Chapitre 12
Scène 61 – Harry, Scorpius et Draco
« C'est bizarre de vous avoir tous les deux. » Commenta tranquillement Scorpius en piquant dans une pomme de terre. Harry leva les yeux de son assiette pour le regarder. Il lui semblait que sa façon de parler était plus enfantine depuis qu'il lui avait dit qu'il savait être son père, comme s'il s'était efforcé d'avoir l'air plus mâture devant lui auparavant. Comme on le faisait en s'adressant à un étranger. Savoir qu'il n'avait plus besoin de se forcer rendait l'expérience à la fois rassurante et amusante.
« Je peux partir, si tu veux. » Railla Draco qui ne faisait que pousser ses aliments dans son assiette. La potion antidouleur lui coupait l'appétit, et Harry avait envie de le forcer à manger jusqu'à ce que son corps maigre reprenne un peu de poids.
« Bizarre mais agréable. » Se corrigea Scorpius avec un sourire de coin qui dévoila une fossette. Il ressemblait tellement à Albus lorsqu'il souriait comme ça qu'Harry eut le cœur serré en pensant à la peine qu'il avait infligé à ses trois autres enfants. Il serra les dents et coupa un morceau de viande, faisant crisser le couteau contre l'assiette.
« Ça va Papa ? » Demanda Scorpius, et il fallut quelques secondes à Harry pour comprendre qu'il s'adressait à lui. Il releva les yeux et lui sourit calmement.
« Ça va. » Le rassura-t-il. Il mit un morceau de steak dans sa bouche et mâcha pendant que Draco reprenait la parole.
« Tu retournes voir Weasley cet après-midi ? » Demanda-t-il avec une expression curieuse.
« Je vais essayer mais il sera sans doute occupé. » Répondit-il. Il avait longuement discuté avec Ron dans la mâtinée. Celui-ci avait réussi à obtenir le fichier de Joe Smith à Gringotts et il avait beaucoup d'interrogatoires à mener. Harry comptait plutôt faire le tour des amis de Ginny pour la retrouver.
« Est-ce que tu peux passer à mon bureau et me prendre mon agenda ? » Demanda Draco.
« Pour quoi faire ? » S'étonna Harry avec un morceau de pomme de terre planté sur sa fourchette, les sourcils haussés.
« Pour appeler mes clients. » Répondit Draco comme si c'était évident. « J'ai raté quelques rendez-vous. J'aimerais au moins leur dire que ce n'était pas volontaire et en positionner de nouveaux. »
Harry se retint de lui dire qu'il était hors de question qu'il travaille dans son état et se contenta d'attraper son bout de pomme de terre entre ses dents et de la mâcher consciencieusement en réfléchissant à une façon de le convaincre de se reposer et de laisser tomber sa clientèle.
« Ton agenda est dans un coffre du Ministère. » Se souvint-il rapidement. Il l'avait amené à Ron en tant qu'élément de l'enquête.
Draco souffla.
« Alors mon répertoire ? » Proposa-t-il avec espoir.
« Draco, toutes les personnes avec qui tu as été en contact ces dernières années sont des suspects potentiels. Tu ne vas quand même pas les appeler pour t'excuser et leur proposer un autre rendez-vous ? »
Scorpius suivait la conversation, son regard alternant d'un père à l'autre alors qu'il mangeait en silence. Draco envoya une moue énervée à Harry qui resta de marbre.
« J'ai trop peu de clients pour les laisser tomber à cause de quelques malades qui m'en veulent pour Merlin sait quelle raison. Si je ne les appelle pas, autant tout de suite fermer mon cabinet et aller pointer au Département de Recherche d'Emploi Magique. » Grogna-t-il rageusement en laissant tomber sa fourchette, surprenant Harry et Scorpius qui sursautèrent de concert.
« Sans aller jusqu'au D.R.E.M., tu pourrais prendre un peu de temps pour toi pour te reposer, non ? » Proposa doucement Harry pour ne pas plus provoquer Draco.
