que c'était-il donc encore passé ? Tony ne s'était tout de même pas encore battu ? Et d'ailleurs, où était-il ?
« Vous avez deux minutes ? » s'enquit l'enseignant. L'autre hocha la tête. « Voilà, j'ai réussi à inclure Tony dans le spectacle de Noël de cette année. Les enfants jouent une pièce de théâtre, et puis il y a la chorale qui va chanter, et Anthony l'accompagnera. Le directeur est d'accord pour qu'il se joigne aux autres même maintenant, mais je vais avoir besoin de votre autorisation pour le faire participer aux répétitions, et il est possible qu'il soit obligé de venir et qu'il termine tard samedi, dans ce cas je vous le ramènerais, bien entendu. »
« Que… attendez, Tony dans un spectacle scolaire ? »
« Oui, il accompagnera la chorale. »
« Mais il ne sait pas jouer ! »
« Il m'a dit que sa mère lui avait appris un peu la batterie » expliqua Keyes. « Comme il a l'air de bien se débrouiller, je me suis dit que ça lui ferait du bien de se joindre aux autres enfants. Pour un garçon aussi bavard, ne pas parler de la journée est plutôt dur… »
« Il a accepté ? » s'enquit encore Gibbs, ahuri.
L'enseignant eut du mal à réprimer un sourire satisfait, et n'y parvint d'ailleurs qu'à moitié.
« Il n'attend plus que votre réponse. »
Gibbs resta interdit quelques instants avant de sourire franchement.
« C'est oui, bien entendu ! »
…
« Viens par là, t'es tout décoiffé… »
« Pas touche ! » fit Tony en le menaçant de ses baguettes de batterie.
« Mais… »
« Approchez encore ce peigne de moi, et vous vous mangez un coup de baguette ! »
« Mais arrête, on dirait que tu t'es peigné la semaine dernière ! » s'exclama Malcolm en descendant de sa voiture.
Il rejoignit Tony de son côté du véhicule et entreprit de lui aplatir de la main les cheveux du petit garçon. L'effet fut immédiat : l'adulte fit un bond en arrière pour éviter une baguette qui lui siffla aux oreilles. L'homme réprima un sourire amusé et s'écarta pour le laisser descendre de voiture. Le spectacle avait lieu dans une école voisine de la leur, et Keyes, après avoir longuement répété avec le petit garçon et les autres enfants participants, avait jugé inutile de le renvoyer chez lui pour moins d'une demi-heure. Aussi l'avait-il directement accompagné au spectacle, auquel il avait juré d'assister. Certes, sa promesse s'était effectuée sous la menace d'un coup de baguette, mais peu importait. En vérité, lui-même ne tenait pas spécialement à n'être qu'un accompagnateur et à partir aussitôt le gamin déposé. Ce n'était pas vraiment comme s'il avait eu mieux à faire…
…
La dernière chanson de la chorale scolaire s'acheva en triomphe, alors que Tony frappait avec force sur sa batterie pour finir en beauté. Son t-shirt de deux épaisseurs en raison du froid, légèrement trop grand, avait les manches retroussées pour lui permettre de jouer plus facilement, son immense sourire qu'il adressait malgré lui davantage à Malcolm qu'aux Gibbs. Sous les projecteurs, ses cheveux étaient presque blonds, et ses yeux verts, plus pétillants que jamais. Les applaudissements des parents couvrirent sans mal le cri de joie qu'il poussa en levant ses bras en signe de triomphe. Son cœur loupa un battement lorsqu'il vit Johanna s'avancer vers lui et l'entraîner vers le devant de la scène pour qu'il puisse saluer avec les autres, et il était d'un beau rouge brique au moment de se pencher devant la salle alors que la jeune fille, s'étant emparée d'un des micros, lançait :
« Bravo à Tony pour nous avoir accompagné ! »
Il en tremblait encore en rejoignant le couloir voisin, les baguettes toujours à la main. A l'autre bout du long couloir, ce n'était pas Gibbs qui l'attendait en écartant les bras, fier de lui, mais bien Malcolm.
« Alors ? J'avais pas raison ? T'as assuré Tony ! »
« Ça été un triomphe ! » cria l'enfant en se précipitant vers lui. « Vous aviez raison, j'ai réussi ! »
Et, sans réfléchir, Tony se jeta à son cou, l'étranglant à moitié. Malcolm resta interdit, sans réaction, envahi par un soudain malaise. Il ne fallait pas oublier que ce geste était quelque peu déplacé, que ce n'était pas de cette manière que l'enfant, aussi volubile fut-il, aurait dû se comporter à son égard. Même si les dernières semaines les avaient considérablement rapprochées, l'expansivité soudaine de Tony avait quelque chose de dérangeant, de vraiment très, très dérangeant, et Keyes en avait le feu aux joues.
