Chapitre 13 : Alliance
Lorsqu'on se retrouvait coincé dans l'infirmerie pendant plus d'une semaine, même les plus épais ouvrages finissaient par lasser un bibliophile tel qu'Harry. Le Serpentard devait également avouer qu'il avait du mal à se concentrer sur un livre à cause des évènements des derniers jours.
Même s'il n'était pas rare de voir des gens passer très près de la mort, ce qu'il avait vécu ne s'apparentait pas du tout à ce genre d'expérience. Cela n'avait peut-être duré que quelques minutes mais pendant ce laps de temps, il était bel et bien mort. Puis il avait ressuscité.
Après coup, il s'était senti particulièrement idiot de ne pas avoir songé à la réaction violente que pouvaient avoir les deux potions lorsqu'on les mélangeait. Son organisme en avait d'ailleurs été durement touché, même après son retour parmi les vivants, au point qu'il avait eu du mal à rester éveillé plus de quelques minutes les premiers jours. C'était bien sûr un miracle qu'il soit en vie. D'après toutes les lois fondamentales sur les potions, il devrait être mort. Et pourtant, le professeur Rogue était parvenu à le ramener dans le monde des vivants.
Le maître des potions s'était montré particulièrement vague dans ses explications lorsque l'adolescent lui avait demandé comment il s'y était pris pour réaliser ce tour de force. Toutefois, le jeune Potter était loin d'être un imbécile. A sa connaissance, il n'existait qu'un nombre très limité de possibilités où deux êtres pouvaient lier leurs forces vitales, et la plupart d'entre elles requéraient l'accord des deux personnes concernées, à l'exception d'un cas particulier : une dette de vie.
N'ayant jamais eu l'occasion de sauver la vie du directeur des Serpentard, Harry avait supposé qu'un de ses deux parents l'avait fait. Quelques questions innocentes posées à Mme Pomfresh lui avaient permis d'apprendre l'identité du sauveur en question. A sa grande surprise, il ne s'agissait pas de Lily, qui était pourtant en bons termes avec Rogue pendant leur scolarité à Poudlard, mais James Potter. Les circonstances demeuraient assez floues, l'infirmière ayant refusé de lui en révéler les détails mais Harry arriverait bien assez tôt à faire la lumière là-dessus, à condition bien sûr d'arriver à sortir de son lit un jour.
Pour être tout à fait honnête, son séjour forcé à l'infirmerie n'était pas superflu. Pendant les trois premiers jours qui avaient suivi sa « résurrection », il s'était trouvé dans un tel état de fatigue qu'il se rendormait toutes les cinq minutes, et son esprit ne sortait jamais vraiment du brouillard dont il était enveloppé.
Heureusement, les quatre jours suivants lui avaient permis de rattraper son retard. Théo, Tracey et Hermione avaient eu la gentillesse de lui copier leurs notes respectives et surtout de lui transmettre les devoirs dans chacune des matières qu'il avait manquées. Harry n'était pas tant inquiet au sujet des cours, puisqu'il connaissait le programme de première année presque sur le bout des doigts mais il désirait obtenir les plus hautes notes possibles à ses examens, afin de pouvoir présenter un dossier scolaire exemplaire en cas de procès.
S'il parvenait à démontrer devant le Magenmagot qu'il pouvait exceller à Poudlard sans aide des Potter, cela ne ferait qu'une raison supplémentaire pour ne pas confier sa garde à ses géniteurs.
Ta grand-mère et moi t'attendrons aussi longtemps qu'il faudra…
Fermant un instant les yeux, il visualisa le visage à la fois doux et souriant de son grand-père, la lueur rieuse dans ses yeux tandis qu'il lui parlait de ses jeunes années à Poudlard, ainsi que la tendresse qu'il avait témoignée à son égard pendant les quelques minutes qu'ils avaient passé ensemble.