« Tout le monde n'est pas assez riche pour se permettre d'arrêter soudainement de travailler. » Rétorqua le blond en croisant les bras sur son torse, s'appuyant contre le dossier de sa chaise. Scorpius pouffa inexplicablement de rire et Harry lui envoya un air interrogateur.
« Je ne pensais pas avoir un jour la chance de vous voir vous disputer. » Expliqua-t-il en riant. « Continuez, c'est drôle ! » Sourit-il avec ironie avant de continuer à manger.
Harry tourna un regard mi-désolé mi-amusé vers Draco qui se contenta de soupirer en posant ses coudes sur la table.
« Draco, l'argent n'est vraiment pas un problème … » Se risqua Harry en reposant ses couverts.
« Je sais … » Soupira Draco, acceptant la proposition tacite de se reposer sur Harry à ce sujet. « Mais j'ai attrapé quelque chose qui s'appelle une conscience professionnelle, ces dernières années. »
« Merde, c'est grave ? » Fit Harry avec une panique factice qui fit rire les deux Malfoy.
« Très. Et tous tes pots de vin n'y changeront rien. » Ironisa Draco avec un sourire amusé.
Scène 62 – Harry et Draco
Il pleuvait sur le Wiltshire. Le ciel était sombre et les arbres lourds de pluie. Draco poussa la grille qui fermait son jardin et Harry le suivit avec le parapluie. Le potager était boueux et l'herbe avait rapidement poussé dans l'atmosphère humide. L'averse battait sur les pierres de la maison et lui donnait un air triste, presque abandonné. Ils marchèrent en silence sur les dalles qui les guidaient jusqu'à la porte d'entrée et Draco ouvrit celle-ci avec ce qui sonnait aux oreilles d'Harry comme un soupir de soulagement.
Il y avait toujours une légère odeur de peinture à l'huile, mais l'air sentait surtout la pluie. Ils s'essuyèrent rapidement les pieds sur le paillasson dans l'entrée et Harry ferma la porte derrière lui, le bruit de l'averse cessant aussitôt.
« Par quoi est-ce qu'on commence ? » Demanda-t-il à Draco qui jetait un coup d'œil dans son salon.
« Ma chambre. J'aurai quelques petites choses à prendre dans mon bureau ensuite. »
« D'accord, c'est parti. » Répondit Harry en fermant le parapluie avant de le déposer contre le mur à côté de son balai qu'il avait oublié là quelques jours plus tôt. Il suivit Draco dans les escaliers où son regard tomba sur la bosse que formait la poche de potion dans sa veste. Il avait pu la remplacer dans la matinée, à grand renfort de stress de sa part et de soupirs amusés de Draco qui trouvait qu'il s'y prenait comme un manche.
Harry était mal à l'aise de le voir marcher et monter des escaliers malgré son état, mais il comprenait son besoin de retourner chez lui, ne serait-ce que pour pouvoir emmener avec lui des choses qui lui appartenaient, pour donner un semblant de normalité à sa situation.
Comme il s'en était douté, Draco entra d'abord dans la volière. Aeolus hulula et vint se percher sur le poignet de son maître qui le laissa frotter sa tête contre sa joue. Il caressa son plumage et le renvoya sur son perchoir, à côté de la chouette qui les fixait avec curiosité.
« Tu peux les emmener à la maison, si tu veux. » Proposa Harry.
« Ils peuvent chasser et voler autant qu'ils le veulent, ici. Ils sont mieux là qu'en ville. » Répondit Draco en se retournant, dardant ses yeux gris glace sur lui. « Dépêchons-nous, cet endroit me déprime. » Avoua-t-il en sortant de la pièce pour se diriger vers sa chambre. Harry fronça les sourcils, surpris. Il avait cru que Draco serait content de retourner chez lui, ne serait-ce que quelques instants. Mais son expression était morose et ses gestes pressés.
« Ca ne va pas ? Tu as mal ? » Demanda-t-il en le suivant jusqu'à entrer dans la grande chambre, lumineuse malgré les sombres nuages qui planaient au-dessus de la maison.
