Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.

Chapitre contenant une surprise (elle concerne Kanon mais j'expliquerai tout après).

/!\ Lemon, en ce moment toutes mes publications contiennent ce genre de "chose", ce n'est vraiment pas fait exprès, juré !

Merci à toutes celles d'entre vous, et qui sait à ceux s'il y a des garçons, qui suivent cette fanfic farfelue.

Oui je m'éclate avec, je les adore tous ces petits personnages. Je publie les chapitres déjà écris mais il faut savoir que depuis 3 mois cette fic est en stand-by : l'inspiration m'a quitté. Probablement avec un autre tournant. Mais je la finirais, seulement je prends mon temps. Je ne suis pas pressée de la terminer.

Bonne lecture.


Chapitre 13

Les voies du Seigneur sont impénétrables

Dimanche lendemain de fête… Kanon sent une sensation bizarre émaner de son corps… Un mal de tête carabiné prend place entre son cerveau et sa boîte crânienne, certes pas aussi fort que celui de son frère mais tout de même, assez pour le réveiller de mauvaise humeur. Il émerge doucement et s'aperçoit qu'il ne reconnait pas l'endroit où il se trouve. Ses yeux sont mi-clos, il se les frotte, tente de les ouvrir, les referme – la lumière lui procure un mal de chien – puis une deuxième fois les ouvre. Enfin. Enfin il voit. Il voit quoi ?

Monsieur est sur le ventre, il se relève sur son coude droit, se met de côté et commence d'examiner les draps sur lesquels son somptueux corps repose. Tiens étrange… Des draps de satin rouge et noir ? Il n'a pas connaissance d'en posséder de tels… Puis il dirige son regard tout autour de la pièce, les meubles, les murs il ne reconnait rien. Où donc a-t-il atterri ? Personne à côté de lui. Il entend des bruits provenir d'à côté, probablement que son hôte saura le renseigner. En se levant Kanon constate qu'il est nu, entièrement nu et moite, terriblement moite et collant. Mon dieu la nuit a dû être monstrueuse !

Pas gêné pour un sou il sort de la chambre dans la tenue d'Adam. Il ne voit personne dans la cuisine. Alors il demande d'une voix forte et rauque – surement par les cris vociférés cette nuit.

— Oh hé y a quelqu'un ?

Quelques secondes plus tard arrive un jeune homme vêtu d'un boxer rouge et t-shirt blanc.

— Oh mais je vois que mon invité vient de se réveiller ? Alors bien dormi ?

Kanon détaille cet individu, un sourire fracassant fend ses joues découvrant des canines blanches pointues. Ses yeux cobalt pétillent de malice, son corps est pareil au sien, une masse taillée dans du velours… Ses biceps se dévoilent de par le tissu transparent.

— C'est chez toi ?

— Question très pertinente… Oui c'est chez moi.

— Et… Tu t'appelles comment ? On a fait quoi ensemble ?

Les yeux pétulants brillent de plus belle, son interlocuteur se pourfend d'un rire franc, sonore. Kanon reprend un peu agacé.

— Je t'ai posé une question si je ne m'abuse, on a fait quoi exactement cette nuit ? Et quel est ton prénom ?

L'autre s'arrête net. Continue de dévisager Kanon comme un rayon laser qui le passerait au scanner.

— Devine… Tu es nu il me semble non ? D'ailleurs merci, tu m'offres une très belle vue en ce début de journée… J'apprécie… Vraiment. Au lieu de me parler aussi peu aimablement, il serait bien aussi de te présenter… Enfin moi pour la peine je me souviens de ton prénom.

— Bon, bon. Ok on a couché ensemble bien, mais ça ne me dit pas comment tu t'appelles ?

— Milo. Moi c'est Milo. Alors, Kanon, tu prends quoi le matin thé ou café ?

— Je ne reste pas. Je m'habille et je file, cette nuit a été bonne, enfin je pense mais nous en resterons là. Merci pour tout ciao !

Au moment où il tourne le dos pour prendre ses affaires un bras ferme le retient. Kanon se retourne pour voir l'air sérieux de son hôte. Ses yeux ne luisent plus de malice mais d'une fermeté sans pareille.

— J'ai dû mal me faire comprendre je pense… Je t'ai demandé ce que tu prenais le matin… Thé ou café ? Pour ta gouverne, je ne suis pas le type de mec que l'on peut jeter comme un malpropre… Kanon… Personne ne me traite comme ça, alors tu vas rester petit déjeuner avec moi.

Puis son sourire innocent réapparaît sur son doux visage. Kanon en reste choqué ! Cet homme… Il n'a pas prêté attention à lui la veille, trop occupé à mener son combat de fierté mal placée ; il a pris du bon temps et comptait en rester là pour rentrer chez lui point. Mais cet homme le contraint à rester en employant une manière forte mais douce en même temps. Il n'a pas l'air de transiger ce Milo… Derrière ce sourire de façade se cache un homme de poigne qui ne tolère qu'on l'ignore aussi facilement.