Cela lui avait appris au moins une chose : tous les Potter n'étaient pas mauvais en fin de compte, seulement les meilleurs d'entre eux n'étaient malheureusement plus de ce monde. Il aurait tant voulu échanger les vies de James et Lily Potter contre celles de ses grands-parents mais même si la magie avait pu exaucer son vœu, c'était une route qu'il n'était pas sûr de vouloir emprunter.
Sur une note plus positive, Harry repensa à la visite de Gripsec, deux jours plus tôt. Le gobelin arborait alors un sourire carnassier, que le sorcier avait appris à interpréter comme une expression d'immense satisfaction plutôt que d'agressivité. La joie du Serpentard avait reflété celle de Gripsec lorsque ce dernier lui avait appris ce que les représentants de Gringotts étaient parvenus à lui octroyer au cours de leurs négociations avec Dumbledore et les Potter.
Le fait d'être devenu multimillionnaire du jour au lendemain était assez plaisant bien sûr mais c'était surtout l'idée d'avoir pu déposséder James et Lily de la moitié de leur fortune qui le réjouissait réellement. A cela s'ajoutaient des actions qu'il détenait désormais dans différents commerces, ainsi que le coffre ancestral des Potter. Le Serpentard n'avait pas immédiatement compris l'importance de ce coffre en particulier, raison pour laquelle Gripsec lui avait par la suite expliqué qu'il abritait un certain nombre d'artefacts accumulés par sa famille depuis ses siècles.
Ce qui lui réchauffait vraiment le cœur, c'était d'avoir obtenu le manoir Potter situé en Ecosse. Harry se fichait de sa valeur pécuniaire et du fait qu'il puisse être en ruines. A ses yeux, c'était là que ses grands-parents avaient vécu la plus grande partie de leur vie, avant de déménager quelques mois après le mariage de James et Lily.
Si cela ne suffisait pas à faire son bonheur, les gobelins avaient négocié deux années pendant lesquelles il n'aurait pas à se préoccuper des manœuvres du directeur de Poudlard, ou tout du moins, pas celles concernant sa tutelle. Le Serpentard espérait que ce laps de temps lui permettrait de trouver une nouvelle parade, afin de pouvoirs échapper aux manigances du vieil homme jusqu'à sa majorité.
Prenant une profonde inspiration, le garçon aux cheveux noirs tourna la tête vers la fenêtre, essayant de chasser cette mélancolie qui lui étreignait le cœur. C'était une magnifique journée, un temps parfait pour le match de Quidditch qui était sur le point de débuter entre les équipes de Serpentard et de Gryffondor.
Ses amis, qui étaient venus lui rendre visite un peu moins d'une heure auparavant, se trouvaient sûrement assis dans les gradins à l'heure qu'il est. Un léger sourire fleurit sur ses lèvres en imaginant Blaise prendre les paris parmi les spectateurs, et Hermione qui devait sûrement être en train de le sermonner.
- Tu as l'air d'aller mieux, on dirait.
La voix féminine qui venait de prononcer ces mots le sortit de ses pensées. Détournant son attention de la fenêtre, il ne tarda pas à poser les yeux sur la nouvelle venue. Vêtue comme à son habitude de l'uniforme des Serpentard, avec une écharpe vert et argent enroulée autour du cou, elle avait pourtant l'air… différente.
Ses longs cheveux bruns étaient pourtant détachés, comme c'était le cas en temps normal. Peut-être était-ce son regard sombre, qui ne posait pas sur lui un regard accusateur pour changer. Non, il y lisait de l'hésitation, et quelque chose qui s'apparentait à de la culpabilité.
Il ne tarda pas à lui adresser un sourire, acquiesçant de la tête avant de lui répondre sur un ton qui se voulait enjoué.
-Je suis comme neuf mais Mme Pomfresh préfère me garder encore cette nuit par mesure de précaution. Est-ce que tout va bien, Daphné ? Je pensais que tu serais dans les gradins avec Tracey et les autres. Est-il arrivé quelque chose ?
Daphné ouvrit la bouche pour parler mais aucune parole ne franchit ses lèvres, comme si elle ignorait de quelle manière lui répondre. Laissant échapper un soupir, la Serpentard s'avança vers lui avant de s'asseoir à son chevet. Dégageant une mèche qui lui barrait le front, sa condisciple prit ensuite une profonde inspiration avant de reprendre la parole.