« Non, ça va, la potion fait toujours effet. » Répondit Draco en ouvrant son armoire. Il resta immobile devant ses nombreux vêtements. Harry sortit les sacs de voyage miniaturisés de sa poche et leur rendit leur taille normale avant de les poser sur le lit. Il sentait que Draco avait beaucoup de choses sur le cœur, et savait qu'il ne pouvait qu'attendre qu'il sache comment les exprimer.
« Je déteste les maisons vides … » Finit par murmurer Draco avant de se tourner vers lui. « Tu peux t'occuper des vêtements ? Je vais dans mon bureau. » Demanda-t-il finalement, et Harry ne put qu'hocher doucement la tête en le regardant s'éloigner et sortir de la pièce.
Il croyait comprendre son sentiment. Lorsque Lily était partie pour Poudlard il n'y avait cela que quelques semaines, Harry avait soudainement ressenti le poids de l'absence de ses enfants chez lui. Sa maison n'abritait plus que lui, et Ginny en de moindres occasions. Elle était devenue une coquille vide dans laquelle il errait sans but et sans rien attendre. Draco devait vivre cela depuis deux ans, et il pouvait comprendre son malaise à revenir dans ces lieux après un tel choc dans sa vie. Il avait besoin de s'éloigner.
Harry s'approcha de l'armoire et avisa la quantité impressionnante de vêtements que Draco possédait. Il s'agissait principalement de costumes et de chemises, et Harry fut forcé d'ouvrir des tiroirs pour trouver des tenues plus confortables pour quelqu'un censé se reposer. Il remplit un sac rapidement puis se dirigea vers la salle de bain jouxtant la chambre. Il y prit quelques produits, notamment les savons que Draco s'amusait à fabriquer lui-même. Après les avoir déposés dans le second sac, il se ravisa et reprit une fiole de verre fermée d'un bouchon de liège qu'il ouvrit sous son nez, inspirant profondément. C'était là l'odeur de Draco dont il se souvenait. Ce parfum d'herbes aromatiques, de feuilles sous la pluie et de cèdre que dégageaient son corps et ses cheveux. Il sentait le début de l'été, les averses chaudes et la nature.
« Mon odeur te manque ? » Demanda la voix amusée de Draco depuis la porte, faisant presque sursauter Harry qui éloigna la fiole de son nez comme si c'était le savon le coupable. Le blond le regardait avec un mélange d'attendrissement et de moquerie qui était assez étrange sur son visage fatigué.
« Plus pour longtemps. » Sourit Harry en refermant le flacon pour le poser dans le sac. « Tu as terminé ? » S'étonna-t-il en voyant les mains vides de Draco. Celui-ci tapota la poche de la veste qu'Harry lui avait prêtée, lui signifiant qu'il avait prit tout ce dont il avait besoin et les avait réduit.
« Je voudrais juste prendre quelques affaires en plus pour Scorpius. »
Harry n'avait pas encore vu la chambre de leur fils et il empoigna les deux sacs pour suivre Draco. Il s'agissait de la pièce d'à côté. Malgré l'organisation et la propreté des lieux, ça devait sans doute être l'endroit le plus désordonné de la maison. Une grande bibliothèque couvrait un mur, remplie de livres, d'objets et de photos diverses. Le lit contre l'autre mur était fait, mais le bureau sous la fenêtre de la chambre était jonché de parchemins et de bouquins. Scorpius n'avait sans doute pas hérité du côté maniaque de Draco.