Aucun d'eux ne vit le marine, debout à l'entrée du couloir, rayonnant mais soudain mal à l'aise. Il avait le sentiment confus que, quelques mois plus tôt encore, ç'aurait été à son cou que Tony se serait pendu sans réfléchir. A moins que… il fallait en convenir, il n'avait plus sauté au cou de son parrain depuis des lustres, en fait depuis si longtemps que Gibbs ne s'en souvenait même plus. Pourquoi soudain cela lui paraissait-il si important, si poignant, si… alors que durant des mois, la question du rapprochement de Tony d'avec l'adulte ne lui avait pas posé le moindre problème ? La réponse était stupide : il avait été parti en mission avant la rentrée scolaire et n'était guère revenu plus de trois jours en novembre, ce qui expliquait peut-être qu'il ne s'était pas senti supplanté par l'enseignant. C'était ridicule, il en avait conscience, mais il lui semblait que Keyes lui volait quelque chose, l'affection du petit garçon, et cela lui procurait une sensation de vide au creux de la poitrine. Comme un gouffre que rien ne pourrait jamais combler.
Car devant lui, à quelques mètres, Tony paraissait aux anges, à présent debout face à Malcolm, parlant avec animation, les bras en l'air, les baguettes toujours à la main, s'agitant, sautillant. Il n'avait plus grand-chose à voir avec cet enfant si craintif que le marine avait appris à élever. A la vérité, cela lui paraissait présentement être deux enfants totalement différents, et il en concevait une douleur dans tout son être. Il ne vit de ce fait pas Shannon arriver derrière lui avec Kelly dans les bras. Il ne la remarqua que lorsqu'elle fit signe à Tony et que celui-ci se précipita vers eux en criant de joie.
« Vous avez vu ? Vous avez vu ? »
Il embrassa fort Shannon sur la joue et serra si fort le cou de Gibbs que le marine eut l'impression qu'il allait le lui arracher, surtout qu'il mit quelques secondes de trop à le prendre dans ses bras. Juste le temps de jeter un regard à Malcolm et de voir l'enseignant les regarder, eux quatre, l'air vraiment ravi. Le marine ravala la remarque qu'il s'apprêtait à faire, se rappelant que c'était le spectacle de Noël, qu'il était en présence de dizaines d'enfants et de Shannon, la seule femme encore vivante à être à même de lui foutre la trempe de sa vie, et enfin qu'il n'était plus un adolescent colérique mais un père de famille tuteur de son filleul et de son petit frère.
Et la dernière chose qui l'arrêta fut le large sourire et le signe de la main que Tony adressa à Keyes lorsque Shannon décréta qu'il était l'heure de rentrer.
« Joyeux Noël monsieur Keyes, bonne vacances ! »
« Toi aussi Tony, à dans quinze jours ! »
Janvier 1987.
Il neigeait à gros flocons et Gibbs, pour l'une des seules fois de son existence, conduisait relativement lentement. Assis à la place du passager avant, Tony était dressé sur son siège, visiblement impatient d'arriver. Il arborait son sweat-shirt à imprimé flocon de neige, cadeau de Shannon, et avait mis dans son sac à dos le ballon de basket offert par Gibbs. Le marine avait beau aimé la tranquillité, l'absence de babillage du garçon le troublait et lui donnait cette impression amère de ne pas être la personne vers qui le petit se tournait. Gibbs ne se faisait pas d'illusions : celui que le petit était impatient de retrouver n'était autre que Keyes. Et cela, même s'il ne l'avouerait jamais, lui était proprement insupportable, le rendait presque malade, physiquement malade. Il avait toujours, à l'instar du jour du spectacle scolaire, cette sorte de jalousie dormante, prête à se réveiller à chaque fois qu'il voyait Tony se réjouir de le revoir. En particulier aujourd'hui, alors que le garçon tenait une large boîte rectangulaire, cadeau de Noël de Keyes. Lorsqu'il s'était étonné que Tony fasse un cadeau à l'enseignant, Gibbs avait espéré un peu de soutien de la part de Shannon, mais s'était au contraire heurté à son attendrissement.
