Chapitre XIII

Etiam innocentes cogit mentiri dolor

- NOOOON !

Hermione se précipita vers la forme étendue un peu plus loin d'un pas trébuchant.

Une large poitrine, des cheveux fauve tachés de sang…elle tomba à genoux près du corps inerte de Ron et prit la tête de son fiancé entre ses mains.

- Nan…nan…NAAAAAAAAAAAN !

Elle sentit les larmes couler à flots, traçant des sillons clairs sur ses joues sales de poussière, tombant sur le visage désormais figé de Ron. Des sanglots incontrôlables montaient en elle. Elle repoussa tendrement les mèches rousses de son front, embrassa ses joues tachées de son mais rien n'y faisait, rien ne le réveillait. Il était bel et bien mort.

Hermione releva la tête pour voir ce qui se passait autour d'elle mais sa vue était brouillée par des larmes de rage et de désespoir. Des éclairs éblouissants fusaient de toutes parts et elle se pencha sur le corps de son défunt fiancé pour le protéger en vain.

Partout autour d'elle des cris, des pleurs, des rires, des hurlements…autant de haine, de souffrance, de peine, était-ce seulement possible ?

Elle tentait de reconnaître un visage familier mais elle ne distinguait que des formes disparates.

- Harry ! Ginny ! QUELQU'UN !

Son cri de détresse se transforma en nouveaux sanglots.

Elle baissa les yeux sur le visage immobile de Ron et poussa un hurlement atroce.

Le visage de l'ancien Gryffondor était bien différent. Une peau terriblement pâle, une chevelure d'un noir de jais, d'épais sourcils sombres surmontant deux yeux clos, un nez droit…

L'homme qu'elle tenait dans ses bras n'avait plus rien de Ron. Mais ce n'était pas Voldemort. Du moins, pas celui qu'elle connaissait. Celui-là paraissait plus tranquille, tellement plus paisible. Ses paupières lisses se froissèrent légèrement avant de révéler deux yeux à la fois obscurs et brillants.

Un rire suraigu agressa leurs oreilles, vrillant leurs tympans. Hermione leva les yeux et le vit s'approcher à pas décidés, une expression effroyablement résolue imprégnant le moindre de ses traits. Il esquissa un sourire déterminé en levant sa baguette sur eux.

- Harry, NON !


Haletante, la jeune sorcière se réveilla en sursaut et eut un mouvement de recul en voyant un regard globuleux rivé sur elle. Elle plaqua ses mains devant ses yeux, ne pouvant retenir une exclamation effrayée.

- Pardon Miss ! Désolée Miss ! s'excusa Slavy maintes fois en reculant de plusieurs pas embarrassés, la face penaude.

- Ce n'est pas grave Slavy, murmura Hermione en tentant de recouvrer sa respiration normale. Mais ne me refais plus jamais ça.

L'elfe de maison opina du chef mais resta plantée au milieu de la pièce en jetant un regard troublé à la jeune fille.

- Tu peux disposer Slavy, dit Hermione en se rallongeant, calant sa tête sur l'oreiller avant de refermer les yeux.

Mais l'elfe continua de se dandiner sur place un moment avant de parler.

- Le Maître désire vous voir, Miss.

Hermione gémit faiblement, le visage enfoui dans son oreiller.

- Le Maître veut vous voir maintenant.

Hermione se redressa en grimaçant. Elle avait oublié combien elle avait mal à l'épaule. Elle avait dû afficher une expression ahurie car Slavy jugea bon de se justifier.

- Le Maître vous attend depuis dix minutes Miss. Il est furieux, vous feriez mieux de vous dépêcher…


C'était là. Elle reconnut l'imposante porte à l'horrible poignée en forme de serpent.

Avant même qu'elle ne l'aie touchée, celle-ci s'ouvrit dans un claquement sec.

Hermione avait sentit son estomac se nouer au fur et à mesure qu'elle approchait du salon

et se demandait s'il était possible de mourir de peur.

Probablement oui.

Hermione dut faire appel à toute sa force et sa volonté pour poser un pied devant l'autre.

Elle marcha doucement, reconnaissant la vaste pièce où elle avait prit son premier repas. Où elle s'était retrouvé en face à face avec Voldemort pour la première fois.

Quelques bougies étaient allumées mais n'éclairaient que faiblement la salle. Le feu dans la cheminée immense était à moitié éteint. La grande table qui occupait le centre de la pièce était encombrée de rouleaux de parchemins et d'autres objets qu'Hermione ne put reconnaître dans la demi-pénombre.

La sorcière jeta un regard circulaire autour d'elle mais il n'y avait encore personne. Pourtant c'était bien ici qu'elle devait Le rencontrer, d'après ce que lui avait dit Slavy, il n'y avait pas quarante salons dans ce manoir !

La porte se referma en grinçant.

Personne.

Hermione attendit un long moment debout sans savoir quoi faire et quelle contenance adopter. Elle fixa le canapé avec envie : elle se sentait nauséeuse et se serait volontiers allongée, ou juste assise ne serait-ce qu'un instant.