Ce dernier s'avança vers l'armoire qui se trouvait à côté de la porte et l'ouvrit pendant qu'Harry posait les sacs au centre de la pièce. L'ancien Auror s'approcha de la bibliothèque, laissant Draco se charger de prendre les affaires de leur fils, et contempla les photographies et les objets sur les étagères. Il y avait là quelques éléments animés, comme un minuscule balai qui tourbillonnait autour d'un petit but de Quidditch, montant et descendant sans s'arrêter, ou un dragon qui faisait battre ses grandes ailes en soufflant de la fumée par ses narines. Les photographies étaient amusantes : on y voyait Scorpius qui sautait en attrapant ses jambes pour tomber dans une rivière, Draco levant les mains pour se protéger des éclaboussures, assis sur la rive, un autre où Astoria et Draco semblait se disputer la dernière part d'un dessert. Il y avait la photo d'une libellule qui secouait rapidement ses ailes, comme prête à s'envoler. Et il y avait parmi tous les souvenirs de Scorpius une photo d'Harry que Draco avait dû lui donner.
Il avait été promu Investigateur-Auror, soit le capitaine d'une équipe de quatre personnes, et Draco avait capturé son énorme sourire alors qu'il tenait son nouveau contrat dans ses mains. Il avait encore sa robe pourpre sur le dos et le nouveau galon brillait sur sa poitrine qui était secouée d'un rire heureux. Draco avait passé la soirée à se moquer de lui et à l'appeler « Inspecteur Potter ».
Harry prit le cadre dans sa main, un mélange de honte, de tendresse et de peine le faisant soupirer. Cela lui faisait mal d'imaginer Scorpius regarder cette photo.
« Et encore, » Le surpris la voix de Draco derrière lui. « Tu n'as pas vu la boîte pleine de photos et d'articles du Daily Prophet. »
Harry tourna la tête vers lui, mais ne put voir que son profil alors que Draco se baissait pour fermer les sacs.
« C'est une blague ? » Demanda-t-il avec les yeux écarquillés.
Draco se redressa et haussa les sourcils dans sa direction, son expression à la fois dubitative et amusée.
« Non. » Répondit-il. « C'est ton plus grand fan. »
Harry grimaça, mal à l'aise à l'idée que leur fils ait lu toutes les bêtises qu'on pouvait dire sur lui dans les journaux et triste en constatant qu'il s'agissait du seul lien que Scorpius avait pu avoir avec lui pendant toutes ces années. Il se détourna de Draco et reposa le cadre dans la bibliothèque.
« Allons-y. » Demanda le blond. « Maxwell ne va pas tarder. »
Le détective avait demandé à voir Draco dans la matinée. Harry avait beau savoir qu'il n'avait rien à voir dans toute cette affaire, une partie irrationnelle de son esprit continuait de se méfier de l'homme. Il était angoissé à l'idée de laisser les deux Malfoy seuls avec lui pendant qu'il rechercherait Ginny. Il leva le poignet pour regarder sa montre puis se détourna de la bibliothèque. Il rétrécit les sacs d'un coup de baguette et se baissa pour les ramasser avant de les mettre dans sa poche. Draco tendit le bras pour lui attraper le coude et posa simplement ses lèvres sur les siennes, effaçant instantanément la ride qui se formait entre les sourcils d'Harry.
Scène 63 – Draco et Lysander
Draco sursauta presque lorsque la porte du salon s'ouvrit. Il s'était endormi sans s'en rendre compte, assis dans un des fauteuils qui entouraient la table basse, la poche de potion sur les genoux. Il tourna la tête pour voir Harry laisser passer Maxwell devant lui. Ce dernier avait un large sourire sur les lèvres.
« Je vous laisse. A plus tard. » Dit Harry avec une expression crispée. Il allait passer l'après-midi à chercher Ginny chez toutes ses connaissances, et la liste était tristement longue. Draco hocha la tête et Scorpius, qui était assis dans le canapé en train de lire, lui sourit.
« A plus tard. » le salua-t-il. Harry ferma la porte du salon, laissant Maxwell planté devant comme une grue.
« Il m'a dit que si je faisais quoi que ce soit de mal, il allait me tuer, est-ce que je dois m'inquiéter ? » Demanda le détective en tentant de contenir un fou rire.
Draco ne put s'empêcher de sourire un peu et se leva pour saluer le sorcier. Ils se serrèrent la main, la poigne énergique de Maxwell secouant le bras de Draco.