-Je suis venue pour m'excuser.
-T'excuser ? Mais de quoi ? Rétorqua-t-il, sincèrement curieux.
La jeune Greengrass joignit ses mains, entrelaçant ses doigts dans un geste qui dénotait d'une nervosité inhabituelle chez celle que certains de leurs camarades appelaient déjà la « reine de glace » tant elle pouvait parfois se montrer dénuée de la moindre émotion. Harry ne pouvait pas dire qu'il était habitué à cette facette de sa personnalité, puisque la jeune femme s'était montrée presque perpétuellement en colère à son égard.
Daphné garda le silence pendant plusieurs secondes avant de finalement lui répondre.
-Je me suis montrée assez… odieuse envers toi, alors que tu ne le méritais pas. Je sais maintenant, sans le moindre doute, que tu n'es pas comme lui alors… tu as le droit de savoir, pourquoi j'étais si méfiante.
Elle prit à nouveau une profonde inspiration et poursuivit, ses prochains mots glaçant littéralement le sang du Serpentard.
- Il y a dix ans, James Potter a envoyé mon père à Azkaban et il a… il a causé la mort de ma mère.
Au cours de sa longue et riche existence, Ragnok pensait avoir tout vu ou presque. Après tout, le gobelin avait été un guerrier des plus redoutés dans sa jeunesse, et combattu bravement lors d'un certain nombre de batailles qui avaient opposé le peuple gobelin à d'autres races, le plus souvent à des vampires mais pas seulement. Lorsque sa jeunesse s'était finalement estompée, ce n'était plus avec une hache ou une épée qu'il avait dû mener ses combats mais avec des mots. Bizarrement, ces « négociations diplomatiques » comme les appelaient les sorciers, lui étaient apparues infiniment plus fatigantes que ses affrontements sanglants de naguère.
Néanmoins, si une grande partie de la population sorcière lui paraissait résolument inintéressante, il n'en demeurait pas moins un petit nombre d'individus qui sortaient du lot à chaque génération. Quinze siècles plus tôt, Uther Pendragon s'illustrait comme un grand sorcier et un roi d'exception, que les manigances de Myrddin et sa passion déraisonnable pour une femme avaient malheureusement empêché d'atteindre ses objectifs.
Son fils aurait pu faire de grandes choses lui aussi, si là encore l'Enchanteur de Bretagne n'avait pas fait son possible pour le modeler à son image, en une sorte de héros tragique qui avait fini par être déchiré entre ses sentiments et son devoir.
Aujourd'hui encore, tant d'années plus tard, le monde magique restait aussi divisé par la discordance que les humains semaient avec et entre les autres races, par leur arrogance, leur cruauté et leur insupportable complexe de supériorité, qui s'étendait jusque dans leur propre race, avec leurs prétendu mythe du sang-pur. Nombre de gobelins étaient persuadés qu'il n'existait plus aucun espoir de voir les humains changer et Ragnok partageait cet avis, jusqu'à sa rencontre avec un jeune sorcier aux yeux émeraude.
Certes, ce n'était encore qu'un enfant mais il avait déjà plus souffert que la plupart des adultes de son monde, et de la main des sorciers comme de celle des moldus. Contrairement à nombre de ses compatriotes, qui auraient placé leur destin entre les mains d'Albus Dumbledore sans la moindre hésitation, le petit humain refusait la voie de la facilité. Il désirait emprunter une voie qu'il aurait lui-même tracée, au risque de tout perdre au passage. Cela dénotait non seulement d'un grand courage mais aussi d'une volonté de fer, deux qualités que le gobelin respectait tout particulièrement.
Hélas, le garçon n'aurait pas tenu longtemps seul face aux manipulations du directeur de Poudlard. Comme l'Enchanteur de Bretagne en son temps, Dumbledore considérait qu'il savait mieux que quiconque ce dont avait besoin le monde sorcier au point d'user, voire même d'abuser, de son pouvoir pour tirer les ficelles dans l'ombre.