« Franchement Jethro, tu ne trouves pas ça mignon, toi, la manière qu'ont les enfants d'aimer sans la moindre barrière, enfin, je veux dire, sans se poser de questions, complètement, innocemment ? »
« Hm… »
« Arrête, c'est vraiment adorable ! Et puis, venant de Tony, c'est presque inespéré… »
C'est vrai que le garçon était particulièrement refermé sur lui-même depuis la mort d'Ashley et sa séparation d'avec Peter, et des centaines de fois le marine avait souhaité voir cet aspect de sa personnalité s'effacer, mais pas ainsi, pas avec cette impression de ne plus avoir d'importance auprès de lui. Pas avec le sentiment de s'effacer de la conscience de Tony en même temps que sa réserve. D'autant que cette année, Tony ne lui avait rien offert.
Bien sûr, Gibbs savait qu'il ne pouvait pas réellement lui en vouloir – les finances d'un enfant de onze ans ne lui permettant pas de faire des cadeaux à tout le monde en période de fêtes – mais se voir relégué au second plan derrière Keyes, à qui Tony avait pris la peine d'acheter quelque chose, le rendait d'autant plus jaloux et déçu, comme un profond sentiment d'insignifiance.
Ils arrivèrent devant la grille de l'école, et le scénario que Gibbs redoutait se mit en place : Keyes attendait adossé à la grille, les bras chargés d'un énorme paquet, emmitouflé dans un large manteau gris qui lui tombait jusqu'aux genoux. A la vue de la voiture du marine, il esquissa un sourire et Gibbs dû se faire violence pour s'arrêter devant lui et ne pas continuer plus loin. A côté de lui, Tony s'était redressé sur son siège et s'agitait. Lorsque le véhicule se fut arrêté, il bondit littéralement de son siège et lança par-dessus son épaule un « Bouge pas ! » qui étonna Gibbs autant que le voir courir vers Keyes lui serra le cœur. Bien sûr, il ne lui sauta pas au cou – devant toute l'école, ce n'était pas un comportement que l'on pouvait juger normal vis-à-vis d'un enseignant et Tony le savait parfaitement, aussi s'en abstint-il – mais la joie qui transparaissait sur son visage enfantin valait bien la plus visible des démonstrations d'affection. Gibbs le vit tendre son paquet à Keyes, et celui-ci lui donner à son tour celui qu'il portait, visiblement plus lourd et le plus grand. Sauf qu'au lieu de l'ouvrir ou de le remercier, Tony revint vers la voiture, souriant largement, et tendit le paquet au marine.
« Qu'est-ce que c'est ? » s'étonna ce dernier en le prenant.
« Je pouvais pas aller le chercher moi-même, c'est beaucoup trop loin » expliqua Tony. « Alors j'ai donné à Keyes l'argent que ça coûtait et je lui ai demandé de bien vouloir aller l'acheter pour moi. Ça te plaît ? »
Gibbs était figé, un bout du papier d'emballage marron dans les mains. Lui qui adorait le bricolage, il avait sous les yeux la boîte à outils nouvelle génération, celle que Shannon lui avait montrée dans la devanture d'un magasin spécialisé et qu'il s'était promis d'acheter dès que possible. Il ne voulait même pas imaginer combien cela avait coûté, ni comment un enfant de onze ans avait pu se procurer autant d'argent. Peut-être Shannon avait-elle participé, en y pensant, peut-être que Keyes aussi, mais ce qui lui clouait le bec, s'était surtout ce retournement imprévu. Lui qui s'était cru oublié de Tony, alors même qu'il avait offert un cadeau chacune à Shannon et Kelly, il découvrait en fait qu'il avait seulement trouvé un autre moyen de lui offrir son cadeau, et que celui-ci ayant été acheté par Keyes, il lui avait fallu attendre quelques jours supplémentaires.
« C'est génial » dit-il dans un souffle. « Merci Tony. »
Ce faisant, il ébouriffa les cheveux du garçon, se doutant que se faire embrasser sur la joue devant son école serait un affront sans pareille mesure. Tony lui sourit largement, prit son sac et, tout en lui adressant un signe de la main, s'éloigna vers la grille. Le marine sourit à son tour, emplit d'une joie peu commune, et démarra la voiture avec, tapie au fond de lui, de nouvelles certitudes : oui, Tony adorait Keyes et lui offrait un cadeau pour Noël. Mais non, lui, son parrain et tuteur, ne lui était pas encore insignifiant. Il comptait encore beaucoup, beaucoup plus que ne compterait jamais l'enseignant.
Il s'engagea sur la départementale en continuant de sourire.
A l'école, Keyes découvrait son cadeau, gauche, surpris, heureux.
Février 1987.
Fort de son succès auprès de la ville, la chorale scolaire se vit proposer de participer à un festival intercommunal le 16 de ce mois. Gibbs ne pourrait pas être présent, parti en mission de l'autre côté de la planète, et à moins de trois jours de l'évènement, Peter se trouva épuisé par une grippe carabinée qu'il ne tarda pas à passer à Shannon, qui dû faire garder Kelly par sa mère pour l'en préserver. C'est ainsi que Tony, miraculeusement épargné, se précipita le lendemain sur le parking professoral à la vue de la voiture de Keyes. L'homme se retrouva pris d'assaut à peine un pied hors du véhicule.