« Salut Draco, content de te voir. Ça fait bizarre de se retrouver ailleurs que dans nos bureaux respectifs. » Débita Maxwell comme pour cacher son embarras.
Draco se contenta de lui sourire brièvement. Il n'était toujours pas habitué à la proximité que tentait d'instaurer le détective, et il se rendit compte que son attaque rendait les choses plus difficiles encore. Il savait qu'il n'avait pas de raison de se méfier de lui, mais sa paranoïa déjà largement développée depuis des années avait été nourrie par les derniers événements.
« Bonjour Monsieur Maxwell. » Dit aimablement Scorpius au détective en se levant. Il s'approcha pour lui tendre la main et Lysander la lui serra avec un air ravi.
« Bonjour Scorpius. Appelle-moi Lysander. » Répondit le sorcier avec un sourire de coin. Le petit blond cligna des yeux avec une expression surprise.
« Heu, d'accord. » Consentit-il. Il jeta un coup d'œil à son père qui haussa simplement les épaules. « Je vous laisse discuter ? Je vais dans la cuisine. » Prévint-il en attrapant son livre.
« D'accord. » Sourit Draco, bien conscient que Scorpius ne voulait pas monter dans sa chambre pour que son père reste à portée de voix de lui, au cas où quelque chose arriverait.
« Il est mignon, on dirait un mini-Draco. » Rigola Maxwell lorsque le petit Malfoy eut quitté la pièce. Il s'installa en face du blond, de l'autre côté de la table, et s'enfonça dans le fauteuil avec les deux bras sur les accoudoirs. « Ahhh … » Soupira-t-il. « C'est plus agréable comme lieu de rencontre que l'hôpital. Comment tu te sens ? » Demanda-t-il à Draco qui se réinstallait doucement.
Les antidouleurs le rendaient somnolant, il avait mal aux yeux et son corps était faible, mais son rétablissement était rapide si on le comparait à la gravité de sa blessure.
« Mieux, merci. » Répondit-il calmement.
« Je voulais m'excuser. » Fit rapidement Maxwell en se redressant dans le fauteuil, son visage jeune et expressif se figeant avec culpabilité.
« Pourquoi ? » S'étonna Draco en haussant un sourcil. A ce qu'il en savait, il n'avait rien à reprocher au détective, sauf de s'acharner à utiliser son prénom sans son accord et à le harceler de messages idiots signés des maudites initiales « LM » qui lui rappelaient trop son père.
« Je me sens coupable, c'est pour me voir que tu es sorti ce jour-là. »
Maxwell baissa les yeux, ramenant ses mains sur ses cuisses. Il échappa au regard surpris de Draco qui trouvait sa culpabilité irrationnelle. Il l'étudia un instant, mais se sentit rapidement forcé d'abréger ses souffrances. Le détective se tordait les mains et ses épaules voutées en disaient long sur l'étendue de sa culpabilité.
« Maxwell, c'est complètement idiot. » Lui fit-il remarquer avec un haussement de sourcils. L'interpellé releva les yeux vers lui et les plissa légèrement dans sa direction. « J'aurais pu sortir pour autre chose, n'importe quoi, la situation aurait sans doute été la même. » Continua Draco.
« On s'est servi de moi pour t'attirer dans un piège. » Rappela Lysander avec une grimace. « Si leur plan avait été mené jusqu'au bout, tu serais sans doute mort. »
Draco haussa simplement les épaules malgré la douleur psychologique qu'il ressentit à ces mots. Il ne lui était pas étranger qu'on lui en veuille pour des choses qu'on l'avait forcé à faire, il lui paraissait normal qu'on le haïsse pour avoir fait entrer des Mangemorts à Poudlard et avoir mis en danger tout ses habitants. Il avait provoqué la mort de Dumbledore, bien sûr qu'il était coupable de quelque chose ! Mais il lui était difficilement supportable d'imaginer qu'on puisse lui en vouloir pour des choses qu'il n'avait ni faites ni voulues, au point de chercher à le tuer. Et pire, si leur plan avait réussi, si Smith avait atteint parfaitement son cœur comme il l'avait souhaité, Scorpius … Scorpius aurait dû partir vivre avec Astoria, réduisant à néant ses faibles chances d'un jour réellement connaître Harry.