Et Kanon adore, non, adule les hommes imposants, droits, indomptables. Alors Kanon se laisse faire, se laisse dompter par ce Milo sorti tout droit de ses turpitudes d'avec son blond. Amusé il se laisse emmener bien docilement en attendant ce que lui réserve ce Milo par la suite…


Rhadamanthe s'est levé assez tôt, il est déjà dans la cuisine entrain de se préparer son thé du matin. Valentine dort encore. Son petit ami lui a acheté son thé préféré pour quand il vient à la maison, c'est une attention adorable mais qui ne le touche pas. A vrai dire ses pensées se tournent vers ce Kanon Costa pendant qu'il se beurre ses toasts. Kanon Costa… Quel homme… Il revoit dans son imaginaire les poses lascives qu'il prenait quand il dansait hier soir. Son petit manège au coin fumeur l'a marqué, il a dû prendre sur lui pour ne pas craquer et se vautrer sur cette bouche tentatrice… La bouche du démon, le démon du vice. Il se reprend mentalement, non, il a bien fait de résister, Valentine ne mérite pas d'être traité comme un moins que rien. Et lui d'ailleurs possède des principes qu'il ne trahit jamais. Rhadamanthe n'est pas du genre à tromper ses partenaires avec le premier venu, non mais. Oui, il a bien fait de préciser au bleuté qu'il était en couple. Mais…

Mais la suite de la soirée se déroule inlassablement dans sa tête. Purée de poids cassés ! Pourquoi a-t-il jeté son dévolu sur cet inconnu onduleux ? Pourquoi l'avoir nargué en le touchant et en l'embrassant comme cela ? Alors que quelques minutes plus tôt Kanon lui faisait la grande parade amoureuse ?

Installé devant son quotidien, dont Valentine a pris la peine de s'abonner pour son blond, il ne voit pas arrivé son amant justement. Ce dernier débarque dans la cuisine déjà tout pomponné et vient lui faire un bisou sur le front. Il se penche en l'entourant de ses bras et pose sa tête sur son épaule.

— Bien dormi mon chéri ? Tu lis quoi ?

— Oui bien. Le cours de la bourses et les nouvelles économiques.

Il n'est pas très loquace.

— On va faire quoi aujourd'hui ? Tu restes pour déjeuner ? laisse échapper Valentine dans un bâillement.

— Oui si tu veux.

— Chouette mon Rhadoudou ! Hen je sais ! Nous allons aller au parc. Ou non, que dis-tu d'aller visiter une expo cette après-midi ? Ou alors si tu veux on peut aller faire le tour des antiquaires hein ? Tu préfères quoi ?

— Je m'en fiche comme tu veux. Mais Val…

— Oui mon Rhadou ?

— Arrête de m'appeler Rhadoudou ou je vais faire un meurtre ! Compris ?

— Mais… C'est gentil…

— Non, c'est débile oui.

— Je dois t'appeler comment alors ?

— Rhad si tu veux mais pas de niaiserie qui finissent par –ou d'accord ?

— Ca apporte un côté plus intime je trouve… On dirait que tu te caches, que tu as honte que l'on sorte ensemble ! Quelque chose ne va pas ? C'est quoi ? Moi ? Dis-le parce que je vois bien que tu es froid.

— Val… J'ai toujours été froid comme tu dis, ce n'est pas une nouveauté… Si ça ne te conviens pas, tu ferais peut être mieux de chercher une personne qui soit plus affectueuse avec toi… En tout cas, pour ma part je ne suis pas un chien, donc c'est à prendre ou à laisser.

Valentine ne dit rien, il s'est relevé, se tient derrière son petit ami et commence de renifler. Quand Rhadamanthe se tourne il voit son ami peinant à retenir ses larmes qui coulent déjà le long de ses joues, prit de spasmes. Allons bon ! Voilà qu'il va se mettre à chialer, c'est reparti !

Ce n'est pas que Rhadamanthe soit insensible à la tristesse d'autrui… C'est que lui n'est pas constitué comme les autres, son côté inflexible en déroute plus d'un. On pourrait penser qu'il ne pleure jamais, qu'il n'éprouve pas de sentiment de faiblesse, qu'il est fait de pierre, de rock… Cela se manifeste être faux. Il peut exprimer de la tristesse également, sauf qu'il l'enfouit au plus profond de ses viscères là où personne ne peut l'atteindre, là où personne ne s'y est jamais aventuré. Parce qu'il ne fait entrer personne à proprement parlé dans son monde. Il laisse voir ce qu'il a envie de laisser voir.

