Il lui fallut plusieurs secondes pour parvenir à scinder, plus ou moins adroitement, cauchemar et réalité. Il était toujours roulé en boule, recroquevillé sur lui-même mais il avait pourtant tendu sa baguette vers un ennemi, de toute évidence, invisible. Harry ramena son bras contre lui en veillant à respirer le plus posément possible afin d'apaiser les battements irréguliers et destructeurs de son cœur. Il continua de fixer un point précis dans la tapisserie, toujours convaincu de sa vision, convaincu d'avoir vu, quelques instants auparavant, son pire ennemi se tenir là, un sourire macabre planté sur les lèvres. Chaque inspiration lui brûlait la gorge. Il avait atrocement soif et se sentait relativement fiévreux. Il ne parvenait pas à se sortir ces images de la tête, elles étaient plus terrifiantes les unes que les autres. Les morts se succédant, les lieux également. Le cimetière, Godric's Hollow, la forêt., Poudlard. Il porta machinalement une main sur sa cicatrice et sentit, sous ses doigts, la sueur froide dégringoler ses tempes. Ce n'était qu'un rêve se répéta-t-il, qu'un simple rêve. Son estomac se contracta douloureusement alors qu'il se tournait vers le lit voisin pour le constater vide. La panique revint se loger dans chaque fibre de son être. Le danger semblait tout à coup absolu. Il se redressa abruptement. Chacun de ses muscles protesta vivement. Sa position avait été inconfortable et il avait dû se crisper inconsciemment durant son sommeil. Il appela son ami à deux reprises d'une voix rauque et frissonna devant le silence. La peur au ventre, il réussit à reprendre de la hauteur. Il réalisa alors qu'il s'était assoupi sans même avoir pris la peine de se déshabiller. Il ne chercha pas à se souvenir de la veille, bien trop préoccupé par l'absence actuelle de son meilleur ami et sans réfléchir, sortit de la chambre. Désorienté, il erra dans l'escalier sans parvenir à calmer sa terreur. Toujours anesthésié par son cauchemar, il évoluait parmi les ombres, craignant des menaces fictives qu'il s'inventait dans chaque recoin voilé. Il sursauta littéralement quand une porte s'ouvrit à son approche. La silhouette lui parut menaçante, il amorça un geste vers sa baguette qu'il avorta finalement quand une tête rousse émergea des ténèbres. Ginny l'observa avec appréhension. Son apparition le plongea dans bien plus de perplexité.

« Harry, c'est toi ? Tout va bien ? » murmura-t-elle en faisant un pas de plus dans sa direction pour mieux le jauger à la lueur de sa propre baguette.

« Oui, oui. » répondit-il avec un peu trop d'empressement.

Mais sa voix tremblait presque autant que tout son corps et elle n'eut aucun mal à saisir la lividité de son visage.

« Je… Je t'ai entendu crier. » avoua-t-elle avec désarroi en collant sa joue à l'embrasure de la porte.

« Ha… Euh… Oui, j'ai… J'ai dû… » rêver.

Le reste de ses mots se perdit dans sa confusion. Il était encore sous le choc.

« Tu allais où ? » demanda-t-elle avec inquiétude.

« Je cherchais Ron. »

« Il passe la nuit à Sainte-Mangouste. Tout va bien, ne t'en fais pas mais ils ont préféré le garder en observation pour la nuit, juste au cas où. »

« Ha… D'accord… »

Il se sentit alors incroyablement stupide, perdu dans ce couloir étroit, à traquer un spectre. Lord Voldemort était bien mort. La rouquine s'approcha de lui et posa doucement sa main sur la sienne, le tirant de ses songes incertains.

« Hermione est rentrée chez elle. Viens... » déclara-t-elle soudainement en l'entraînant dans sa chambre.

Il se laissa faire, éperdument déconcerté par la vivacité de ses craintes et par cette réalité qu'il ne comprenait pas encore. Ginny referma la porte derrière eux et posa sa baguette sur la table de chevet.

« Si tu veux boire quelque chose... J'ai un verre quelque part, ici. Attends. »

Elle dénicha un récipient à l'autre bout de la pièce, elle le nettoya à l'aide d'un sort et le remplit d'eau à la suite avant de le tendre à Harry.

« Merci. »

Il avala d'une traite le liquide salvateur et s'empressa de poser le verre sur une surface plane afin que ses mains cessent de trahir son état. Il tenta un regard vers Ginny qui s'était désormais assise sur son matelas pour mieux le détailler. Elle ne masquait pas vraiment son trouble. Elle s'inquiétait vraiment pour lui. Harry voulut la rassurer mais ses propres pensées lui échappaient toujours.