Voilà l'une des raisons pour lesquelles le Vice-président de Gringotts était intervenu personnellement dans cette affaire. L'enfant possédait un trop grand potentiel, tant par son lignage que par la prophétie qui le concernait peut-être, pour le laisser tomber dans les pièges du vieux bouc. Si Dumbledore était bel et bien trompé d'élu, alors les possibilités étaient sans limite.
Malheureusement, même un gobelin aussi puissant politiquement et financièrement que Ragnok avait conscience des limitations de sa race. Même si son peuple s'était battu à de nombreuses reprises pour obtenir des traités garantissant leurs droits et une certaine indépendante vis-à-vis du monde sorcier, cela ne signifiait pas pour autant que le Vice-président pourrait interférer indéfiniment dans les affaires du Ministère de la Magie concernant Harry Potter.
En effet, bien qu'étant déjà directeur d'une des plus prestigieuses écoles de sorcellerie d'Europe, Albus Dumbledore s'était arrangé pour conserver son poste de Président-Sorcier du Magenmagot, qui lui avait été confié dans les heures les plus sombres de la guerre contre Voldemort. La Ministre de la Magie de l'époque se trouvait alors dans une position politique très inconfortable et plutôt que de chercher ses propres solutions, Millicent Bagnold s'en était remise à son « vieux professeur » pour régler ses problèmes à sa place au sein de l'assemblée sorcière.
Etant à la tête de l'assemblée en question, au sein de laquelle il possédait un certain nombre de partisans, Dumbledore trouverait certainement un moyen juridique pour récupérer la garde d'Harry tôt ou tard. Tout ce que le gobelin avait réussi à faire jusqu'ici, c'était de gagner un peu de temps, deux années en l'occurrence mais même à l'âge de treize ans, Harry Potter demeurerait vulnérable.
Incapable de vaquer à ses occupations quotidiennes, l'esprit de Ragnok tournait et retournait le problème dans tous les sens, en quête d'un moyen d'assurer l'indépendance prolongée du jeune sorcier jusqu'à sa majorité. Une tutelle gobeline ne tiendrait pas la route face au Magenmagot, et celle des moldus encore moins. Cela signifiait qu'il lui faudrait un sorcier mais qui ? Rares étaient les humains auxquels son peuple accordait sa confiance, et même parmi eux, une poignée à peine résidait au Royaume-Uni.
Voilà le dilemme qui hantait le Vice-président de Gringotts lorsque la providence avait enfin daigné lui envoyer un signe.
Certes, jamais il aurait imaginé que le signe ne question se manifesterait sous la forme d'un lycanthrope mais étant un ami de longue date des centaures, Ragnok avait appris que la main du destin pouvait prendre des apparences pour le moins singulières. Après tout, qui aurait cru qu'un bébé humain parviendrait à détruire l'un des mages noirs les plus redoutés de ce siècle ?
Le miroir à pied posé sur son bureau ne tarda pas à se troubler, remplaçant son reflet par le visage d'un humain d'une trentaine d'années, aux traits aristocratiques et dont les cheveux bruns arrivaient presque jusqu'aux épaules. Son expression était d'un sérieux absolu, qui n'était pas sans lui rappeler celle de son ami, qui lui avait apporté le miroir en question un peu plus tôt.
- Commandant Black, commença Ragnok de sa voix grave, vous désiriez vous entretenir avec moi au sujet de M. Harry Potter ?
- En effet, M. le Vice-président. Pardonnez mon manque de tact mais le temps me manque. Avez-vous pris le temps de lire les documents que Remus vous a transmis avec le miroir ?
Le gobelin acquiesça simplement de la tête, une main posée sur le dossier que lui avait effectivement apportée Remus Lupin en même temps que le miroir. Les informations qu'il contenait étaient assez déconcertantes mais il avait pu en vérifier l'authenticité auprès de contacts au sein du Ministère.
Prenant son silence pour un signe d'encouragement, Black poursuivit.