Alors de voir son nouveau fiancé aussi émotif l'énerve par moment, quasiment en permanence. Il se contient pour ne pas l'enfoncer d'avantage avec ses remarques tranchantes, ce n'est pas un monstre, il ne prend pas plaisir à regarder les autres souffrir même par sa faute. Ce qu'il aimerait pouvoir être totalement lui, sans avoir peur de blesser ou de vexer celui qui partagera sa vie… D'avoir à ses côté quelqu'un qui le comprenne sans qu'il n'ait besoin de parler pour ne rien dire… De pouvoir se taire quand l'envie lui prend… Au lieu de ça, il doit faire de gros efforts pour rassurer son Val, parce que là il ne va pas bien du tout, c'est clair et net.


Kanon a finalement passé le début d'après-midi avec Milo, il ne sait quoi en penser pour être franc. Enfin bon, il verra par la suite. Ils ont bien ris ensemble, il doit avouer qu'il est très comique et doté d'une bonne répartie comme il les aime. Ils n'ont pas arrêté de s'envoyer des petits pics, des vannes au nez de l'autre en pouffant comme des gamins. A un moment donné quand lui-même se douchait, Milo l'a rejoint pour entamer une bataille d'eau qui a éclaboussé la salle de bain au reste. Ce n'est certainement pas avec Saga qu'il pourrait se permettre de mettre à feu et à sang leur appartement même pour se divertir. Oh non, avec son frère tout doit rester nickel-chrome, aucune goutte d'eau ne vient tacher le rebord du lavabo. Aucune miette ne s'égare au coin de la table, aucune poussière ne se terre sous le tapis… Saga est l'archétype du maniaque obsessionnel, ou plus communément appelé « vieux garçon avant l'heure »…

En repensant à son escapade chez Milo, il se met à partir dans un fou rire tout seul. Il passe la porte d'entrée de son appartement commun avec Saga et le voit justement posté les bras croisés sur le canapé entouré de Mû et d'Angelo. Pour désamorcer le conflit naissant il chantonne.

— Schuss les amis ! Comment que ça va bien ? Ah Saga ça roule ?

Mû regarde interrogateur le visage de son ami Saga qui se referme de seconde en seconde pendant qu'Angelo lui fait un signe pas du tout discret de la tête en la secouant de côté genre « tu viens on dégage ».

L'ainé des jumeaux crache.

— Je peux savoir où tu étais passé hier soir Kanon !? Tu es parti avant la fin du service en me laissant en plan et sans savoir où je pouvais te joindre !

Son cadet ne l'écoute absolument pas puisqu'il est déjà parti à la cuisine se servir un verre de jus de pomme. Saga hurle à l'autre bout du salon.

— Kanoooon ! Viens ici pu… ! Merde !

En revenant tout tranquillement son verre à la main il répond.

— Saga tant de vulgarité de ta part ça alors !

Il sirote son jus en portant un regard vague comme il sait si bien le faire. Peut être est-il parti dans une de ses rêveries ? Pour l'instant son frère se retient de ne pas l'étrangler sur place, alors son côté Peter Pan rêvassant il n'en a que faire…

— Tu peux me répondre à la fin bordel de dieu !? Je me suis inquiété pendant toute la nuit ! Et tu m'as laissé me démer… Me dépatouillé tout seul alors qu'on ne s'en sortait pas ! Tu crois quoi ? C'est pas la fête du slip !

Kanon s'étouffe avec son jus, jamais son frère ne parle ainsi, c'est vraiment amusant. Mû et Angelo sont de plus en plus gênés d'assister à un règlement de compte de la part des frères Bogdanov. Ils essaient de se rapprocher de leurs manteaux comme si de rien n'était, histoire de dire qu'ils veulent s'en aller… Mais Kanon reprend la conversation.

— Mais tu t'inquiètes beaucoup trop pour moi frangin ! Si tu veux tout savoir, hier je suis allé rejoindre Alba et Aphro à l'Entrepôt. J'ai rencontré un gugusse là-bas et j'ai fini la nuit avec, je reviens de chez lui justement. Voilà, pas la peine d'en faire un drame !

— Pas la peine d'en faire un drame ! Pas la peine d'en faire un drame ! KANON ! Mais tu te fous du monde ma parole ! On dirait un gosse de quinze ans ! Tu veux dire que tu m'as laissé me débrouiller tout seul pour aller t'envoyer en l'air avec un parfait inconnu ? Mais t'es dingue ! Dingue, dingue, dingue !

Pendant que Saga répète inlassablement le mot « dingue », ses amis se regardent l'air de dire « mais qu'est-ce qu'on fiche ici ? », les pauvres ils restent coincés dans cette dispute sans pouvoir feinter une esquive.