« Shannon est malade ! Je ne vais pas pouvoir aller au spectacle ! »
Il paraissait désespéré et Malcolm crut bon de dédramatiser.
« Même si elle ne peut pas conduire, tu n'as qu'à y aller avec le car de la chorale. »
« Complet » maugréa Tony. « Je me suis déjà renseigné. Ils ont à peine la place pour eux tous. »
La solution envisagée par le garçon s'imposa alors lentement à l'enseignant, qui espéra désespérément, durant une poignée de secondes, qu'il délirait. Enfin, il était son professeur, il ne pouvait pas…
Mais le regard implorant de Tony lui apprit qu'il pouvait.
« Ça va » soupira-t-il en empoignant son sac. « Je t'emmènerais. »
Tony lui offrit un large sourire soulagé en guise de remerciement et s'empressa de regagner la cour de récréation avant que l'on ne vienne à remarquer sa présence sur le parking.
Le jour même, en fin d'après-midi, alors qu'il avait soigneusement rangé ses affaires et s'apprêtait à quitter l'école, Malcolm fut appelé par la standardiste de l'administration. Apparemment, quelqu'un avait téléphoné chez le directeur en cherchant à le joindre. Il était plus qu'inutile de demander qui.
« Mme Marshall ! » s'exclama-t-il, faussement surpris. « Ça par exemple ! Si je me doutais… »
« Epargnez-moi votre cinéma, je vous prie » le coupa la directrice sans trop de brusquerie néanmoins. « Vous vous doutez bien que je ne vous appel pas pour échangez des banalités sur la pluie et le beau temps. Il s'agit d'Anthony. »
« Je me serais douté » commenta l'homme avec un bref soupir. « Qu'est-ce qu'il a encore fait ? Il n'a pas séché les cours, récemment. »
Mais Mme Marshall semblait s'impatienter.
« C'est au sujet de son concert, après-demain. Il faut que son père soit présent. »
Malcolm resta estomaqué quelques secondes. Déjà, il avait du mal à comprendre comment elle avait pu être au courant, dans la mesure où Tony n'était pas repassé à l'école élémentaire récemment, et ensuite, il avait du mal à réaliser ce qu'elle lui demandait.
« Je croyais que c'était vous pourtant qui souhaitiez rester en dehors des histoires de familles » lui rappela-t-il déboussolé. « Il me semble que vous m'avez suffisamment reproché de trop me mêler de la vie de Tony, non ? »
« Là c'est différent » contra la directrice, « et je ne crois pas de toutes manières vous devoir des comptes. Sachez simplement qu'il est très important que Mr DiNozzo aille voir Anthony. Il part juste après pour un long voyage, et il serait peut-être temps que vous cessiez de faire tampon entre eux. Reprendre un bon contact est encore la meilleure chose qui puisse leur arriver. »
Incertain de tout comprendre aux réelles intentions de sa confrère, Keyes acquiesça néanmoins et ne tiqua presque pas quand elle lui donna le numéro de DiNozzo Senior en lui ordonnant sèchement de l'appeler avant la nuit.
« Vos désirs sont des ordres » ironisa-t-il en raccrochant.
Il eut juste le temps de percevoir un soupir exaspéré et l'imagina sans mal en train de lever les yeux au ciel.
Puis il baissa les yeux sur le numéro de téléphone de DiNozzo Senior, resta immobile, figé dans son incertitude pendant quelques instants, avant de finalement reprendre l'appareil et composer la série de chiffres. Il n'ignorait pas le moins du monde qu'il allait bien au-delà de ce que l'on attendait de lui et qu'il outrepassait de beaucoup son droit, mais il ne pouvait faire marche arrière en dépit de son anxiété. Il s'agissait de Tony, et rien que pour lui, il pouvait bien faire un effort.
On décrocha à la cinquième sonnerie.
« Mr DiNozzo ? »
« Lui-même. »
Malcolm inspira profondément et se jeta à l'eau.
« Nous nous sommes déjà rencontrés, je suis le professeur de votre fils Anthony, c'est au sujet du concert… »
…
Honnêtement, il n'aurait jamais cru que cela fut si facile. Malgré, semble-t-il, les tensions qui s'étaient pleinement reconstitués entre les deux DiNozzo ces derniers temps et le peu de nouvelles qu'en donnait Tony, Senior se trouvait dans la salle.