- A l'époque du reniement d'Harry, j'ai tenté de recourir à toutes les procédures possibles pour obtenir sa garde mais Dumbledore a usé de son influence pour me contrer à chaque fois. Lorsque j'ai finalement découvert où il vivait, Remus et moi avons tenté de le prendre mais vous connaissez aussi bien que moi le penchant immodéré du directeur pour le contrôle. Non seulement des barrières magiques avaient été mises en place mais des membres de l'Ordre du Phénix le surveillaient en permanence. J'ai pu malgré tout l'approcher, d'une manière quelque peu… détournée.
- Inutile de mâcher vos mots, Commandant Black. Contrairement au Ministère, je suis au courant pour votre forme animagus. Rétorqua Ragnok, visiblement amusé.
- D'accord. Je préfère ne pas savoir comment vous l'avez su mais soit. Je l'ai approché sous ma forme animagus et pendant quelques mois, tout s'est bien passé. Puis, du jour au lendemain, j'ai été envoyé dans les Carpates. Je vous laisse imaginer qui était derrière cette demande de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers.
Ragnok acquiesça de nouveau, ne prenant même pas la peine de cacher son rictus d'irritation. Non content d'être le Président-Sorcier du Magenmagot, Dumbledore tenait également le poste de Manitou Suprême de la CIMS depuis des décennies et usait là-encore de son influence dans cette organisation pour arriver à ses fins.
- Admettons que je croie votre version des faits, commandant. En quoi cela me concerne-t-il ?
- Je sais que vous avez aidé Harry à compléter la procédure de reniement, ce qui en dit long sur l'intérêt que vous lui portez. J'ai aussi conscience que vous ne pourrez pas le protéger éternellement, même l'influence de Gringotts a ses limites, surtout pour un dossier aussi sensible que celui d'un membre de la famille Potter. Je viens vous proposer mon aide pour le protéger.
Un silence pesant s'installa entre eux pendant plusieurs secondes, avant que le Vice-président ne reprenne la parole, d'une voix songeuse.
- M. Potter est quelqu'un de très important aux yeux de la nation gobeline. Nous plaçons beaucoup d'espoir en lui. Quelles garanties pouvez-vous nous donner pour prouver que vous n'essaierez pas de la manipuler comme souhaite le faire Dumbledore ?
- Je suis prêt à aller jusqu'au Serment Inviolable, s'il le faut.
Le visage du gobelin demeura absolument impassible mais intérieurement, Ragnok était surpris. Le serment inviolable ne portait pas ce nom pour rien. Tout sorcier qui faisait l'erreur de vouloir revenir sur sa parole mourrait, purement et simplement. Le fait que Black soit prêt à prendre ce genre d'engagement en disait long sur l'importance qu'il accordait au jeune Potter.
- Je vais considérer votre proposition, M. Black. Vous devez néanmoins garder à l'esprit que nous laisserons le choix à M. Potter sur cette question et que quel que soit son choix, nous le respecterons.
- Je comprends tout à fait. N'hésitez pas à me recontacter ou si je suis injoignable, à contacter Remus si vous avez besoin de quelque chose. Bonne journée, M. le vice-président.
- Bonne journée, Commandant.
L'image du sorcier disparut du miroir et pour la première fois depuis des jours, l'espoir renaissait dans le cœur du gobelin. L'ébauche d'un plan était déjà en train de se dessiner dans son esprit tandis que ses lèvres s'étiraient en un sourire carnassier. Dumbledore ne pourrait pas ne serait-ce qu'imaginer que les gobelins puissent s'allier à des sorciers… et c'était bien pour ça que leur plan avait une chance de réussir.
Alexander Savage était né de parents moldus et contrairement à nombre de sorciers qui coupaient tout lien avec leur monde d'origine, tel n'avait pas été le cas de l'Auror. Bien que son adresse officielle soit une petite maison dans une ville réputée pour abriter une forte communauté sorcière, il vivait en réalité dans un appartement d'un quartier moldu de Londres. Peu de gens étaient d'ailleurs au cours, ce qui lui avait été bien utile lors de la guerre contre Voldemort.