— Ouh la Saga ! Attends une minute s'il te plait ! Je suis majeur et vacciné je te ferais dire, je n'ai pas besoin de ta permission pour fréquenter qui que se soit, on est d'accord ? Ce que je fais de ma vie privée ne te regarde pas… Et pour le resto, bah je suis désolé ok ? Je voulais décompresser un coup c'est tout. Ce n'est pas contre toi, mais hier soir ça tournait bien, tu n'avais plus besoin de moi alors je suis parti me détendre.

— Parti te détendre !? Mais tu crois que la vie est une partie de rigolade Kanon ? Moi aussi je te signale que j'aimerais prendre des moments pour moi, mais je ne peux pas, j'ai des responsabilités et…

D'un coup Saga se prend la tête entre ses deux mains, il est en proie à une migraine fulgurante. Il se rassoit sur le divan tandis que Mû accourt auprès de lui. L'ainé des jumeaux crie de douleur en se penchant en avant pour trouver une position moins algique. Mais rien n'y fait cet étau compressif revient à la charge sans cesse. La douleur se propage dans tout son crâne, son cerveau semble être constitué de compote tandis qu'une centaine de marteaux tapent dans sa tête. Kanon interloqué ne sait pas quoi faire alors l'infirmier en chef se porte en décisionnaire.

— Saga je t'accompagne jusqu'à ta chambre, il te faut du calme et de la pénombre.

— Naaaan, pas la peine Mû… Haa, c'est pas possible comme j'ai mal. Kanon va me chercher mes cachets !

— Certainement pas ! Tu me suis sans discuter, arrête de te bourrer de ces saloperies, à force ils ne font plus effet. Tu vois dans quel état tu es ? Viens.

En relevant Saga son ami le conduit à sa chambre et l'aide à se coucher. Ferme les volets et revient vers les autres. Mû regarde le cadet avec un air réprobateur, le sermon du père Natla va sonner le glas de l'irresponsabilité de Kanon.

— Non mais regarde dans l'état que se met ton frère et ce par ta faute ! Tu es content de toi Kanon ?

— Mais j'hallucine de quoi tu te mêles sans dec' ?

— Je m'en mêle parce que ton frère nous a bombardé d'appels depuis hier soir en te cherchant partout ! Et ce matin nous avons dû venir pour le résonner et attendre ton retour avec lui ! Tu ne t'imagines pas dans quel stress vit ton frère en permanence bon sang ! Arrête de n'en faire qu'à ta tête et essaye de le soutenir un peu plus.

Ce n'est pas souvent que le doux Mû se met en colère, surtout dans une colère noire pareille, mais là il trouve que le jeune homme a dépassé les limites. Quelqu'un doit lui faire prendre conscience de la souffrance de son frère. En pleine réflexion Kanon continue.

— Je ne pouvais pas me douter de la situation ! Sans blague, comment j'aurai pu deviner ? Saga ne me dit jamais rien le concernant. Je ne sais pas quand il va mal, il préfère gérer seul ou culpabiliser dans son coin. J'essaie sans arrêt d'aller vers lui ! Ce n'est pas de ma faute si apparemment il préfère tout te raconter à toi plutôt qu'à moi son propre frère !

— C'est parce que tu ne l'écoutes pas tout simplement ! tranche net Mû. Si tu prenais la peine de t'intéresser à une autre personne qu'à toi monsieur Costa, tu aurais vu que ton frère angoisse ces derniers temps. C'est sa nature en plus tu le sais ! Alors ne fait pas l'ingénu pas avec moi !

— Et tu veux que je fasse quoi maintenant s'il ne se décide pas à me faire confiance ?

— Reste auprès de lui, essaie de te responsabiliser un peu pour qu'il puisse se décharger sur tes épaules. Prends en main le restaurant, ne fais plus passer tes désirs avant les siens, soit plus altruiste…

— Ca va, ça va Mû, j'ai compris ! Je ne pensais pas que tu avais déjà préparé une liste aussi grande de mes défauts, je te remercie !

Mû se radoucit et parle d'un ton plus posé.

— Je ne te rends pas responsable des soucis de ton frère, et je ne me permettrais pas de mettre en avant tes défauts. Je sais que tu l'aimes, mais regarde, le point de rupture a été franchi. Il lui faut du repos et surement repasser des examens pour tenter de trouver la bonne dose qui pourra le calmer. Et surtout… Il faut qu'il apprenne lui aussi à gérer son stress et être moins anxieux, sinon ça n'ira qu'en empirant. Bon, sur ce, je vais passer à la pharmacie lui chercher ses cachets et ramener Aphro pour qu'il le soulage par son hypnose. Toi reste à son chevet. Nous revenons, d'accord ?

— Oui d'accord Mû… Je vais bien prendre soin de Saga ne t'en fais pas.