Oh, en retrait, bien entendu. Là où la lumière ne portait pas assez pour qu'on puisse le distinguer, mais il était là. Malcolm en savait quelque chose, puisqu'il s'était improvisé son voisin. L'homme d'affaires était impassible, mais ses yeux ne quittaient pas la scène où son fils aîné jouait de tout son cœur, accompagnant la chorale comme si sa vie ne dépendait. Malcolm devait bien reconnaître qu'il l'avait rarement vu aussi heureux depuis le mois de septembre, et il en ressentait une intense satisfaction.
Il chercha du regard Mme Marshall et, l'ayant trouvé, lui adressa un bref signe de tête ponctué d'un sourire victorieux auquel elle répondit avec bonne humeur. La vieille directrice paraissait ravie que tout ait bien fonctionné, et Malcolm se demanda, une énième fois, jusqu'où elle était prête à aller dans l'incompréhensible. Elle ne souhaitait pas trop se mêler des histoires de ses élèves, mais été prête à l'enrôler pour ce genre de manigances, dont en plus il n'avait pas osé parler à Tony. Ah, elle était un bel exemple, la grande directrice !
La dernière chanson s'acheva dans une slave d'applaudissements auxquels se mêla Malcolm, un large sourire aux lèvres. Ce fut précisément cet instant que choisit Senior pour se tourner vers lui.
« Passez le bonjour à Junior pour moi. »
« Pardon ? » s'exclama Malcolm, sûr d'avoir mal entendu.
Il ne pouvait quand même pas…
« Mon avion décolle dans moins d'une demi heure » expliqua l'homme d'affaires, mal à l'aise. « Je ne peux pas me permettre de le manquer. Je suis désolé. »
Senior paraissait sincère, mais c'était là une considération bien trop loin des problèmes de l'enseignant. Tout ce qu'il voyait, c'était que l'homme ne pourrait pas voir son fils alors même qu'il avait fait le déplacement. Etrangement, cela lui paraissait presque pire que s'il n'avait pas pu venir du tout.
« Mr DiNozzo… » tenta-t-il désespérément. « Vous ne pouvez pas… enfin… Tony va être tellement déçu ! »
Senior, qui avait attrapé son manteau et avait déjà posé une main sur la poignée de la porte qui menait à la rue, retint son geste et se tourna lentement vers l'enseignant. Il paraissait soudain incroyablement las.
« Malheureusement, la vie ne nous offre pas toujours ce que l'on veut, Mr Keyes. Junior le sait très bien. » Il marqua une brève pause, laissa errer son regard vers la scène où son fils saluait avec les autres, et lâcha : « Moi aussi, du reste. »
Et, sans laisser à Keyes le temps d'ajouter quoi que ce soit, Senior s'éclipsa.
C'est ainsi que l'enseignant se retrouva bredouille dans le couloir, cinq minutes plus tard, à côté d'une Mme Marshall défaitiste, entourés d'une myriade de parents réjouis.
« Ce n'était pas prévu comme ça » marmonnait la vieille femme avec insistance, comme si cela avait pu y changer quoi que ce soit.
« Peut-être aurait-il mieux valut se renseigner sur l'horaire de son avion » suggéra Malcolm d'un ton désespéré qui fit bondir sa collègue.
« Je suis directrice d'école élémentaire, pas agent de la CIA ! Vous auriez aussi bien pu vous en charger, lorsque vous l'aviez au téléphone, Monsieur Je-me-mêle-de-tout ! »
Force était de constater qu'elle n'avait pas tort. Impuissants, ils allaient donc devoir accueillir Tony et lui révéler la présence de son père durant le spectacle, ainsi que son approbation. A la demande de Keyes, Mme Marshall avait accepté de rester avec lui, même si l'idée d'être mêlée à ça ne lui plaisait pas.
Ils le virent arriver tout sourire, et taper énergiquement dans la main de Keyes qui n'eut pas la force de donner le change. Le sourire du garçon se figea immédiatement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous faites cette tête ? »
Les deux enseignants échangèrent un regard incertain, clairement mal à l'aise, et finalement Malcolm se jeta à l'eau. C'était à lui de l'annoncer à Tony, pas à Mme Marshall…
« Ecoute Tony » dit-il doucement en s'agenouillant à sa hauteur, « nous avions demandé à ton père de venir te voir en concert ce soir, et il est venu. » Il prit Tony par les épaules, prévenant toutes formes d'une déception qu'il savait inévitable. « Il t'a trouvé super, mais… Mais il avait un avion à prendre, alors il a dû partir avant de passer te voir et… »
Le visage de Tony s'était décomposé, et l'éclat de bonheur pur qui régnait au fond de ses yeux quelques instants plus tôt s'était éteint. Senior était venu le voir, mais il était parti avant de le voir. Il était parti sans…
Une larme roula sur sa joue, qu'il écrasa bien vite d'un geste rageur.