De longues minutes passèrent mais personne n'était apparut. Hermione avisa la grande table surchargée. Elle fouilla du regard les moindres recoins de la pièce et, lorsqu'elle fut certaine que Voldemort ou aucun Mangemort ne se serait caché derrières les rideaux ou sous les fauteuils, elle se dirigea hâtivement vers la table.

Des planisphères, des dizaines de textes en latin, en grec antique, en runes anciennes, des dizaines d'autres parchemins souvent indéchiffrables…

Emportée par sa curiosité naturelle, elle s'approcha ensuite des étranges outils disposés un peu plus loin. Malgré sa vaste culture, elle ignorait la nature de la plupart d'entre eux, seulement certaine qu'il ne pouvait s'agir que d'instruments de magie noire. Sachant qu'elle se trouvait dans la résidence du sorcier le plus dangereux de son temps, elle prit la sage décision de ne pas y toucher, ne pouvant s'empêcher toutefois d'y jeter des coups d'œil intrigués. Elle aperçut plusieurs flacons rigoureusement alignés et ne put résister à la tentation d'en prendre un pour voir ce qu'il pouvait bien renfermer.

- Vous cherchez quelque chose, Miss Granger ?

Bruit net du verre cassé.

Hermione sentit son sang se figer dans ses veines. Elle ne L'avait ni vu ni entendu entrer, peut-être même qu'Il l'épiait depuis un long moment déjà ; elle pouvait sentir à présent Son regard acéré transpercer son dos avant même qu'elle n'ait eu à l'affronter.

Tremblant de tout son être, elle se décida enfin à Le regarder et se retourna lentement, les yeux résolument rivés au sol. Elle entendit un bruit d'étoffe et distingua sous ses yeux baissés une paire de bottes noires et l'ourlet d'une cape. S'obligeant enfin à faire face à ce qu'elle redoutait le plus au monde, elle prit une inspiration profonde et s'y résolut.

Hermione eut un brusque mouvement de recul – une réaction craintive et stupéfaite - lorsqu'elle se retrouva face à cet être pour le moins singulier. Elle se rappelait la réception mais tout ce dont elle se souvenait sembla s'effacer à cet instant ; elle avait totalement oublié jusqu'à quel point la transformation de Lord Voldemort était spectaculaire. La jeune sorcière s'était attendue à trouver en face d'elle un homme beaucoup plus âgé et beaucoup moins séduisant qu'Il ne l'était maintenant. Du moins physiquement.

Son visage autrefois cadavérique n'était plus aussi exsangue et émacié. Ses traits n'avaient plus rien de reptilien mais étaient redevenus doux et harmonieux. Quelques mèches d'un noir brillant assombrissaient Son front lisse, obscurcissant un regard qui permettait à lui seul de rappeler à Hermione à qui elle avait affaire : deux yeux écarlates fendus d'un trait à la manière des serpents la scrutaient avec une expression où se mêlaient arrogance, répugnance, suffisance et amusement. Une aura de puissance et un certain charisme émanaient de tout son être, ébranlant la jeune fille qui eut une ébauche de ce qu'avait pu être Tom Jedusor : un garçon terriblement gracieux, charmeur et manipulateur.

Comment un aussi beau garçon avait-il pu devenir aussi ignoble ?

Comment un visage aussi céleste pouvait-il dissimuler le diable lui-même ?

Hermione frissonna en détournant le regard, son malaise quasi permanent s'exacerbant dangereusement à la vue de cette étrange apparition.

- Suis-je à ce point repoussant ?

Le rire froid du sorcier pétrifia la jeune fille qui perçut vraiment combien elle pouvait être insignifiante face à Lui.

Voldemort fit un nouveau pas en avant. Les morceaux de verre du flacon brisé par Hermione crissèrent sous Ses pieds alors qu'Il s'avançait pour attraper à tout hasard l'une des nombreuses fioles posées sur la table.

- J'ai cru comprendre d'après Drago qu'un petit incident serait survenu durant mon absence…dans ma bibliothèque si je ne m'abuse ?

Il éleva la fiole à la hauteur de Ses yeux et le liquide sombre contenu à l'intérieur se refléta furtivement dans les prunelles rouges du Lord, qui parut soudain fasciné.

Faussement fasciné.

Le cœur d'Hermione fit un bond considérable dans sa poitrine lorsque Voldemort reposa si brutalement le flacon qu'il se brisa net.

- Il me semble vous avoir demandé quelque chose Miss Granger. Et s'il est quelque chose qui m'insupporte, c'est de devoir attendre.

Voldemort entreprit de retirer un à un les éclats de verre fichés dans sa main et lorsqu'il eut jeté à terre le dernier, Hermione constata avec stupeur que sa paume était intacte.

- C'est comme marcher sur les braises ; il y a toujours une astuce, sourit Voldemort, un rictus de dédain sur les lèvres…Alors ?