Kanon se rend au chevet de son frère qui gémit dans son lit. Il s'assoit sur le matelas à ses côtés, pose sa main sur le front de Saga et commence à jouer avec une mèche de cheveux bleue.

— Saga… Pourquoi tu ne me dis jamais rien quand tu as des soucis ? Je suis là pour toi aussi, tu le sais ?

— Je ne sais pas Kanon… Je ne veux pas t'ennuyer avec mes problèmes je suppose…

Le regard que porte le cadet envers son ainé est rempli de compassion. Qu'il l'aime son grand frère. Il représente son modèle depuis son enfance. Saga a toujours brillé et attiré l'admiration de tous, de par ses résultats scolaires, les compétitions qu'il gagnait quand il pratiquait le sport au collège, des liens qu'il tissait avec ses amis. Tous, tous l'admirent depuis toujours. Et puis aussi, il prenait sa défense devant les reproches de ses parents, plus particulièrement de sa mère. Toute son enfance elle lui a répété qu'il était de la mauvaise graine et qu'il ne ferait rien de bien dans sa vie, pas comme son frère. Mais Saga le soutient envers et contre tout. Même quand effectivement il lui arrive de dépasser les limites.

Et puis Saga pardonne tout et le protège, alors Kanon va aussi le protéger à son tour plus qu'il ne le montre en ce moment. Il se fait la promesse là dans cette chambre, devant la mine crispée de son frère de tout faire pour soulager ses angoisses. Il se lève et vient s'allonger de l'autre côté du lit en se blottissant contre le corps jumeau, ses mains unies contre les côtes de Saga.

— Dis Saga ?

— Oui.

— Tu veux que je te raconte ma rencontre avec ce Milo ?

— C'est qui Milo ?

— Bah le type de cette nuit…

Kanon décide de ne plus garder de secret pour ôter l'inquiétude qui s'empare de l'esprit de son frère. Saga est bien la seule personne en ce bas monde à qui Kanon confie ses doutes, ses espoirs, ses opinions et se dévoile entièrement. Il lui parle jusqu'à ce qu'il voit son frère sombrer dans les bras de Morphée.


Albafica étend son linge dans la mezzanine puisque dimanche signifie jour de lessive. Une grande occupation palpitante si l'on peut s'exprimer ainsi… Il ne semble pas à ce qu'il fait puisque cela fait deux fois qu'il laisse tomber les caleçons de Shion par terre. Zut, encore une fois ! Il aligne les pinces à linge comme on dégomme un ball trap, pan pan pan pan. Une cassée en deux reste dans ses mains. Mais bon sang de bon soir qu'est-ce qu'il se trame dans son cerveau ?

Son esprit tortueux s'insinue dans des méandres vaseux. Il revoit la scénette des toilettes à l'Entrepôt… Son petit moment de flottement… Le visage de Minos penché sur lui… Ressent son souffle s'expulser sur son visage… Revit la poigne qu'il a subi quand il l'a amené contre son torse… Entend les battements de son cœur résonner contre le sien… Ouh là, il faut qu'il se reprenne, cela devient gravissime de résonner comme ceci.

Les joues rouges il se redonne une contenance et s'extirpe de cette chaleur toute nouvelle qui le prend quand il pense à son voisin. Son voisin ! Cet homme horripilant au possible qui possède un égo surdimensionné ! Et un corps bien fait soit dit en passant… Albafica revoit son corps enveloppé dans les plis de son peignoir en satin lors de leur première entrevue… Cet habit simple laissait apparaître les lignes et courbes du jeune homme et puis surtout… Surtout… Et là Albafica devient cramoisi… Surtout hum… Son hum hum… La partie de son anatomie qui est la plus intime. Il se donne deux petites claques pour reprendre le cours de ses pensées et se ventile avec sa main pour apporter un peu d'air frais.

Une fois la lessive étendue comme il l'a pu, il redescend vers son concubin qui discute au téléphone avec son petit frère. Shion… Son compagnon depuis cinq années. Cinq années de bonheur intense et de quiétude. Albafica le détaille des pieds à la tête. Se dégage de son être une assurance énorme mais également une modestie sans limite. Shion n'est pas un frimeur pourtant il aurait de quoi fanfaronner et ce sur de nombreux points. Il possède un physique d'athlète, une chevelure de rockeur fou, une intelligence hors norme, une patience d'ange, une sagesse qui lui permet d'affronter tous les coups durs de la vie. Il ne s'avoue jamais vaincu face aux adversités et ne rend jamais les armes avant de s'être battu. On peut se reposer sur un homme comme ça, il s'inquiète réellement des problèmes de ses proches. Non, Shion est un homme fabuleux, incomparable face aux autres… Face à ce Minos… Il aime son compagnon et il va lui prouver. Il va se le prouver surtout, parce qu'Albafica ne désire personne d'autre que son mout-mout à lui.