« Il n'est pas encore quatre heures du matin. On ferait mieux de se recoucher. » fit-elle remarquer subitement.

Il ferma les yeux un instant, cherchant à distancer son hébétude, en vain.

« Oui… Oui… Tu as raison. Pardon, je ne voulais pas te réveiller. »

Il s'orienta machinalement vers la porte.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Il tourna les talons pour lui faire à nouveau face, un peu désarçonné par sa question.

« Je retourne me coucher… »

« Je ne parlais pas de retourner dormir dans la chambre de Ron. »

Ils se fixèrent intensément durant quelques secondes. Harry fronça les sourcils. Il essayait vraiment de comprendre où elle voulait en venir mais il peinait à émerger.

« Quoi ? »

Ginny se glissa doucement sous ses draps tout en repoussant la moitié de son édredon sur le côté droit du lit. Harry avait conservé son expression penaude malgré l'invitation pourtant explicite de la rouquine. Elle ne s'en formalisa absolument pas et persista.

« Reste… Je te promets de ne pas monopoliser la couette. »

Elle semblait sincère. Harry écarquilla les yeux avant de glisser une main contre sa nuque d'un air embarrassé, effaçant, par ce mouvement, la sueur qui s'accrochait encore à son épiderme.

« Je ne sais pas si… Enfin… Si ta mère ou ton… Ou même tes... Si qui que ce soit apprend ça … »

« Ils ne sauront rien du tout. » lui affirma Ginny avec conviction. « Je n'arriverai pas à me rendormir en te sachant seul là-haut… »

Harry la dévisagea, incrédule.

« S'il te plait... » le supplia-t-elle.

Son expression accablée eut raison du peu de lucidité qu'il avait réussi à mobiliser. Il s'avoua vaincu d'un hochement de tête et vint s'installer rapidement à ses côtés. Ginny lui ôta ses lunettes immédiatement, craignant sans doute qu'il ne se décide subitement à faire marche arrière. Elle les plaça à côté de sa baguette qu'elle reprit d'un même mouvement pour éteindre le faible halo qu'elle avait engendré. Elle les plongea dans la plus implacable obscurité. Il n'eut pas la moindre occasion d'éprouver, ne fusse qu'un peu de nervosité à se trouver là, dans le lit de Ginny Weasley. Il était toujours bien trop ensommeillé pour savoir vraiment ce qu'il faisait et toujours bien trop troublé par ce qu'il venait de traverser en rêve pour se soucier réellement des conséquences. La rouquine se blottit contre lui très rapidement et il ne réfléchit pas un seul instant à son geste quand il noua instinctivement ses bras autour d'elle. Son nez se perdit dans la chevelure de la jeune fille en un geste douloureusement familier. Elle le serra contre elle avec force quand elle réalisa qu'il grelottait encore. Il profita de cette proximité pour humer son parfum à outrance et sentit tout son être s'apaiser naturellement à son contact. Il ne réalisait rien pour l'instant. Pourtant, il n'avait pas été aussi proche d'elle depuis une éternité. Elle venait finalement d'initier le mouvement qu'il avait tant attendu depuis que la guerre avait cessé. Même s'il ne pouvait pleinement prendre conscience de l'importance de ce moment, il profita néanmoins de chaque instant. Il sema sans mal les cauchemars en se concentrant uniquement sur la respiration de Ginny. Plus rien ne semblait pouvoir l'atteindre désormais. Plus rien ne pouvait le terrifier, rien à part l'idée de devoir se séparer d'elle prochainement. Mais prochainement, c'était demain. Et demain semblait si loin.

« Bonne nuit, Harry. » souffla-t-elle ultimement en calant sa tête dans le cou de Harry.

« Bonne nuit, Ginny. »

Il l'écouta plonger doucement dans le sommeil et cala ses propres inspirations sur la cadence mesurée des siennes. Il voulut rester éveillé un peu plus longtemps pour pouvoir profiter dignement de cette quiétude. Il n'avait plus ressenti un tel sentiment de plénitude depuis plusieurs années et il le savoura autant qu'il pût. Il se laissa emporter par Morphée à son tour, sans chercher à résister. Ses rêves furent, cette fois-ci, paisibles mais n'égalèrent pas, pour une fois, sa réalité. Ils semblaient enfin en sécurité et plus important encore, ils étaient ensemble.


Je tiens à remercier chacun d'entre vous pour vos adorables reviews quotidiennes qui m'encouragent chaque jour davantage à continuer cette fiction.

J'espère ne pas vous décevoir !

Merci beaucoup et à demain pour la suite :)