« Putain fait chier… » lâcha-t-il avec colère sans prêter attention à son professeur qui ne l'avait toujours pas lâché.
Mal à l'aise de voir son jeune protégé pleurer de la sorte, Malcolm raffermit sa prise sur les épaules frêles du garçon. Les baguettes de batterie toujours à la main, Tony continua de s'essuyer furieusement les larmes qui passaient malgré lui la barrière de ses paupières. Restée en retrait, Mme Marshall songea que Keyes allait faire une boulette, allait une nouvelle fois dépasser ses devoirs. Elle le sentait venir gros comme une maison, elle avait désormais assez d'expérience dans le domaine.
Et cela ne loupa pas.
« Ecoute, Tony, si tu veux… Je sais à quel aéroport décolle son avion, et je sais à quelle heure… »
Oh non, non, non, non…
« Alors si tu veux… »
Tony avait levé des yeux pleins d'un espoir irréel vers Malcolm, et Mme Marshall sut pertinemment, à cet instant, que Keyes irait jusqu'au bout de sa folle idée.
« Z'êtes sérieux ? »
Malcolm hocha la tête, et Mme Marshall ferma les yeux, adressant aux cieux une prière muette.
…
La voiture de Keyes effectua à un dérapage à peine contrôlé devant l'entrée de l'aéroport, et Tony en bondit, la parka de travers et le pull à la fermeture éclair montée à demi. Malcolm descendit à son tour et eut à peine le temps de fermer les portières avant que le garçon ne disparaisse au milieu de la foule. Il dut courir pour le rattraper sous le panneau d'affichage.
A peine avait-il rejoint le garçon que celui-ci s'était remis à courir : le seul jet privé qui décollait de cet aéroport partait dans moins de dix minutes et l'embarquement était sans doute déjà terminé.
« Eh, petit, arrête ! » cria un vigile en voyant soudain Tony foncer vers la porte vitrée qui donnait sur les pistes. « Monsieur, rattrapez votre fils ! »
Mais Malcolm n'eut même pas l'idée de détromper l'homme, au contraire. Il savait que c'était idiot, et dangereux, mais il fallait que Tony rattrape Senior, et ce même si laisser un gamin de onze ans courir au milieu des avions n'était pas dénué de danger.
« Monsieur ! Arrêtez ! » hurla le vigile en rattrapant Keyes.
Il l'attrapa à bras le corps juste à moins de dix mètres après les portes, et cria à l'adresse de ses collègues de rattraper Tony, mais le cri de Malcolm couvrit celui de l'homme.
« Dépêche-toi ! »
Il n'en fallait pas plus pour motiver Tony, qui courait déjà à s'en arracher les jambes, vers le seul jet à des kilomètres à la ronde. Des employés s'apprêtaient à retirer la passerelle, et quelqu'un était déjà en train de fermer la porte.
« Attendez ! » hurla le garçon de toutes ses forces. « Attendez ! »
L'un des employés sembla l'entendre et se tourna vers lui, surpris, puis clairement ahuri. De part et d'autres, des avions manœuvraient tandis que les vigiles courraient toujours derrière Tony, qui ne les devançaient plus que de quelques mètres.
« Ne fermez pas ! »
Tony se trouvait presque au niveau de la passerelle quand l'hôtesse rouvrit la porte, alertée par le bruit. Le garçon saisit sa chance, en criant à s'en déchirer les cordes vocales :
« PAPA ! »
Le hurlement s'acheva dans un cri de surprise mêlée de douleur, lorsque les mains d'un vigile s'agrippèrent aux cols de sa parka et de son pull, l'étranglant à moitié. Tony s'extirpa de sa parka heureusement trop grande mais le vigile tira sèchement en arrière et il bascula sur le bitume, juste au pied des marches.
Le souffle coupé, le dos douloureux, il fallut quelques instants à Tony pour reprendre conscience de son environnement, et réaliser notamment que deux personnes se trouvaient désormais sur la passerelle, et que l'une d'elle répétait « Junior » avec surprise et inquiétude. Une seconde plus tard, le garçon comprenait enfin que son père s'était précipité hors de l'appareil et était agenouillé près de lui.
« Junior ? Junior, réponds-moi ! »
Le garçon se redressa difficilement sur les coudes, la respiration chaotique.
« Sa… lut… »
Senior l'attrapa par le bras pour le redresser véritablement, les yeux au ciel.