« Tu n'y es pour rien, je n'ai rien à te pardonner. » Répondit-il finalement. Maxwell lui offrit un petit sourire crispé avant de soupirer en se renfonçant dans le fauteuil.
« Merci… » Souffla-t-il. Il se frotta la petite bosse qu'il avait sur le nez. « Ca m'aurait fait chier de perdre le peu d'amitié que tu m'offres à cause de quelques connards déséquilibrés. » Grogna-t-il ensuite en fermant les yeux.
Draco ouvrit un peu la bouche, à la fois choqué et amusé par les mots de Maxwell. Celui-ci pouvait parfois être incroyablement grossier, ce qui lui faisait penser à Harry quand il était énervé. Du peu qu'il savait du détective, il pouvait facilement l'imaginer se rebeller contre l'éducation de ses riches parents malgré l'argent de poche qu'ils semblaient continuer à lui verser. C'était à la fois ridicule et drôle.
« Le peu d'amitié ? » Répéta-t-il, forçant Maxwell à le regarder à nouveau. Son expression changea, passant de la lassitude à un léger agacement.
« Franchement Draco, comment est-ce que tu me considères ? Je ne suis pas ton ami, je suis à peine ton collègue. Souvent j'arrive à me persuader que c'est la peur qui te rend comme ça, mais il m'arrive de croire que c'est de la fierté. Et je t'avoue que ce n'est pas toujours agréable de penser que tu me prends pour de la merde. » Débita-t-il soudainement comme si cela faisait trop longtemps qu'il avait ce sentiment sur le cœur.
Draco recula dans son fauteuil en croisant les bras, comme pour se protéger contre la verve du détective. Son cœur était soudainement pris dans un étau de glace, comme à chaque fois que quelqu'un tentait de s'approcher de lui. Son instinct lui disait de mettre Maxwell dehors pour l'empêcher de s'en prendre à lui, mais une part de lui était déçue d'être celui qui le mettait dans cet état. Lysander n'avait jamais rien fait de mal à son encontre. Il était persistant, agaçant et parfois même collant, mais il n'avait sans doute pas de mauvaises intentions. C'était à part Harry et Astoria le seul sorcier qui lui adressait volontairement la parole.
« Je ne te prends pas pour de la merde. » Répondit Draco en réutilisant les mots du détective. « Tu confonds ma paranoïa avec de la condescendance. »
Lysander leva les yeux au ciel.
« Excuse-moi, j'ai du mal à faire la différence quand tu m'envoies chier. »
« Désolé si tu l'as mal pris … » Soupira Draco en décroisant les bras. « Mais avoue que tu le cherches. »
« Peut-être. » Répondit Lysander en penchant un peu son corps en avant. « Mais je ne peux pas attendre que tu te décoinces tout seul, parce que ce n'est pas près d'arriver. »
Draco plissa les yeux dans sa direction. Il ne pouvait pas le contredire sans mentir, et Maxwell ne le croirait pas de toute façon. Celui-ci soupira une nouvelle fois face au silence du blond.
« De quoi tu as peur ? » Demanda-t-il avec un air dubitatif.
« Que tu me dragues. » Répondit Draco du tac-o-tac, provoquant une soudaine hilarité chez Lysander. Il rit lui-même de la stupidité de sa réponse, mais le détective redevint brusquement sérieux.
« Bon d'accord, c'est peut-être arrivé. »
« Quoi ? » Réagit Draco, ses yeux s'écarquillant légèrement. Il avait dit ça pour rire et pour détendre l'atmosphère, n'ayant pas envie de s'étaler sur les raisons de sa paranoïa vis-à-vis des sorciers, mais il ne s'attendait pas à un tel aveu de la part de Maxwell.