Elle ne s'était pas réellement à ce type d'interrogatoire et ne sut quoi répondre. A vrai dire, elle ne savait plus à quoi s'attendre. Si elle avouait s'être aventurée dans la cellule noire, elle signait probablement son arrêt de mort. Peut être était-ce préférable d'en finir dès maintenant. Mais ses espoirs de le dissimuler étaient bien vains, n'avait-elle pas face à elle le plus puissant sorcier et legilimens du monde ? Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose – un pur automatisme, celui de la bonne élève ayant réponse à tout – mais la referma aussitôt, baissant la tête pour cacher son visage derrière ses cheveux. Mais d'un geste autoritaire Voldemort releva son menton, plantant son regard dans celui tourmenté d'Hermione.

- Je t'interdis de faire ça. Quand j'ordonne quelque chose, on s'exécute ! C'est valable pour toi aussi, Sang de Bourbe !

Ses longs doigts enserrèrent son visage d'une poigne si brusque qu'Hermione sentit les ongles s'enfoncer dans ses pommettes. Comme il avait pu le faire auparavant, il pénétra son esprit et lui fit revivre la scène de la cellule noire ; le squelette, le miroir, le double…

Hermione tenta de se dégager mais il la tenait fermement, l'obligeant à lui faire face. Elle se sentait tellement mal, tellement faible…pourquoi jouait-il ainsi avec elle ? Pourquoi ne pas en finir une fois pour toute ?

Ses yeux la brûlaient horriblement mais elle ne s'effondra pas comme la première fois lorsqu'il eut finit d'explorer ses souvenirs. Pourtant Hermione eut le cœur au bord des lèvres et se figea lorsqu'il baissa les yeux sur ses mains bandées. Par réflexe, elle mit ses mains derrière son dos comme une enfant mais Il agrippa rudement son bras, tirant un cri de douleur à la jeune fille lorsque son épaule l'élança violemment. Voldemort arracha les gazes de ses mains abîmées sans cacher sa moue écœurée. Hermione se débattit farouchement mais Il tirait déjà sur sa robe pour mettre à nu la blessure de son épaule.

D'énormes ecchymoses violacées parsemaient la peau délicate de la jeune fille, s'étalant de la clavicule jusqu'à l'omoplate. Les veines se faisaient sombres et saillantes au niveau de sa plaie mais là où le double l'avait directement atteinte, la peau était transpercée et refusait de cicatriser, laissant s'écouler des filets de sang noir. La souffrance causée par la lance ne faisait qu'augmenter et un froid mortel s'étendait de son épaule à son bras.

Voldemort fronça les sourcils et dégaina sa baguette d'un geste vif, l'immobilisant sans brutalité mais avec force pour qu'elle ne puisse lui échapper. Hermione crut entrevoir ce qu'il s'apprêtait à faire et secoua négativement la tête malgré elle.

- Non…

Le hurlement de la jeune fille se répercuta en écho dans tout le manoir lorsqu'elle sentit l'extrémité de la baguette toucher sa peau comme une lame chauffée à blanc. A cet instant, pas une pensée n'était cohérente sinon celle réduite au mal irradiant de sa blessure. La douleur occulta tout le reste, semblant se propager dans l'ensemble de son corps à présent, enserrant cruellement son cœur. Bon sang, ça ne pouvait pas faire aussi mal, pas aussi mal qu'un Doloris…

Voldemort murmura des paroles dans un langage incompréhensible et Hermione sentit un puissant vertige la gagner. Ses lèvres s'entrouvrirent, cherchant un air que ses poumons lui refusaient. En proie à une souffrance inimaginable, son dos s'arqua si violemment qu'elle fut certaine de se rompre les vertèbres une à une. Une main invisible compressait son cerveau, comme s'il s'était trouvé dans un étau et son épaule la brûla atrocement, lui arrachant un nouveau hurlement.

Puis tout s'arrêta et Hermione sentit ses genoux heurter durement le sol.

Elle resta longtemps prostrée, la tête basse et le souffle haletant, les mains crispées sur son épaule qui ne l'élançait à présent que par éclairs moins douloureux cependant. Des taches pourpres et humides parsemaient le tapis mité du salon et lorsqu'elle leva les yeux vers Voldemort, Celui-ci essuyait sa baguette couverte de sang sur un pan de sa robe, l'air indifférent. A travers ses yeux embués de larmes, Hermione vit ses deux mains rouges de sang et compris alors que c'était le sien.

- Pour…quoi…, demanda-t-elle dans un murmure d'une voix faible et saccadée.

Voldemort inspira profondément, le nez plissé. Il observa longuement ses mains ensanglantées avant de reporter son attention sur la jeune fille. Sans plus lui accorder la moindre attention, il tourna les talons, la laissant agenouillée à même le sol, totalement démunie.

- Je n'allais pas laisser trépasser le meilleur atout dont je dispose désormais contre Potter, dit-il simplement avant de passer la porte.