« Bon sang, qu'est-ce qui te prends de courir comme ça en plein aéroport ? Tu veux te faire rouler dessus ? »
Tony patienta quelques secondes le temps de pouvoir à nouveau former une phrase compréhensible.
« Je… voulais juste… te dire… salut. »
L'homme d'affaires dévisagea son fils avec ahurissement, persuadé d'avoir mal entendu. De plus en plus calme, Tony parvint même à ajouter avec gaucherie :
« C'est sympa d'être venu ce soir. »
Senior regarda Tony avec attention, en proie à une émotion violente, puis reprit le contrôle de lui-même, et se releva en forçant le garçon à faire de même. L'homme d'affaires se tourna vers les vigiles et entreprit de leur expliquer que ce n'était pas si grave, et qu'il était inutile de punir d'une quelconque manière aussi bien son fils que l'homme qui l'accompagnait. Tony n'écouta rien ou presque, occupé à se masser le bras et à grimacer en constatant que son dos était particulièrement douloureux, et également à songer que son père ne lui avait encore rien dit de gentil alors que lui venait de traverser l'aéroport en courant pour ne pas le manquer. Cela lui laissait un goût amer dans la bouche. Déjà, un homme en costume-cravate apparaissait en haut de la passerelle et rappelait à son père qu'ils avaient un horaire à respecter, qu'ils devait tous se rendre à une conférence à l'autre bout du pays et qu'il était particulièrement égoïste de retarder tout le monde pour un gamin de dix ans qu'il lui serait toujours possible d'appeler plus tard.
Senior jura en italien, et Tony comprit vaguement que ce n'était absolument pas sympathique. Cela lui donna une impression de chaleur réconfortante. Il s'en voulut simplement de ne pas comprendre en détail les paroles de son père, et se promit de travailler avec acharnement son italien afin de mieux comprendre à l'avenir ce que l'homme pourrait dire.
« Tiens » dit Senior en lui tendant sa parka. « Va rejoindre Keyes, il doit se demander ce que tu fabriques, et je dois y aller. »
La sensation de chaleur disparut, remplacée par un poids au niveau de la poitrine et un picotement reconnaissable dans les yeux.
Résigné, Tony hocha simplement la tête et ne protesta pas lorsqu'un des vigiles le prit par l'épaule pour le ramener vers l'aéroport. La tête basse, il avait parcouru une dizaine de mètres lorsque son père le rappela.
« Junior ! »
Il se tourna vers le jet et découvrit l'homme d'affaires immobile, toujours au pied de la passerelle.
« Ce… » Senior parut hésiter, puis il se jeta à l'eau, la voix un peu incertaine, gauche. « C'était bien joué, ce soir. Un vrai pro. »
Un sourire de joie pure et innocente se dessina sur le visage de l'enfant. Le vigile le poussa un peu devant lui, et Tony rejoignit l'aéroport sans quitter son père des yeux avant que celui-ci ne disparaisse dans l'avion. Les hommes qui l'escortaient le laissèrent au niveau des portes, et le garçon aperçut Keyes, debout près du bureau des vigiles, en train de se masser l'épaule. Tony sentit son sourire s'élargir, et tout en enfilant sa parka, il rejoignit son enseignant. L'idée de lui sauter au cou le titillait fortement, mais la grimace éloquente de l'homme, si elle acheva de le mettre de bonne humeur, lui fit bien comprendre qu'il n'était pas d'actualité de mettre son dos à l'épreuve.
« Arrête de sourire » ordonna-t-il d'un ton faussement vexé en attrapant le garçon par la parka.
« Je ne sourie pas » affirma Tony, un sourire d'une oreille à l'autre, alors qu'ils s'éloignaient tous les deux vers la sortie. « Juré » ajouta-t-il en levant la main gauche.
« Tu jures pas de la main droite, toi ? »
« L'autre bras me fait mal. »
« Et moi alors, qu'est-ce que je devrais dire ? Ces types ne sont pas très délicats, et je n'ai pas onze ans, moi. »
« C'est sûr » reprit Tony, goguenard. « L'âge, ça joue, hein Mr Malcolm ? »
L'enseignant passa un bras autour du cou du garçon dans un simulacre d'étranglement et l'attira vers lui en râlant à mi-voix, amusé malgré lui.
« Ménage ma susceptibilité, ou tu rentres à pied ! »
Mort de rire, Tony enserra d'un bras la taille de Keyes, l'autre main accrochée au bras qui faisait mine de l'étouffer, et tous deux quittèrent l'aéroport en ayant que vaguement conscience de ce qu'ils venaient d'accomplir. Ils n'étaient plus seulement dans une relation maître/élève, ils étaient devenus complices. Et le garçon songea alors qu'il avait de la chance.