Après avoir raccroché Shion voit son ami le regarder bizarrement… Son visage montre une sévérité ou bien un sérieux. Ce dernier s'avance avec un éclair étrange dans ses prunelles saphir. De suite Albafica se met à califourchon sur son compagnon qui est assis dans le canapé. Il voit les mains de Shion prendre possession de ses hanches, un sourire goguenard fiché sur ses lèvres. En se penchant le bleuté entoure de ses mains le visage chéri et embrasse chaque zone de celui-ci. L'arrête du nez, la pommette droite, la pommette gauche, le front, la bouche puis recommence ce petit tour malicieux. Il se colle au plus près du corps de Shion pour bénéficier de sa chaleur, en même temps ses doigts se mettent en action en imprimant des volutes dans la chevelure vénitienne. Shion commence à perdre la tête, c'est abominable comme il se rend compte que son ange possède une emprise sur ses sens. A chaque fois le même scénario se répète : la déchéance du plaisir. Même si le moment ne s'y prête pas, il ne peut repousser son bel amant. A son tour il commande à ses mains de palper les hanches rondes, de descendre sur ses cuisses, de remonter sur les fesses. Les bouches se trouvent pour un prélude amoureux, ils s'embrassent à en perdre haleine. Cet éternel recommencement les enchante à chaque fois, c'est tellement bon de se laisser aller dans les bras de la personne que l'on aime.

Shion remonte le haut de son amant en le gratifiant de baisers voluptueux à chaque fois que le tissu découvre un monceau de peau. Puis il finit par le lui enlever en le balançant à l'autre bout de la pièce, à son tour Albafica déshabille son partenaire et s'abat sur ses pectoraux tendus. La peau frissonne sous le contact de sa langue et Shion échappe un gémissement d'appréciation. Bascule sa tête en arrière pour laisser à son amant l'accès total de sa gorge. Albafica le couvre littéralement de son corps sans lui laisser la possibilité de reprendre son souffle, inlassablement il revient à la charge de ses baisers perfides.

Shion remonte son bassin en avant pour avoir plus de sensation tandis qu'il geint encore et encore, et ce de plus en plus fort. Perdu dans son extase il sent à peine sa braguette s'ouvrir et une main venir le caresser plus intimement. S'en est trop. Il rouvre les yeux pour contempler un tableau des plus libidineux, devant lui Albafica halète les yeux larmoyants, la bouche entre ouverte, les joues rosies par l'excitation, les cheveux ruisselants entrain de le malmener délicieusement. Front contre front ils restent à leurs cajoleries quand n'y tenant plus, Shion repousse son amant pour le mettre debout. Il enlève son pantalon précipitamment et tire sur le jeans encombrant. Une fois nu Albafica revient en position d'amazone en continuant ses préliminaires. Ils savourent encore plus le contact de leurs peaux moites comme cela. Les râles n'en finissent pas, Albafica se prouve bien que Shion est bien le seul homme qui le contente parfaitement. Entre deux cris il souffle.

— Montre-moi ce que tu ressens pour moi… Maintenant… Prouve-moi que tu tiens à moi… Shion… Fais-moi l'amour tout de suite.

Sans attendre une seconde de plus le dominant renverse son chéri sur l'assise du divan et se couche de tout son long sur lui. Prend sa bouche dans une étreinte possessive et commence de se mouvoir. Il sent ce corps si longiligne trembler de bonheur sous le sien en se prêtant aux mouvements qu'il façonne. C'est tout simplement divin de lui appartenir. Sans détacher ses yeux des diamants bleu, Shion continue sa lutte infernale. Se décide à passer sa main entre les cuisses pour affubler de ses caresses le membre gorgé de désir de son partenaire. Albafica tressaille, se contracte sous l'attouchement, se cambre puis se détend de nouveau. Son corps imprime des mouvements audacieux, puis il relève la tête en ne cessant de se cramponner à la chevelure cascadante.

— Prends-moi maintenant Shion, férocement.

— Mais Alba… Je… Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Le bleuté tire sur la chevelure en prononçant sa phrase d'une manière obscène.

— J'ai dit, prends-moi tout de suite et vas-y fort.

Stupéfait mais encouragé par le ton convainquant de son aimé, Shion le pénètre cavalièrement. De suite Albafica accompagne les mouvements ordonnés par son partenaire. Comme indiqué il y va fort, un peu trop fort puisque cris de douleur se mélangent aux cris de plaisir, percent l'air ambiant de déchirement. On ne le tient plus, toute sa lubricité se déverse en cet instant, il ne cesse de répéter des paroles croustillantes.

— Encore… Encore… Viens, oh oui Shion… Tu sais ce qui me plait… Hen oui mon amour viens !