En effet, les Mangemorts qui avaient eu la mauvaise idée de se rendre dans sa maison de campagne avaient tous « disparu ». En réalité, c'était la maison elle-même qui les avait tués. Savage l'avait truffé de tout ce qui existait comme sortilèges de protection en tout genre mais surtout il y avait ajouté un certain nombre de pièges moldus, assez simplistes mais indétectables par des sortilèges. Aristée Silverstone avait d'ailleurs perdu sa tête grâce à une lame dissimulée dans un mur… Alexander n'avait jamais eu de raison de regretter d'avoir étudié les pièges et outils de torture moldus du Moyen Age.
En usant d'un peu de magie et de quelques coups de fil bien placés, Alexander avait pris l'identité de Jonathan Pilgrim, un homme d'affaires à la tête d'une chaîne de magasins spécialisés dans la vente d'outils de bricolage et notamment intéressé par la firme de Vernon Dursley, Grunnings. Bien sûr, il avait pris son temps, laissant de prétendus « assistants » gérer les premiers contacts entre lui et l'un des employés de Grunnings. En réalité, un simple sortilège pour altérer sa voix avait suffi. Agir avec précipitation aurait pu alerter Dursley, qui semblait être un maniaque de la « normalité ».
Ce répit lui avait également permis de se renseigner auprès de ses contacts dans la police moldue au sujet de la famille Dursley. Il avait ainsi commencé à passer au crible leurs finances des quinze dernières années, enquêté sur leurs parents plus ou moins proches, pris des informations sur leur voisinage… Bref, tout ce qu'il avait pu trouver par des moyens légaux.
Sur le plan familial, il n'y avait pas grand-chose à dire. Vernon avait une sœur prénommée Marjorie, qui semblait plus proche des chiens que des autres êtres humains. Il avait pu confirmer que Lily Potter était bien la sœur de Pétunia par le sang mais rien de plus.
Niveau finances, le couple vivait bien. Leur maison était presque finie d'être payée et leur voiture était neuve. Sachant que Pétunia n'avait jamais travaillé depuis son mariage avec Vernon, cela démontrait que le directeur de Grunnings gagnait bien sa vie, trop bien peut-être. Alexander avait pris le soin de demander un audit des finances de l'entreprise mais il n'en obtiendrait les résultats que d'ici plusieurs jours.
Amelia avait décidé de prolonger son congé de deux semaines supplémentaires, sous prétexte qu'il était malade, afin qu'il puisse approfondir davantage son enquête. Cela convenait parfaitement à Savage, qui espérait pouvoir trouver les preuves qu'il cherchait.
Pour le moment, la surveillance de la famille ne lui avait pas appris grand-chose, sinon que les Dursley étaient les moldus les plus ennuyeux qu'il lui ait été donné de rencontrer. En revanche, l'enquête de voisinage lui avait permis de découvrir des choses intéressantes.
Aucun sorcier ne vivait dans les environs. En revanche, une cracmol du nom d'Arabella Figg vivait à proximité des Dursley. Ses finances avaient révélé que l'argent qui avait servi à acheter sa maison provenait de fonds alloués par une obscure commission ministérielle… en d'autres termes, Dumbledore y était sûrement pour quelque chose.
Il avait aussi repéré des protections puissantes autour de la maison mais il lui faudrait l'aide d'un briseur de sorts pour les identifier toutes.
Ce soir, il était invité par les Dursley à dîner, ce qui lui donnerait l'occasion de faire un premier repérage des lieux. Il ne restait plus qu'à espérer que Dumbledore n'avait pas placé un type d'alarme qui l'alerterait de la présence d'un sorcier dans la maison, mais c'était un risque qu'il lui faudrait courir.
Harry avait pensé que son opinion de James Potter ne pouvait pas tomber plus bas mais il s'était trompé. Daphné venait de lui révéler que son père, Artorius Greengrass, était un Mangemort dans les années 70 et que c'était le capitaine Potter qui l'avait arrêté. Il n'y avait a priori pas de doute sur sa culpabilité puisqu'il avait été pris sur le fait lors d'une des dernières attaques lancées en 1981, deux semaines à peine avant la destruction du Seigneur des Ténèbres.