Il avait une seconde mère, une sœur, un petit frère.
Il avait Malcolm. Il avait Gibbs.
Et il avait son père.
...
Voilà, voilà !
Bon, tout d'abord je tiens à me ré-excuser de cette absence interminable – et impardonnable – et mettre au point certaines choses, notamment sur ma vision de Senior. Donc, bienvenue dans le commentaire à l'utilité indéterminée sur les trois « pères » de Tony !
Déjà, j'ai vu l'épisode de la saison 8 dans lequel il apparaît et j'ai adoré. Ensuite, comme dans tout couple qui se sépare, il existe toujours deux versions des choses, et à plus fortes raisons lorsque des enfants sont en cause. Donc non, Senior n'est pas le super grand méchant de l'histoire, il est simplement un père homme d'affaires qui a merdé à un ou plusieurs moments de sa vie et n'a pas eu la chance de créer une véritable complicité avec ses fils et le regrette amèrement, comme en témoignent ses efforts. Et je ne dénigre pas non plus Ashley : elle est simplement une mère qui a dû se rabattre sur le premier prétendant venu pour que son fils soit reconnu, et ce n'est pas véritablement pas amour qu'elle a agis, soyons clairs là-dessus. Donc, même si Senior l'aimait à sa manière d'un véritable amour, elle n'a jamais partagé pleinement ses sentiments, ce qui a pu altérer son jugement. Quant à Gibbs, dès le début son camp était choisi, il n'a jamais aimé Senior et ne pouvait de toute façon pas abandonner sa meilleure amie. Donc oui, Tony va continuer à voir son père, et tous deux, même s'ils n'auront pas toujours une véritable relation père/fils, entretiendront tout de même des rapports cordiaux et même un peu chaleureux à l'occasion.
Passons à Malcolm. Il est très investi – même clairement un peu trop – auprès de Tony, ce qui finira tôt ou tard par créer des tensions au sein de la famille agrandie du garçon. Parce que mine de rien, c'est qu'il passe pas mal de temps avec, Keyes… Quoi qu'il en soit, j'avais prévu avec eux un certain nombre de petits problèmes, que je ne pourrais malheureusement pas inclure dans la suite de cette Interlude. Donc je posterais sans doute ces passages sous forme d'OS sur l'enfance de Tony. Néanmoins, Malcolm réapparaîtra dans le chapitre suivant, qui couvrira la vie de Tony en gros de ses quinze à ses vingt-cinq ans, date de son entrée au NCIS. La présence de Keyes sera d'autant plus importante que les rapports entre Tony et Gibbs vont se dégrader à vitesse grand V. Sinon, il y aura probablement l'explication du trop gros investissement de Malcolm auprès du garçon dans le chapitre suivant, car oui, c'est pour une bonne raison que Keyes est comme ça. Et puis, il n'aura de toute façon pas vraiment le choix, il a commencé comme ça il devra terminer, parce que les DiNozzo auront encore besoin de lui ! (A croire qu'ils ne peuvent pas se voir sans médiateur).
Enfin, voilà arrivé le tour de Gibbs. Plutôt absent de ce chapitre, et pour une bonne raison. Il est marines, un métier très prenant, et n'est donc pas souvent présent. Ceci mis à part, Tony commence à retrouver une certaine assurance, et donc à s'éloigner de lui. Le petit garçon grandit, et même si c'est naturel, Gibbs en est blessé, d'autant plus que contrairement à Shannon, il a l'impression d'être peu à peu évincé de la vie de son filleul et remplacé par Keyes, qu'il prend même clairement comme une menace, comme vous l'aurez remarqué. Tony passe beaucoup de temps avec son (ancien) enseignant, et c'est plutôt lui qui lui donne un coup de main en cas de besoin. Donc, pour faire court, Gibbs est un peu jaloux, et ça ne va pas aller en s'améliorant, ce qui va aussi constituer une part du changement de rapports entre eux. Vis-à-vis de Senior, il lui faudra beaucoup de temps avant d'accepter une autre version des faits que celle donnée par Ashley lorsqu'elle était vivante, et ses rapports avec DiNozzo père ne seront jamais très zen.
Enfin, je dirais espérer très franchement que ce chapitre vous aura convaincu que rien n'est jamais ni tout à fait blanc ou noir, et que désormais vous entreverrez un peu des problèmes à venir entre Gibbs et Tony.
Ah oui, et j'espère aussi que Malcolm et Senior vous conviennent ainsi, bref, que vous avez aimé et voudrez bien me donner vos avis. Merci d'avance !
Salut tout le monde, à plus,
Kael