En gémissant de la sorte il parcourt le dos de Shion de ses ongles en laissant de belles griffures fines sur tout l'ensemble de l'épine dorsale. Cela le cuit, atrocement mais les cris ajoutés au comportement dépravé d'Albafica et en prime les lacérations lui plaisent. Lui plaisent énormément pour être tout à fait honnête, la bête se lâche. Dans un mouvement ample de bassin il donne l'à-coup final en réduisant à néant les supplications de son partenaire. Les râlent meurent ensemble, Shion s'écrase sur le corps inerte d'Albafica et le gratifie de baisers dans le cou. Cet acte a été d'une intensité mémorable, il remercie son ange de toute la tendresse dont il sait faire preuve. Albafica le surprendra toujours.

— Mon ange tu me combles… C'était incroyable… Je t'aime tant.

Ce dernier rabat ses bras autour du corps au dessus de lui en se laissant aller aux embrassades plus chastes. Effectivement, l'amour avec Shion reste merveilleux, il ne fallait pas en douter. Alors, pourquoi en a-t-il douté ?


En ce début de semaine Eaque laisse apparaître une attitude tendue, non pas qu'il se rappelle les évènements de samedi soir – fort heureusement pour lui – mais parce que dans quelques jours il a rendez-vous avec Camus Varese pour une première lecture de sa future pièce. Et il se doute du drame que cela va causer encore au sein du Myrmidon. Il imagine déjà la tragédie qu'Orphée va lui jouer encouragé par un Mime exaspérant. Ces deux là ensemble sont pire que la variole et la syphilis réunies !

Il sort de chez lui et se rend sur le parking là où est garée sa voiture, monte à l'intérieur de l'habitacle et démarre. Une fois dans son théâtre il se dirige dans la salle de spectacle. Orphée souhaite faire passer des auditions pour les futurs acteurs, également en ce qui concerne le rôle principal. Rôle attribué d'office à Valentine, mais n'en faisant qu'à sa tête le directeur artistique remanie la distribution. Eaque entre dans l'immense auditorium et voit en dessous de la scène, près du premier rang Orphée en grande discussion avec l'ensemble de son staff, ce qui inclus aussi les techniciens. Il révolutionne son petit monde, ne voyant pas son directeur approcher. Dos à lui il ne l'entend pas.

— Mais moi je vous dit qu'il n'y a aucune raison pour que le favoritisme ait lieu au sein de ce théâtre ! Moi vivant je ne le tolérerai pas ! L'art n'a de vie que parce qu'il croît dans la douleur et les larmes versées des acteurs bafoués ! Au grand jamais une pièce sera couronnée de succès grâce au cynisme de l'allégeance du pouvoir. Révoltons-nous contre l'oppression mes amis, battons-nous pour la comédie ! Au nom de Molière, au nom de notre belle langue !

Eaque les poings sur les hanches attend tranquillement que son directeur termine sa longue tirade. Puis il déclare d'une voix désabusée.

— Ca y est ? Tu as fini de nous jouer ton monologue du pénis ? Tu peux reprendre ton travail correctement, ce pourquoi je te paye sans essayer de monter la tête à tout le monde ?

Orphée se retourne nullement confus puis rétorque.

— Eaque ! Te voilà, enfin tu daignes descendre de ta tour d'ivoire pour venir voir ce qu'il se passe en bas au sein du peuple. Merci de nous gratifier de ta présence très cher… J'en suis ravi et honoré…

Quand il est parti dans ses tirades personne n'en voit le bout. C'est un flot ininterrompu qui noie les cerveaux remplis de métaphores toutes plus ampoulées les unes que les autres pour au final ne rien comprendre. Et dire qu'il se croit intéressant d'employer tout ce vocabulaire pompeux. Le brun a bien de la patience ce matin pour supporter sans broncher l'état d'effervescence de son subordonné. Au bout de deux ou trois minutes l'autre finit par se taire – alléluia – et attend la réponse de son supérieur.

— Je ne sais pas ce que tu as dis en dernier, pour être franc j'ai décroché à la tour d'ivoire Orphée… Bon, reprenons une bonne fois pour toute. Je ne te le redirai pas une ixième fois, le rôle principal a déjà été distribué inutile de faire passer des auditions pour celui-là, est-ce clair ? Et puis il en va de concert avec moi aussi pour l'attribution des autres rôles, je dois les approuver. Je suis le patron ici encore ! Merci de me faire participer un peu. Et ne décide pas de toi-même de la date et des tenants et aboutissants de ces auditions. Cela ne se fait pas en claquant des doigts, c'est toute une organisation. Tu vas me mettre dans la panade avec tes conneries ! Est-ce que tu as compris cette fois ?

L'homme ne répond pas. Eaque s'impatiente.

— Orphée je t'ai posé une question !?