Celui-ci fit un vague geste du bras pour signifier que cela n'avait pas d'importance.
« Mais j'ai vite abandonné, tu es trop maniaque et coincé pour moi. » Expliqua-t-il sans se soucier de l'étrangeté de leur discussion.
« Et bah merci … » Souffla Draco en secouant légèrement la tête avec ahurissement.
« Et puis il y a Harry. » Sourit Lysander, ses dents bien alignées se dévoilant peu à peu alors que le visage de Draco se fermait, lui signifiant de ne pas aller plus loin dans ses propos. « Je préfèrerais qu'on soit amis. » Dit-il plus sérieusement. « D'accord, tu es plus vieux, on est très différents l'un de l'autre, et tu me vois sans doute comme un sale gosse mal élevé. »
Draco dû pincer les lèvres pour ne pas rire, s'attirant un regard noir de Lysander. Mais ce dernier finit par abandonner et rit légèrement.
« Mais je te jure que je suis un très bon ami. Tu vois ? Je passe pour un con, là, je te débite des niaiseries parce que je sais que tu interprètes mal mes actes. J'essaye pas de te nuire, ça m'intéresse vraiment de te connaître. » Continua-t-il avec sérieux. Draco eut un éclair de culpabilité mais il ne baissa pas les yeux du visage sincère de Maxwell.
« Qu'est-ce qu'il peut y avoir d'intéressant ? » Demanda-t-il doucement.
« Est-ce que je dois faire tes éloges pour que tu me croies ? Ma parole, t'es pire qu'une nana. » Rigola Lysander avant de souffler devant l'air agacé de Draco. « Je me doute que tes relations avec les sorciers ne t'aident pas à avoir une très haute estime de toi … »
« Ce n'est pas une question d'estime. » L'interrompit Draco. « Je sais qui je suis et j'en suis satisfait. Je n'ai juste pas envie de déclencher des conflits alors qu'il me suffit de les éviter en ne côtoyant pas les sorciers. »
« Menteur. » Lâcha Lysander. « Au fond de toi tu es persuadé qu'ils ont raison de te haïr. Si ce n'est pas par fierté que tu me repousses, c'est parce que tu as la trouille que je fasse semblant de t'apprécier et que je m'en prenne à toi quand tu auras baissé tes défenses. »
Draco pinça les lèvres. Maxwell avait raison sur tous les points, ce qui était à la fois triste et énervant. Il détourna le regard et soupira en appuyant à nouveau ses épaules sur le dossier du fauteuil. Il décroisa les bras et passa une main sur son visage fatigué.
« D'accord … » Soupira-t-il. « D'accord, je te crois. Tu ne veux pas me nuire. » Accepta-t-il en regardant à nouveau Maxwell qui sourit légèrement. « Mais ça me demande un sacré effort de laisser qui que ce soit approcher. » Avoua-t-il ensuite.
« Je suis assis trop près ? » Demanda Lysander avec un air moqueur alors qu'il était à trois bons mètres de lui.
« Crétin. » Rit Draco.
« Je recule le fauteuil si tu veux. » Continua le détective avec les sourcils haussés.
« Arrête Maxwell. » Râla Draco.
« Commence par m'appeler Lysander, tu me saoules à utiliser mon nom de famille. » Grogna-t-il.
« Lyse. » Rétorqua Draco avec un sourire de coin.
Lysander plissa les yeux avec un air faussement énervé.
« Tu me cherches ? »
Draco leva les yeux au ciel.
La discussion dévia sur l'attaque contre Draco. L'un et l'autre spéculèrent sur la façon dont on avait pu presque simultanément subtiliser la baguette de Draco et l'enfoncer aussi facilement dans sa poitrine comme un couteau dans du beurre ramolli. Ils avaient des réponses potentielles pour la deuxième partie de leur question un sort ou une potion de force mais comme les Aurors, ils n'arrivaient pas à comprendre comment Smith avait pu s'y prendre pour attraper sa baguette sans que Draco ne sente ni ne voit quoi que ce soit. Malgré le Véritasérum, le coupable n'avait fait qu'admettre l'attaque et n'avait pas répondu aux autres questions, soit grâce au Serment Inviolable qu'il avait peut-être fait, soit parce qu'il avait fini par se mordre violemment la langue, forçant les Aurors à arrêter l'interrogatoire.