Pourtant, il prétendait ne se souvenir de rien et il ne portait pas de marque des ténèbres sur son avant-bras. Le médicomage qui l'avait examiné n'excluait pas la possibilité qu'il ait été placé sous l'Imperium mais il n'existait aucun moyen de le prouver.
La mère de Daphné, Elladora, avait été une amie de James lors de leur scolarité, étant dans la maison Serdaigle à l'époque et elle s'était donc tournée vers son ami d'enfance pour obtenir son aide. Potter lui avait dit qu'il ferait ce qu'il pourrait…
Au final, Artorius avait été condamné à la prison à perpétuité et envoyé à Azkaban sans même l'ébauche d'un procès mais pire encore, Elladora avait été suspectée de complicité et envoyée également dans la terrible prison des sorciers pendant plusieurs semaines. Lorsque son beau-frère, Dorian Greengrass, l'avait finalement fait sortir de prison, elle n'était plus du tout la même. Elle mourut quelques mois plus tard, de maladie.
C'était son oncle qui les avait adoptées, sa petite sœur Astoria et elle, et qui les avait élevées ces dix dernières années. Son épouse Helen et Dorian lui-même avaient été de vrais parents pour eux, n'ayant pas pu avoir d'enfants eux-mêmes mais l'été précédant la première année de Daphné, son oncle l'avait pris à part et lui avait expliqué ce qui était réellement arrivé à ses parents afin qu'elle se montre prudent vis-à-vis du Survivant et des Potter en général.
Il apparaissait aussi que c'était la capture d'Artorius, et des autres mangemorts de cette attaque, qui avait valu à l'Auror James Potter d'être promu Capitaine.
En finissant son récit, Daphné n'avait pas été en mesure de retenir les larmes silencieuses qui s'écoulaient le long de ses joues. Harry s'était à moitié levé de son lit et, avec la maladresse de ceux qui ne sont pas habitués à ce genre de gestes, il prit la Serpentard dans ses bras et la berça doucement.
- Je sais que je ne les ai jamais vraiment connus mais… ils me manquent, Harry. J'aurais tellement voulu les connaître… Murmura-t-elle d'une voix brisée.
- Je suis désolé, Daphné. Si je peux faire quelque chose…
Soudain, une idée germa dans l'esprit du garçon. Il n'y avait plus rien à faire pour la mère de Daphné, qui était morte depuis des années mais son père était peut-être toujours en vie, et emprisonné à Azkaban. S'il n'avait pas eu de vrai procès, les gobelins auraient peut-être une solution à lui apporter pour le sortir de prison ? C'était un mince espoir mais cela ne coûtait rien d'essayer.
-Daphné, reprit-il d'une voix douce, apporte-moi un parchemin et une plume s'il te plaît. Je vais écrire à Ragnok. Je ne sais pas s'il peut faire quelque chose mais…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, la jeune femme s'étant jetée à son cou et le serrait si fort qu'il aurait pu s'étouffer si elle avait exercé ne serait-ce qu'un peu plus de pression. Déglutissant avec difficulté, Harry ne savait pas comment réagir, n'étant pas habitué à ce genre de contact…
-Merci… merci de tout mon cœur, Harry.
-Oh, tu sais… même si mes parents m'ont renié, je reste un Potter. Il est donc de mon devoir de redorer le blason de ma famille, et j'ai pas mal de pain sur la planche… Balbutia-t-il, clairement gêné.
Elle desserra son étreinte et le regarda pendant quelques secondes avant de déposer un baiser sur sa joue. Puis elle sauta du lit et alla chercher l'encre et le parchemin. Harry resta quelques instants sans bouger, sentant la chaleur émaner de son visage, avant de poser une main sur sa joue.
C'était une journée décidément pleine de surprises mais de bonnes surprises, malgré tout.