— Pardon c'est à moi que tu parlais ? Tu disais quoi je ne t'écoutais pas, je réfléchissais pour tout te dire…

Eaque ouvre la bouche dans un appel d'air qui se veut refléter un appel à l'aide, se donne une grande claque sur le front et secoue la tête de gauche à droite en répétant.

— Nan, nan, nan, nan ! C'est pas possible ! Qui m'a foutu un idiot pareil merde au secours !? A l'aide quelqu'un ! Je vous en prie !

Venant des coulisses une voix s'élève tel un piaillement de petit oisillon tombant du nid, ou pour être plus exacte tel un piaf qu'on égorgerait.

— Hen Eaque tu tombes bien je voulais te voir !

Ce n'est autre que Mime fatalement. Et là Eaque n'en peux plus, il voudrait tomber dans un profond coma pour ne plus les entendre. Mais l'orangé reprend.

— J'ai des idées pour ce qui concerne certains passages de la pièce. J'ai retravaillé certaines scènes je voulais te faire part de mes idées si tu as quelques minutes…

Orphée s'exclame enthousiaste.

— Hen Mime tu as toujours des idées fa-bu-leu-ses ! Je suis pressé de voir ce que tu nous a concocté. Fais voir !

Il prend les feuilles du script des mains de son collègue pour lire les ébauches. Les deux hommes partent dans une élucubration que seuls eux peuvent comprendre en ignorant totalement leur directeur. Exaspéré il hurle.

— Oh ! Oooooh ! Je vous dérange ? Sinon je peux vous donner mon bureau et aller m'installer dans les toilettes pour homme ! C'est pas finit ce cirque ? Mime, de quel droit tu changes les passages de la pièce ? Mais enfin ! C'est incroyable ça ! Que va dire Camus ? Tu y as pensé ?

Mime le regarde l'air éberlué ou absent, il faut choisir, penchant la tête de côté en répondant d'un air innocent.

— Mais Eaque… C'est mon devoir en tant que metteur en scène d'améliorer la qualité d'une œuvre non ?

Se tournant vers Orphée qui approuve de la tête.

— Je ne fais que mon devoir. Je veux proposer un texte et une intrigue de qualité, surtout en ce qui concerne les dialogues. Et puis je trouve qu'il n'y a pas assez d'action, les spectateurs vont s'ennuyer.

Effaré, désemparé, détruit Eaque aboie au nez de son interlocuteur.

— Ce n'est pas un film d'action non de dieu Mime ! On ne produit pas le remake d'Armageddon ! C'est un drame ! Un DRA-ME ! Tu sais ce que ça signifie ? Les gens ne vont pas venir pour voir un pseudo héros de pacotille sauver la Terre entière des mains des extraterrestres ou que sais-je ! Ils viennent pour apprécier un mélodrame alors reste à ta place !

Vexé, le jeune homme recule, fronce ses sourcils et pose sa main sur sa poitrine.

— Comment ? Eaque ! Tu insinues que mon rôle est de me taire quand je tombe sur un scénario médiocre et insipide !? Que je dois me taire et me contenter de diriger les acteurs ? Comment veux-tu que je le fasse avec un texte aussi pourri ! Oui pourri je le dis ! Tu nous bride Eaque, nous somme opprimés ici ! C'est inadmissible, comment est-ce que je peux produire du bon travail dans des conditions comme celles-là !?

Lui et Orphée repartent dans des discours grandiloquents qui procurent un mal de tête faramineux à Eaque. Pourquoi aime-t-il la comédie déjà ? Il ne pourrait le dire là…

Il doit avouer qu'il a de l'affection pour ses employés, mais parfois, voir souvent, ces deux zouaves le rendent chèvre. Ils refont le monde sans arrêt, il doit les cadrer à chaque fois qu'ils ont des idées farfelues ou qui dépassent leurs fonctions. Personne ne parvient à les canaliser, de suite ils se targuent d'être incompris et entravés dans leurs élans de création… Alors Eaque à bout de nerf sort de la salle en les laissant gesticuler dans tous les sens. Amen passons à autre chose !

(suite…)


Me revoilou.

Alors la surprise (de taille) c'est l'arrivée de Milo. Milo avec Kanon : pairing fort intéressant.

Au départ je ne voulais pas inclure ni Milo, ni Camus et voilà où j'en suis… Parfois l'histoire me transporte sur un chemin dont elle seule connait l'issue. Je ne contrôle plus rien xD

Milo s'est immiscé tout naturellement et en plus il fricote avec Kanon. Je suis contente de l'exploiter finalement. Evidement, nous allons le revoir : )

Certains personnages entrent sans y êtres invités, se sera le cas dans les prochains chapitres pour d'autres chevaliers.

Prochain chapitre : L'amertume des remords.

Tout un programme.

Un clash surviendra entre deux voisins, et nous verrons que tout n'est pas rose dans la vie de Rune...