Ils parlèrent des noms sur la liste des transferts de fonds reçus par Smith. Lysander lui apprit que celui qui l'avait attaqué avait organisé un ou deux événements de charité pour les blessés et les familles victimes de la guerre et de l'attentat dans lequel sa sœur aînée avait perdu la vie. Les fonds pouvaient donc être de simples dons, ce qui rendait difficile le tri des suspects. L'Auror qui renseignait Lysander n'avait pas pu lui en dire beaucoup sur les personnes qu'ils interrogeaient comme témoins, mais le détective en connaissait deux sur la liste. Il s'agissait de l'inventeur des tatouages magiques, Vallen Yantar, un sorcier d'origine Russe, et d'un briseur de sort spécialisé dans les runes, Julian Mellowen, un ancien Serpentard, tous deux du même âge que Lysander. Celui-ci les connaissait depuis une dizaine d'années, et ils étaient amis. Il ne croyait pas qu'ils aient un quelconque lien avec l'attaque sur Draco.
« Vallen a été blessé lors de l'attentat qui a tué la sœur de Smith, c'est sans doute pour ça qu'ils ont fait un don. » Expliqua-t-il. « Mais je les vois mal s'en prendre à toi, ni l'un ni l'autre n'a été touché par la guerre contre Voldemort. »
« Même pas leur famille ? » Demanda Draco.
« Pas que je sache. » Répondit Lysander avec un froncement de sourcils, comme dérangé par le fait de ne pas en savoir plus sur la famille de ses amis.
« Harry a parlé d'un Geralt Cadwallader. Je crois que c'était un Poufsouffle à l'époque où nous étions à Poudlard. C'était un poursuiveur de leur équipe de Quidditch. » Poursuivit Draco.
« Il y a donc plus de chance qu'il ait été touché d'une quelconque façon par la Bataille de Poudlard. Idem pour Adam Davis. »
« Davis ?! » S'étrangla Draco avant de poser presque brutalement une main sur son cœur avec une grimace.
« Ça va ? » S'inquiéta Lysander, prêt à décoller de son fauteuil pour lui venir en aide. Draco leva une main pour l'arrêter, souffla puis inspira profondément.
« Ça va. » Répondit-il. « Je le connais. Il était à Serpentard, un ou deux ans après moi. »
« Et il pourrait avoir des raisons particulière de t'en vouloir ? » Demanda doucement Lysander, la tension de son corps disparaissant peu à peu en voyant la main de Draco quitter son cœur.
Celui-ci fronça les sourcils en réfléchissant.
« A part pour ce qui est évident … Rien de particulier, non. Je ne me souviens pas m'en être pris à lui. Il était plutôt timide et pas très bien intégré à Serpentard. Il traînait plutôt avec des Serdaigles. » Expliqua-t-il.
« Tu as l'air d'avoir été une vraie peste à Poudlard. » Rigola Lysander.
Cela ne fit même pas sourire Draco qui soupira, ses épaules s'affaissant.
« C'est pire que ça. »
« Et notre meilleur suspect … » Poursuivit Lysander. « Ginevra Potter. »
Ils eurent la même grimace.
« En voilà une qui a de très bonnes raisons de me haïr. » Souffla Draco avec un air défait. « Mon père et ma tante ont failli la tuer, son frère est mort dans une explosion pendant la bataille … »
« Et de ce que j'ai compris, Harry la trompait avec toi. » Termina Lysander avec une expression mi-amusée mi-contrariée.
Draco inspira profondément en fermant les yeux, puis expira longuement.
« Tu me racontes ? » Demanda Maxwell avec une petite voix presque suppliante. Draco rouvrit les yeux puis les baissa vers ses mains.
